‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 57 sur 107 · Notamment aux pages C6-69 et · texte numérisé non relu

Notamment aux pages C6-69 et

tout unie, où le narrateur paraît si peu, le dispense par cela même des ménagements et des respects envers les puissances ; il n'a pas de convenances à observer ; il dit simplement les choses telles qu'elles sont, et, telles qu'elles sont, elles mettent bien haut l'homme qui a aimé les petits et qui a été aimé d'eux, tandis qu'elles accablent ceux qui le condamnent et qui l'exécutent. En ce sens encore, la Passion est toute populaire, et l'impression qu'elle donne s'est perpétuée dans tous les âges et chez tous les peuples. L'Église a eu beau devenir une puissance à son tour, et quelquefois la plus malfaisante des puissances, elle a longtemps profité contre le pouvoir civil de cette légende, « où les autorités constituées jouent un rôle odieux, où c'est l'accusé qui a raison, où les juges et les gens de police se liguent contre la vérité. Séditieuse au plus haut degré, l'histoire de la Passion, répandue par des millions d'images populaires, montre les aigles romaines sanctionnant le plus inique des supplices, des soldats l'exécutant, un préfet l'ordonnant : quel coup pour toutes les puissances établies I Elles ne s'en sont jamais bien relevées ^ »

Ce caractère populaire des Évangiles est la chose qu'il ne faut jamais perdre de vue, si on veut s'expliquer la prodigieuse fortune de ces livres. Ils ont réussi, parce que, comme les livres juifs, et mieux encore, ils ont apporté au monde une httérature démocratique, à la place de la littérature aristocratique

Page 1