‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 91 sur 107 · Tertullien, Apologét., ô · texte numérisé non relu

Tertullien, Apologét., ô

2. Je n'oublie pas qu'il y a aujourd'hui des croyants qui sont des savants; mais ils sont nés dans la foi et y plongent par toutes leurs racines. Cette foi elle-même a une possession de 180O ans, dont le poids leur semble pouvoir emporter toutes les objections et toutes les difficultés, si bien qu'ils ne les examinent même plus. Ils aiment mieux les regarder comme des chicanes, qui ne méritent pas de les arrêter. Et ces savants qui croient deviennent d'ailleurs de plus en plus rares.

LA PROPAGATION DU CHRISTIANISME. 4l7

a étonné, ce qui a été nouveau, mais aussi ce quia" touché et enlevé les hommes, c'est la foi au Christ qui allait venir et à la résurrection prochaine. C'est par là que le monde a élé pris, c'est-à-dire parce que le christianisme avait en lui de moins solide et de moins durable. Aujourd'hui, personne ne pense plus à la résurrection : pour le Christ, on y pense sans doute; il est aux âmes pieuses un ami et un consolateur invisible et toujours présent. Mais ces âmes pieuses ne sont après tout qu'un petit nombre, et la foule, qui se croit chrétienne, ne s'occupe guère de Jésus-Christ. Tout

le monde alors s en occupait avec passion, et n'avait que le Christ et la résurrection dans la pensée. Le principe de cette foi et de cette ardeur, c'était la souffrance des âmes blessées. La servitude romaine avait produit un état de choses qui était devenu insupportable, et où la vie n'était plus vivable, suivant l'expression des Grecs. J'ai déjà cité un mot profond d'un de mes maîtres : « L'histoire est une série de ressources pour une série de misères ^, » Une série, parce que la ressource devient souvent à son tour une misère nouvelle, pour laquelle il faut une autre ressource. L'empire romain condamné devait être détruit. Il le fut au dehors, assez tard, par l'invasion des barbares; mais de très bonne heure il commença de l'être au dedans par la propagande juive et chrétienne. Les hommes du Christ ne pouvaient, ce semble, que rêver la transformation du monde ; mais le rêve fut

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