A'on est ex justitia nostrorum temporum
assemblées. Quelle meilleure réponse pouvait-il faire que de produire le téuiuignage d'un personnage tel que Pline, qui constate la parfaite innocence de ceux qu'on accuse. Il n'a pu le négliger; il ne pouvait pas. non plus l'ignorer ; car cette pièce eût été trop précieuse aux chrétiens dOrient, puisque c'est là que Pline était en fonctions, pour qu'ils ne l'eussent pas recueillie et répandue. Donc il faut admettre qu'elle n'existait pas encore au temps de Justin.
Je crois en conséquence que ces deux pièces ont été fabriquées vers l'époque de Tertullien, par un ami des chrétiens. Dire dans quelle intention ne me paraît pas très difllcile; mais cela sera mieux compris quand j'arriverai, dans mon historique, à cette époque même. J'ajourne donc cette explication ^
Mais, si on écarte ces deux lettres comme non authentiques, il n'y a plus alors aucune raison suffisante d'affirmer qu'il y ait eu une persécution quelconque sous Trajan. Eusèbe dit bien en termes vagues qu'il y en eut de partielles, amenées par des soulèvements populaires; mais il ne nomme que deux prétendus martyrs, Siméon et Ignace, et on va voir ce qu'il faut penser de ce qu'on racontait de ces personnages. Siméon est un cousin germain de Jésus, qui avait, nous
1. Je n'ai pas dit encore une chose qui doit pourtant èlre dite : c'est que le maïuiscrit unique d'après lequel a été publiée la correspondance de Pline avec Trajan a disparu aussitôt après cette publication, de sorte qu'on n'a pas la preuve matérielle que ces deux lettres étaient bien dans le manuscrit et ((u'ellcs n'ont pas été composées par un latiniste de la fin du xve siècle d'après le passage de Tertullien. Je crois volontiers, quant à moi, qu'elles sont en effet de source antique: mais enfin nous n'avons pas là-dessus une certitude.
dit-on, 120 ans, quand on le fit mourir après lui avoir fait subir, « pendant plusieurs jours », d'épouvantables tortures. « Des hérétiques » qui voulaient se débarrasser du témoignage qu'il portait contre leurs hérésies en homme qui pouvait parler au nom de Jésus, le dénoncèrent aux Romains comme étant de la race de David (puisque Jésus était censé être de cette race), et dangereux à ce litre pour l'autorité romaine. On voit assez que cette histoire, quand on lui supposerait plus de vraisemblance, n'aurait rien de commun avec ce qu'on appelle une persécution contre le christianisme. Pour Ignace, c'est un évêque d'Antioche : à la nouvelle que l'empereur menace les chrétiens, il vient le trouver (Trajan était de passage à Antioche), et engage avec lui un dialogue extravagant, à la fin duquel l'empereur prononce cette sentence : « Nous avons ordonné qu'Ignace, qui prétend qu'il porte en lui le crucifié, sera conduit enchaîné par des soldats dans la grande Rome, afin d'y être mangé par les bêtes féroces pour la récréation du peuple. » Voilà ce qu'on appelle les Actes de son martyre. On nous donne aussi des lettres de lui, où il y a des choses de celle force : « Laissez -moi manger par les bêtes, puisque c'est par elles que je peux arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu ; il faut que je sois moulu par la dent des bêtes, pour devenir un pain pur du Christ. Caressez plutôt les bêles, pour qu'elles me soient un tombeau, et qu'elles ne laissent rien subsister de mon corps, qui puisse, après ma mort, être désagréable à personne.... Je les caresserai moi-même, pour qu'elles me dévorent
tout (le suite, et qu'il n'en soit pas de moi comme de quelques-uns, qu'elles n'ont pas osé toucher. Si elles ne veulent pas, je saurai bien les y amener de force. » Ce sont là des contes à dormir debout, inventés pour être édifiants dans des temps barbares. Une fois cette histoire accréditée, il a fallu lui trouver une place. On l'a mise sous Trajan, peut-être uniquement à cause du passage de Trajan à Antioche, et on a supposé une persécution qui faisait comme une queue de celle de Domitien.
Sous Hadrien, il n'est parlé nulle part absolument d'aucune espèce de persécution. Il résulte de là que le christianisme a vécu environ cent ans sous l'Empire, sans avoir affaire ni à une prohibition légale, ni à une suite de violences, à l'exception d'un accès de despotisme de Néron et d'une persécution d'une année sous Domitien ^
11 n'en fut pas de même sous Antonin, puisque c'est à la fin de son principat que fut composée l'^l/jo/oy/e de Justin. L'éloquence chrétienne hellénique naquit alors du besoin de défendre de la haine publique les fidèles menacés et frappés.
C'est à cette époque que le célèbre orateuf Fronton ne craignait pas, dans un discours public, d'accuser les chrétiens de se Uvrer pêle-mêle à d'infâmes débauches à la suite de leurs agapes ^.
1. Ou n'en a pas moins placé sous Hadrien certaines histoires de martyrs qui ne sont que des romans absurdes. Voir le livre de M. Aube. ^f
2. MiNuciLS Félix, 9. Peut-être ce discours était-il un plaidoyer,
L'Église a tellement grandi qu'elle commence à inquiéter et à faire peur. Elle expie d'ailleurs sa pros- .périté par la façon dont elle se recrute. La canaille y entre, et jçne veux pas dire par là, bien entendu, ces pauvres et ces petits auxquels on ne peut reprocher que d'être des petits et des pauvres ; j'entends cette multitude née et éle\ée sous des inlluences mauvaises, et par là toujours prête à mal faire. Justin l'avoue : « Ceux qui vivent mal donnent prise à ceux dont le système est de condamner tous les chrétiens comme des impies et des coupables (n° 4) ». Et plusloin (n°75): « Il y en a eu, me dira-t-on, qui, ayant été pris, ont été convaincus d'être des criminels. Mais, toutes les fois que vous condamnez des gens, c'est en examinant les griefs allégués contre eux, et non parce qu'on en a auparavant condamné d'autres. Et, en général, nous avouons, en elTet, que, de même que, chez les Grecs, ceux qui dogmatisent sur certains principes reconnus par eux s'appellent d'un seul et même nom, des philosophes, ainsi, chez les Barbares, ceux qui professent une certaine sagesse ont un même nom sous lequel on les confond tous; car tous s'appellent des chrétiens. Ce sont donc les actes de ceux qu'on vous dénonce que vous devez juger, afin que celui qui sera convaincu soit condamné comme coupable, non comme chié-
où Fronton avait affaire à des chrétiens. On sait quelle licence de calomnier on se donnait dans la plaidoirie à Rome.
Ce qui rendail ces odieuses imputations plus embarrassantes pour l'Église, c'est qu'elle-même les répétait ou tout au moins les insinuait contre les dissidents qu'elle combattait dans son propre sein (Justin, ApoL, 27, etc.).
tien, et que celui contre qui on n'aura rien trouvé soit absous comme chrétien, n'étant pas coupable. Car, pour ce qui est de punir les accusateurs, nous ne vous le demandons pas ; c'est assez de malheur d'être des méchants et de ne pas connaître le bien. »
Si on réfléchit que c'est un apologiste qui parle, on reconnaît sans peine que le gros de la population chrétienne était évidemment m;d famé. Mais le petit écrit de Justin qu'on appelle la Seconde Apologie va nous donner des détails précis au lieu de généralités vagues. J'en traduis tout un morceau (n° 2).
« Une femme vivait avec un mari de mauvaise vie; mais, quand elle connut les enseignements du Christ, elle devint honnête et tâcha de rendre son mari honnête comme elle... Lui, persistant dans ses débauches, il aliéna ainsi sa femme de lui; car, jugeant impie de faire lit plus longtemps avec un mari qui cherchait partout des ressources de volupté contre la loi de la nature et contre toute justice, elle se résolut à rompre son mariage. Cependant, sur les instances des siens, qui l'engageaient à patienter, en vue de l'espérance que son mari pouvait donner de mener une meilleure vie, elle fit l'effort de rester avec lui. Mais, comme il partit pour Alexandrie et qu'on apprit qu'il faisait encore pis qu'auparavant, afin de ne pas avoir part à sa mauvaise conduite el à son impiété, en demeurant avec lui et partageant sa table et son lit, elle lui envoya un acte de répudiation et s'en alla. Là-dessus, cet excellent mari, qui aurait dû être heureux de ce que sa femme, autiefois habituée, en compngnie de valets el
de mercenaires, à se livrer au plaisir de boire et à toute espèce de débauche, avait renoncé à ces mœurs et ne pensait qu'à l'y faire renoncer avec elle, ne voulut pas de cette réforoie, et porta plainte contre elle à son tour, disant qu'elle était chrétienne. Alors, par une requête adressée à toi, à l'empereur, elle demanda qu'il lui fût permis d'abord de s'occuper de ses alTaire»;; après quoi, elle répondrait à l'acciisalion quand elle les aurait réglées. Tu le lui as accordé. Son mari, ne pouvant plus s'attaquer à elle, s'en prit à un certain Ptolémée, qu'Urbinus (le préfet de Rome) avait fait punir; c'était lui qui avait initié cette femme aux doctrines chrétiennes; et voici comment il procéda. Il s'adressa à un centurion qui avait emprisonné Ptolémée ; il l'engagea à se saisir de Ptolémée, et à lui demander seulement s'il était chrétien. Ptolémée, qui aimait la vérité et ne voulait ni tromper ni mentir, ayant avoué qu'il était chrétien, le centurion le fit remettre aux fers, et longtemps il le tourmenta dans son cachot. A la fin, quand il fut amené devant Urbinus, on lui fit seulement la même question encore, s'il était chrétien. Et, derechef, ayant conscience de ce qui était son bien par l'enseignement du Christ, il confessa la divine morale qu'il avait apprise... Urbinus ayant donné l'ordre de l'exécuter, un certain Lucius, qui était luimême chrétien, voyant un jugement si déraisonnable, s'adressa à Urbinus et lui dit : « Qu'est cela? Voilà un homme qui n'est ni adultère, ni corrupteur, ni meurtrier, ni voleur, ni brigand, ni convaincu d'aucun crime, mais qui confesse seulement qu'il s'appelle du nom de
chrétien, et tu le fais exécuter! Ce n'est pas là un jugement tel que tuledoisà notre empereur Pieux, à César le philosophe, ni au saint Sénat, Urbinus. » Et l'autre, sans répondre, dit seulement à Lucius: «Tu m'as l'air d'être, toi aussi, de la même espèce. » Et, Lucius ayant dit : « Précisément! » il ordonna de l'exécuter aussi. Lucius déclara qu'il le remerciait, sachant bien qu'il échappait à des maîtres odieux pour aller au Père suprême et au Roi du ciel. Et un troisième, étant survenu, fut encore condamné à la même peine. »
Dans cette histoire médiocrement édifiante, les choses se sont-elles bien passées comme on nous le dit? Je ne sais, et, pour nous éclairer, nous aurions besoin d'entendre l'avocat du mari, et d'avoir d'autres informations encore. Mais, puisque tout contrôle nous manque, prenons les faits comme on nous les donne. Voilà certes une législation odieuse et d'odieuses exécutions. Mais la question qui nous est posée n'est pas de savoir ce que valaient les gouvernements de l'empire romain et leur justice; la question est si un tel état de choses était de nature à empêcher le développement du christianisme. Il s'en faut de tout évidemment. De ces trois victimes, il n'y en a pas une que l'autorité soit allée chercher; ce sont elles qui sont venues se jeter sous la main de l'autorité : Ptolémée en séparant une femme de son mari; Lucius, et le troisième aussi sans doute, en offensant un magistrat dans l'exercice de ses fonctions. On leur demande : «Es-tu chrétien?» comme qui dirait : «Es-tu de l'internationale?» Dès qu'ils répondent: « Oui, ^) ils violent la loi. Quelle loi?
Était-ce celle qui interdisait les associations ou hétéries *? Était-ce la loi contre l'impiété, appliquée par Domitien? Quant à la peine, c'était tout de suite la mort, dès qu'il s'agissait d'un crime politique. Il y a encore la femme; son mari la dénonce bien comme chrétienne (pour se venger du divorce), mais on ne donne pas de suite à la dénonciation. Le reste des chrétiens, probablement déjà très nombreux dans Rome, n'est nullement inquiété. Et on a vu que ce Lucius même dit au préfet qu'en condamnant Ptolémée, il n'agit pas selon l'esprit de l'empereur.
Il est vrai que Justin dit expressément dans V Apologie [n" 45), que la peine de mort a été prononcée contre quiconque fait reconnaître ou simplement reconnaît lui-même le nom du Christ ; mais l'existence seule de V Apologie suffit pour nous empêcher de prendre à la lettre cette assertion, puisqu'au moment même où il parle ainsi, il adresse publiquement à l'empereur, en y mettant son nom, et dans la forme la plus solennelle, la profession de foi la plus explicite et la plus hardie. Aussi, à la suite de la phrase même que je citais tout à l'heure^, Justin ajoute immédiatement : c( Et néanmoins, tous tant que nous sommes, partout nous le recevons et le faisons reconnaître. » La loi restait suspendue sur la tête des chrétiens pour frapper ceux qui gênaient ou qui déplaisaient,
1. Voir, dans la correspondance authentique de Pline et Trajan, la lettre 34 de l'édition de Keil.
mais elle ignorait volontairement tous les autres *.
On place sous le principal d'Antonin l'histoire d'un prétendu martyre de Polycarpe. Ce n'est encore qu'un roman, dont il n'y a pas à tenir compte ^.
Il demeure constant néanmoins que la haine contre les chrétiens, qui avait commencé dans le monde gréco-romain dès le temps qu'ils commencèrent d'exister, était allée grandissant avec la secte elle-même, irritée par son succès, et devenait de plus en plus menaçante. Il y avait persécution en ce sens, que si on ne persécutaitpas encore précisémentle christianisme, on persécutait des chrétiens. La règle indiquée dans
1. On lit dans le roman d'Apulée, qui est du mémo temps que Justin, ce portrait de femme (au livre IX) : « Il ne manquait pas un vice à cette abominable femme ; son âme était comme un cloaque infect où se mêlaient toutes les turpitudes ; malicieuse, cruelle, débauchée, ivrognesse, querelleuse, obstinée, aussi rapace pour les gains sordides que prodigue pour les dépenses honteuses, dénuée de toute bonne foi et de toute pudeur. Elle méprisait et foulait aux pieds les dieux, et à la place d'une religion vraie, elle mettait l'idée menteuse et sacrilège d'un dieu qu'elle déclarait unique ; par des pratiques et des démonstrat'ons vaines elle trompait tout le monde, abusait son malheureux mari, tandis qu'elle se livrait au vin dès le matin et h la prostitution toute la journée... » — Il est clair que le conteur a prétendu peindre une chrétienne. Ce portrait est d'un ennemi; mais quand on vient de lire celui qu'a tracé Justin, l'un fait nécessairement penser à l'autre.
5. Ceux qui nous racontent le martyre de Polycarpe et qui sont censés témoins oculaires nous disent intrépidement qu'on alluma un bûcher pour le brûler vif, mais que le feu s'écarta tout autour de lui, laissant voir son corps qui ressemblait à un pain bien cuit, ou à de l'or dans la fournaise. Alors on lui enfonça une épée dans le corps, et une colombe s'échappa de la blessure, avec un tel flot de sang que le bûcher en fut éteint. — Le texte que j'ai sous les yeux est celui de Hefele, Patrum apostolîcorum opéra, Tubingue^ 1855.
Ce récit est reproduit, mais incomplet, dans Eusèbe, qui place l'histoire au temps de Marc-Aurèlci et de Verus.
440 LE CHRISTIAiNISME ET SES ORIGINES.
la lettre à Pline attribuée à Trajan, ne pas informer contre les chrétiens, mais les frapper s'ils sont dénoncés et convaincus, paraît bien celle qui fut suivie à cette époque. Là où l'autorité s'abstenait, on ne pouvait être déféré au juge que par une partie, ce qui devait être rare. Mais ceux qui avaient un ennemi à la fois résolu et peu scrupuleux, et qui se mettaient d'une manière quelconque sur le chemin de la justice, étaient en grand danger, à moins de désavouer leur foi. C'était assez pour que les gens timides, ou simplement circonspects, ne se souciassent pas d'entrer dans la secte ; pas assez pour arrêter nombre d'esprits pins vifs, ou enthousiastes, ou aigris, ou légers, attirés vers l'Église par cela seul qu'elle était ce que nous appelons une opposition, et une opposition déjà fiche et influente *.
Cela se continua sans doute et se dévelo])pa sous le principal de Marc-Aurèle. Les penseurs d'alors nous parlent avec un étonnement méprisant de cesGaliléens ou de ces chrétiens, qui meurent si aisément, par routine, dit Arrien, par simple consigne, dit Marc-Aurèle. Cela témoigne qu'on voyait alors beaucoup de ces morts, assez pour que les philosophes en fussent impatientés et agacés. Mais rien n'indique que Marc- Aurèle ait prétendu interdire le christianisme dans
1. Je ne voudrais pas me servir, pour éta>blir la tolérance d'Antonin, du témoignage d'une lettre de Méliton à Marc-Aurèle citée par Eusèbe (iv, 26); car je doute fort qu'elle soit authentique. Les chrétiens inquiétés sous un prince tâchaient de faire croire que les empereurs d'auparavant, et surtout les plus respectés, avaient été pour eux.
TEmpire, et la fable imaginée par les chrétiens, que les prières des soldais fidèles avaient sauvé, dans une situation critique, l'empereur et son armée, montre bien que le christianisme n'était nullement proscrit.
On a placé sous ce principal aussi plusieurs histoires de martyres invraisemblables et apocryphes, y compris celle du martyre de Justin. Justin a-t-il en effet été mis à mort ? Je n'en sais rien, et je ne vois aucune raison suffisante de l'affirmer. Il a pu suffire, pour qu'on l'ait dit, du passage de \a Seconde Apologie où il se plaint d'un adversaire, le philosophe cynique Crescens, qui, dit-il, le fera quelque jour arrêter et jeter dans les entraves (n" 3).
Parmi ces récits, il y en a un qui doit être mis à part: c'est celui qu'on lit dans Eusèbe, au début du livre V, et où figurent les martyrs de Lyon et de Vienne. Comme il présente des scènes intéressantes et dramatiques, et qu'il ne contient pas de ces traits ridicules qui abondent dans d'autres récits, on l'accepte généralement pour authentique. On y met, je crois, trop de complaisance. Il y a lieu de se défier d'une lettre ainsi annoncée : « Les serviteurs du. Christ qui habitent Vienne et Lyon en Gaule à nos frères établis en Asie et en Phrygie, qui ont avec nous une même foi et un même espoir de la rédemption. » On ne voit ni à qui cette lettre est adressée, ni à quelle occasion, ni par quelle voie, ni qui est-ce qui a tenu la plume; aucun évêque n'est nommé ni aucun prêtre. Le même vague s'y retrouve partout : le magistrat suprême qui préside au jugement n'est
pas nommé; une foire dont il est parlé n'est indiquée qu'en termes généraux, sans rien de précis. Pour moi, l'impression que me laisse cette pièce est celle d'un morceau oratoire composé en Asie, à Tépoque des grandes persécutions, c'esl-à-dire cent ans environ après Marc-Aurèle, pour édilier et pour fortifier les âmes. Au ireu de Texpression toute simple des choses, onn'y trouve guère que de belles périphrases, des comparaisons classiques, des mots à effet. Quant au fond, il n'est pas plus naturel. Quoique aujourd'hui l'esprit humain soit préparé à ne s'étonner de rien et atout comprendre en fait de courage et même d'insensibilité, il y a pourtant dans ce récit une continuité et une monotonie d'extraordinaire qui inquiète. La vieille escljivc Blandine, si chétive, fatigue et épuise les bourreaux, qui se pelayentpour luifaire souffrir toutes les tortures depuis le point du jour jusqu'au soir ^ Plus tard, on l'attache à un poteau pour la livrer aux bétes ; mais celles-ci ne la louchent pas. Une autre fois, on recommence à la torturer de toutes manières ; on l'assied sur une chaise de fer rougie au feu, on la fait passer à la poêle, on la
l.On a fait de Blandine une jeune fille, parce qu'il y a un endroit où elle est rapprochée (à cause de sa faiblesse) d'un jeune garçon de quinze ans. Mais cela ne peut se soutenir quand on considère cette phrase : « La bienheureuse Blandine restait la dernière, comme une mère généreuse qui a fortifié ses enfants et qui les a envoyés devant elle victorieux au roi suprême ; passant à son tour par toutes les épreuves par lesquelles ses fils ont passé, elle se hâte de les rejoindre joyeuse et triomphante, comme si elle allait à un repas de noces, et non aux bêtes pour être leur proie. » Le président Cousin traduit : « Comme si elle était menée au lit nuptial; » mais c'est un pur contresens.
LA PROPAGATION DU CHRISTIANISME. 4i3
livre, enfermée dans un filet, à un taureau qui la jette en l'air avec ses cornes, et, pour en finir, on lui tranche la tête. Plusieurs autres martyrs passent par les mêmes épreuves, y compris un garçon de quinze ans. L'évêquePothin en a, nous-dit-on, plus de quatre-vingt-dix; on l'accable de cou[)S de pied, de coups de poing, de projectiles ; après quoi, on le remet dans la prison, où il vit encore deux jours. Sanctus, après bien d'autres supplices, est brûlé avec des lames -ardentes qu'on lui applique aux parties du corps les plus délicates; son corps est tout raccorni et n'a plus forme humaine; il n"a pas Tair de lien sentir do tout cela. On recom- . mence quelques jours après, et on torture de nouveau ces mêmes chairs bridées, qui ne pouvaient plus supporter même un attouchement ; on espère qu'il sera vaincu ou qu'il mourra, mais il se retrouve plus ferme que jamais, « et il semble que cette seconde torture guérit la première ». Il y a pourtant dans ce récit quelques faibles qui succombeut et font défection ; mais ils sont si malheureux de leur faiblesse et si enthousiasmés par les exemples des martyrs, qu'ils reviennent prendre place au mUieu d'eux, et partager leur confession et leur sup[dice, de sorte qu'il ne reste pas dans ce drame un seul rôle ingrat.
D'un autre côté, la lettre est pleine de considérations et de leçons qui se rapportent à l'état de l'Église à une autre époque, celle qui nous est connue par les écrits de Cyprien. Pour le moment, je me borne à dire que je ne reconnais à cette lettre aucun caractère historique, et que je ne pense pas qu'il y ait
eu nulle part, sous le principal de Marc-Aurèle, des scènes pareilles à celles-là '.
Les exécutions qui frappèrent un certain nombre de chrétiens sous Marc-Aurèle, le plus doux des hommes, ne tiennent évidemment qu'à son zèle pour ce qu'il croyait être le bon ordre, et à l'esprit qu'il essayait do rétablir partout dans l'Empire. Cet esprit se relâcha tout à coup après lui, et l'Église en profita. Eusèbe^ dit expressément (Y, 24) : « Sous le règne de Commode, il se fit un changement par lequel notre situation s'adoucit, et la paix fut donnée aux églises par toute lu terre. » Ils durent cette paix, d'abord à l'inditférence de l'empereur, puis à l'influence de sa concubine Marcia, qui était très attachée aux chrétiens, dit l'abrégé de Dion, et leur rendit beaucoup de services.
C'est ainsi que Marcia figure dans la curieuse histoire de l'évéque de Rome Calliste ou Calixte, qui nous est connue depuis trente ans par ja précieuse découverte du \i\re des Philosophies {i^''ac7cooj[j.v)x), publié par M. Miller. L'auteur, qui est un ennemi de Calliste, dit que celui-ci était l'esclave d'un chrétien de la maison de César; que son maître l'avait chargé
1 . On lit dans cette lettre la phrase que voici : « C'est un vrai disciple de Christ qui suit l'Agneau où il le mène ; » et le mot grec qui exprime l'Agneau est àpviov, comme dans VApocolypse. Si on se rappelle ce qui a été dit, dans l'étude de ce livre, du caractère phrygien du culte de l'Agneau, tel qu'il y est représenté, on croira d'autant plus que la Lettre sur les martyrs de Lyon a été véritablement écrite en Phrygie. — On remarquera encore qu'on y vante un Phrygien, Alexandre, établi comme médecin dans la Gaule, et à qui -on fait particulièrement honneur de la foi et du zèle qu'on nous montre s'y développant alors avec tant d'éclat.
de faire la banque pour son compte ; que Calliste eut ainsi dans les mains beaucoup d'argent reçu en dépôt des Fidèles; que tout cet argent disparut et que Calliste s'enfuit; qu'il fut rattrapé dans sa fuite et condamné par son maître à tourner la meule; qu'au bout d'un certain temps, les intéressés obtinrent sa grâce, le coupable ayant promis de les faire rentrer dans leur argent ; que, mis en liberté, mais ne pouvant payer en effet, il ne chercha plus qu'un moyen d'en finir avec la vie. Un jour de sabbat, il se porta à la synagogue des Juifs et troubla leur culte. Ils tombèrent sur lui, le maltraitèrent et le traînèrent devant le préfet. Son maître accourt, et assure au préfet que Calliste n'est pas chrétien, et n'a agi ainsi que parce qu'il veut mourir, à cause de sa banqueroute ; les Juifs insistent pour qu'il soit puni, et le préfet le fait battre de verges, puis l'envoie aux mines en Sardaigne. Au bout d'un certain temps (peut-être cette condamnation avait-elle eu lieu sous Marc-Aurèle), il arriva que Marcia, la concubine de Commode, qui aimait Dieu ^ fit venir un jour Yictor, alors évoque de Rome (il le fut à partir de 185), et lui demanda la liste des martyrs (nous dirions plus exactement des confesseurs) qui étaient en Sardaigne. Il n'y mit pas Calliste, dit l'auteur, parce qu'il savait ses méfaits. Marcia, ayant obtenu de Commode une lettre de grâce, la donne à un vieil eunuque, Hyacinthe, qui la porte en Sardaigne et fait mettre en liberté les confesseurs. Calliste se jette en pleurant aux pieds d'Hyacinthe, et le supplie de lui faire aussi donner sa grâce, Hyacinthe l'obtient en effet, disant
qu'il a élevé Marcia et qu'il prend tout sur lui. Calliste relâché retourne à Rome, au grand mécontentement de Victor, qui l'interne à Antium, en lui assignant de quoi vivre. Après la mort de Victor(en 202), le nouvel évoque Zéphyrin le rappela d'Antium et lui donna part à l'administration de son église. J'arrête ici cette analyse. Calliste, qui avait grandi de jour en jour sous Zéphyrin, deVint son successeur en 219.
Je tiens ce récit pour très suspect, et rien ne m'engage à croire que Calliste ait volé l'argent qu'il avait en dépôt : je pense simplement (ju'il l'a perdu. Mais il y a bien des choses à recueillir dans ces pages. On y voit que, si Calliste est condamné aux mines, ce n'est que parce qu'il a troublé la paix publique. On voit aussi que son maître dit hardiment qu'il n'est pas chrétien; sans la plainte des Juifs, il n'y aurait eu que cela à dire pour le sauver. Calliste ne le dément pas^ et le préfet ne paraît avoir f.iit là-dessus aucune enquête. On voit enfin quelle grande situation a l'évêque de Rome; il a des audiences de Marcia, qui esta peu près la femme de l'empereur ; il dresse des listes de fidèles à gracier ; il dispose à son gré de ses chrétiens: il a un budget sur lequel il dispense des traitements. Enfin, il a parmi les chrétiens des adversaires qui le combattent et le calomnient. Rien ne ressemble moins à l'idée qu'on se fait trop souvent d'une église en quelque sorte enfouie sous terre et ayant peine à respirer.
A peu près à cette même époque, un écrivain cité par Eusèbe (V, 21), en combattant les raontanisles, signalait parmi eux un certain Alexandre, qui se don-
liait, dil-il, pour un martyr (on confesseur], et qui n'était qu'un bantlit. Il avait été condamné par le proconsul d'Asie, non pour la foi, mais pour ses brigandages, ayant déjà quitté la vraie foi (pour l'hérésie montaniste); puis, en invoquant mensongèrement le nom du Seigneur, il a été relâché, ayant trompé les Fidèles. — Ici encore, je ne prends pas parti pour l'accusation ; je constate seulement que l'écrivain orthodoxe parle du confesseur hérétique absolument sur le même ton que l'auteur des PJdlosophies parle de Calliste, et qu'ainsi c'étaient là des lieux communs que les chrétiens des divers partis se jetaient à la tête les uns aux autres. Cela prouve au moins qu'il ne devait pas toujours être facile aux magistrats romains de s'y reconnaître, et de savoir ce que méritait au juste la conduite de ceux qu'on leur déférait. Il résulte encore de ce passage que les chrétiens pouvaient être quelquefois assez influents pour obtenir la grâce d'un des leurs, et ainsi ils n'étaient nullement des proscrits.
Jusqu'ici^ en exceptant la fête sanglante donnée par Néron, et qui révolte Tacite, les condamnations de chrétiens sur lesquelles nous avons des témoignages authentiques, dans Y Apocalypse, dans Arrien, dans Marc-Aurèle, dans Dion, paraissent s'être arrêtées à la mort simple et sans supplices. Il en est de même des ti'ois martyres rapportés par Justin dans sa seconde Apologie. Mais une phrase d'un autre livre de Justin [Dialogue avec Tnjphon, MO) représente déjà les chrétiens comme torturés de toutes manières et devance là-dessus les témoignages plus développés de
Tertullien : « Nous sommes décapités, crucifiés, livrés aux bétes, aux chaînes, aux fers et à tous les autres tourments. » Et ces horreurs ne se séparent plus pour nous de l'idée même du martyre.
Dans notre temps, les mœurs plus douces font que nous ne sommes guère moins étonnés de ces cruautés, pour ainsi dire, que du courage de ceux qui les souffrent. Il nous semble qu'elles n'ont pu être inventées que par une rage toute particulière, qui ne s'adressait qu'aux chrétiens, et imaginait des choses inouïes pour venir à bout de leur constance. Il n'en est rien, et on ne faisait contre eux que ce qu'on faisait constamment contre bien d'autres.
Les supplices tenaient une place considérable dans la vie romaine, et non seulement dans les institutions publiques, mais même dans l'intérieur domestique. Par le seul fait de l'esclavage, ils étaient ou bien ils pouvaient être, dans les maisons romaines, un spectacle de tous les jours. Voici comme parle dans une pièce de Plante un esclave content des mauvais tours qu'il a joués à ses maîtres, à ses risques et périls" :
« Nous devons bien de l'honneur et des remerciements à la fourberie, puisque forts de nos ruses, de nos intrigues, de nos machinations, grâce à la solidité de nos épaules et à la vertu des verges, en luttant contre les pointes de fer, les lames ardentes, les croix, les entraves, les cachots, les carcans... (je n'ai pas de traduction pour tous les mots), et tous ces instructeurs énergiques à qui notre peau a affaire et qui lui ont imprimé déjà tant de cicatrices, enfin les légions et les ar-
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niées ennemies, vaincues par notre force, notre opiniâtreté, nos parjures, sont en notre pouvoir, n {Asmaria, 522.) On voit là très bien (malgré le grossissement du théâtre) par quelles duretés on matait au besoin la volonté des esclaves, et aussi comment cette volonté, se raidissant à son tour, bravait ces rigueurs et y insultait, la nature humaine s'accommodant avec une étrange flexibilité au milieu où elle est plongée *. Qu'on voie encore les tableaux que fait Juvénal des cruautés de certaines dames romaines envers leurs esclaves (VI, 219, 475), et le journal de Trima Ichion dans Pétrone (33) : «Le sept des Kalendes de Sextilis, dans la terre de Cumes, qui est à Trimalchion, il est né 30 garçons et 40 filles ; on a porté dans les greniers 300,000 mesures de froment. Le même jour, l'esclave Mithridate a été mis en croix pour avoir blasphémé le génie du maître. Le même jour, on a encaissé, etc. » Si telle était la justice domestique, on pense bien que la justice publique n'était pas plus clémente; elle ne procédait qu'avec tout l'appareil des tortures, soit pour informer sur le crime par la question, soit pour le punir avec plus ou moins de rigueur. Ce sont les lois pénales ordinaires qui condamnaient régulièrement un criminel, tantôt à être mis en croix, tantôt à être exposé aux bêtes dans l'arène, tantôt à être brûlé vif. Cela paraissait tout simple, et comment nous en étonnerions-nous, puisque cette odieuse justice s'est perpétuée pour des siècles dans ce qu'on
I. Voir pour plus de développements M. Wallon, Histoire de l'esclavage dans l'antiquité, 1847, t. II, p, 238 et 280.
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a appelé le monde chrétien ; puisqu'à défaut de la croix, que le respect de la croix du Christ a mise hors d'usage, les roues et tous les instruments de la question ou de la mort douloureuse ont duré, pour ainsi dire, jusqu'à nous, et que, si les bûchers n'élaient plus leurs flammes sinistres, c'est seulement depuis que le vent de la philosophie de Voltaire les a éteints.
Je citerai ici un passage d'Ammien, non pas certainement pour établir ce qui est si connu et si clair, mais parce qu'il ne suffit pas de savoir les choses, il faut les voir autant que possible, et on ne les voit bien que dans des relations écrites en face des choses mêmes, par des hommes qu'elles ne surprenaient pas et qui y étaient accoutumés.
Ce qu'il raconte se passe au quatrième siècle, c'està-dire dans un temps très semblable à celui qui nous occupe, et qui le rappelle parla superstition et la déraison autant que par la cruauté. Il nous dit donc (XXIX, 1) qu'on découvrit une conspiration formée contre l'empereur Valons pour mettre à sa place un certain Théodose. Ammien n'a recueilli, dans l'instruction de cette affaire, qu'une opération magique et divinatoire qui fut faite pour faire désigner Théodose par les dieux. Un anneau suspendu, mis en branle audessus d'un cercle qui portait les 24 lettres de l'alphabet, alla toucher les trois lettres th é o [ih n'est qu'une lettre en grec), puis la lettre d; les conjurés se contentèrent de cette indication*. Ces manœuvres sont
1. Plus tard on dit sans doute que l'oracle avait annoncé la grandeur future de Théodose.
dénoncées. Là-dessus, une enquête s'ouvre; les prisons s'emplissent et regorgent, et les maisons des particuliers servent de prisons. » On dresse les chevalets; on prépare les poids de plomb, les cordes, les verges ; tout retentit de l'irorreur des voix furieuses, tandis qu'à travers le bruit des chaînes, on entend les gens chargés de ces tristes offices qui crient : « Empoigne , enferme, serre, mets à l'ombre ! » Et plus loin : « Comme ils ne s'accordaient pas dans leurs pi-emières paroles, on leur déchira le flanc (avec les griffes de fer)... Ils sortent de là mis en pièces et à demi morts. « Sur le rapport qui fut fait à rempereur^, il ordonna enfin que tous les accusés fussent décapités. Mais il y en avait un, nommé Simonide, qui avait osé convenir qu'il avait tout su, et qu'il n'avait pas voulu parler. Celui-là, l'empereur furieux le fît brûler vif.
Les jours suivants furent remplis encore des supplices d'une multitude d'hommes de toutes classes, qui fatiguèrent, dit Ammien, les bras des bourreaux, épuisés avant de mourir par les cordes de torture, les plombs, les verges. D'autres furent tués tout de suite et sans forme de procès; « on les égorgeait comme des bêtes ». Enfin Ammien nous parle d'un dénonciateur, un misérable, de qui on veut tirer de quoi perdre un personnage suspect; on le déchire de toutes les façons, pour lui faire dire ce qu'on a envie d'entendre, et puis, quand son corps est devenu incapable de souffrir davantage, on en finit avec lui par le feu.
L'atroce violence faite à la nature développait parfois chez les criminels le même orgueil et la même
force de résistance qui nous frappait tout à l'heure dans l'esclave. Le théâtre s'est emparé aussi de ces endurcissements, et je parle même du théâtre moderne. Que de choses il y a, pour qui sait lire, sous ces quelques vers de Molière!
Le petit Gille encore eût pu nous assister,
Sans le triste accident qui vient de nous l'ûter.
Monsieur, le grand dommage ! et riiomme de service !
Vous avez su le tour que lui fit la justice :
Il mourut en César el, lui cassant les os,
Le bourreau ne lui put faire lâcher deux mots *.
Mais le récit d'Ammien nous présente la même énergie sous une forme plus élevée. Ce Simonide, dont il a été parlé tout à l'heure, était ce qu'on appelait alors un philosophe, et il y en eut plusieurs de compromis dans cette affaire^. Ces philosophes étaient des espèces de moines austères et farouches, ennemis des vices et des injustices des puissants. Simonide obéissait sans doute au sentiment de ce qu'il croyait le devoir; il a été aussi, à sa manière, un martyr. Ammien nous dit qu'il sortit de la vie comme de la maison d'un maître furieux, et que, se riant de l'écroulement subit de tant d'importances, ridens siibitas momentorum rui?ias^ il ne fît pas un mouvement jusqu'à ce qu'il fût consumé, iynmobilis conflacjravit.
11 n'y a pas de variété de supplices dans cette histoire, mais celui qui y paraît est affreux. Et par quelle atroce procédure, par quels supphces ils sont