‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 27 sur 109 · MoLiÈAB, Poureeaugnac, acte I, scène u · texte numérisé non relu

MoLiÈAB, Poureeaugnac, acte I, scène u

lU LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.

La mort a été engloutie dans la victoire. Mort, où est ton aiguillon ? Mort, où est ta victoire ? L'aiguilloo de la mort, c'est le péché... Grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par Notre Seigneur le Christ Jésus (ICor., XV. 35.67)*.»

Paul, on Fa vu, croyait être de ceux qui devaient entrer directement dans la gloirey sans même avoir passé par la mort, tant tout cela était proche ! La mort allait disparaître avec le péché, qui faisait 'toute sa force. Le mal, tout à Théure, sera anéanti sous toutes ses formes ; il ne restera plus que « Dieu tout en tous {Ibid., 28)».

Et cependant ces passages n'épuisent pas la hauteur et la largeur des aspirations de Paul. Il y en a un autre où il représente comme affranchis par le ChrisI, non plus les Fidèles, non plus les hommes seulement, mais encore la création tout entière : « La création

1. Cette phrase : « La mort a été engloutie dans la victoire >, est traduite dÛtaie, xiv, 8, et la phrase suivante d'Osée^ xiu ; mais ces traductions sont très inexactes, d'après les hébralsants* L*hébrcii porte, d'une part: « Il engloutira la mort pour jamais, » et de l'autre : « Je serai ta ruine, Mort ; Je serai ta destruction, Scheol.» Le Scheol, c'est encore la mort, proprement le séjour souterrain que les morts habitent.

Le mot 6o|a, par lequel Paul exprimé l'éclat des corps célestes, est la traduction de l'hébreu kaàod, qui signifie, en plusieurs endroits de VAncien Testament^ une lumière resplendissante dont lehova est entouré. {Exode, xxiv, 16, etc.) Les Sepunte ont rendu kabod par ô6(a, dans la Vulgate glorioj d'où en français gloire. Ce sens du mot gloire est bien oublié aujourd'hui, si oublié qu'en lisant le vers de Corneille dans Polyeucte :

Oa 1« eoDdttiiei-TOtti 7 — A la mort. — A la gloire !

beaucoup ne le comprennent plus et croient qu*il s'agit de la gloire au sens ordinaire, tandis que Polyeucte veut dire la gloire ou la splendeur du paradis.

LA UÉSURRECTION. — PAUL. 115

est suspendue dans i*aUenle du moment où seront manifestés les Tils de Dieu. La création a été assujettie à la mortalité, non volontairement, mais par l'ordre de celui qui Ta assujettie, avec la promesse que la créa- Hon elle-même sera affranchie de la corruption et entrera dans Taffranchissement de la gloire des enfants de Dieu. Car nous savons que la création tout entière continue d'être partout en gémissement et en travail jusqu'à cette heure. Et ce n'est pas tout, mais nou$-mémes, qui avons reçu la prémice de l'Esprit, nous aussi, nous gémissons en dedans de nous, attendant... l'affranchissement de notre corps {Rom.^ vui, 19-23). » Ainsi, c'est la nature tout entière qui, par l'avènement du Christ, va être affranchie de la mort et de la douleur.

Voilà de magnifiques rêves ; on voudrait savoir où Paul a pris tout cela ; mais comment le saurions-nous et comment pourrions-nous le dire, puisque, des idées et des croyances de celte époque, il ne nous reste, pour ainsi dire, aucun monument?

Nous avons cependant conservé Philon, et, dans les œuyres de ce Juif d'Alexandrie, nous trouvons, avec des doctrines helléniques dont beaucoup sont demeurées étrangères à Paul, quelques idées théologiques qui sans doute étaient accréditées à celte époque dans les écoles juives. Telle est celle des deux hommes, ou du double Adam, assez différente dans Philon de ce qu'elle est dans Paul, mais pourtant assez analogue a ussi pour qu'on puisse croire que l'un et l'autre ont puisé aux mêmes sources. Philon aussi s'attend, comme

Paul, au bouleversement du monde et à Tévanouissement de Tempire romain ; si ses pensées ]à-dessus sont moins mystiques que celles de Paul, s'il n'en appelle qu'à une sorte de loi historique qui ferait de Thuinanité une grande et universelle démocratie, nous n'en sommes peut-être que plus frappés de leurs communes espérances *.

Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans les développements que j'ai transcrits ne parait pas être d'origine juive, et, suivant toute apparence, vienJL de la religion de Milhra. Celte religion, très répandue depuis quelque temps, attirait surtout les âmes par la promesse de la résurrection des morts et de la destruction de la mort et du mal, qui devaient disparaître ensemble à jamais. C'était son dogme par excellence, et c'est seulement d'après elle que les Juifs se sont mis à croire à la résurrection, dont il n'y avait pas trace dans leurs anciens livres. C'est de la Cilicie, au témoignage de Plutarque, que le culte de Milhra et ses mystères étaient entrés dans l'empire romain, à l'époque de la guerre des pirates [Pompée^ 24). L'influence devait donc s'en faire sentir dans cette grande ville de Tarse, ouverte à tant d'idées et de religions, où Paul était né et où il vivait ^.

Ces idées paraissent aujourd'hui si extraordinaires,

1. Voir mon tome III, p. 400-401, où je renvoie au livre de M. Franck sur la Kabbale. Voir aussi son article Bur saint Paul^ dans les Débats dv. 16 juillet 1875.

Voir encore mon tome III, p. 490.

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