Pour Tite, le texte de Ga/., ii» 8, demeure obscur
LÀ RÉSURRBGTIOIf. — PAUL. 141
s^entend assez : ii reproche aux jadaïsants « d*observer le» jours^ les mois, les saisons, les années » {GaLy IV, 10); c'est leur reprocher en termes couverts de tenir compte des sabbats, des nouvelles lunes, des fêtes de la Pàque et de la Pentecôte et des jubilés ^ Mais au besoin son silence absolu est aussi éloquent que des paroles : ainsi, il ne parle pas une seule fois ni du Temple, ni des sacrifices, ni du grand prêtre. Philon lui-même ne s'occupe pas volontiers de tout cela ; il aime mieux s'arrêter aux idées dont les signée . extérieurs sont les symboles. Philon écrivait : « On ne saurait véritablement rendre grâces à Dieu de la façon dont le vulgaire l'imagine, par des pompes, des offrandes et des sacrifices; car le monde tout entier ne serait pas un temple suffisant pour l'honorer ; mais bien par des' hymnes et des cantiques de louanges; je ne dis pas ceux que fait retentir la voix, mais ceux que chante au dedans l'âme incorporelle et toute pure >. » Et Paul écrit à son tour [Rom., XIII, 15) : « Je vous exhorte, frères, par les miséri* cordes de Dieu, de présenter vos personnes comme une victime vivante, sainte, agréable à Dieu, qui soit votre culte rationnef. » Combien l'apôtre ressemble au docteur d'Alexandrie! La vraie différence est que l'un prêche paisiblement une doctrine, et que l'autre fait violemment une révolution. Philon préfère l'esprit à la lettre : dans Paul, la lettre a tout à fait disparu.
1. L*épltre apocryphe à ceux de Colosses nomme les choses par leur nom, if, 16.
2. Édition Mangey, t. !•% p. 348 ; édit. Tauchnîtz, t. H, p. 181.
J*ai montré ailleurs que le spiritualisme éievé de Philon Tavait mis même sur ta voie de Tidée paulierine des gentils préférés aux Juifs et éhis de Dieu à leur place ; mais je dis seulement sur la voie ; car Philon n'allait pas et ne pouvait aller jusque-là. C'était beaucoup d'avoir dit que Dieu préférerait le Juif du dehors, le Juif d'hier, au Juif de race, à VHébreu, si fier de ce nom, et des noms d'Abraham et de David S si le premier était plus près de lui par li^ cœur et plus fidèle : mais, pour que l'étranger devint ainsi un élu, il fallait avant tout qu'il fût devenu un Juif. L'idée que des non-Juifs, des gentils, puissent être substitués dans la faveur de Dieu à ceux qui suivaient la loi d'Israël, n'avait jamais approché, avant Paul, de l'esprit d'un Juif. Voilà pourtant ce qu'il a osé dire, et cela aurait pu lui causer quelque embarras; car, dans le milieu où il prêche, on n'est admis à rien avancer sans l'appuyer sur les Écritures ; et comment trouver dans les Écritures une pensée qui n'est pas seulement tout à fait étrangère à l'esprit des Juifs, mais encore qui en est la contradiction absolue? On avait en pareil cas une grande ressource, et dont on usait largement, celle de citer à faux, et sans ombre de critique. Qu'on prenne, par exemple, les passages que Paul a rassemblés sur ce sujet dans l'Épitre à ceux de Rome, et qu'on les relise chacun à sa place dans les textes originaux, on n'aura pas de peine à voir qu'ils ne disent rien de ce que Paul a
1. Tome III, p. 449. — « Ils Bont Hébreux, et moi aussi, t dit Paul lai-méme (II Cor,^ vi, 22).
prétendu leur faire dire. Ce grand dogme de la théologie paulienne ne repose que sur une série de contresens *.
Paul déclare d'ailleurs hardiment que ce ne sont pas les œuvres de la Loi qui justifient, mais la foi en Jésus le Christ (Gel/., ii, 16).
Comment en douter, puisquQ, en effet» depuis tant de siècles que la Loi était souveraine, le royaume de Dieu pourtant n-arrivait pas, les péchés des hommes eu empêchant la venue? Il fallait que ces péchés fussent effacés, que Dieu cessât de les imputer aux hommes, qu'il nous tint pour « justifiés », et c'est ce qui n'a pu se faire que par la mort du Christ. La Loi a existé pourtant, et on ne peut l'oublier, puisqu'elle régnait hier. En effet, elle a existé, mais elle n'était qu'un provisoire, une préparation de l'avenir; une gouvernante, à qui avait été confiée l'enfance du genre humain ^. Celui-ci est devenu homme, et n'a plus besoin de maître ni d'abécé. C'est ainsi qu'il parle en un endroit, avec quel mépris pour cet enseignement de la Loi, dont la veille il était si fier encore ! {Gai., m, 24 et iv, 4). Mais ailleurs il n'admet plus que la Loi ait été jamais nécessaire : « Les gentils, qui ne l'ont pas, sont à eux-mêmes une Loi. Ils font voir que l'œuvre de la Loi est écrite dans leur cœur ; • elle a pour témoigner d'elle leur conscience a {Rom.^ u, 14). C'est le langage d'un philosophe grec ;
1. Ram., tx, 25; x, 19 et 20, d'après Osée, i, 10, 15, 23; Deutétonomct XXXII, 21 ; haie, lxv, 1.
3. En grec, un KaxàoLyiayoç, parce qu'en grec la Loi elle-mâme est du masculio.
non que Paul paraisse avoir lu les philosophes; maïs la pensée hellénique s'était infiltrée dans son esprit et l'avait élargi jusqu'à embrasser Thumanité : « Il n'y a plus de Xuif ni de Grec, d'esclave ni de libre, d'homme ni de fiemme ; tous tant que vous êtes, vous n'êtes qu'un en le Christ Jésus s> (Ga/., m, 28, etc.). Et enfin : <c Dieu n'est-il qu'aux Juifs? N'est-il pas aussi aux gentils? Oui, il est aussi aux gentils ; car il n'y a qu'un seul Dieu >i {Bom.y m, 29,'ete.). Yoilà des iJées où Jésus n'avait pas atteint, et dont il n'y a aucune trace dans les évangiles ^ .
Elles ne sont pourtant pas encore ni assez vastes m assez hardies. D'abord, dans leur élan vers l'idéai, elles oublient trop la réalité. Paul ne prétendait pas, il ne pouvait pas même imaginer, que toute distinction réelle fût effacée entre le libre et l'esclave ; il ne les supposait égaux que dans le Christ, et c'était beaucoup déjà, car cette conception en 'piréparait une supérieure. De plus, il ne prévoyait pas, en unissant la famille humaine dans un dogme, que ce dogme deviendrait à son tour un principe de division et de combat. Pour nous, nous avons supprimé en réalité, dans presque tout le monde civilisé, la distinction entre le libre et l'esclave, et un jour sans ' doute sera supprimé aussi, entre l'homme et la femme,
1. Toujours, bien entendu, le quatrième éUnt mis à part. — Piasieurs siècles avant Paul, la sagesse grecque avait dit, dans des Tert que Stobée nous a conservés ^lxxxvi, 6), qu'un Scythe vaut un Grec, s'il est philosophe. Et la Lettre apocryphe à ceux de Colosses, en reproduisant la même idée, emploie ce mot môme de Scythe, comme se souvenant de ces vers (m, 11).
fout ce qui, en fait dlnégatilé, ne vient pas de la nature, mais de la tradition. Enfin, nous avons à cœur défaire évanouir, dans les constitutions et dans* les lois, ce qui reste encore des séparations que les croyances avaient faites entre les hommes; de sorte que nous disons aujourd'hui : Il n^y a pas à distinguer entre le chrétien et TinSdèle, entre le déiste et Tathée; tous tant que vous êtes, vous ne faites qu'un en rhumanité. Mais, quoique cette formule dépasse de beaucoup celle de Paul, on comprend Teffet que la sienne a dû produire au temps où elle a été prononcée, et combien elle était faite pour entraîner les esprits. Voilà l'élan et l'essor qu'avaient imprimés à sa pensée le dégoût du mal, le désir et Tardent espoir du mieux, irrités encore par les obstacles que ses aspirations rencontraient dans des préjugés qu'il avait partagés lui-même.
Hais il ne peut se tenir à ces hauteurs, car il se sent entravé et ramené à terre par un poids qu'il traîne à son pied, pour ainsi dire : c'est celui des textes sacrés. Tandis qu'aucun texte n'arrêtait la pensée de l'Hellène, l'esprit d'un Juif, au contraire, ne pouvait se mouvoir en quelque sens que ce fût, sans le congé de ses Écritures, et cela était vrai surtout d'un Juif qui avait été formé dans les écoles sévèrement orthodoxes de la yille sainte. De sorte que, même pour échapper à la Loi, il faut encore qu'il tienne compte de l'autorité de la Loi. De là d'étranges tours de force, qu'il est intéressant de suivre dans ses Lettres, quelque IV. . ' io
faligants qu'ils paraissent à noire esprit dégagé de ces liens.
Sa grande ressource, dans cette tentative si difficile, est rtiisloire de la promesse faite à Abraham, le père du peuple de Dieu. Il n'y a pas dans la Bible de texte plus considérable aux yeux des Juifs, et c'est pour eux le titre le plus ancien de leur fortune et de leurs espérances : « Je ferai sortir de toi un grand peuple; je te bénirai et j'agrandirai ton nom... Je bénirai qui te bénira et maudirai qui te maudira... Je donnerai ce pays à la postérité (xii, 2-7). » — « Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux; ainsi sera ta semence (xv, 5). » — a Jétablis un pacte entre moi et toi et tesjilescendants après toi, un pacte perpétuel pour les générations à venir, pour être ton Dieu et celui de ta semence... Voici le pacte entre moi et toi, et tes descendants après toi... Que tout m&Ie soit circoncis (xvn, 7-10, etc.). » Tout cela est parfaitement clair, et c'est rhistoire même d'Israël sous forme de prophétie ; mais quand s'accréditèrent les idées messianiques, l'imagination a dû étendre la portée de ces promesses jusqu'à l'avenir que l'on rêvait, et Ton a cru que la grandeur de l'Oint attendu y était comprise. Paul, eo les rapportant au Christ, a probablement suivi une voie ouverte avant lui; mais j'imagine que c'est à lui qu'appartient cette subtilité, de faire remarquer que le texte ne dit pas: « à tes semences », au pluriel, c'està-dire à tes rejetons, mais, au singulier, « à ta semence », coquine peut signifier qu'un seul rejeton, qui est Christ {Gal.y lu, 16). Et là-dessus il conclut
intrépidement que le Christ ayant ainsi été promis plus de quatre cents ans avant la Loi, celle-ci ne compte pa6 en comparaison de cette promesse. Cela est puéril et misérable, mais par ce galimatias l'obstacle de la Loi était tourné.
Ce n'est pas tout { au moment où lehôva promet à Abraham, qui se plaignait de n'avoir pas d'enfants et qui n*en espérait plus, une postérité innombrable, il est dit qu'Abraham crut à lehova, et que cela lui fut compté comme un mérite {Gen., iv, 6). Paul traduit : « Sa foi lui fut imputée à justice ; » il entend par là, à justification, à salut. Les justifiés, dans sa langue, sont ceux dont les péchés ne sont plus comptés, et que rien n'empêche dès lors d'avoir part au royaume de Dieu. a Hais, dit Paul, quand il a été justifié ainsi, était-il en état de circoncision, ou avec le prépuce ? Il n'était pas en état de circoncision, mais avec le prépuce. » En effet, ce n'est que plus tard que Dieu lui a prescrit la circoncision. « Et ainsi, dit Paul, la circoncision n*est venue qu'après coup, comme la marque de la justification par la foi, foi qu'il avait eue avec le prépuce, pour être le père de tous ceux qui ont la foi avec le prépuce, etc. {Rom,, iv, 9-11). » De pareils raisonnements, si on peut les appeler ainsi, devaient cruellement impatienter les Juifs qui les entendaient faire. Mais qu'on imagine un moment l'eflet qu'ils auraient fait à des gentils, à ce Sénèque, par exemple, qu'une légende absurde a prétendu mettre en commerce avec saint Paul !
Sa doctrine de la Loi auteur du péché n'est pas
i48 LE GHRISTUNISME ET SES ORIGINES.
moins bizarre. 11 dit posilivement [GaL, m, 10) : « Ceux qui partent des œuvres de la Loi sont sous la malédiction, car il est écrit {Detuér.^ xxvii, 16) : « Maudit tout homme qui ne s'assujettit pas à toutes les » prescriptions contenues dans le livre de la Loi, poui- » les accomplîf . » Et ailleurs {Rom., iv, 15) : « C'est la Loi qui fait le châtiment ; car où pas de loi, pas non plus de transgression. » Et encore [Rom., vu, 7-13) : « Le péché, je ne Tai connu que par la Loi ; car je n'aurais pas connu la convoitise, si la Loi n'eût dit : « Tu ne » convoiteras pas. » C'est <}e là que le péché a pris son élan, et que par le commandement il a produit en moi toute convoitise ; car sans la Loi le péché était mort. Et moi, sans la Loi, je vivais jusque-là ; mais, le commandement étant venu, le péché a repris vie, et moi, jesuis mort. Et ainsi, pour moi, le commandement, qui était pour la vie, s'est trouvé être pour la mort. » Cette suite de non-sens mènerait à d'étranges conséquences, contre lesquelles Paul se débat avec effort : « Qu'estce donc ? La Loi est-elle péché ? Loin de nous 1 — Ce qui était le bien, a-t-il été pour moi la mort? Loin de nous ! » Mais la plus fâcheuse de ces conséquences serait de conclure que, puisque la mort du Christ prévaut sur le péché et l'elTace, on peut maintenant s'abandonner à son aise au péché. « Loin de nous ! Puisque nous sommes morts au péché, comment pourrions-nous vivre encore en lui ? » {Rom., vi, 2.) Il est vrai que la Loi est morte S mais les œuvres de la chair^
U Gai., V, 18-33. Je ne traduis pas mot à mot, précisément poar que la pensée ressorte mieux.
LAf RÉSURRECTION. — PAUL. 149
contre lesquelles la Loi était faite^ sont mortes aussi pour vous ; vous ne vivez plus que pour les œuvres de l'Esprit, qui n*ontrien à faire aveolaLoi. C'est-à-dire que Paul s'embarrasse dans ses raisonnements, et ne vient pas à bout d'accorder entre elles ses paroles ; mais la raison de cet embarras est peut-être, sans qu'il le démêle nettement lui-même, que ce nom de la Loi enveloppe en réalité, pour lui, deux choses très distinctes. L'une est la loi de la nature et de la conscience, qui reste toujours sacrée, depuis le Christ comme avant lui ; l'autre est la loi locale et traditionnelle, avec ses prescriptions minutieuses, qui pesaient sur tous les actes et tous les mouvements des Juifs. C*est celle-ci que Paul a réellement dans la pensée, quand il se dit que la Loi fait le péché, que le péché disparaîtra avec la Loi elle-même, et que l'homme, quand il ne sera plus conduit que par l'Esprit, se sentira à la fois libre et pur.
C'est'- de la rupture de Paul avec la Loi qu'est sortie cette singulière doctrine de la grâce^ qui tient tant de place dans ses Lettres, et qui 9 fait ensuite une si grande fortune dans l'Église. L'idée première de cette doctrine est une idée philosophique, <iue l'observation intérieure suffit à suggérer. A peine l'analyse a-t-elle fait connaître à l'homme ce qu'il appelle sa liberté, qu'il ne tarde pas à s'apercevoir combien cette liberté est bornée, et qu'il lui arrive souvent de vouloir sans avoir la force d'accomplir ^ Toilà pour quand il fait le mal ; et d'un autre côté,
1. EoRiPioE, Médée, 1,068 : « Je sais bien le ma] que Je Tais faire
quand il fait le bien, il lui semble- aussi quelquefois que sa vertu ne lui vient pas de lui-même^ et qu'il agit par une inspiration ou un élan dont il n'a pas le secret. Platon déjà disait, dans le Ménon{p. 100), « que la vertu ne vient ni de la nature ni de réducation, mais d'un don divin, où le travail de Tesprit n'est pour rien, et qui la dispense à tel plutôt qu'à tel autre » ; et il est probable que cette doctrine a été développée après lui dans les écoles qui avaient un caractère plus particulièrement religieux ou même mystique, comme celles des Platoniques et des Pythagoriques. Nous n'avons plus rien de ces philosophes, mais on trouve fortement et abondamment exprimé chez Philon d'Alexandrie le sentiment de ces bienfaits ou de ces grâces de Dieu, sans lesquelles le plus sage ne peut ni atteindre le vrai ni faire le bien, et qu'il doit appeler par la prière *. Les discours de Philon, à ce sujet, ont un caractère tout philosophique et hellénique, et aussi bien il n'y a rien de cela dans la Bible juive. Cependant il n'est pas douteux que Tesprit du judaïsme ne fût particulièrement favorable au développement de ces idées, puisque les Juifs se regardaient comme un peuple élu, pour qui son dieu avait fait ce qu'il n'avait voulu faire pour aucun autre, et dont l'existence tout entière ne s'expliquait que par la faveur
mais ma passion est plus forte que ma volonté. » Id,, /ftpp., 380; Xéropbon, Cyrutf VI, i, 41 ; Hoeacb, Ép.,l, viii, U ; Ovide, Métam., VII, 20, et Paol lai même, Rom., vu, 15. 1. Voir tomeUr, p. 412-414.
LA RÉSURRECTION. — PAUL. lot
dVn haut. La doctrine de la grâce est, en ce sens, éminemment juive, et Paul, en tant que Juif, devait en être pénétré ; mais, quand il se sépara de ses frères, il la retourna brusquement contre le judaïsme surpris. Comment Dieu a«t-il pu rejeter son peuple? Comment a-t-il refusé le salut aux mérites des Juifs, pour le donner aux gentils, qui n'avaient pas mérité? C'est qu'il ne s'agit pas de mérite, et que Dieu n'a de compte à rendre à personne. Ils étaient les élus hier, ils sont aujourd'hui les réprouvés; Dieu Ta voulu, et cela suffit. Et la Bible est là, prête à lui fournir des arguments.
Il citait toutà.rheure Abraham, il cite maintenant Ésaù et Jacob ; cet aîné, à qui son putné a dérobé son aînesse, représente les Juifs, supplantés par les gentils : <c Rébecca eut deux jumeaux de notre père Isaac. Avant qu'ils fussent nés et qu'ils eussent fait ni bien ni mal, afin que prévalût ce que Dieu avait résolu par choix, non en vertu de leurs œuvres, mais en vertu de son appel, il fut dit : « Le premier-né sera )) assujetti à l'autre ; » car il est écrit: « J'ai aimé Jacob » et j'ai réprouvé Ésaû*. » Que dirons-nous? Y a-t-il eu injustice en Dieu? Loin de nous I Dieu dit à Moyse : « Je » ferai grâce à qui je fais grâce ; j'aurai miséricorde de » qui j'ai miséricorde. » {Exode, xxxui, 19.) Ce n'est
1. Je n*al pas besoin de dire qae ces paroles, qui sont dans Malachie^if 2-3, signifient, seulement que lehova préfère le^ Juifs, fils Ua Jacob, aux Idamées, fils d'Élan. De môme, le récit de la Genèsa sar Esaa et Jacob, xiv, 23, ne voulait dire autre chose, sinon qiiles Idumées seraient assujettis aux Juifs, malgré la supérioritô première du peuple idumée sur le peuple Juif.
i52 LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
donc pas ici Tœuvre de rhomme qui s'efforce et qui court, mais celle de Dieu qui fait grâce, car TÉcriture dit à Pharaon : « Je ne t'ai suscité que pour ceci, » pour faire montre en toi de mon pouvoir, et pour )) que mon nom soit proclamé sur toute cette terre. » {ExodCy IX, 16.) Àinsi^ il fait grâce à qui il veut, et qui il veut, il Tendurcit ^. Tu me diras : « De quoi se » plaint-il alors ? Qui peut résister à sa volonté ? » Mais vraiment, ô homme! qui es-tu donc, toi, pour tenir tête à Dieu? L'ouvrage façonné dit-il à celui qui le façonne : « Pourquoi m'as-tu fait ainsi ? » Le potier n'est-il pas maître de l'argile, pour faire d'une même pâte, d'une part un vase d'honneur, de l'autre un vase d'ignonfiinie? » (Aom., ix, 10-21.) Tout cela est cruellement déraisonnable; mais c'était un bon tour de polémique que de dire aux Juifs : a Vous vous vantez que lehova a transféré le droit d'aînesse d'Ésaû à Jacob votre père ; eh bien, c'est ainsi qu'il transfère aujourd'hui votre droit d'aînesse aux gentils. «Ailleurs, après avoir cité ces paroles du livre des Rois : « J'ai réservé pour moi sept mille hommes, qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal, » Paul ajoute : a C'est ainsi qu'aujourd'hui encore il y a une portion réservée, par pur choix de grâce. Mais, si c'est par grâce, ce n'est plus d'après les œuvres ; autrement, la grâce n'est plus grâce, etc. » (Aom.,xi, 5.) Citons encore ce verset : « Ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés, et