‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 41 sur 109 · Ayàipjv en grec, en latin caritatem, d'où « charité · texte numérisé non relu

Ayàipjv en grec, en latin caritatem, d'où « charité

espère tout, il supporte tout. L'amour ne meurt pas^ même quand les prophéties auront pris fin, quand le» (/lusses cesseront, quand la connaissance aura pris fin. Car c'est chose incomplète que notre connaissance, et chose incomplète que notre prophétie ; mais quand l'accomplissement sera venu, alors l'incomplet prendra fin... Nous ne voyons encore que par réflexion ^ d'une façon symbolique ; alors ce sera face à face... Jusque-là, nous avons la foi, l'espérance, l'amour, et,, des trois, ce qu'il y a de plus grand est l'amour (I Cor.y xn, 31, à xni, 13). » On peut, ce me semble, pardonner ses illusions et ses faiblesses à l'égard du surnaturel à l'homme dont le cœur ardent mettait l'amour au-dessus même du miracle, et y voyait le terme dernier et l'accomplissement de toute chose ^

Ainsi, la morale des Lettres de Paul, si on y regarde de près, se rapporte aux circonstances particulière» où ceux à qui il prêche sont placés, et elle n'est pa& tant une morale qu'une règle disciplinaire. Elle nou» conduit ainsi à d'autres passages de ses Lettres qui serapportent encore plus directement au gouvernement des églises qu'il a établies. Ces églises étaient de petite» sociétés assez resserrées, puisque tous les membre» d'une même église, celle de Gorinthe, par exemple, se rassemblaient pour prendre en commun ce qu'on appelait le repas du Seigneur (I Cor., xi, 20). Ces société» étaient libres, puisqu'elles ne se rattachaient à aucuo ordre établi, à aucune autorité publique ; elles n'avaient de chefs que ceux qu'il leur plaisait d'écouter el

]. Voir encore /iom., xii, G-8, 13-21, et zui, 8-10.

LA RÉSURRE.CTION. — PAUL. ' 173

-de suivre, tantôt celui-ci, tantôt celui-là (i, 12). Il ne s'y trouvait pas d'aristocratie qui pût prétendre au respect et à la docilité du grand nombre ; tous étaient ^gaux, tous étaient delà foule. « Parmi vous, dit Paul, il n'y a guère de sages suivant la chair, guère de puissants, guère de nobles. .Mais Dieu a choisi ce qu'il y a de fou dans le monde pour faire honte aux sages, et Dieu a choisi ce qu^il y a de faible dans le monde pour faire honte à ce qu'il y a de fort, et Dieu a choisi ce qu'il y a dans le monde de mal né, de compté pour rien, de néant, pour détruire ce qui est quelque -chose (i, 26-28). » Tout cela devait être assez difficile à gouverner. Il y avait des divisions ; il faut qu'il y en ait, dit Paul, pour faire reconnaître ceux qui sont à toute épreuve ^ ; et ces divisions allaient quelquefois jusqu'au scandale. Ainsi l'on voit que, dans le repas du Seigneur, il se formait des groupes qui s'attablaient à part les uns des autres, quoique dans le même lieu d'assemblée ; il y en avait de pauvres et d*affamés, tandis que d'autres se gorgeaient de viandes et de vin jusqu'à être ivres {Ibid.y 21). On se fait volontiers un idéal de Tagape chrétienne ; on est loin ici de l'idéal. Paul entend que, tout en mangeant et en buvant chez soi à sa guise, on veuille bien, quand on est réuni, s'atten- ' dre l'un l'autre, pour faire ensemble un repas qui sans doute était alors le même pour tous, « afin de ne pas

1. 1 Cor, XI, 19. Il 86 sert da mot grec alpsaeiç, qai slgaifie simjilement des partis, mais diaprés leqael les partis religieux ont pris 4>lus tard, dans les langues latines, le nom d'hérésies.

2. 'Ay^icvi, amour ; c'était le nom de ces repas communs, du moins .an temps de TertuUien (Apolog.^ 39, à la fin).

à LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.

faire honte aux pauvres (/dtV/.).»OD voit assez qu'il s'agit d'un repas véritable, et non du symbole d'un repas, et il en fut ainsi bien longtemps encore, puisque, au temps de TertuUien, c'était la communauté qui faisait les frais de ce repas au proflt des pauvres *. Mais ce qui est bien remarquable dans Paul, et ce qui montre à quels instincts grossiers il se trouvait quelquefois avoir affaire, c'est que pour faire respecter son règlement, il se croit obligé de faire appel àTintervention surnaturelle de Dieu lui-même, assurant que c'est en punition de ce désordre qu'il éclate de temps en temps parmi les «frères » des maladies et des morts {Ibid,, 30). Voilà une manière bien commode, mais aussi bien tragique, de faire la police du saint repas ^.

C*est ainsi qu'ailleurs, indigné du scandale que donnait aux « frères », dans Corinthe, un homme qui avait chez lui la femme de son père, il prononce contre lui, avec une solennité extraordinaire, une sentence par laquelle, « de l'autorité de Notre-Seigneurle Christ Jésus », il le livre « à Satanas, pour la perdition de sa chair» (v, 1t5) ; c'est-à-dire qu'il compte que, par l'effet même de cette sentence, cet homme ne peut manquer d'être frappé de mort, ou au moins de quelque mal terrible.

Un autre embarras de Paul tenait aux rivalités des

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