Tobie, zii, 12, et Psaume 138 (dans les Septante
comme le dit aussi la Loi. Si elles veulent savoir une chose, qu'elles le demandent au logis à leurs maris; car il est honteux pour les femmes de parler dans rassemblée (xvi, 34-35). » Le renvoi à la Loi, c'està-dire àrÉcriture, se rapoprte sans doute à Genèse, ni, 16; mais il est curieux de voir Paul redevenir Juif et à son tour invoquer la Loi pour se débarrasser des femmes 1.
La plus grande ressource de l'autorité, dans une communauté telle que celle que Paul avait à conduire, est le jugement de la communauté elle-même; elle juge ceux du dedans, comme Dieu ceux du dehors. Et, au besoin, par une décision solennelle, elle rejette de son sein ceux qui y apportent le désordre. C'est ce qui s'est appelé plus tard excommimication. On n'avait plus de commerce avec le coupable, et on ne mangeait plus avec lui (v, 11-13).
Cependant l'action de l'assemblée ne pouvait être de tous les jours, et elle ne pouvait non plus entrer dans les querelles particulières. Ces querelles dégénéraient parfois en procès, qui étaient portés devant des juges. Mais ces juges n'appartenaient pas à la foi ; c'étaient des gentils, des non- justes^ qui décidaient ainsi entre \q% saints (I Cor., vi, 1). Cela parait à Paul insupportable. « Nesavez-vous pas que les Saints jugeront le monde?... Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? » C'est déjà un mal qu'il y ait des
1* Le Tenet célèbre : » Femmes, soyez subordonnées à ros maris (^0^*1 III, 4), » n*est pas dans les Ëpltres authentiques, mais n'en e&i pu moins, comme on voit, dans Tesprit de Paul.
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procès entre des Frères ; il vaudrait mieux se laisser faire tort, se laisser dépouiller; tandis qu41 y en a qui font tort aux autres et qui les dépouillent I « Si donc vous avez des litiges sur les intérêts de cette vie, prenez les moindres de Féglise, et faites-les vos juges. Je le dis pour votre confusion : est-il possible qu'il ne se trouve pas parmi vous un homme intelligent, capable de décider entre un Frère et son Frère?» {Ibidem.)
Ce que Paul demande, c'est ce qui se faisait tout naturellement entre Juifs ; car les Juifs formaient une nation, en même temps qu'une communauté religieuse, ^ et cette nation avait ses autorités à elle et ses tribunaux. Et ce fut là une grande force du judaïsme, car il est probable que les judaîsants eux-mêmes se soumettaient volontiers aux décisions des maîtres de leur croyance. Il s'agissait d'obtenir pour Paul la même soumission dans une église libre, où il n'y avait pas d'autorités reconnues. Il en vint à bout, et c'est ainsi que le christianisme, dès son premier âge, forme un État dans l'État et se sépare de la société des gentils. Mais, tandis que les judaîsants n'étaient pas tout à fait des Juifs, parce que la circoncision et les autres pratiques juives faisaient obstacle, au contraire tous les chrétiens sont chrétiens, pleinement et au même titre. La nouvelle communauté est donc bien plus envahissante et plus menaçante que l'ancienne, et, dès qu'elle se dérobait à la juridiction des juges profanes, la dissolution de l'empire romain avait commencé.
Cependant le même Paul prêche ailleurs Tobéis-
LA RÉSUBRECTION. — PAUL. 179
sance « aux autorités supérieures y>y c'est-à-dire sans doute aux empereurs et aux proconsuls. « Car il n'y a pas d'autorilé qui ne soit de Dieu, et les autorités qui existent, c'est Dieu qui les a ordonnées. De sorte que celui qui se met en opposition avec Tautorité, se révolte contre Tordre de Dieu. » {Rom.^ xin, 1-2.) Il dit encore : « L'autorité est l'agent de Dieu. » Et plus loin : « Ceux qui commandent sont les ministres de Dieu (3-6). » Il concluait : « C'est pourquoi, payez les impôts (6-7). » Tout cela était de bonne politique, snrtout dans une pièce adressée à la communauté de Rome. Il importait de persuader à la police de la grande ville que les chrétiens n'étaient pas des mécontents, comme les Juifs, alors si inquiétants et si suspects, mais bien des sujets soumis et surtout prêts à payer. Paul, toujours habile et toujours à son rôle, comme il s'en vante, sert donc ici très bien ses églises; mais ces principes étranges, consacrés désormais pour des siècles, ont fait bien du mal à l'humanité. C'a été là comme un pacte entre la puissance spirituelle et celles du dehors, pour condamner le monde à une irrémédiable servitude. Les rois, là où il y a des rois, sont les ministres des peuples, ou doivent l'être, et, quand ils gouvernent au profit des peuples et à leur honneur, ils obtiennent leur attachement et leur respect. Mais les rois ministres de Dieu! Néron ministre de Dieul on ne peut laisser passer une telle parole. Les hommes ont trop longtemps et trop cruellement souffert de cette absurdité sacrée.
L'homme qui parlait ainsi ne pouvait évidemment pas protester contre Tesclavage, et en effet il en est bien loin. Ici encore, on a abusé du fameux verset : — Ni Juif ni Hellène, ni esclave m libre^ ni mâle ni femelle : tous ne font qu'un dans le Christ, — pour faire de Paul un adversaire de Tesclavage, quoiqu'il soit clair par ce verset même qu'il ne prétend pas plus détruire la distinction du libre et de l'esclave que celle des sexes ; il dit seulement que cette distinction n'est rien devapt IMeu. Je ne fais pas fi d'ailleurs de cette formule^ qui n'a pu être que bienfaisante; mais il est certain que Paul n'a nullement pensé à abolir l'esclavage. Il dit positivement au contraire : «i Chacun est appelé dans tel ou tel état; l'état où il a été appelé, qu'il y reste. Tu as été appelé étant esclave ; ne t'en mets pas en peine, et supposé même que tu puisses devenir libre, tienst'en plutôt à ce que tu es. » (I Car. y vu, 20.) Et, en effet, comment se mettre en peine de si peu de chose, puisque le monde est près de finir? « Le temps est court qui reste encore... Que ceux qui usent de ce monde soient comme n'en usant pas' à fond, car elle passe, l'apparence de ce monde (29-31). » L'esclavage n'est donc pas chose dont il pût prendre le moindre souci.
C'est la même préoccupation de la vanité du présent, quand l'éternité est demain, qui a fait ses idées sur le mariage : « Que ceux mêmes qui ont de]3 femmes . soient comme n'en ayant point [Ibid., 29). » Mais, s'il faut être marié le moins possible, le mieux est de ne l'être pas du tout, et c'est aussi sa pensée : « Il est
bon de ne pas toucher une femme (vu, 1). » Et plus loin : a Celui qui a résolu dans son cœur de garder sa fille vierge, fait bien ; celui qui la marïe fait bien ; et celui qui ne la marie pas fait mieux^ » {Ibid.y 37-38.) Cela est le meilleur, à cause de la catastrophe imminente {Ibib.j 25). 11 n'autorise le mariage qu'en raison des faiblesses de la chair {Ibid,, 9).
Cependant ce monde continuant de subsister, il fallait régler le mariage ^. Paul prononce avant tout que le mariage ne doit pas être rompu ; il défend à la femme de quitter son mari pour un autre, et au mari de renvoyer sa femme. C'est la double condamnation de la répudiation juive et de la mobilité du divorce grec et romain, mobilité portée à tel point, que tous les écrivains la signalaient comme un scandale. C'est ce qu'avait déjà enseigné Jésus, d'après les récits des évangiles {Marc, x, 2, etc.).
La règle est simple et absolue pour le mariage où le mari et la femme sont également chrétiens. Mais il pouvait arriver que des deux parties engagées par un mariage, l'une fût devenue « fidèle » et que l'autre fût demeurée infidèle ; Paul décide que, dans ce cas,
1« S'il n'est parlé que du père dang ce passage, c'est que les filles étaient mariés si jeunes, qu'elles n'avaient pas à donner leur avis.
2. D'une façon plus générale, ai peu que le monde dût subsister, il fallait une morale tant qu'il subsistait. C'est ce que Paul exprima ailleurs par l'image du passage des Israélites à travers le désert : «Ils ont péché pendant ce trajet, car ils ont perdu ainsi la terre promise : ne faites pas comme eux. » (I Cor,, x, 1-13.)
Voici une autre belle image : « La nuit est avancée et le jour approche. Déposons donc les œuvres de ténèbres , et équipons-nous pour la lumière. Marchons avec décence, comme on fait au jour. • \fiom.y iiix. 12.)
le mari fidèle ne renverra pas sa femme infidèle, si ellemême consent à rester avec lui; et que la femme fidèle, à soii tour, ne quittera pas son mari infidèle, s'il consent à demeurer avec elle. « Car le mari infidèle est devenu un saint en sa femme, et la femme infidèle est devenue une sainte en son mari ; autrement vos enfants sont donc impurs; mais non, ils sont des Saints. » {Ibzd.^ 14.) Mais, si c'est Tinfidèle qui se relire, îautre devient libre {Ibid., 15), et la pensée de Paul est évidemment que cette liberté permet un mariage nouveau. Il n'explique pas ce qui arrive alors des enfants.
Le grand précepte qui consacre le mariage en gé* néral et qui défend de le rompre est donné par Paul comme le commandement du Seigneur lui-même : « Ce n'est pas moi qui le dis, mais le Seigneur » (Ibid.y 10) ; tandis que, quand il règle le cas particulier et délicat du mariage entre fidèle et infidèle, il a soin de dire : (( Cette fois, c'est moi qui parle, et non le Seigneur {Ibid.y 12), » parce qu'il fait plutôt là de la politique que de la morale. J'ai déjà montré que cette expression signifie simplement qu'il donne au premier précepte plus d'autorité qu'au second ; qu'il veut que le premier oblige, tandis qu'il laisse quelque liberté à l'égard de l'autre. C'est la même pensée qui se retrouve au verset 25, et dans le chapitre xiv, au verset 37. On a vu en effet qu'en ce dernier endroit les préceptes dont il s'agit n'ont pu être réellement donnés par Jésus. Rien n'empêche pourtant d'admettre que Jésus avait déjà proclamé, avant Paul, le respect du
mariage, en prononçant la grande parole : « Ce que Dieu a uni, que Thomme ne le disjoigne .pas. » Jean le Baptistès avait lui-même protesté avant Jésus contre la répudiation et le divorce, dans son opposition au télrarque Hérode *.
Paul permet aux veuves de se remarier et n'exprime à ce sujet aucune désapprobation, j^on/rt/ que ce soit dans le Seigneur {Ibid,^ 39); c'est-à-dire que la femme, débarrassée par la mort d'un mari infidèle, ne pourra plus épouser qu'un Frère dans le Christ.
Enfin, donner aux pauvres est une des principales vertus des communautés chrétiennes, comme des communautés juives. Mais ici il y a à vaincre les résistances de la cupidité ; de là ses vives instances : « Ne vous trompez pas vous-mêmes ; on n'attrape pas Dieu ; ce que l'homme a semé, c'est ce qu'il récolte. Ne nous fatiguons pas de bien faire ; au temps marqué, nous récolterons, en ne nous relâchant point. Ainsi, tandis que nous avons du temps, faisons du bien à tous et surtout à ceux de la famille de la foi ^. » (Ga/., vi, 9-lO.J Mais Paul s'applique d'une manière toute particulière à obtenir de l'argent pour ceux qu'il appelle les pauvres des Saints de Jérusalem. [Rom. xv, 26.) D'une part, le nom de Jérusalem gardait encore ison prestige, et elle était restée la ville sacrée pour tous ceux qui adoraient le dieu des Juifs. D'autre part, c'est là que Jésus avait vécu; c'est là que vivaient ses compagnons, et parmi eux son frère Jacques ; c'est là
1. Voir Marc^ vi, 17, rapproché de Joseph, Antiq», XVIU, v, 1.