Renan, Vie de Jésus, p. 861 de l'édition de 18G
H, Expression de M. A-S. Morin : Jésus réduit à sa juste valeur^ par Miron (Morin). Genève, 1865.
3. Cette expression, la Passion, n'est pas dans les Évangiles. Dans les Actes, I, 3, on Ut : « Depuis qu'il avait souffert», ce que la Vulgate tradoit par post passionem suam. C'est le premier exemple de cette location. Dans la seconde Épltre à ceux de Corintlie, on trouve, au pluriel. Ta 9ca0ifi|iaTa tov XpiaToO,etdan3 la \vL\g9Lie passiones Christi {., 5).
réservé jusqu'à ce moment, pour en parler tout à mon aise. Et je ne me bornerai pas à en parler, mais je le traduirai tout entier. Je ne crois pas que me» lecteurs soient tentés de s'en plaindre, et il n'y a pas d*analyse qui pût leur donner une impression comparable à celle qui sort d'un pareil texte. Le voici donc, d'après le plus ancien évangile, où il remplit cent vingt* sept versets (xiv, I — xvi, 8).
« La pâque et les pains sans levain étaient deux jours après, et les grands prêtres et les docteurs cherchaient comment ils pourraient le prendre par ruse pour le faire mourir. — Ils disaient : « Pas dans la fête, de peur que cela n'émeuve le peuple. » — Et, comme il se trouvait à Béthanie dans la maison de Simon le Lépreux, tandis qu*il était à table, il vint une femme portant dans un vase d'alb&lrë un parfum qui était un nard pur d'un grand prix, et, ayant brisé le vase, elle le répandit sur sa tête. — H y en eut qui en furent blessés, se disant en eux-mêmes : « A quoi bon perdre ainsi ce parfum? — Yoilà un parfum qu'on pouvait vendre plus de trois cents drachmes au proGt des pauvres ; » et ils murmuraient contre elle. — Mais Jésus dit: «Laissez-la; pourquoi lui faites-vous de la peine? C'est une bonne œuvre que ce qu'elle vient de faire pour moi. — Car vous avez toujours des pau* vres avec vous, et, quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien; mais, moi, vous ne m'avez pas toujours. — Ce qu'elle pouvait faire, elle l'a fait; elle a par avance embaumé mon corps pour la sépulture*
— AmeDy je vous le dis ^ : partout où sera annoncée la bonne nouvelle dans le inonde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, et on lui rendra témoignage. » — Et Judas riscaridte (rhomme de Carioth}, Tun des Douze, vint trouver les grands prêtres pour le leur livrer. — Ils Tentendirent avec plaisir, et promirent de lui donner de Targent. — Et le premier jour des pains sans levain, où on sacrifiait la pftque, ses disciples lui disent : «c Où veux-tu que nous allions préparer ce qu*il faut pour que tu manges la pftque ? D — Et il envoie deux de ses disciples en leur disant: «Allez à la ville, et il viendra à votre rencontre un homme portant une cruche d'eau; suivez-le. — Et là où il ira, dites au chef de la maison : « Le maître dit : « Où est-ce que je vais m'établir pour manger la i> pftque avec mes disciples? » — Et lui, il vous montrera une grande salle dressée toute prête, et là préparez ce qu'il faut. » — Et ses disciples partirent et vinrent à la ville, et trouvèrent comme il avait dit, et préparèrent la pftque. — Et, le soir venu, il arrive avec les Douze. — Et, comme ils étaient à table et mangeaient, Jésus dit : « Amen, je vous le dis, l'un de vous me trahira, qui mange avec moi. » — Et cela les attrista, et ils se mirent à lui dire l'un après l'autre : « Est-ce que c'est moi? Est-ce que c'est moi? » Et il leur dit : « L'un des Douze, qui trempe avec moi dans le plat. — Le Fils de l'homme s'en va, comme il a été écrit de lui; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de
1. Formule équivalente à Oui, je vous le dit; celle-ci se trouve dans Luc, XI, ôl.
rhomme est livré : il eftt été bon de ne pas naître pour cet homme-là. » — Et, tandis qu'ils mangeaient, il prit le pain et avec une bénédiction le roitipit et le leur donna, disant : « Prenez, c'est mon corps. » — Et^ ayant pris le vin, il rendit grâce et le leur donna, et ils en burent tous. — Et il leur dit : « C'est mon sang, le sang du pacte [Exode^ xxa, 8), qui est répandu pour beaucoup. — Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. » — Et après le chant ^, ils s'en allèrent à la montagne des Oliviers. — Et Jésus leur dit : « Il y aura pour vous tous une pierre d'achoppement, car il est écrit : « Je » frapperai le berger et les moutons se disperseront. »
— Mais je me relèverai et j'irai en avant de vous en Galilée. » — Pierre lui dit : « Tous pourront achopper, mais non pas moi. » Et Jésus lui dit : « Amen, je te le dis, toi-même aujourd'hui, dans cette nuit, avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois. »
— Et lui répétait plus que jamais : « Fallût-il mourir avec toi, jamais je ne te renierai. » Et tous ils disaient de même. — Et ils arrivent à l'endroit appelé Gethsémani. — Et il dit à ses disciples : « Tenez-vous là, tandis que je vais prier. » — Et il prend Pierre, Jacques et Jean avec lui, et il se sent pris d'effroi et d'accablement. — Et il leur dit : « Mon âme est pénétrée de tristesse jusqu^à la mort ; restez ici et tenezvous éveillés. » — Et, ayant fait quelques pas, il se jeta à terre, et pria, demandant que, s'il était possible,