‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 57 sur 109 · Nous d.Bons Jacques et Joseph · texte numérisé non relu

Nous d.Bons Jacques et Joseph

sepb. — Et celui-ci, ayant acheté un linceul, le détacha, Tenveloppa dans le linceul, et le déposa dans un tombeau qui était taillé dans le rocher, et il roula une pierre contre la porte du tombeau. — Et Marie de Magdala et Marie mère de Josès regardaient où on Tavait mis. — Et, le sabbat étant passé, Marie de Magdala et Marie mère de Jacob et Salomé achetèrent des parfums pour aller Tembaumer. — Et, dès le matin du premier des sabbata (du premier jour de la semaine), elles s'en viennent au tombeau, le soleil venant de se lever. — Et elles se disaient à elles-mêmes : « Qui nous roulersi la pierre qui défend rentrée du tombeau? » — Et, ayant regardé, elles voient que la pierre est roulée; elle était très grande. — Et, étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une ro'be blanche, et elles furent troublées. — Et il leur dit : « Ne vous troublez pas. Vous cherchez Jésus, celui qui a été mis en croix. Il s*est relevé, il n'est pas ici; voici Tendruit où on Tavait mis. — Maintenant allez, et dites à ses disciples et à Pierre qu'il s'en va en avant de vous en Galilée ; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. » — Et elles se précipitèrent hors du tombeau ; elles étaient saisies d'élonnement et tremblantes, et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient pour ^ »

Voilà ce drame, le plus populaire encore de tous les drames, quoiqu'il y ait dix-huit cents ans qu'il est écrit,

1. C'est là que le plus Ancien évan^le sVrète. Les quelques Terlets qu'on lit au delà manquent dans tous les bons mabuscriui et ne sont qu'une additiun apocryphe.

at par lequel tant d'hommes, de toute condition et de toute race, ont été profondément touchés. J'ajoute que la rédaction qu'on vient de lire est incontesta* blement la plus belle aussi bien que la plus simple des quatre que nous avons.

Il n'y a pourtant que dés esprits assez naïfs pour demeurer étrangers à toute critique qui puissent n'en être pas embarrassés. Les autres sentent bien que les choses n'ont pas pu se passer ainsi. Dans les deux grands actes du procès, ni le grand prêtre, ni le san* hédrin, ni le procurateur, ni l'accusé, n'agissent et ne parlent comme ils devraient agir et parler ; le procurateur surtout n'est guère qu'une marionnette. II y a des particularités sans aucune vraisemblance, comme la manière dont le maître indique aux disciples l'endroit où ils doivent préparer la pâque. On ne comprend ni les motifs de la trahison de Judas, ni à quoi peut servir aux Juifs cette trahison. Les paroles de Jésus sur son corps et son sang ont un caractère tout légendaire. La scène des trois assoupissements et celle des trois reniements, avec leur disposition symétrique, ne donnent pas l'impression de la réalité. On reconnaît d'ailleurs que tel détail singulier, ou dont on ne voit pas bien la raison, s'explique par l'application qu'on a voulu faire à Jésus de certains versets prophétiques que l'on rapportait au personnage de €hrist. Si on lui crache au visage (xrv, 19), c'est que le serviteur de lehova dit dans Isaîe (l, 6) : « Je n'ai pas dérobé ma figure aux affronts et aux crachats. >i Si on lui présente une éponge avec du vinaigre (xv, 36),

c'est qu'il y a dans le psaume (lxix, 22) : « Pour ma soif, ils m'ont donné du vinaigre. » Si les soldats tirent au sort ses habits, c'est qu'il y a encore ailleurs {Ps. XIII, 19) : a Ils se sont partagé mes habits et ils ont tiré au sort mon vêtement. » £t ici il s'est produit quelque chose de très curieux. Le verset du psaume présente un nouvel exemple de cette répétition d'une même idée sous deux formes parallèles qui est un procédé habituel de la poésie hébraïque. Les deux membres de la phrase disent deux fois la même chose : Ils ont tiré au sort mes habits. Mais l'auteur du quatrième évangile a cru que c'étaient deux choses diflerenies, et voici comment il s'exprime (xix, 23-34) : a Les soldats, après avoir mis en croix Jésus, prirent ses habits et en firent quatre parts, une pour chaque soldat ; puis ils prirent le vêtement de dessous * ; il était sans couture, ne faisant qu'un même tissu du haut en bas. Et ils dirent entre eux: «Ne le mettons pas en morceaux, mais tirons au sort à qui il sera, afin que fût accomplie f Écriture, qui dit : « Il se sont partagé..., >» etc. » Voilà comment la fameuse tunique sans couture a été créée par un contre-sens. Les trois premiers évangiles n'ont pas fait cette faute '.

Voici quelque chose de non moins piquant. C'est une scène médiocrement vraisemblable que celle où les soldats s'amusent à parodier la royauté de Jésus,

Page 1