‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 58 sur 109 · Le x^Tt^Vf 6" li^^îi^ I<^ tunique · texte numérisé non relu

Le x^Tt^Vf 6" li^^îi^ I<^ tunique

2. Disons en passant que ie sens du passage du psaume est celuiei : « 11 se croient ai sûrs de me détruire, qu'ils se partagent d*aTaoce ma dépouille. »

lui mettant un manteau de pourpre, une couronne et un sceptre dérisoires, et lui faisant des saluts et des génuflexions. On se demande où Ton a pu prendre cela, et Ton ne trouve rien d'analogue dans la Bible. Mais, dans un livre historique de Philon d'Alexandrie, on lit qu'au temps de Caligula le roi des Juifs, Ilérode Agrippa, ayant passé par Alexandrie ppur aller de Rome dans son royaume, s'y trouva en butte à la fois au mauvais vouloir du préfet Flaccus, et à Tanimosité de la populace alexandrine, toujours très hostilQ à tout ce qui était juif. La foule, sentant que les insultes qu'elle pourrait faire au roi ne déplairaient pas au préfet, se mit à son aise, et voici ce qu'elle imagina : « Il y avait un fou nommé Carabas, non pas de ceux dont la folie sauvage et furieuse se tourne contre euxmêmes et contre ceux qui les approchent ; il étaitd'humeur douce et tranquille. Ce fou, bravant le froide et le chaud, errait jour et nuit dans les rues, servant^ de jouet aux enfants et aux jeunes gens désœuvrés.- On traîna ce misérable au gymnase ; là, on l'établit sur un lieu élevé, afin qu^il fût aperçu de tous. On lui entoura la tète de byblos en guise de diadème, et le corps d'une étoffe grossière en guise de manteau ; quelqu'un ayant vu par terre un brin de papyros du pays, le ramassa et le lui mit dans la main en placede sceptre. Après qu'on l'eût orné ainsi des insignesde la royauté et transformé en roi de théâtre, des jeunes gens portant des bfttons sur les épaules formèrent autour de sa personne comme une garde ; puis d'autres vinrent comme pour le saluer, ou pour

se faire rendre justice, ou pour lui donner conseil sur les affaires publiques. La foule environnante Tacclama avec des cris extraordinaires, le saluant du titre de maris * n (Philon, contre Flaccm^ 6).

Cette scène s*est passée quelque temps après la mort de Jésus, mais bien avant Tépoque des Évangiles. Elle s'explique mieux que celle des Évangiles, et Ton est tenté de croire que celle-ci n'en est qu'une réminiscence.

Enfin, on ne peut lire le récit de la Passion sans s'apercevoir que le narrateur, à force d'être insouciant de la réalité, n'a pas pris plus de peine qu'on n'en prend dans une pièce de théâtre pour s'assujettir aux conditions extérieures de la vie. Il n'y a pas ménagé assez de temps pour placer les événements qu'il raconte, et les commentateurs n'arrivent pas à s'en représenter d'une manière satisfaisante la succession.

La Passion n'a donc nullement l'exactitude d'une relation historique, mais c'est une œuvre d'imagination des plus touchantes. A défaut de la réalité, elle a au plus haut degré la vérité dramatique. Elle peint les choses d'une manière saisissante, non pas telles qu'elles ont été, mais telles que la foule se les représente. La tragédie s'ouvre admirablement par l'histoire de la femme qui verse le parfum sur Jésus et dont il

I. Maris équivaut à maître ou seigneur. C'est le môme mot qui entre dans la formule maranatha, qu'on a vue dans Paul. Cette traduction est hi très peu près celle de M. Ferdinand Delaunay, dans son Philon d'Alexandrie, 1867, page 313.

dit qu'elle rembaume par avance pour la sépulture. Puis, que de circonstances émouvantes ! celte pftque mystérieuse, mangée dans on ne sait quel asile ; les grandes paroles : «G'estmon corps et c'est mon sang;» Tannonce lugubre de l'abandon qui va suivre, la fière protestation du premier des Douze ; la réponse terrible dans sa précision familière : «Avant que le coq ait chanté deux fois^ tu m'auras renié trois fois » ; la nuit à Gethsémani, et, pendant cette nuit d'agonie, le sommeil obstiné des disciples, que Jésus réveille en vain à trois reprises. C'est alors qu'a lieu Tarrestation et que le procès commence. Il est intéressant de suivre le travail de l'imagination sur chacun des personnages : le traître d'abord.

Il n'y a peut-être pas eu de trattre, et Ton ne voit pas, ni pourquoi il trahit, ni à quoi il sert à ceux qui le payent; mais l'imagination en avait besoin, et sa figure demeure ineffaçable, avec son salut et son baiser. Vient ensuite Pierre et sa défaillance : à répoque où a été composé l'Évangile, Pierre ne vivait plus sans doute, ni aucun des compagnons de Jésus ; on n'avait pas à se gêner avec eux ni à ménager leur personnage ; on a peint librement en eux la faiblesse humaine, telle qu'elle s'était produite probablement dans cette nuit de terreur, mais avec ces détails dramatiques et symétriques qui mettent tout en relief : les questions indifférentes, les réponses troublées et d'autant plus vives et plus sèches ; puis le coq chante, et Pierre se ressouvient, et il se met à pleurer. L'audience se réduit h une attitude du grand prêtre, mais

solennelle ot imposante, à côté de laquelle se pré- 43entent tout de suite en contraste les insultes igno- -blés des assistants et des valets. Quant au procurateur, il est, je l'ai déjà dit, aussi loin que possible de f histoire, mais c'est que les temps sont changés ; autour de révangéliste, on n'en veut plus aux Romains, mais aux Juifs ; on se figure un magistrat facile, bon enfant, qui finit sans doute par mejtre Jésus en croix, parce que ce dénouement est inévitable, mais qui n'a rien contre lui et qui lui rend témoignage, disant : «Quel mal a-t-il fait»? Il est originale sa manière, par son indifférence et par l'abnégation même de son rôle. Ce n'est pas précisément tel ou tel préfet : c'^st un préfet, avec des traits vulgaires comme en a le Félix de Polyeucte, Les trois premiers évangiles ne contiennent pas à son sujet une seule expression qui fasse supposer qu'ils le blâment ; il n'est, pour ainsi dire, qu'une machine. Reste enfin le personnage de Jésus, composé avec une simplicité vraiment admirable : à Gethsémani, il est triste jusqu'à la mort et en même temps résigné et fier. Devant le grand prêtre, il grandit tout à coup et le Christ éclate en lui. Devant Pilatus, il est peut-être encore plus grand par son «ilence. Sur la croix, il a une dernière parole, une parole d'angoisse, mais c'est un verset d'un psaume, que le narrateur, au milieu de son récit écrit en grec, conserve en hébreu, et qui devient ainsi plus imposant. Voilà tout ; rien n'est plus sobre, et celte sobriété même est ce qui produit le plus d'eflet. Lorsqu'il est près de mourir, la terre se couvre de

ténèbres pendant trois heures, et, au moment où il meurt, « avec un grand cri i>, le rideau du Temple se déchire du haut en bas. Il a fallu ce irait de merveilleux pour satisfaire Timagination émue.

' Le caraclère dominant du récit de la Passion, et qui en a fait la puissance', c*est qu'il est essentiellement populaire. Ce caractère est en général celui de la littérature juive, et je me suis expliqué déjà là-dessus dans mon troisième tome ^ Il est encore plus fortement marqué dans le Nouveau Testament que dans TAncien ; mais la Passion^ à ce point de vue, est incomparable. Toutes choses y sont prises comme les prennent leç petits et les humbles ; nulle rhétorique, nulle philosophie, nul développement même ; chaque situation est rendue en deux mots, mais qui semblent sortir des entrailles de la foule. Point de déclamations, pas même d'appréciations ; chaque personqagc parait seulement pour faire son œuvre dans le drame. On n'entend qu*en passont le cri de la foule : « Mets-le en croix ! Mets-le en croix !» Et ce cri nous reste dans Toreille, ainsi que les railleries qu'on jette d'en bas au supplicié.

Jésus est peint avec amour, mais il ne dit que quelques versets, et ses rares paroles sont d'autant plus saisissantes ; la narration ne s'attendrit pas sur lui ; la foule n'a pas le temps de s'attendrir et sent toujours plus qu'elle n'exprime.

Remarquons encore que cette façon de raconter

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