‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 75 sur 109 · On une naissance d'en haut, avcoOev · texte numérisé non relu

On une naissance d'en haut, avcoOev

cère et profond, qu*on ne laisse pas d'être touché des discours du quatrième évangile; s'ils ne mordent pas sur la foule, ils passionnent certaines âmes délicates et raffinées. Le fond de ce mysticisme est déjà dans les Lettres de Paul, pleines d'une foi si exaltée; mais il est ici tout à la fois plus subtil et plus doux. C'est une sorte d'inlimilé avec Dieu ; le Fidèle repose, pour ainsi dire, dans son sein, comme, sur le lit du festin, l'apôtre aimé reposait dans le sein de Jésus. On ne vit plus qu'en lui, et en dehors de la vie ordinaire, à laquelle on n'appartient plus^ on est de Dieu, on n'est plus du monde.

Cette antithèse entre Dieu et le monde est inconnue aux trois premiers évangiles ; elle revient sans cesse dans le dernier. « Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui et le monde ne l'a pas connu » (i, 10). — «Le monde ne peut vous haïr (c'est Jésus qui parle à ses frères, qui ne croyaient pas en lui) ; moi, il me hait (vu, 7). — « Celui qui est de Dieu entend les paroles de Dieu; c'est pour cela que, vous, vous ne les entendez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu » (viii, 47). — « C'est maintenant que va avoir lieu la condamnation de ce monde; c'est maintenant que le prince de ce monde (c'est-à-dire le diable) va être exterminé « (xii, 31). — Je vous laisse la paix; ce que je vous donne, c'est ma paix à moi; ce n'est pas comme le monde la donne que, moi, je la donne ^ »

1. Donner la pa|x, en hébieu schalom, c*est la formule sémitique de salutation^ de bénédiction. Voir le dictionnaire de Littré, au mot Salamalec,

(xiv, 27). — « Si VOUS étiez du monde, le monde vous aimerait comme ce qui serait sien ; mais vous n'êtes pas du monde, et c'est moi qui vous ai mis à part du monde, c'est pourquoi vous êtes haïs du monde » (îv, 19). — Et, dans une prière où, près de quitter les siens, il les recommande à son père : « C'est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi » (xvn, 9). Certes ce n'est pas là de Thumanité; c'est le pieux égoîsme des sectaires, mais un égoïsme plein d'exaltation et de passion. Enfin c'est dans le quatrième évangile que Jésus prononce devant Pilate les paroles fameuses : « Mon royaume n'est pas de ce monde; ... mon royaume n'est pas d'ici » (xviii, 36); qui ne se retrouvent nulle part ailleurs, et qui ne sont pas, en effet, des temps où la foi commençait à se répandre. Dans ce premier élan, on voulait tout enlever ; c'est plus tard, quand la résistance à la parole divine s'est exaspérée et est devenue menaçante, qu'on a abandonné le monde à lui-même, et qu'on s'est retiré de lui.

Alors, ce que le Fidèle éprouve, il suppose que le Fils de Dieu l'a éprouvé aussi ; il se le représente se réfugiant et s'enfermant dans son Père, et il s'y enferme avec lui. Dans le plus ancien évangile, je l'ai déjà dit, Jésus, en parlant de Dieu, ne dit pas une seule fois « mon Père ». Dans les deux suivants au contraire, il parle souvent de ce Père céleste et lui fait appel, mais il ne se confond pas avec lui ; il a son existence propre, et partout il parle et agit de lui-

même. Ici au contraire, il ne nous présente jamais que Dieu qui parle et agit en lui. « Amen, amen, je VOUS le dis, le Fils ne peut de lui-même faire rien que ce qu'il voit faire au Père : et ce que fait le Père, le Fils le fait après lui. Car le Père aime le Fils et lui fait voir tout ce qu'il fait (v, 19). » — « Je suis le bon pasteur, et j'abandonne ma vie pour les brebis. C'est pour cela que le Père m'aime, parce que j'abandonne ma vie pour la reprendre plus tard. Personne ne me Tenlève ; c'est moi qui l'abandonne de moi-même. J'ai le pouvoir de l'abandonner et fat le pouvoir aussi de la reprendre. Voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père (x, 14-18). » On remarquera qu'en faisant ainsi de sa mort un acte divin, au même titre. que sa résurrection, il lui ôte ce qui la rend touchante. — « Moi et le Père, nous ne faisons qu'un (x, 30) », paroles qui n'impliquent nullement ce qu'on appelle la Trinité ; car on lit en un autre endroit (xvii, 11), dans son adieu à ses disciples : « Père saint, conserve-les sous l'autorité de ton nom, que tu m'as communiquée, afin qu'ils ne fassent qu'un comme nous (xvii, 11). » Et plus loin (21) : «Que tous ne fassent qu'un, et, comme toi, mon Père, tu es en moi et moi en toi, qu'ils ne soient eux-mêmes qu'un en nous. » C'est simplement du mysticisme. — Il dit encore, en ressuscitant Lazare : « Père, je te rends grâces de ce que tu m'as écouté : je sais bien, moi, que tu m'écoutes toujours; mais j'ai dit cela pour cette foule qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est bien toi qui m'as envoyé (xi, 41). » — « Père, l'heure est venue ; glorifié ton Fils,

afin que ton Fils te glorifie... Oui, moi, je t'ai glorifié sur la terre ; j'ai accompli l'œuvre dont tu m'avais chargé (xvii, 1-4). » El ce dernier verset nous donne le sens de la parole que, suivant le quatrième évangile, Jésus prononce au moment même où il meurt : « C'est accompli (xeTéXeTrat, xix, 30). » Ce qui s'accomplit en cette heure-là avait d'ailleurs été décrété «c avant la création du monde » (xvii, 24) *.

Il y a un passage, dans les évangiles qui portent les noms de Matthieu et de Luc, qui nous permet de surprendre la première origine de ces idées : « Je te rends témoignage, Père, Seigneur du ciel et de. la terre, que tu as caché ces choses aux sages et aux habiles, et que tu les as dévoilées aux simples... Tout a été remis à moi par le Père, et nul ne reconnaît le Fils que le Père, et nul ne sait qui est le Père que le Fils, et celui à qui le Fils le veut révéler {Matth. xi, 2557). r> Ces paroles viennent immédiatement après l'invective contre les Juifs qui n'ont pas cru ni à Jean le Baptistès ni à Jésus. Comment expliquer cette incréduhté de la part de ceux qui étaient précisément le peuple de Dieu et les dépositaires de la Loi? Comment se fait-il que ce soient les docteurs et les prêtres qui aient rejeté l'envoyé d'en haut? C'est qu'il y a là une vérité plus haute que leurs lumières, un secret ou mystère de Dieu même, qu'on ne peut apprendre que de lui et de son Fils. C'est de là qu'est sortie toute la doclrine.du quatrième évangile. Mais, dans Mattfiteu et

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