‹ Le christianisme et ses origines (volume 4)Chapitre 85 sur 109 · Catéchisme du diocèse, troisième partie, leçon XIV · texte numérisé non relu

Catéchisme du diocèse, troisième partie, leçon XIV

iV. 25

commentaire, très déraisonnable, je n'ai pas besoin de le dire, du verset ix, 22 de l'Épttre aux Hébreux (voir la fin dechap.I).

Il n*est pas douteux pour moi que Fauteur de rÉpttre n'ait conçu ces idées lugubres sous Timpres* sion des persécutions ; le martyre était en effet un sacrifice. Un verset paratt pourtant indiquer que, parmi ceux pour lesquels Fauteur écrivait, il n'y avait pas encore de sang versé (xu, 4) ; mais il y en avait eu ailleurs, et partout on se sentait menacé. Ceux à qui il parle connaissaient du moins les confiscations et les cachots (x, 34). De là la curieuse application que Fauteur fait au chapitre xi de son idée générale, que le christianisme était déjà dans le judaïsme. Il y passe en revue tous les personnages de la Bible, pour étabUr qu'ils forment une suite de confesseurs et de témoins de la foi (martyrs) qui viennent rejoindre ceux de son temps. « C'est en la foi que les anciens ont été faits témoins (martyrisés) » (xi, 2). Et plus loin XI, 35 ; xu, 1) : « Les uns ont péri sous le bâton, ne se souciant pas de se sauver, dam f espoir d'obtenir une résurrection meilleure. Les autres ont goûté des insultes, des fouets, et aussi des chaines et des cachots. Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils sont morts de la mort du glaive ; ils ont vécu couverts de peaux de moutons et de chèvres, méprisés, maltraités, misérables, personnages dont le monde n'était pas digne, errants dans les solitudes, les montagnes, les antres et les cavernes. Et ainsi ayant été faits témoins (martyrisés) en vertu de la foi, ils n'ont pas vu Feffel

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de la promesse, Dieu ayant eu pour nous cet égard, qu'ils n'arrivassent pas au terme sans nous. Nous donc à notre tour, ayant tout autour de nous cette nuée de témoins (de martyrs)..., courons en toute patience la course qui nous est proposée. » Et il les presse de ne pas se lasser de souffrir; car, si Dieu les châtie, c'est qu'ils sont ses ôls et qu'il les traite en père (6-7). N'est-il pas intéressant de voir les saints et les martyrs de l'ancienne Loi accaparés, pour ainsi dire, par la foi nouvelle ?

Cependant sous cette même impression de la persécution et du martyre, le chrétien devient impitoyable à regard de ceux contre qui il faut lutter^ ou même de ceux qui se dérobent ou qui désertent. L'intolérance du reste est inséparable de lu foi, et, dès les premiers temps, Paul adressait tout ensemble des promesses aux croyants et des menaces aux infidèles [Rom. n, 7-10). J'ai relevé aussi dans TÉvangile des paroles bien dures [Marc)^ ix, 47). Mais l'irritation va croissant avec les épreuves : l'Épttre aitx Eébrevx annonce qu'il n'y a pas de salut à espérer pour le pécheur, mais Taltente terrible de la condamnation, et la colère de feu qui va dévorer les adversaires... (c C'est chose effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant x, 27-31. » Et la seconde à ceux de Thessalonique, écrite aussi dans ces temps mauvais, parle de même (i, 6) : « Car c'est justice à Dieu de payer ceux qui vous affligent en les affligeant ; et vous, qui êtes affligés, de vous soulager avec nous, lorsque le Seigneur Jésus se manifestera du haut du ciel avec

les ministres de sa puissance, punissant par le feu et la flamme ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui n'obéissent point à TÉvangile de notre Seigneur Jésus le Christ. Ils en payeront la peine, qui est une éternelle destruction, loin de la grâce du Seigneur et de l'éclat de sa majesté. » C'est déjà presque la joie enragée avec laquelle Tertullien, à la fin du livre des Spectacles^ se régale par imagination du détail abominable des supplices réservés aux persécuteurs.

Je veux encore détacher dans TÉpUre atix Hébreux deux versets où l'auteur résume ce qu'il regarde comme les éléments du christianisme, comme des choses que tout le monde sait et qui ne valent pats la peine qu'il les redise, ayant a donner des enseignements plus hauts et plus rares. <c C'est le renoncement aux œuvres mortes *, la foi en Dieu, la doctrine du baptême, l'imposition des mains, la résurrection des morts et le jugement qui juge pour jamais (vi, 1-2). » Voilà la définition succincte et exacte de ce qu'était le christianisme à cette époque. Ce sont, dit l'auteur, les principes de la parole du Christ. On voit quelle place tient dans ce symbole l'imposition des mains, à laquelle on fait aujourd'hui si peu d'attention ^.

Après avoir étudié dans le détail les Épttres qui font le sujet de ce chapitre, étude qui en fait reconnaître de bien des manières la date récente, il

1. Les œavres mortes sont sans doate ce que Paul appeUe les œuvres de la Loi, les pratiques juives.

2. Elle reste seulement comme une cérémonie de ce qu'on appelle la Confirmation.

convient de dire plus généralenoient ce qui montre le mieux qu'elles ne sont pas authentiques ; c'est que, comme il arrive toujours en pareil cas, elles manquent d'originalité et de personnalité. Tandis que, dans les Lettres à ceux de Rome, de Corinlhe, de Galatie, il n'y a pas un mot qui ne contribue à nous faire péné* trer dans la pensée de Paul et dans son âme, au contraire les autres Ëpîtres ne nous apportent aucune idée, aucune impression nouvelle. Cq ne sont guère que des répétitions de Paul, ou, pour les Épitres dites de Jean, du quatrième évangile.

Je ne dois pas finir sans avertir ceux de mes lecteurs qui ne sont pas familiers avec ces études, de ne pas se laisser surprendre par L'interpolation qui s'est introduite dans le verset v, 7 de la première des Épîtres qui portent le nom de Jean. Je traduis à partir du verset 6, d'après le texte authentique : « C'est lui qui est venu par Teau et par le sang, Jésus le Christ, non pas seulement dans l'eau, mais dans l'eau et dans le sang; et c'est l'Esprit qui rend témoignage, car l'Esprit, c'est la vérité. Car ils sont trois qui rendent témoignage, TEsprit, l'eau et le sang, et ces trois ne sont qu'un. » Ces paroles obscures, dont je ne vois pas qu'on ait donné une explication satisfaisante, semblent faire allusion (c'est tout ce que j'en puis dire) à un texte du quatrième évangile (xix, 34-35) auquel j'ai eu à m'arrêter dans l'étude de cet écrit. Mais, dans la Vulgate, voici ce qu'on lit aujourd'hui au verset 7 : « Car ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel, le PèrCy le Verbe et FEsprit Saint^ et ces trois ne sont

qu'un ; et ils sont trois qui rendent témoignage en la terre, l'Esprit, Teau et le sang, et ces trois ne sont qa'un. » Les mots soulignés sont tout un dogme; c*esl bien cette fois la Trinité, telle que Ta établie le concile de Nicée. Mais ces mots n'ont aucune authenticité. Ils manquent dans tous les manuscrits grecs antérieurs au iv" siècle, et les Pères ne les connaissaient pas.

Tout le monde a entendu parler des gnostiques. On ne les connaît pas mieux pour cela ; car les témoignages que nous avons sur eux sont tout ce qu'il y a de plus obscur; mais enfin on sait qu'il y a eu des gnostiques. Y en avait-il du temps de nos Épîtres, et y trouve-t-on des traces de leurs doctrines ? c'est ce qu'il est difficile de déterminer. On nous dit que la source première des choses était, suivant eux, je ne sais quel infini qu'ils appelaient Durée ^ Cet être premier se développait en une série d'êtres qui n'en étaient que des aspects divers, et qui s'appelaient aussi des Durées, des éons. On ci'oit retrouver ce mot, avec cette acception, qui donne à peu près l'idée d'un dieu ou d'un génie, dans un verset de l'Épifre dite à ceux d'Éphese (il, 2). Les gnostiques avaient encore un mot, qui signifie consommation, ce qui remplit toute l'idée de l'être et la complète (icX-^jpwjxa); on retrouve aussi ce mot dans nos Épîtres, Eph., i, 23; iv, 13, etc. Il est question dans un verset (Co/. , ii . , 1 8) de je ne sais quelle religion des anges^ à l'usage de gens qui s' établissent dans des régions imaginaires qu'ils n'ont jamais vues •

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