X PRÉFACE
On retombe de bien haut si, de ce manuscrit de Moyse, qui daterait d'environ 1600 ans avant notre ère, il faut franchir, pour arriver au véritable Pentateuque, un intervalle de douze siècles; ou si, dans les prétendues prophéties d'Isaïe, on doit reconnaître des écrits du second siècle avant notre ère. Mais tandis que les livres juifs paraissent peut-être par là moins vénérables, ils doivent, d'un autre côté, à leur date récente, d'exprimer un état de l'humanité plus avancé que celui dont témoignent les monuments des âges primitifs. Ils nous sont ainsi plus prochains et plus accessibles. Les Juifs ont de bonne heure agi sur ceux qui les entouraient; mais on n'agit pas sur les autres sans se rapprocher d'eux ni sans subir soi-même une influence. Il est à croire qu'ils se trouvèrent placés assez tôt dans le courant de la civilisation générale, et que leurs idées s'en ressentirent par une infiltration inaperçue. Il n'est pas douteux du moins qu'à l'époque des Asmonées, l'esprit juif ne fut en commerce avec l'esprit hellénique, dont il était enveloppé. C'est ce qui fit que Juifs et Hellènes eurent tant de facilité à s'entendre, et ce qui détermina le succès de la propagande juive dans le monde grec, avant-coureur de celui de la propagande chrétienne.
Cependant la Bible n'est pas la seule source, antérieure à l'époque chrétienne, où on puisse étudier le judaïsme : il faut y joindre les livres de Philon d'Alexandrie, et j'ai employé à l'étude de ces livres un