‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 119 sur 183 · C'est-à-dire, d'un pain excellent. Compa · texte numérisé non relu

C'est-à-dire, d'un pain excellent. Compa

A cette époque appartient aussi la croyance aux Démons, et à Satan chef des démons. On a vu que dans la Bible un satan est un adversaire, un antagoniste, et que le satan par excellence est le grand Accusateur chargé de la recherche et de la poursuite des méfaits des hommes, sous l'autorité de Iehova. Cette idée se transforma sous l'influence des croyances venues de la Perse. Le satan devint le génie du mal, l'adversaire du Seigneur, l'héritier de l'Ahriman mazdéen, et son nom fut dès lors un nom propre. Il semble que le satan soit déjà pris en ce sens dans un verset du Fils de Sirach1.

Satan est souvent appelé en grec ô otafioXoç, le détracteur ou l'accusateur (d'où nous avons fait le Diable) : c'est la traduction de l'hébreu satan, pris dans son sens propre.

Dans V Apocalypse, il s'appelle aussi le Dragon, le Serpent ; cela est encore emprunté aux mythologies orientales. Le verset xn, 9, semble l'identifier avec le serpent de la Genèse, qui vient probablement en elï'et du même mythe ; mais il paraît bien que l'écrivain de la Genèse n'avait plus conscience de cette origine, et prenait naïvement le serpent pour un animal. C'est seulement à l'époque chrétienne que le judaïsme retourna vers cet Orient dont primitivement il était sorti.

Ahriman est entouré, dans le mazdéisme, de tout

1. Tov aaTavàv, xxi, 27. Bretschneider refuse de l'admettre, et il est vrai qu'il est difficile de se prononcer là dessus avec certitude.

Les chrétiens reconnurent en effet Satan dans Ahriman. Voir Théodore de Mopsueste dans Photios (Biblioth. 81).

un peuple d'esprits malfaisants ; il en fut de même de Satan, et ces esprits mauvais furent ses Anges Apoca/.,xii, 7); ce n'est pas pourtant de ce nom qu'on les appelle d'ordinaire. Les Juifs palestiniens les nommaient Schedim ; les Juifs hellénistes AataovE; ou Ay.tu.rma, d'où Démons. Le mot de Schedim, qui paraît signifier les puissants, les maîtres, se trouve deux fois dans la Bible, où il désigne simplement les dieux des Gentils l ; mais quand les Juifs eurent l'idée de ce que nous appelons les Démons, ils les identifièrent naturellement avec ces dieux ennemis, et les confondirent sous un même nom avec eux-.

À l'époque que représentent pour nous les Évangiles, tout mal tant soit peu obscur ou étrange était rapporté aux Démons : on disait que le malade « avait un Démon 3 » , et on recourait, pour le chasser, à des opérations mystérieuses. Joseph raconte [Antiq., VIII, ii, 5) que de son temps un Juif nommé Eléazar chassa un Démon du corps d'un malade en présence de Vespasien, de ses fils et de ses officiers, en lui mettant sous le nez un anneau dans le chaton duquel était une racine d'une vertu miraculeuse : dès que le malade l'eut respirée, le Démon lui sortit par les narines. Éléazar ajoutait à cette cure des conjurations ou exorcismes pour que le Démon ne rentrât plus dans le corps qu'il avait quitté. Joseph prétend que

i. Deutér., xxxn, 17. Psaume, cvi, 77.

2 Ces sns seulement que Paul emploie oatfiôvta. I Cor.,

\. 20. Voir aussi Baruch, iv. 7.

::. Les expressions de possédé et do possession ae sont pas dans l( s Ecritures.

ces secrets merveilleux avaient été trouvés par Salomon, qui en avail laissé par écrit les formules; niais la Bible ne contient rien de semblable dans l'histoire de Salomon.

Les Démons ont quelquefois des noms, Beelzebul (Marc, m, 22), Àsmodée (Tobie, m, 8). L'Àsmodée de Tobie « tue tous les maris de Sara » parce qu'il est imoureux d'elle (vi, 14); mais on peut douter que cette mythologie soit palestinienne, le livre de Tobie paraissant originaire d'Egypte l.

Toutes ces idées, ces manières de sentir et d'agir, -i répandues aux temps où nous sommes arrivés, sont étrangères à la Bible2.

C'est sous l'influence de cette doctrine des Anges et des Démons que le travail de l'imagination fit sortir de deux versets de la Genèse un mythe qui n'y était pas enfermé. Ces versets disent que les fils des

I. Ce trait a été supprimé dans la Vulgate. — Beelzebul est une altération de Baal zeboub, c'est-à-dire le Baal des mouches des mouches malfaisantes). Voir II Rois, i, 2. Le nom d'Àsmodée vient le la Perse. Renan, Vie de Jésus, édition de I8G7, p. 272.)

2. On lit dans 1 Sam., XVI, I.S, qu'une influence malfaisante troubla Saiil et lui causa un délire dont la musique de David le soulageait. Le texte dit : ■< Vno influence malfaisante venant de Iehova, » comme on dirait, une fièvre envoyée do Dieu ; car tout ce qui parait surnaturel vient de Iehova. Cela est tout différent des Dénions de 'époque chrétienne. C'est d'ailleurs le seul passage de ce genre. On ne peut douter cependant que ces sortes de superstitions ne soient aussi vieilles que l'humanité. Elles tiennent une grande place dans les monuments chaldéens, et on les retrouve dans ceux de l'antique Egypte. Le premier chapitre du livre de M. François Lenormant, La magie chez les Chaldéens, 1 «74, contient là-dessus lesdéveloppements les plus curieux. On doit donc admirer à ce sujet la sobriété de la Bible hébraïque.

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