CHAPITRE IV
HISTOIRE DES JUIFS DEPUIS LA LOI JLSQL A LA FIN DD RÈGNE d'hÉRODE.
A partir du milieu du vc siècle avant notre ère, date où on place Esdras, c'est-à-dire la restauration de Jérusalem et du Temple, et où il faut placer aussi la rédaction de la Loi, jusqu'au partage de l'empire d'Alexandre à l'entrée du me siècle, il s'est passé environ cent cinquante ans pendant lesquels les Juifs n'ont absolument pas d'histoire. La Bible ne contient pour cette période aucun récit, mais seulement une liste de noms des grands-prêtres {Néh. xii, 10), et on peut dire qu'on n'en apprend pas davantage dans Joseph; car il ne raconte que trois faits qui se rapportent à ces temps, et encore est-ce aux dernières années : le meurtre du grand-prêtre Jean tué par son frère, sous Artaxerce Ochus ; l'établissement du temple samaritain de Garizim, sous Darius Codoman, et la prétendue entrée d'Alexandre à Jérusalem, qui n'est sans doute pas historique. Après Alexandre, les Juifs reparaissent dans l'histoire. Les rois d'Egypte et de Syrie se disputent la
Palestine. Ptolémée Lagos prend Jérusalem, et emmène un grand nombre de prisonniers, qu'il établit en Egypte. Antiochos le Grand enlève la Judée à Ptolémée Philopator ; Ptolémée l'Épiphane la reprend ensuite, puis elle est reconquise par Antiochos. Elle passe après lui à ses fds, Séleucos et Antiochos l'Epiphane.
On trouve dans deux livres écrits en grec, et reçus comme sacrés par l'Église romaine, le Premier des Machabées et le Second des Machabées, l'histoire des Juifs à partir de la fin du règne de Séleucos. Si je n'ai pas dit simplement, les deux livres des Machabées, c'est pour mieux avertir que ces deux livres sont absolument détachés l'un de l'autre et doivent être pris chacun à part. Le Premier des Machabées est le seul qui ait une véritable valeur historique ; il a entre autres mérites celui de nous donner la date des événements presque année par année, depuis l'avènement d'Antiochos l'Épiphane, en 173, jusqu'à la mort du prince Asmonée Simon, en 135. Le Second livre ne contient que l'histoire du fameux Judas le Machabée, et ne la conduit même pas jusqu'à sa mort.
Depuis la destruction de Jérusalem par les Chaldéens, les Juifs n'avaient pas de rois, mais seulement des grands-prètres. Il est probable que ces grands-prêtres ne furent d'abord que les chefs d'une communauté qui se gouvernait elle-même, du moins par ses anciens l ; mais, au temps des Séleucides,
1. Était-ce par la Grande siinayogue? La question ne paraît pas
les grands-prêtres paraissent être de véritables rois, qui ont tout l'éclat, tout le pouvoir de la royauté, et qui en prennent. toutes les licences. Il est dit du grand-prêtre Ménélas, dans le second livre des Machabées (rv, 25), qu'il se conduisait comme un odieux tyrannos. Si les grands-prêtres ne portaient pas le nom de roi, c'est que ce nom était réservé aux rois de Perse et, depuis Alexandre, aux rois de Syrie. On verra qu'après* que les Juifs se furent complètement affranchis de la domination des Séleucides, leurs grandsprêtres prirent tout naturellement le nom de roi.
On ne sait rien, absolument rien, de l'état des Juifs sous la domination des Perses ; mais si on en juge par la situation où ils paraissent au début de la période macédonienne, c'était un état de prospérité, on pourrait même dire d'indépendance. Ils payaient sans doute un tribut; ils fournissaient pour les guerres du grand roi, ou des hommes, ou de l'argent, ou l'un et l'autre; à cela près, il est à croire qu'ils étaient libres, et qu'ils vivaient à part de leurs maîtres, sans être troublés en rien dans la pratique de leurs lois, ni dans le culte de leur dieu. Les gouvernements asiatiques n'étaient pas assez fortement organisés pour faire sentir leur action aux peuples conquis dans le détail de la vie, et ils devaient être assez indifférents aux croyances et aux mœurs de leurs sujets. Ce fut tout autre chose avec les rois grecs :
résolue. Voyez J. Derenbourg, Essai sur l'histoire et la géographie de la Palestine d'après les Thalmuds, première partie, Histoire-: 867, pages 2'J et suivantes.
les Hellènes pénétraient partout, et avec eux l'hellénisme, c'est-à-dire un certain ensemble d'idées et d'habitudes par lesquelles on était plus irrésistiblement et plus pleinement conquis que par les armes. L'hellénisme envahissait l'Asie, même avant Alexandre; après lui, les voies s'ouvrirent de plus en plus au commerce des esprits comme à celui des denrées. Le commerce, mieux encore, je crois, que la guerre, versa des multitudes de Juifs dans Alexandrie et dans Antioche, et les Juifs mêmes de la Palestine entrèrent si bien en rapport avec les Grecs, que la Judée parut tout près d'être grécisée. La curieuse histoire de Joseph, fils de Tobiè, ce Juif si distingué et si grand seigneur, qui tint pendant vingt-deux ans la ferme des impôts de Syrie, de Phénicie et de Samarie, « et qui fit échanger aux Juifs leur pauvreté et leur abaissement pour une fortune plus haute et une vie plus large f » , montre combien , dès le temps d'Antiochos le Grand, les fils d'Israël s'étaient familiarisés avec les Grecs. C'est au début du règne d'Antiochos l'Epiphane que le Premier des Maehabées nous montre l'hellénisme éclatant à Jérusalem, et y constituant un parti antinational ; mais la crise qui se déclara alors se préparait sans doute depuis longtemps. Ce n'est pas tout à coup qu'il s'est trouvé un grand-prêtre comme ce Jésus, frère et successeur d'un troisième Onias, qui se fit le courtisan des Macédoniens jusqu'à échanger son nom juif contre le