‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 71 sur 183 · Isaïe. i, 11, et lviii · texte numérisé non relu

Isaïe. i, 11, et lviii

haie ajoute qu'au prix de cette réforme des cœurs et des actions, Israël sera blanchi de tous ses péchés. Eu enseignant ainsi qu'une expiation morale efface le péché, les Prophètes accoutumaient les esprits à considérer le péché lui-même comme étant d'une nature morale ; tandis que dans les Quatre livres le péché n'est qu'une infraction matérielle à la Loi, qui s'expie par des cérémonies et des sacrifices. Ce sentiment nouveau du péché et de l'expiation est ce qu'on appelle encore un sentiment chrétien.

Celui qui recherche les origines du christianisme ne peut trop relire la dernière partie d'Isaïe, depuis le chapitre xl. Le poëte ne nous touche pas seulement par l'élévation de ses sentiments, mais aussi par sa tendresse. Dans sa reconnaissance pour la rédemption d'Israël, sauvé par son dieu, il exprime l'amour de ce dieu pour son peuple avec des accents tout pareils à ceux de l'Évangile. C'est le pasteur qui porte ses ouailles dans ses hras (xl, H), qui ramène lui-même la brebis perdue l. Ses entrailles s'émeuvent pour les enfants d'Israël (lxiii, 15) : « C'est toi qui es notre père, et non Abraham ou Jacob. Abraham ne nous connaît pas et Jacob ne sait qui nous sommes ; mais toi, tu es notre sauveur, depuis le commencement des temps. » — Ce n'est pas assez ; il est une mère, la mère qui soulage la peine de son fils (lxvi, 13). Et ailleurs : « Une mère peut-elle oublier son nourrisson ? peut-elle être indifférente au fruit de .son ventre ? Mais quand elle pourrait l'oublier, moi, je ne t'ou-

1. Voyez aussi Ezêchiel, xxxiv, 4 et 16. etc.. et Sirach, xvm, 13.

blierai jamais (xlix, 16). » Si Iehova revient habiter Sion, c'est pour être présent au milieu de ceux qui ont été opprimés et affligés, c'est pour rendre aux cœurs brisés la vie et la force l. — Iehova n'adressait qu'aux seuls Juifs tous ces discours, à ces Juifs qui venaient d'être proscrits et foulés aux pieds ; mais plus tard tout ce qu'il y avait au monde de misérables a saisi avidement, pour se les appliquer, de telles paroles, et, bien avant Jésus, le dieu des Juifs a été ainsi un père pour les déshérités et les orphelins. Quand on l'écoutait disant (xl, 1) : Consolez, consolez mon peuple ; préparez mes voies ; — ou ailleurs (xli, 10) : Ne crains point, car je suis avec toi; — tous ceux qui souffraient, pauvres vermisseaux (xli, 14), croyaient déjà entendre du ciel ce qu'on a appelé plus tard la Bonne nouvelle. — Qu'ils sont beaux, les pieds de ceux qui l'apportent (lu, 7) ! c'est encore un mot du prophète, dont l'Eglise s'est emparée comme de tant d'autres. Quel appel touchant et irrésistible dans ce passage (lv, 1) : « Vous tous qui avez soif, venez, voici l'eau ; vous qui n'avez pas d'argent, venez, achetez et mangez ; venez, achetez, sans argent et sans payer, le vin et le lait ! Pourquoi dépensezvous votre argent pour ce qui n'est pas du pain et votre travail pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez, écoutez-moi, et mangez ce qui est bon, et jouissez de mon abondance. Prêtez l'oreille, venez à moi et vous vivrez... Cherchez Iehova, pendant qu'il se

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