Marc, xi
une époque où ce Temple, consacré déjà par le temps et pas le respect des peuples, semblait être, sur la montagne sainte, à l'abri de toute entreprise insolente ; où il paraissait à la nation des Juifs un sûr rempart de son indépendance, et était l'objet d'une confiance, ou plutôt d'une foi, qui fut cruellement trompée par l'invasion d'Antiochos.
Il faut rapprocher de ce passage des paroles qu'on lit tout à la fin à'Isaïe (lxyi, 1), placées dans la bouche de Iehova : « Le ciel est mon siège, et la terre mon escabeau : à quoi bon me bâtir une maison et une résidence ? Tout ce qui existe est l'œuvre de ma main; c'est moi qui l'ai fait. 11 n'y a qu'une chose qui me touche : c'est un cœur abattu et contristé et qui obéit en tremblant à ma parole. » La même pensée se retrouve dans la prière de Salomon, au premier livre des Bois (vin, 27), où l'on s'est appliqué à la concilier avec l'acte même pour lequel Salomon est censé faire cette prière, c'est-à-dire précisément la consécration d'une maison de Iehova. Mais ici rien ne corrige l'impression des versets que j'ai cités, et il semble que le pieux écrivain est prêt à se passer du Temple. On se demande si cette protestation n'est pas échappée, pendant la persécution des Macédoniens et des macédonisants, à un fidèle proscrit, réduit à vivre loin de Sion et de la montagne sainte, et qui se disait cependant avec confiance que son dieu était avec lui. Quoi qu'il en soit, cette parole n'a pas été perdue; l'indépendance qui l'inspire s'est rencontrée avec la critique hellénique, et elle a servi à
autoriser, après que fut tombé le nouveau Temple, ceux qui prêchaient plus hardiment que Dieu n'habite pas dans des temples bâtis par i homme (Act. , vu, 48) ; si bien que le christianisme, en môme temps qu'il a fait fermer ou démolir les temples des dieux, a vécu luimême pendant plusieurs siècles sans temples aussi bien que sans images.
Yn passage curieux de Jérc'mie est le verset où il est dit (m, 16) « qu'on ne parlera plus de l'Arche du pacte de Iehova ; qu'on n'y pensera plus, qu'on ne s'en souviendra plus, qu'on ne la rétablira pas ». L'histoire de l'Arche est obscure, et on ne sait précisément ni quand ni comment elle a disparu de la religion des Juifs. On peut croire que ce fut sous Antiochos.
A ce renouvellement national et religieux se rattache une expression que Jérémie emploie le premier, et qui a pris dans la 'religion chrétienne une bien grande place ; c'est celle par laquelle il annonce ce qu'il appelle \e pacte nouveau. Déjà, dans le dernier haïe, Iehova dit à son peuple qu'en le rétablissant sur la terre d'Israël, il lui en assure la possession pour toujours ; il lui promet que cette possession ne sera plus troublée, comme il avait promis à Noé qu'il n'y aurait plus de déluge : « Le pacte de paix que je fais avec toi ne sera pas rompu l. » Mais Jérémie le premier oppose ce pacte nouveau à celui que Iehova avait fait avec son peuple au temps de Moyse