Jean-Baptiste Rousseau, Odes, I, x, à la fin
3. Voir encore les imprécations de Saurin et ses cris de triomphe, quand les armées de Louis XIV, qui étaient, hélas I les armées françaises, sont exterminées à Hochstett et h Ramillies (Sermon sur les profondeurs divines, édition de Lausanne, 1759, t. Ier, p. 228).
Je citerai plus volontiers ce beau passage du sermon suivant (p. 258) : « Mon peuple, que fai-je fait ? — Ah ! Seigneur, que de choses tu nous as faites ! Chemins de Sion couverts de deuil, portes de Jérusalem désolées, sacrificateurs sanglotants, vierges dolentes, sanctuaires abattus, déserts peuplés de fugitifs, membres de Jésus- Christ errants sur la face de l'univers, enfants arrachés à leurs pères, prisons remplies de confesseurs, galères regorgeantes de
On ne sait pas assez que l'office de la semaine sainte en particulier est composé en grande partie des psaumes les plus chargés d'imprécations, et que ces imprécations se perpétueront ainsi dans la bouche des chrétiens tant que durera l'Eglise. Il est vrai qu'il n'y a plus de Gentils ; mais il y a toujours des méchants ; les méchants ou les Gentils, aux yeux des « saints » , ce sont les infidèles, les hérétiques, les impies, et môme tout simplement les profanes1.
Il ne faut pas croire d'ailleurs que l'effet des Psau-
martyrs, sang de nos compatriotes répandu comme de l'eau ; cadavres vénérables, puisque vous servîtes de témoins à la Religion, mais jetés à la voirie et donnés aux bêtes des champs et aux oiseaux des cieux pour pâture ; masures de nos temples, poudres, cendres, tristes restes des maisons consacrées à notre Dieu ; feux, roues, gibets, supplices inouïs jusqu'à notre siècle, répondez et déposez ici contre l'Éternel. »
1 . « Répands sur eux ta colère ; que la fureur de ta colère les saisisse. Que leur résidence soit déserte; que leurs demeures restent sans habitants (le Jeudi-Saint, à Ténèbres).
Ils tomberont dans les profondeurs de la terre; ils seront livrés à la main du glaive ; ils seront la proie des chacals (le Jeudi-Saint, à Laudes).
Sur eux tomberont des charbons ardents, tu les précipiteras dans le feu; ils ne pourront durer à leurs souffrances (le Jeudi-Saint à Vêpres).
Applique-toi à juger tous les Gentils ; sois sans pitié pour ceux qui commettent l'iniquité (le Vendredi-Saint, à Ténèbres).
Ils reviendront le soir [sans avoir rien trouvé] ; ils seront affamés comme des chiens vagabonds, qui courent en vain à travers la ville (ibid).
Il leur fera payer leur iniquité ; il les confondra dans leur malice ; le Seigneur notre dieu les perdra {ibid).
Tu perdras tous ceux qui me font souffrir, parce que je suis ton serviteur (le Vendredi-Saint, à Laudes), etc. »
Voilà comment l'Église applique le verset fameux dont elle a fait tant de bruit : « Priez pour ceux qui vous outragent et vous persécutent » {Matth., v, 44).
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mes se soit borné à soulager les souffrances ou les ressentiments collectifs d'une nation ou d'une communauté religieuse. 11 a fallu sans doute une cause publique pour susciter cette poésie ; il n'y a que les douleurs d'un peuple qui puissent trouver d'abord une si grande voix pour s'exprimer. Mais cette voix, quand une fois elle s'est fait entendre, a eu un écho dans le cœur des malheureux obscurs et isolés, dont les tristesses sans cela seraient à jamais restées muettes. Le plus humble, le plus ignoré, peut souffrir de l'injustice des hommes autant que souffrait Israël ; il répétera donc les plaintes d'Israël en se les appliquant, et cela d'autant plus naturellement que, dans les Psaumes, l'imagination, qui a besoin d'images particulières et sensibles, avait peint Israël sous les traits d'un homme. Ainsi quand Gilbert, à près de 2,000 ans de la date de ces chants hébreux, laissait échapper ces vers si personnels :
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence, etc. ;
il ne faisait guère que traduire quelques versets du psaume xli, ou d'autres semblables l.
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence ;
Il a vu mes pleurs pénitents; Il guérit mes remords, il m'arme de constance ;
Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis riant ont dit dans leur colère : Qu'il meure, et sa gloire avec lui ;
Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père Leur haine sera ton appui.
Ce n'est pas tout; de même que ces chants se sont étendus des douleurs d'un peuple aux douleurs d'un homme, il est arrivé aussi, par une nouvelle transformation, que les cris qu'avaient arrachés à Israël des épreuves tout extérieures, des calamités qui frappaient sur la chair et sur les sens, ont traduit plus tard des émotions, non-seulement morales, mais encore mystiques. Les Juifs disaient au sens propre : «Les méchants vont disparaître, et l'héritage restera aux bons (Ps. xxxvn) » : le chrétien d'aujourd'hui entend par là un héritage céleste et surnaturel. Israël s'écriait : « Comme le cerf brame après l'eau des sources, ainsi, mon dieu, mon âme soupire après toi. Mon âme a soif de mon dieu, du dieu vivant; quand donc reparaîtrai-je devant sa face (Ps. xlh) ». En parlant ainsi, il était tout à l'ardent désir de revoir Jérusalem après en avoir été exilé, et ce Temple où lehova faisait sa demeure. Ce verset a exprimé depuis et exprime encore tous les jours les ardeurs spirituelles d'une piété qui ne cherche son dieu qu'au dedans de soi. — « Seigneur, dit encore le psalmiste (Ps. li), ouvre mes lèvres ; mets ta louange dans ma bouche. Pour des sacrifices, tu ne t'en soucies pas ; autrement je t'en offrirais ; tu n'as pas de goût aux holocaustes. Le sacritice que tu veux de moi est mon cœur brisé; ma tristesse et mon af-
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage;
Tout trompe ta simplicité; Celui que tu nourris court vendre ton image
Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir !
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fliction sont l'offrande que tu agrées. » C'est encore là un chant de l'exil, qui veut dire seulement que l'exil D'est pas le temps des fêtes, et que le dieu des Juifs. tant que leur ville sainte reste en proie aux impies, ne leur demande d'autre culte que leur douleur. La preuve que c'en est bien là le sens est que le poète ajoute aussitôt : « Rends à Sion ta bonté, relève les murs de Jérusalem ; alors tu te plairas aux sacrifices et à l'holocauste qui consume une victime entière. » Aujourd'hui on laisse volontiers dans l'ombre ces derniers versets, et les premiers ont changé de sens. On croit y entendre un dieu tout intérieur, pour qui le culte du dehors est comme s'il n'était pas ; qui ne nous demande que notre âme et qui ne la veut que désolée ; non pas, comme dans le psaume, à cause des malheurs publics, mais par une tristesse singulière et nouvelle. qui vient du sentiment de nos péchés. On sait que sept de ces chants, qui exprimaient plus particulièrement les misères et les humiliations d'Israël, servent aujourd'hui, sous le nom de Psaumes de la pénitence, à l'expression du repentir d'un pécheur contrit. C'est ainsi que nous refaisons les Psaumes en les lisant, à l'usage d'une religion raffinée, qui n'aurait pas même été comprise par les Juifs d'alors.
Quelquefois aussi l'esprit nouveau, en se substituant à l'ancien, a lu dans un psaume tout autre chose que ce qui y était écrit. C'est ce qui est arrivé pour la fin du psaume cxliv : « Arrache-nous aux mains des enfants de l'étranger... Leurs fils croissent comme de jeunes plants; leurs filles s'élèvent comme
des piliers bien taillés. Leurs greniers sont pleins et regorgent de toutes choses. Leurs brebis sont fécondes;... leurs bœufs sont gras;... on n'entend point de cris d'alarme dans leurs rues. Heureux, disent-ils, le peuple qui a tous ces biens ! Heureux plutôt le peuple qui a pour dieu Iehova ! » — C'est ainsi que parle la Vulgate, d'après les Septante; mais ni cette antithèse ni ce disent-ils ne sont dans le texte. Il parait qu'il faut traduire : Que nos fils croissent... que nos greniers soient pleins... et ainsi du reste. Heureux le peuple qui a tous ces biens, le peuple qui a Iehova pour dieu [car c'est Iehova qui les lui donne] ! — Il n'y a ainsi dans l'hébreu qu'une espérance et une promesse de prospérité ; c'est plus tard que, sous l'influence d'idées morales, d'origine philosophique et stoïque, on a mis en opposition avec les biens terrestres ce bien mystique d'être le peuple du Seigneur. On lit dans la Yie de Pascal écrite par sa sœur que le psaume cxix (qu'elle appelle le psaume cxvm) lui paraissait contenir « tant de choses admirables qu'il sentait de la délectation à le réciter. Quand il s'entretenait avec ses amis de la beauté de ce psaume, il se transportait en sorte qu'il paraissait hors de luimême ». Ces choses admirables étaient souvent bien loin de la pensée de l'auteur original. Aussi dans ce verset : « Je suis à toi, sauve-moi, parce que j'ai recherché tes commandements (94), » Pascal trouvait le mystère de la prédestination, et dans celui-ci (119) : « J'ai regardé comme des coupables tous les profanes, » celui du petit nombre des élus ; et celui
de la grâce efficace dans cet autre (99) : « Je vois plus clair que mes maîtres, parce que je suis plein de ta Loi.» Ce versetfait peut-être allusion, dans le texte, à la faiblesse des prêtres et des grands prêtres qui servaient les infidèles : Pascal l'applique à Rome et aux Jésuites !.
« Heureuse, dit le même psaume (verset 1), la voie des purs, de ceu\ qui marchent dans la Loi du Seigneur- !» — « J'ai pris plaisir à tes commandements, autant qu'à tous les trésors du monde (14). » — « Je confesserai ta Loi devant les rois, et je n'en rougirai point (46). » — « Tes commandements ont été le sujet de mes chants dans le lieu de mon exil (54). » — « Je me lève au milieu de la nuit pour célébrer tes jugements (62). » — « L'iniquité des orgueilleux s'est amassée contre moi; mais je donnerai à tes commandements mon cœur tout entier. Eux, ils ont le cœur figé comme une graisse insensible, mais moi, je me suis attaché à ta Loi (69-70). » — « Je reconnais, Seigneur, que tes jugements sont toute justice, et que tu m'as châtié dans ton équité (75). » — « Mes yeux se sont presque éteints dans l'attente de ta parole ; je disais : Quand me consoleras-tu (82)? » — « Oh! combien j'aime ta Loi 1 elle est ma pensée pendant tout le jour (97). » — « Il est temps que le Seigneur agisse : ils ont aboli ta Loi (126) !» — « Mes yeux se fondent
1. Au verset 119, le texte diffère des Septante et de la Vulgate ; il dit : Tu as rejeté comme des ordures tous les méchants.
2. De Iehova dans le texte, mais je veux lire comme Pascal lisait.
en ruisseaux de larmes parce qu'on n'observe pas ta Loi (136). » — « Ainsi parlait l'Israélite fidèle sous l'oppression des Gentils, et des Juifs qui pactisaient avec les Gentils, et Pascal répétait tout cela dans sa cellule d'anachorète, tandis que Port-Royal se défendait péniblement contre la cour et le pape, et l'archevêque, et le monde,
Errant, pauvre, banni, proscrit, persécut<\
content et fier de ses peines, et d'autant plus ardent pour sa foi, comme plus méprisant pour la doctrine régnante et pour ses docteurs l.
Rien ne fait mieux comprendre qu'un tel exemple comment les Juifs, avec une centaine de chants inspirés par une crise de leur histoire, se sont trouvés être les interprètes des souffrances morales de l'humanité, de celles mêmes, c'est sur quoi je veux appuyer, qui semblaient le moins faites pour retentir avec éclat. Le philosophe, par exemple, suivant Platon ou Zenon, « qui passait sa vie caché dans un coin et chuchotant sa doctrine, » qui, avec son amour de la justice, se sentait perdu au milieu de la foule aveugle et folle, « pareil à un homme tombé parmi des bêtes féroces», et qui s'isolait de son mieux afin de se conserver pur2, avait sans doute ses amertumes, ses in-
1. Ce sont sans doute les entretiens de Pascal qui avaient inspiré l'ouvrage de Hamon, Soliloquia in psalmum cxvm, 1684, traduit par Fontaine sous ce titre : Les gémissements d'un cœur chrétien exprimés clans les paroles du psaume 118. — Errant, pauvre, banni.... est un vers de Boileau dans sa fameuse épitaphe d"Arnauld.
?. Gorgias, pag. 485, République, p. 49C.
dignations, ses soupirs, mais qui restaient renfermés en lui-même, ou ne se traduisaient que dans des confidences faites comme à voix basse à quelques auditeurs recueillis. Rien de commun entre ces épanchements d'un sage, et la voix d'une foule qui se soulève contre un ennemi public, et qui combat tour à tour avec des armes et avec des cris. Mais, quand ces cris, tels qu'on les entend dans les Psaumes, ont été partout répandus et répétés, alors telle âme endolorie, dans ses méditations solitaires, y a reconnu sa souffrance et s'en est servie pour la traduire et la soulager. C'est ainsi que les Psaumes sont devenus la plainte et la prière universelle.
A l'époque de l'avènement du christianisme, les Psaumes, alors attribués à David, car Paul les cite sous son nom {Rom. iv, G, etc.), avaient toute l'autorité des Prophètes, et chacun les tirait à soi comme les Prophètes. Je dirai plus tard quelle étrange exégèse leur a été appliquée, sous l'influence de la croyance au Messie, et surtout des croyances chrétiennes.
Les Psaumes sont donc un des plus grands titres des Juifs ; on ne peut en parler qu'avec admiration et reconnaissance. On doit s'avouer pourtant que l'impression générale en est triste et dure, ainsi que l'étaient les temps qui les ont inspirés. J'excepte quelques chants glorieux, qui célèbrent la grandeur de Iehova, ses œuvres divines et ses bienfaits. Mais ce qui domine dans les Psaumes est le cri de la vengeance et de la haine. Ce cri sort, comme le dit le poète, des profon-
(leurs de l'abîme : De profundis clamavi ad te. Il ne reste plus alors aux Juifs que l'espérance tourmentée et maladive qui persiste jusque dans le désespoir. Le souffle pur et fortifiant qu'on sentait dans les Prophètes ne soulève plus la poitrine des fils d'Israël. Où sont les magnifiques promessts iïlsaïe sur la grandeur de Sion ? où est le Libérateur, le Pacifique, le Fort et le Sage qui doit amener avec lui un âge d'or; les riantes images de l'enfant qui joue avec le serpent, de l'agneau couché à côté du loup ? Dans les Psaumes, l'agneau est sous la dent du loup qui le déchire. On n'y entend pas la voix du dieu qui console, qui ouvre les chemins du salut, qui annonce du haut des montagnes la bonne nouvelle de la paix et de la justice. Les tristesses mêmes de Jérémie et les amertumes d'Ézéchiel étaient bienfaisantes ; elles retrempaient les âmes et les préparaient à faire leur devoir avec confiance et dévouement; tous deux prêchaient à Israël que sa destinée était dans ses mains, et qu'il serait récompensé suivant ses mérites. Mais les Psaumes ne font plus appel à sa vertu, dont il a reconnu l'impuissance ; ou du moins les seules vertus qu'ils lui demandent sont la patience, la résignation, l'humilité, l'abandon au surnaturel et au miracle. Ils défendent de mal faire plutôt qu'ils n'excitent à faire le bien ; ils n'ont pas d'élan vers l'action, ni vers le prochain ; je ne sais s'il y est parlé une seule fois d'aimer ses frères. Les Psaumes sont d'admirables prières des agonisants, plutôt qu'une parole de vie ; il se dégage de cette poésie une ombre pareille à celle du cloître, dont la
tristesse n'a que trop longtemps enveloppé le monde chrétien.
Cependant la piété a aussi des sources inconnues de joie et d'amour : les chants qui s'adressent nu Temple sont pleins d'ardeur tendre, ceux surtout qui ont été composés dans l'exil. La maison du Seigneur, la maison de Dieu, c'est une idée qui touche encore vivement la dévotion moderne ; mais le Dieu d'aujourd'hui a partout des temples ; pour le Juif, la maison de Iehova était unique; il ne résidait, il n'était présent qu'en ce point du monde ; c'était le foyer de la patrie, où se concentraient toutes les espérances du fidèle avec toutes ses affections. « Comme la hiche languit après le ruisseau, ainsi je languis après toi. Mon âme a soif de mon dieu; quand reparaîtrai-je devant sa face? Mes larmes sont mon breuvage le jour et la nuit, depuis qu'on me dit tous les jours : Où est ton dieu? Je me souviens, et cela me fait pleurer, comme je marchais au milieu de la foule pressée, comme je la conduisais solennellement à la maison de mon dieu, parmi les cris d'adoration de la multitude transportée (xliii). » Et encore : « Mon âme se consume en soupirant après les parvis de Iehova... Le passereau a son nid ; la tourterelle a le sien, pour y loger ses petits. Pour moi tes autels, Iehova Sabaoth, mon roi, mon dieu! Heureux ceux qui demeurent dans ta maison ; ils peuvent te célébrer sans cesse . . . Sous leurs pas des sources jaillissent dans la vallée aride, et la pluie d'automne y répand ses bienfaits. . . Un seul jour dans ta maison vaut mieux qu'ailleurs toute une vie (lxxxiv). »
Si nous avons besoin pourtant de nous distraire de la monotonie de ces ardeurs, relisons les quelques psaumes où le poëte oublie les souffrances d'Israël et sa douloureuse histoire pour les grands spectacles de la nature. Les psaumes appartiennent à un âge de réflexion, où l'homme s'interroge sur ces spectacles, et où il en analyse avec curiosité la merveille; il retrouve d'ailleurs dans cette contemplation la sérénité et même la joie qui lui manquent partout ailleurs ; il est enlevé par là aux préoccupations pénibles et aux sentiments irritants. Mais ce qui fait l'originalité de ces chants juifs sur la nature, ce n'est pas seulement qu'ils sont religieux, et que le poêle croit à un dieu qui a fait le monde et qui le gouverne ; c'est surtout que ce dieu est le dieu d'Israël (car quel autre pourrait être, aux yeux d'Israël, le dieu suprême?) et que la grandeur que ce dieu déploie dans ses œuvres répond aux siens de ce qu'il peut faire pour eux, et des miracles qu'ils doivent attendre de lui, après tant d'autres miracles. C'est lui qui a fait le soleil, et c'est lui qui a fait la Loi ; le fameux psaume : Cœli enarrant gloriarn Dci (xix) est tout entier dans cette antithèse. Voici d'abord le soleil : « Iehova lui a préparé au ciel sa demeure ; de là, pareil au fiancé qui sort de son appartement, il se mot en marche fier et joyeux, comme un capitaine. 11 part d'un bout du ciel et il atteint à l'autre bout *. »
1. Le soleil n'est pas comparé dans ces versets à l'époux qui sort de sa chambra nuptiale, comme dit Jean-Baptiste, le lendemain du mariage ; unis au fiancé qui s'en va brillant et paré,
El puis tout de suite : « La Loi de Iehova est souveraine ; elle relève l'âme, etc. » Et ailleurs (xxix) : « La voix de Iehova tonne sur les eaux (c'est-à-dire sur les nuées)... la voix de Iehova brise les cèdres... ; la voix de Iehova jette le feu et la flamme...; » puis, pour conclure': « Iehova donnera force à son peuple. » Et encore (lxv) : « Tu nous exauces par des coups terribles de ta justice, dieu de mon salut; tues l'espoir du monde entier, jusqu'aux extrémités de la terre et des mers ; tu es celui dont la force a établi les montagnes sur leur base, qui apaises le soulèvement des vagues et celui des peuples... Tu regardes la terre, et tu la fécondes ; tu y répands la fertilité. Les eaux de mon dieu coulent à pleins bords ; tu prépares le blé pour tes créatures ; tu façonnes le sol en arrosant les sillons ; tu le travailles et tu l'amollis par tes pluies ; tu bénis les germes qui poussent. » — « Quoi! s'écrie ailleurs le poëte (xciv), celui qui a fabriqué l'oreille n'entendrait pas, et celui qui a façonné l'œil ne verrait pas !» — « Tous les dieux des peuples sont impuissants, mais Iehova est celui qui a fait le ciel (lxiii). » — Mais le psaume civ est celui où le poëte s'est le plus abandonné à son imagination émue : « Iehova mon dieu, que tu es grand! tu es vêtu de splendeur et de gloire. Il s'enveloppe de la lumière comme d'un vêtement ; il étend les deux autour de lui comme une tente... Il a assis la terre sur ses fondements, pour qu'elle ne soit jamais ébranlée... ; les montagnes se
avec un cortège, pour prendre sa femme et pour l'emmener chez lui.
suivant le rite des noces juives. Voyez Matthieu, xxv, 1,5, 6, etc.