LA PKBMIÈRE INVASION DES BARBARES
Gdie-Ià est venue de TOrient ; die est toute morale et ne détache de l'empire que des âmes, non des territoires ; mais elle le dissout par là moralement et eo prépare là ruine^ comme elle prépare aussi le mondenou*veau qui doit s'élever sur cette ruine, et qui est le nôtre.
Il y avai t déjà trois cents ans qu'Éraloisthène avait dé» «avoué cenx qui, avant lui, divisaient les hommes en Grecs et en Barbares, et qui conseillaient à Alexandre de traiter les Grecs comme des amis et les Barbares eomme des ennemis. Il disait qa*il y avait psffmi les Barbares non-seulement des hommes, m»s des peuples véritablement civilisés, et il apportait en exemple la civilisation de rinde. Depuis dette époque, le monde grec et romain avait fait bien du chemin vers l'Orient ; mais 'û fallait que l'Orient, de son côté^ marchât aussi vers le monde grec et romain; et c'est par les Juifs que ce mouvement s'est accompli. U est donc temps d'étudier les Juifs. Je suis arrivé au moment où le ruisseau toujours grossissant du judaïsme vient tomber dans le grand fleuve hellénique et s'y absorber, tout en don«nant aux eaux qui le reçoivent une teinte nouvelle. Je dois remonter maintenant à la source même d'où il
Zn LE CHRISTIANISME BT SES ORIGINES.
est sorti, et le suivre dans âon cours jusqu'au god*^ fiuent, je veux dire jusqu'au Christianisme. Ce sera le sujet d'un second et dernier travail.
Je dirai encore en finissant qu'on ne déshonore pas le Christianisme en l'appelant une invasion des Bar* bares. Et ces mots n'expliquent pas seulement le passé du Christianisme, ils en annoncent aussi l'avenir.
L'invasion des Barbares a amené bien des souffran*^ ces et des désastres; elle a emporté, avec l'ancien monde, des merveilles de civilisation. Et pourtant il est permis de croire qu'à tout prendre elle a profité à l'humanité, et que les nations ont bien fait d'échanger la domination romaine contre une anardiie d'où est sortie leur indépendance; car tous tant que nous sommes, peuples d'aujourd'hui, nous n'existons que par la dissolution du monde romain.
Le Christianisme aussi a fait, dans Tordre intérieur, bien des ruines. L'Eglise, en se constituant, a con<damné l'esprit humain à des servitudes et à des défaillances de toute espèce. Elle a fait de plus beaucoup de mal même au dehors ; elle a produit les guerres religieuses; elle a eu ses cachots et ses bûchers. Et cependant il n'est pas défendu de penser que le gros du genre humain, en passant du paganisme au Christianisme, a gagné quelque ehose en moralité et en liberté.
Mais les révolutions qui se sont accomplies alors n'ont pu être réellement un bienfait qu*à la condition qu'elles ne s'arrêteraient pas et qu'elles conduiraient les liommes à un état meilleur.
Le mérite du raoyen âge est d'avoir enfanté le monde moderne ; en d'autres termes, le mérite de l'invasion des Barbares a été d'aboutir à ce qu'il n'y ait plus de Barbares.
De même le mérite et le bienfait de l'avènement du Christianisme est qu'il aboutisse à ce qu'il n'y ait plus ni païens ni Chrétiens, mais des esprits libres , définitivement affranchis de tous les dieux.
QUI RENVOIENT AUX TEXTES SUR LESQUELS s'APPUIENT