‹ Le christianisme et ses originesChapitre 34 sur 48 · Labco ingenii qnalitate et fidncia doctriDS plarima inno · texte numérisé non relu

Labco ingenii qnalitate et fidncia doctriDS plarima inno

Tare institiiit. « Labéo, appuyé sur la distinction de son esprit et la sûreté de sa science..., introduisit de grands changements. »

â. « Dans tous ses travaux, il avait donné une part à la philosophie. 3»

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le cas où il reviendrait à la santé. Et si le maître tuait Tesclave au lieu de Fexposer, il devait être poursuivi pour meurtre. Sous Néron, ou peut-être même avant lui, une magistrature avait été établie pour connaître des torts des maîtres envers leurs esclaves, et punir les cruautés, les débauches, et enfin Favarice qui ne fournissait pas à leurs besoins. C'est le même Néron qui, à son avènement, au moment où il était encore Técolier docile de Sénèque, désavoua le premier peut-être par un acte public la tradition des carnages de l'amphithéâtre, en donnant un combat de gladiateurs où il ne laissa périr personne, pas même les condamnés.

D'autres réformes furent faites sous les empereurs suivants, à côté, mais en dehors du Christianisme; d'autres attendirent jusqu'au premier empereur chrétien, d'autres jusqu'à Théodose; d'autres jusqu'à l'invasion des Barbares; d'autres jusqu'aux temps modernes. Il est enfin des satisfactions que la conscience du genre humain n'a pas encore obtenues à l'heure où nous sommes. Car il y a une étrange illusion dans l'esprit de ceux qui, persuadés que la raison humaine ne peut rien pour le bien, et que la foi peut tout, vont jusqu'à faire honneur à celle-ci de l'abolition de l'esclavage; tandis qu'ils voient que l'esclavage subsiste encore, sous leurs yeux, dans deux pays catholiques, après quinze cents ans de règne du Christ, et ne menace ruine que depuis cent ans, c'est-à-dire depuis les combats et les victoires de la libre pensée.

Si on cède à la fantaisiede se placer par l'imagination en dehors de Thistoire, et de se demander ce qui serait II SI

m LE GHRIâTIAHieilfi ST SES ORIGINES.

advenu 4aas le cas ou il n'y aurait pas m de propa«^ gande juive et cbréUdone, et où la religion grecque et romaine aurait eontioué d'exister, il faudra répondre, je crois, que le monde d'aujourd'hui ne serait pas pour cela auasi différent de ce qu'il est qu'on vent bien le dire. Il y aurait pour les esprits naïfs des dieux et des déesses, comme il y a des saints et des saintes, la madone et le bambino ; pour les esprits plus forts, il n'y aurait que Dieu ou la nature. Un biographe d'Alexandre Sévère a écrit que cet empereur pensait à recevoir le Christ au nombre des dieux et qu'on prétend qu'Hadrien avait la même pensée. Pour ce dernier point, on n'en peut rien croire ; mais voici comment le biographe s'explique : « Hadrien avait fait faire des temples sans images dans toutes les villes ; ce sont ceux qu'on appelle aujourd'hui temples d'Hadrien, parce qu'ils n'apparti^nent à aucun dieu. Il les destinait à l'usage que j'ai dit, mais on Tempécha de suivre sa pensée, parce qu'on lut dans les entrailles des victimes que si son vœu était accompli, tout le monde se ferait chrétien et abandonnerait les autres temples. » Le compilateur qui pariait ainsi, sous Constantin, en plein triomphe du Christianisme, s'est tnnnpé certainement sur les intentions d'Hadrien ; mais il n'a pas dû se tromper sur les faits^ je veux dire sur l'existence de ces temples sans images, qui n'étaient consacrés à aucun dieu en particulier. H y a là une tentative de théologie philosophique sur laquelle on en voudrait savoir davantage. Mais quand cette espèce de protestantisme païen n'eût pas prévalu, et quand la religion vulgaire eût continué de vivre.

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plus indulgente i Timaginalion et aux ^sens^ alors les figures auraient subsisté, mais la foi sTen serait néanmoins retirée i la longue. La mythologie aurait fini par n'être guère que ce qu'elle était aux xvr et xvfï* siècles dans le monde chrétien, une langue savante et une belle décoration. Les sacrifices auraient disparu d'eux-mêmes, parce qu'ils coûtaient cher, comme il est dit dans une satire de Perse, et qu'ils ne rapportaient pas ce qu'ils coûtaient. En un mot, la chrétienté s'appellerait d'un autre nom, mais elle serait ce qu'elle est, ou à peu près, et nous vivrions comme nous vivons. Tout ce qui devait changer aurait changé, mais par une transformation insensible.

On voit bien que ce n'est là qu'une idée ; car s'il est vrai Que, dans Thistoire, tout se tient et tout s'enchaîne, il est vrai aussi qu'il ne se fait pas de mouvement considérable sans secousses. Les hommes souffrent, la souffrance fait la passion, et la passion fait les révolutions. ta révolution chrétienne est sortie des misères et des ressentiments des peuples opprimés, qui se sont mis à la suite des Juifs par la raison que j'ai déjà dite, que les Juifs étaient les plus irréconciliables et les plus indomptables des vaincus.

Les Juifs trouvaient moyen de demeurer étrangers à l'empire romain dans Rome même; ils maintinrent d'ailleurs l'indépendance de leur cité plus que ne fît aucun peuple. Ils conservaient la même indépendance a l'égard de leurs propres rois, ne supportant en eux qu'avec peine les créatures des empereurs. La religion qui faisait le fond de leur résistance devait trouver à

ce titre seul bien des sympathies chez leurs frères en servitude; elle mettait les peuples plus à l'aise pour détester les Romains avec les dieux des Romains. D'ailleurs, les Juifs, en se serrant derrière leur dieu pour résister à leurs ennemis, et cela depuis des siècles, avaient appris à s'aimer entre eux davantage. Ils se secouraient les uns les autres , ils savaient le prix d'une personne humaine. Ils enseignaient par l'exemple le respect du mariage et celui de la vie des enfants. L'esclavage, tel qu'ils le connaissaient, restait loin de l'épouvantable esclavage de Rome, avec ses bagnes et avec ses lit^anars, qui étaient les bagnes des femmes. Ils maudissaient les carnages de Famphithéàtre, et aussi ceux de la guerre que Rome portait à travers le monde; ils allaient jusqu'à refuser, quoi qu'il en«coûât, de servir sous l'aigle romaine. Ils condamnaient, comme haï de Dieu, tout ce don^t souffrait la plus grande partie du genre humain.

Il y a yn personnage, dans les comédies d'Aristophane, qui, étant las de la guerre à laquelle Athènes est en proie, s'avise de faire la paix pour lui tout seul. Cette imagination fantastique devenait jusqu'à un certain point une réalité pour le malheureux qui s'affiliait à la communauté juive ; il sortait d'un monde et entrait, pour ainsi dire, dans un autre ; il échappait, dans une certaine mesure aux misères de la vie romaine ; il y échappait d'autant plus que la propagande juive allait s'étendant et se fortifiant davantage.

Quant à la morale et à la philosophie profane, s'il est vrai que, de son côte, elle réprouvait également les iniqui^*

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tés et les scandales, il est vrai aussi que les moralistes, en les censurant, n'en souffraient pas. Ils les condamnaient par cela même avec d'autant plus d'autorité, mais ils les combattaient avec moins d'emportement et d'énergie. Us étaient trop bien établis dans la société telle qu'elle était faite pour la trouver insupportable et pour ne peu* ser qu'à la détruire. Considérons, dans la maison d'uo maitre romain, ces deux servi teurs> le Grec et le Juif. Le Grec est plein de génie ; il est ouvert à toutes les idées, et habile à les communiquer ; il va tout de suUe de pair avec le vainqueur; il l'endoctrine, il le persuade; il se fait aimer, admirer, respecter môme ; car je ne parle pas ici de cette grécaille, si méprisée des Latins, bonne à tous les métiers, et qui excellait dans les pires; je parle des Grecs qui faisaient honneur à leur nom. Ceux-là devenaient, non les complaisais du rQaitre, mais ses précepteurs et ses modèles* Ils lui faisaient parler leur langue ; ils transformaient sa vie et celle de tous autour do lui, en répandant la vérité ; mais cela tranquillement., patiemment, trop patiemment peut-être ; et en effet, pourquoi auraient-ils été impatients ou irrités?

Cependant le Juif, esclave dans cette maison , reste enfermé et farouche; il ne communique, s'il n'y est forcé, avec personne qu'avec d'autres Juifs; s'ils lui manquent, il n'ouvre la bouche que pour prier S09 dieu barbare dans sa langue barbare. Un jour, il murmure quelque chose à Toreille d'un compagnon qui se plaint et dont il est sûr. Peu à peu, celui-là est atteint, comme par une espèce de cont^igion ; les voilà

m$ LE GBRISTIANISMB BT SES OKIGINSS.

deux, puis trois bientôt, et puis davantage. Cela se fait sans bruit ; ceux qui s'entendent demeurent par-» faitement isolés des autres, et semblent ne se soucier de personne. On les remarque pourtant, car ils ont des pratiques singulières, une austérité de vie plus singulière encore; ils semblent posséder des secrets pour les maladies du corps et pour celles de Tâme : personne ne les comprend ni ne les aime , mais tout ie monde s'occupe d'eux. La maîtresse , dans une heure d*ennui et de découragement, se sent attirée p»r ce mystère; elle interroge une servante avec une euriosité qui est déjà de la faveur : Tu es donc Juive ! Elle lui demande des consolations, et elle les trouve. Pour le maître, on ne pense pas d'abord à rien essayer smr hir; on n'en a pas même envie; on aime mieux fte feire «ne vie à part, qui lui est fermée, et ou son atitorité ne pénètre pas. Il finît cependant par entendre pbrler de qtielque chose ; il se moque, car il a bien d'autres afib ires dans l'esprit; il laisse aux femmes ces fantaisies. 'Néanmoins le changement qui parait chez lui l'étonné r et si par hasard il se fait un vide dans son existence, et qu'il n'ait d'ailleurs ni dociHnes arrêtées )tA puissance de réflexion pour remplir lee vide, il en vient à subir la fadcinatfon de l'étrangeté, et le voilà h son tour qui judaîse* Il s'est fait ainsi une révolution dans l'ombre. Tandis que la sajgessè greeque entrait dans la maison par en haut lîomme le soleil, et la remplissait de sa lumière, sans èitteindre pourtant et sans pénétrer partout , le zèle jeîf remontait^ d'en bas comme une vapeur et s'infil-

LUGAIH, PÉTRONE, PEMt. W

ij^^i^ dans les âmes d'aii^ manière à la fois sonfâ^tt violesiite. L'esclave insoeiable et méprieé vient à bout de i(>as^ parce que, dans son isol^acient même, il d senti plus fortement et voulu plus énergiquement. Voilà ce que fut la propagande du judaïsme.

En même temps, cette religion, toute religion qu'elle était, allait, comme je Taî montré déjà, â la rencontre de la philosophie qui se séparait de Tancienne foî. Non-seulement les Juifs n'avaient qu*un dieu, mais partout ailleurs qu'à Jérusalem (et Jérusalem n'était qu'un point, tandis qu'il y avait dei3 Juifs par toute la terre), ce dieu n'avait ni temples, ni autels^ ni sacriâces, ni prêtres, et on ne l'adorait quepar la parole et par la pensée. A Jérusalem même , ce dîéu n^avaît pas d'images el demeurait invisible. Il avait un nom propre, comme tous les dieux de l'antiquité ; mais à force d'être sacré, ce nom était devenu ineffable ; on ne le prononçait plus , on ne récrivait plus , et , dans les traductions de la Bible, on n'appelait plus lehova que le Seigneur, d'un nom qui convenait au dieu de tout le monde*. C'est ce qu'il devenait en effet de plus en plus. Horace a dit : « La Grèce conquise conquit son vainqueur farouche » ; ce qu'il avait dît avec gratitude, Senèque le répétait avec indignation en parlant dés Juifs. Au commencement du règne de Néron, lorsque, dans une alarme, cm massacrait les Juifs de tous côtés dans les villes grecques de la Syrie, Joseph dit que ces

1. On a remarqué que Diodore emploie ce mot, le Seigneur ^ en lapf^i^ant am -dieu qufon adorait à Thèbes en Ejfypte.

aSS LE CHRISTUmSM^ )BT SES ORIGINES.

massacres ne délivraient pas les Grecs de leurs inquiétudes, parce qu'il restait les judaïsants, qu'ils avaient toujours au milieu d'eux sans les bien connaître et sans oser les frapper. À Damas en particulier, quand on massacra ainsi les Juifs, la principale difficulté fut de dérober ce complot à la connaissance des femmes, qui presque toutes étaient attachées au judaïsme. Outre Tesprit d'indépendance qui, dans un temps où les femmes étaient des sujettes, leur faisait fuir la religion de leurs maîtres, elles n'étaient pas d'ailleurs arrêtées, comme les hommes, par l'obstacle de la circoncision. H est vrai que ce que je viens de dire se passait à côté de la Judée , mais le mouvement se propageait partout, jusque dans Rome même, jusque chez les princes de la cité. En l'an 57, une femme de la première noblesse, Pomponia Graecina, était citée devant un tribunal de famille, présidé par son mari consulaire, comme accusée de judaïsme, superslitionis externœ rea; le mari prononça l'absolution. La fameuse Poppée, la maîtresse, puis l'épouse de Néron , protégeait les Juifs dans les moments difficiles ; car, dit Joseph, elle était du nom-^ bre des adorateurs de Dieu.

Cependant les âmes ne se livraient pas tout entières , parce que beaucoup de Judaïsants ne pouvaient se décider à se faire Juifs ; quand tout à coup cette nouvelle se répandit, vers le temps de Claude, qu'il s'était élevé en Galilée une secte d'après laquelle Dieu acceptait désormais l'incirconcis comme le circoncis, et les viandes ou les pratiques des Hellènes comme celles des Juifs. C'était assez qu'on crût à un libérateur.

LUGAIN, PÉTROHE, PEHSE*

à un Christ, qui devait enlever ses élus aux misères de cette vie et les faire entrer au royaume de Dieu. Dè$ lors toutes les barrières tombèrent , et l'élan qui emportait l'Occident vers une foi nouvelle fut irrésistible. Les Gentils passent au Seigneur , mais le Seigneur à son tour passe aux Gentils. Le judaïsme triomphe e( s'arrête tout à la foisj on ne judaïsera plus dorénavant, on christianise. Le dieu des Juifs s'achemine à grands pas vers la conquête du monde; mais il ne se fait plus de Juifs dans le monde, tandis que, la veille encore, il s'en faisait tous les jours. Certes, la religion juive n'est pas morte en produisant le Christianisme, puisqu'elle vit encore; mais à partir de cet enfantement extraordi* naire , elle a à peu près cessé d'enfanter.

Aussi les chrétiens furent tout d'abord aussi odieux aux Juifs qu'aux païens fidèles. Et quand l'affreux incendie qui dévora Rome sous Néron eut exaspéré les peuples, les Juifs contribuèrent sans doute à détourner sur les chrétiens la fureur publique, qui autrement se serait attachée à eux-mêmes. C'est alors que les chrétiens prennent place pour la première fois dans l'histoire profane; ils y entrent par le martyre : « Pour faire tomber, dit Tacite, les rumeurs qui l'accusaient, Néron offrit en pâture d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée ainsi un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée,

S9ft LE GHRISTlANISnE ET SES ORIGINES.

oh elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde renferme d'infamies et d'horreursr afBue et trouve des partisans. On saisit d'abord cent qui avouaient leur secte, et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincusd'ineendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bétes, périssaient dévorés par des chiens; d*autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire , on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle et donnait en même temps des jeux au Cirque, ou tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher , et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les oûeurs s'oth vraient à la compassion, en pensant que ce n'était paà au bien public, mais à la cruauté d'un seul qu'ils étaient immolés, jf (Traduction de Burnouf.)

Quel étonnement et quel malaise on éprouve aujourd'hui en entendant ce langage! Ainsi le grand juge comme le grand peintre de la tyrannie, Thomme qui a mérité par la fierté de son esprit et de son âme d'être Tinterprète de ce qu'il appelle la conscience de Thumanité, ne condamne dans ces supplices que la débauche de cruauté d^une nature perverse, et ne trouve d'ailleurs pour les victimes que des paroles d'indignation et de mépris. Hélas ! ces tristes senViments sont ceux d'un Romain fidèle ; il ne connaît que Rome, et il sent qu'elle est menacée par ceux dont il parle dans sa grandeur et

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dans son essienee même. II les appelle les ennemis da geare humain^ parce qu'il voit bien qa'ils sont oeux de Rome et de son empire, U sent qu'elle est sapée dans ses fondements par ces misérables, qui ne sont rien, et qu'on ne vient pourtant pas à bout d'extirper. En un mot, il est iniqne, mais non pas aveugle; car Tavénement du Cbristianbme peut être déiini» en effet :

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