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Évangile et Rédemption

FlX DU LIVRE CINQUIEME.

i. V Église est le corps de Christ. Éph., I, 22; Col. I, 24. Vous êtes le corps de Christ. 1 Cor., XII, 27; et que la solidarité humaine soit ce qui rendait une église, une société, une communion des croyants indispensable , saint Paul l'enseigne formellement, quand il dit : Quoique nous soyons plusieurs, nous ne sommes qu'un corps en Christ, tous réciproquement membres les uns des autres. Rom., XII, 5.

2. Vous êtes morts au péché et vous vivez pour Dieu en Notre Seigneur Jésus-Christ. Rom., VI, 11. Que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. 2 Cor., y-, 15. Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi. Gai., II, 20.

3. Le royaume des deux est semblable à du levain qu'une femme prend et quelle met parmi trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte soit levée. Matt., XIII, 53; Luc, XIII, 21. Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses futures, toutes choses sont à vous, et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. 1 Cor., III, 21 . On nous considère comme n'ayant rien, et nous possédons toutes choses. 2 Cor., VI, 40. La piété sert à tout. 1 Tim., IV, 8. Christ est ma vie. Phil., I, 21 ; Col., III, 4. Je puis tout par Christ qui me fortifie. Phil., IV, 15. Que tout ce qui est véritable, tout ce qui est bienséant, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui donne une

338 KOTES DU LIVRE V.

bonne renommée, en un mot, tb-ut ce qui est vertueux et digne de louange soit l'objet de vos pensées. Phil., IV, 8.

4. Bienheureux sont les pauvres en esprit! car le royaume des deux, le règne de la vérité est à eux! Matt., V, 5. Jésus tressaillit de joie en lui-même, et dit, lorsque les soixante-dix disciples vinrent lui raconter les premiers triomphes de sa doctrine sur les cœurs : Je le rends grâce, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce qu'ayant caché ces choses aux savants et aux sages, tu les as révélées aux enfants, tu Vas voulu ainsi dans ta bonté. Luc, X, 24 .

5. Cherchez premièrement le royaume des deux (la vraie religion chrétienne) et sa justice, et toutes choses vous seront données par-dessus. Matt., VI. 55. Venez à moi, vous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai, et vous trouverez le repos de vos âmes ; mon joug est aisé, mon fardeau est léger, a dit le Christ. Malt., XI, 28 — 50. Ses commandements ne sont point pénibles. 1 Jean, V, 5. Et le Seigneur, à toutes les prières, à toutes les craintes de notre faiblesse, répond : Ma grâce te suffit. 2 Cor., XII, 9. Dieu ne demande pas ce qu'on n'a point. VIII, 12.

6. Toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu. Rom., VIII, 28. C'est aimer Dieu que de garder ses commandements. 1 Jean, V, 5. /

Quand nous aimons nos frères, nous connaissons que nous sommes passés de la mort à la vie.i Jean, III, 14. Si c'est ainsi (dans la rédemption) que Dieu nous a aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. IV, 41. Que tout ce que vous faites se fasse avec charité. 1 Cor., XVI, 14.

Aimez-vous les uns les autres : celui qui aime accomplit la loi. Rom., XIII, 8. Elle est toute renfermée dans ce seul précepte : Aime ton prochain comme toi-même. Gai., V, XIV. La loi royale (c'està-dire principale) de l'Écriture est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Celui qui n'a point fait miséricorde sera jugé sans miséricorde ; mais la miséricorde a la gloire d'empêcher la condamnation. Jac, II, 8—15.

7. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas telle que le inonde la donne. Jean, XIV, 27. Ne vous inquiétez de rien, faites connaître vos besoins à Dieu, et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ. Phil., IV, 6 — 7. La piété, avec le contentement d'esprit, est un grand gain. 1 Tim., VI, 6.

8. Que Christ habile dans vos cœurs par la foi. Épli., III, 17. Il n'y a qu'un seul Dieu qui est en vous tous. IV, 6. Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur votre Dieu. 1 Pierre, III, 13. Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu? 1 Cor., III, 16 ; 2 Cor., VI, 16.

9. Puisque vous savez ces choses, vous serez bienheureux, pourvu que vous les pratiquiez. Jean, XIH, 17. Celui qui écoute cette parole et ne la met pas en pratique est semblable à un homme qui regarde son visage dans un miroir, et après s'être contemplé oublie aussitôt ce qu'il est; mais celui qui aura considéré avec attention et qui n'est point de ceux qui écoutent pour oublier, mais de ceux qui mettent en pratique les commandements, trouvera son bonheur dans ce qu'il aura fait. Jac, I, 25—25. (Voirliv. VI, chap. lxxi, note 83.)

10. Que le Dieu de paix lui-même vous sanctifie parfaitement, et que tout ce qui est en vous, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible pour l'avènement de Notre Seigneur Jésus- Christ. 1 Thess., V, 23.

11. (Voir liv. I, chap. xv et note 57; chap. xvi, note 61). L'immortalité est intéressée dans les questions relatives à la résurrection, au point que saint Paul se sert souvent des deux mots comme de synonymes, et qu'à travers toute son admirable exposition de la certitude de la vie future dans son épître aux Corinthiens, il rattache les deux idées l'une à l'autre au point de les rendre, sinon identiques, du moins inséparables. Comment, demande-t-il, quelques-uns d'entre vous disent-ils qu'il n'y aura point de résurrection? 1 Cor., XV, 12. Tel est son point de départ, et il s'élance à prouver la vie immortelle.

12. (Voir liv. I, cliap. xv et note 56 ; liv. V, chap. lvi, et note 55 et 55.) Quelques traits sont douteux, et il est difficile de se prononcer entre le sens littéral ou allégorique ; tels sont ces deux passages de saint Paul aux Galales : Siquelqu'un vous annonce un autre évangile, fût-ce un ange du ciel, qu'il soit anathème! Gai., J, 8. Vous me reçûtes comme un ange du ciel, comme Jésus-Çhrist luimême. IV, 14. Mais les premiers textes .auxquels cette note renvoie sont positifs.

13. (Voir liv. II, chap. xxv et les notes 59 à 49.) Il est d'autant plus remarquable que l'Évangile ne soulève, pas même par l'allusion la plus (listante, le problème métaphysique de la prière, que Jésus lui-même indique, dans le sermon sur la montagne, l'objection fondamentale que l'incrédulité ou une foi erronée oppose sans cesse au devoir et au bonheur de prier : Votre Yere céleste sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. Matt., VI, 8.

14. La Genèse avait enseigné que Dieu créa un homme et une femme, Gen., V, 2, et saint Paul dit : Dieu a fait d'un seul sang tout le genre humain. Act., XVII, 26. Il ij a un seul Dieu, père de tous. Éph., IV, 6. La même idée est exprimée dans l'épître aux Hébreux, delà même manière indirecte comme simples prémisses d'un argument : H n'y a point de famille qui n'ait quelqu'un pour auteur; celui qui est fauteur de toutes, c'est Dieu. Héb., III, 4.

15. Les apôtres, loin de r. ouvoir considérer comme destinés à eux seuls les enseignements particuliers de leur divin maître, avaient reçu de lui cet ordre, qui était aussi un encouragement : Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour ; ce que je vous dis à l'oreille, prêchez-le du haut des terrasses des toits. Matt., X, 27.

16. (Voir liv. III, chap. xxxvi, note 62 et suivantes.) Ce silence sur la polygamie est d'autant plus remarquable, que la question des devoirs des époux, même en cas de mariages mixtes, c'est-à-dire dont les conjoints sont chrétiens et païens, est souvent

abordée, et que celle de la prééminence de l'homme el de la soumission de la femme est clairement tranchée. La polygamie n'est attaquée qu'indirectement. Une femme, qui est sous la puissance d'un mari, est liée par la loi à son mari tant qu'il est vivant. Rom., VII, 3. Le corps de la femme n'est point en sa puissance, mais en celle du mari; de même le corps du mari n'est point en sa puissance, mais en celle de la femme. Le mari infidèle (non chrétien) est sanctifié par la femme fidèle (chrétienne), et la femme infidèle est sanctifiée par le mari fidèle. 1 Cor., VII, 4—14. Les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Éph., V, 28. Col., III, 19. Que les femmes avancées en âge apprennent aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants. Tite., II, 4. Vous, maris, conduisez-vous avec prudence envers vos femmes, et montrezleur beaucoup d'égards. 1 Pierre, III, 7.

Le mari est le chef de la femme. Que la femme respecte son mari, Éph., V, 25 — 55, et lui soit soumise, comme cela se doit selon le Seigneur. V, 22; Col., 111,18; 1 Pierre, III, 1.

Dans les matières de religion, dans les doutes et les scrupules, l'Évangile exige des femmes de montrer à leur mari la même déférence. Que si les femmes veulent s'instruire sur quelque chose, elles interrogent leurs maris dans la maison. 1 Cor., XIV, 55. Je ne permets à la femme, dit saint Paul, ni d'enseigner ni de prendre aucune autorité sur son mari en matière de religion; il faut quelle se tienne dans le silence sur ces objets. 1 Tim., II, 12.

Cette supériorité d'une part, et cette déférence de l'autre, font, selon l'Évangile, partie du plan même du Créateur, comme le montre l'antériorité de création. V homme est l'image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l'homme ; en effet, l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme, et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme a été créée pour l'homme. 1 Cor., XI, 7 — 9. Adam fut créé le premier et Eue ensuite. 1 Tim., II, 15.

Saint Paul d'ailleurs s'élève contre des imposteurs pleins d'hypocrisie, qui défendront de se marier, 1 Tim., IV, 3, et il le pouvait sans contredire ses conseils sur les dangers et les peines du mariage dans les temps de persécution ; conseils donnés à cause, dit-il, des afflictions présentes; (comme au moment de la ruine

de Juda, Dieu défendait le mariage à Jérémie par le même motif, Jér., XVI, 2) i Cor., VII, 26. Dans l'épître aux Hébreux on lit cette exhortation : Que le mariage soit honorable pour tous, et que le lit conjugal soit pur, Héb., XIII, 4... de sorte que, même en imposant à tous, et notamment aux célibataires, le respect du mariage, l'Évangile se tait sur la polygamie.

17. Il est dit : Enfants, obéissez à vos pères et mères, selon le Seigneur; car cela est juste, et le précepte du Décalogue: : Honore ton père et ta mère, est rappelé avec cette remarque, que ce commandement est le premier auquel cette promesse ait été attachée : afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre. Éph., VI, 1—2; Col., III, 20. Aux pères de famille il est dit : Vous, pères, n aigrissez point, n'irritez point vos enfants, de peur qu'ils ne perdent courage; mais élevez-les en les corrigeant et les instruisant selon le Seigneur. Éphes., VI, 4; Col., III, 25. Le droit de châtier ses enfants est indirectement reconnu : Quel est Venfant que son père ne châtie point? Héb. XII, 7. Dans ces textes, il ne s'agit que de tendresse paternelle et d'obligations filiales, et l'éducation même n'est assujettie qu'à des conseils de prudence, de douceur et à un esprit de piété, non à des règles disciplinaires.

18. L'extrême inégalité du partage des fortunes était universelle dans l'antiquité, et la Judée ne faisait nullement exception. La parabole du mauvais riche et de Lazare, empruntée comme toutes celles de l'Évangile aux mœurs du temps, en offre le hideux tableau; d'un côté, l'excessive opulence vêtue de pourpre et qui se traite magnifiquement tous les jours, et de l.'autre, à sa porte, l'excessive misère, escortée de la maladie, sa compagne ordinaire, et qui n'obtient pas même, pour se rassasier, les miettes de la table du riche. Luc, XVI, 19 — 21. Comme toujours, ces grandes richesses étaient un dangereux obstacle au progrès de la piété , aux grandes vocations religieuses. Le Christ a dit : Qu'il est difficile que ceux qui se confient dans leurs richesses entrent dans le royaume du ciel; c'est-à-dire deviennent mes disciples, suivent ma doctrine, et il emploie une expression proverbiale pour donner plus de force à cette remarque : Il est plus aisé quun chameau passe par

le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu. Matt., XIX, 23—24; Marc, X, 24—23; Luc, XVIII, 24—25. Quant à la manière d'acquérir, les censures les plus vives sont prononcées : Voici, le salaire dont vous, riches, dépouillez ceux qui ont moissonné vos champs, cric contre vous, et les cris de ces moissonneurs sont montés au Seigneur des armées. Jac, V, 4. Quant à la vanité des richesses, il est dit : Ne vous amassez pas des trésors que les vers et que la rouille consument. Matt., VI, J9. Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il fait la perte de son âme? Matt., XVI, 26; Marc, VIN, 36; Luc, IX, 25. Malheur à vous, riches! parce que vous avez déjà reçu votre consolation! Luc, VI, 24. L'amour des richesses est présenté comme la racine de toutes sortes de maux, 1 Tim., VI, 40; l'abondance des aumônes comme la preuve de l'amour de Dieu et le seul moyen de donner une véritable valeur à de périssables trésors : Si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment Vamour de Dieu demeurerait-il en lui? 1 Jean, III, 17. Recommande aux riches d'être riches en bonnes œuvres et de s'amasser ainsi un trésor placé sur un fond solide, 1 Tim., VI, 18, un trésor impérissable dans le ciel. Luc, XII, 55... Mais le point de vue moral seul est traité.

Les traitements que subissaient les débiteurs insolvables n'étaient pas moins affreux parmi les Juifs que chez les peuples païens, quoique Moïse, dans ses lois, y eût apporté tous les adoucissements que son siècle comportait. Lév., XXV, 55 — 45. La dure cupidité des riches avait, depuis longtemps, franchi ces enlraves et usurpé le droit des mauvais traitements, comme les prophètes le leur reprochent. Amos flétrit les abominables calculs des riches qui, au moyen de prêts peu considérables, réduisaient leurs frères en esclavage : Nous achèterons les pauvres avec peu d'argent, et ceux qui sont dans l'indigence pour une paire de souliers. Amos, II, 6; VIII, 6. Voici ce que dit l'Éternel : Vous avez profané mon nom, quand vous avez rappelé vos esclaves et vos servantes que vous aviez mis en liberté (selon la loi, Dent., XV, 42), et que vous les avez contraints à rentrer en servitude. Jér., XXXIV. 16. Au temps de l'Évangile, le débiteur pouvait être vendu comme esclave, lui, sa

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femme, ses enfants et tout ce qu'il possédait, afin que la dette fût payée, Matt., XV1IÏ, 25; il était exposé à toutes sortes de sévices, XVJII, 28, jeté en prison, XViïï, 30, et commis à la garde de durs geôliers, Matt., XVIII, 25—28 — 50 et 55, jusqu'à ce qu'il eût payé tout ce qu'il devait. En présence de ces coutumes cruelles, la générosité à prêter est recommandée avec force : Ne vous détournez point de celui qui veut emprunter de vous. Matt., V, 42. Si vous ne prêtez qu'à ceux de qui vous espérez être payés, quel gré vous en saura- t-on, puisque les pécheurs prêtent aux pécheurs pour en recevoir la pareille ? Pour vous, prêtez sans espérer qu'on vous rende; alors votre récompense sera grande. Luc, VI, 54—55. Et la question sociale, judiciaire, législative, est laissée de côlé.

Les héritages, chez les Juifs, se partageaient également entre les fils du défunt, avec cette restriction, que le fils aîné recevait une double part; cette coutume devait rendre souvent les partages plus difficiles et les altercations plus vives : telle était cependant la sage fermeté avec laquelle le Christ évitait de s'immiscer dans les questions sociales et d'usurper les fonctions publiques, même celles de simple arbitre, qu'un de ses disciples lui ayant dit un jour du milieu de la foule : Maître, commande à mon frère de partager avec moi justement notre héritage, Jésus répendit : Mon ami, qui m'a établi pour être votre juge, votre arbitre et faire vos partages ? Luc, XII, 14.

19. La manière dont l'Évangile s'explique sur l'esclavage est digne d'une grande attention : Que chacun, dit saint Paul, demeure dans l'état où il était quand il a été appelé, c'est-à-dire, quand il est devenu chrétien. As-tu été appelé, étant esclave? Ne te fais point de peine de la servitude. 1 Cor., VII, 20 — 22. Ainsi, l'Évangile recommande à l'esclave de se résigner à sa situation, et ne permet pas que l'on abuse de l'égalité chrétienne pour s'élever au-dessus de sa condition : Que ceux qui ont des fidèles pour maîtres ne les méprisent point, sous prétexte que ce sont leurs frères, 1 Tim., VI, 2, et saint Paul, sans l'autorisation de Philémon, ne veut point retenir l'esclave Onésime : Je n'ai rien voulu faire, lui écrit-il, sans ton avis. Philém., 14. Les devoirs de l'esclave sont imposés de la manière la plus positive : Esclaves, obéis-

NOTES &l LIVRE V. 345

sez avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur cl comme à Christ, à ceux qui sont les maîtres selon la chair, ne les servant pas seulement lorsqu'ils ont Vœil sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes, mais faisant de bon cœur la volonté de Dieu comme serviteurs de Christ. Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur et non les hommes. Eph., VI, 5 — 8; Col., III, 22 — 23. Que les esclaves soient soumis à leurs maîtres; quils leur complaisent en toutes choses ; qu'ils ne soient point contredisants; qu'ils ne dérobent rien; quils donnent en toute chose des preuves d'une entière fidélité; Tite, II, 9 — 10. Et même l'Évangile exige que ce respect, cette docilité, soient témoignés, non-seulement à ceux parmi les maîtres qui sont bons et équitables, mais aussi à ceux qui sont d'une humeur difficile. 1 Pierre, II, 18.

Est-ce donc dédain de la liberté ou manque de pitié pour la servitude? Nullement. D'un côté, saint Paul dit à l'esclave : Si tu peux être affranchi lorsque tu entres dans l'église, profite de l'occasion, 1 Cor., VII, 21 ; de l'autre, les obligations des maîtres envers les serviteurs sont tracées avec la même force : Vous, maîtres, faites aussi votre devoir envers vos- esclaves; ne vous emportez pas contre eux ; rendez à vos serviteurs ce que demandent la justice et l'équité. Eph., VI, 9; Col., IV, 1.

Pourquoi donc ce grand et déplorable fait social de l'antiquité est-il ainsi accepté par l'Évangile? Saint Paul va nous en instruire : Que tous ceux qui sont sous le joug de la servitude regardent leurs maîtres comme dignes de toute sorte d'honneur, de peur qu'on ne blasphème le nom de Dieu et sa doctrine, 1 Tim., VI, 1, et les vertus recommandées aux esclaves sont appuyée s du motif de faire honorer partout la doctrine de Dieu notre Sauveur. Tite, II, 10.

 ces leçons indispensables de résignation et de charité, l'Évangile ajoute le plus puissant correctif, d'un immanquable effet dans un avenir plus ou moins éloigné, selon que les hommes voudront être plus ou moins chrétiens, savoir : l'entière et complète égalité du maître et de l'esclave dans l'Église de Christ et sous le jugement de Dieu : L'esclave appelé par le Seigneur et disciple de l'Évangile est l'affranchi du Seigneur. 1 Cor., VII, 22. En conséquence, l'esclave Onésime est le frère du grand apôtre des Gen-

tils; reçois-le comme moi-même, écrit-il à Plrilémon ; Pbilém., 12 — 16. Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ ; il ri y a plus ni esclave, ni libre. Gai., III, 26 — 28; Col., IIÏ, 11. Sachez que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le Seigneur selon le bien qu'il aura fait; aux possesseurs d'esclaves il est dit : Votre maître et le leur est au ciel, qui n'a point égard à la condition des personnes; Eph., VI, 8—9, et ces nouveaux principes d'égalité se retrouvent jusqu'au milieu des allégories de F Apocalypse; Apo., VI, 15; XIII, 16; XIX, 18.

20. Le Christ accepte le gouvernement de fait, et c'est précisément pour laisser la question sur le terrain des faits et pour éviter de la transporter sur celui du droit, qu'il s'en réfère à l'argument, si admirable dans sa simplicité et que la plus cauteleuse dialectique ne pouvait réussir ni à fausser ni à compliquer : Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paye le tribut; de qui sont cette inscription et cette effigie ! de César ? Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Matt., XXII, 21 ; Marc, XII, 17; Luc, XX, 23. II répond à PiJate que le pouvoir dont il est revêtu lui est donné d'en- haut, et il faut se souvenir que toutes les tyrannies de l'antiquité allaient jusqu'au droit absolu de vie et de mort : Ne sais-tu pas, dit Pilate à Jésus, que j'ai le pouvoir ou de te crucifier ou de te délivrer. Jean, XIX, 10 — 11. Saint Paul, docile à ce divin exemple, déclare qu't7 n' arien fait contre César etenappelle à César. Act., XXV, 8 — 11. Cette conduite était conforme aux préceptes qu'il avait donnés : Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu et celles qui subsistent ont été établies de Dieu. Il faut donc être soumis, non-seulement par crainte de la punition, mais par un motif de conscience. Rendez donc à tous ce qui leur est dû, le tribut à qui vous devez le tribut; les impôts à qui vous devez les impôts; la crainte à qui vous devez la crainte ; l'honneur à qui vous devez l'honneur. Rom., XIII, 1—5—7 ; Tite, III, 1 ; 1 Pierre, II, 15—17. Aussi, saint Paul commande qu'il se fasse des prières dans le culte public pour les rois et les personnes élevées en dignité. 1 Tim., II, 1.

21. L'Évangile contient un mot d'éloge, un seul, pour le cou-

rage guerrier fondé sur la foi ou la confiance en Dieu : Que dirai-je encore, ajoute l'auteur sacré, de ceux qui par la foi ont été vaillants à la guerre et ont mis en fuite les armées des étrangers ? Héb., XI, 54. De la guerre même il n'est pas dit un mot.

22. Saint Matthieu rapporte le suicide de Judas, Matt, XXVIF, 5, et saint Pierre le rappelle dans le discours par lequel il propose à ses collègues de donner un successeur au traître; ni l'évangéliste dans son récit, ni l'apôtre dans son allocution, ne flétrissent cet acte de désespoir; le mot simple et terrible qui termine la prière des apôtres au moment de l'élection, n'est nullement relatif à la mort de Judas, mais à sa défection... Ce ministère, est-il dit, auquel il a renoncé pour s en aller dans son lieu, Act., I, 25, c'està-dire, pour suivre sa destinée et subir sa condamnation.

25. Ainsi lorsque Moïse tenta une première fois de délivrer ses frères de la servitude de l'Egypte, Ex., II, 11, Israël n'était point mûr pour la liberté : Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu se servirait de lui pour les délivrer; mais ils ne le comprirent pas, Act., VII, 25; c'était trop tôt; quarante ans plus tard, le moment était venu. VIF, 50.

24. Celui ciui n'a pas soin des siens et particulièrement de ceux de sa famille, a renoncé à la foi, 1 Tim., V, 8, et le Christ, en censurant l'hypocrisie des pharisiens et leurs fallacieuses interprétations de la loi, ne tolère point que, sous prétexte de consécrations religieuses, on se dispense d'assister ses parents : Vous dites que celui qui aura dit à son père ou sa mère : Ce dont feutrais voulu vous assister est consacré à Dieu (comme corban, c'està-dire, comme don offert et consacré à Dieu, dont je ne puis plus disposer pour quelque usage que ce soit), est dispensé; vous ne lui permettez pas de rien faire pour son père et sa mère, et vous anéantissez ainsi le commandement de Dieu. Matt., XV, 5 — 0; Marc, VII, 11—15.

25. C'est ainsi que saint Paul entend l'égalité des biens : Je ne veux pas que pour soulager les autres, vous soyez dépouillés ; mais je voudrais que, pour maintenir l'égalité, votre abondance d'aujour-

d.hui suppléât à leur disette, afin qu'une autre fois leur abondance suppléai à votre indigence, et qu'ainsi les choses fussent égales. 2 Cor., VIII, 15.

26. Le nécessaire est ainsi défini dans l'Évangile : Pourvu que nous ayons de quoi nous nourrir et nous couvrir, cela doit nous suffire. 1 Tim., VI, 8. Le mot couvrir, selon sa vraie signification, désigne à la fois le vêtement et l'abri. Saint Jacques y ajoute l'idée du foyer : Si l'un de nos frères ou l'une de nos sœurs manque du nécessaire, et qu'on leur dise : Allez en paix, allez vous chauffer et vous rassasier, de quoi cela servira-t-il? Jac, II, 16.

27. Jésus, pour se faire reconnaître comme le Messie par les disciples de Jean-Baptiste, leur donne, outre le signe des miracles, ce signe plus touchant : L'Évangile est annoncé aux pauvres; Matt., XI, 5; Luc, VII, 22. Dans la synagogue de Nazareth, en s'appliquant un des tableaux prophétiques d'Ésaïe, Ésa., LXI, i, Jésus avait annoncé le règne de Dieu de la même manière, Luc, IV, 18, et les apôtres avaient marché sur les traces du maître : Considérez, mes frères, que parmi vous qui avez été appelés, il n'y a pas beaucoup de puissants et beaucoup de nobles. 1 Cor., I, 26.

28. Des fidèles de l'Église primitive, il est dit : Aucun d'eux ne manquait du nécessaire. Act., IV, 5i. Mais, hélas! à quelle communauté chrétienne ne serait il pas juste d'adresser aujourd'hui le reproche de saint Jean à l'Église d'Éphèse : J'ai une censure à te faire : cest que tu as abandonné ta première charité. Apo., H, 4.

29. (Voir liv. I, chap. xvi, note 62.) L'Évangile parle, sur l'union de l'âme et du corps, le simple langage ordinaire de tous les peuples, celui qui représente le corps comme le domicile, le réceptacle, la demeure de l'âme qui s'y trouve en quelque sor;e renfermée pendant la vie : Ne vous troublez point, dit saint Paul, aux amis d'Eutyche, son âme est en lui, Açt., XX, 10, et qui en sort par la mort : Son âme revint, dit saint Luc, au sujet de la résurrection de la lille de Jairus. Luc, VIH, 55.

50. Les lois de Moïse prononcent la peine de la lapidation, celle du sacrilège, contre les nécromanciens proprement dits, cestà-dire les devins qui s'attribuaient le prétendu pouvoir de faire paraître et répondre les morts. Lév., XX, 27. Ce genre de divination est flétri par le législateur aussi bien que tous les autres, comme une impiété et une idolâtrie. XIX, 51 ; Deut., XVIII, 11. Il est vrai que l'interdiction d'évoquer les morts prouve seulement, non qu'il n'existe aucune relation entre ce monde et l'autre, mais que le pouvoir d'amener ces relations ne peut être usurpé par l'homme. Deux passages, l'un de Job, l'autre de l'Ecclésiaste, sont bien plus explicites : Ses fils (de celui qui n'est plus) prospèrent, et il n'en sait rien, ou ils tombent dans lamisère, et il ignore ce qui les concerne. Job., XIV, 21. Les morts ne savent rien , et on n'espère plus rien de leur amour, on ne craint plus leur haine ou leur jalousie, et ils n'ont plus de part au monde ni à rien de ce qui se fait sous le soleil. Ecc, IX, 5—6.

Mais le Nouveau Testament ne contient pas sur ce sujet une ligne dont on puisse déduire la moindre conséquence positive. La présence de Moïse et d'Élie sur le Tbabor (Voir liv. If, chapit. xxiii, note 51) est un fait complètement exceptionnel, même dans l'ordre des miracles de l'Évangile ; et sur le Thabor, Moïse et Élie n'ont de rapports qu'avec le Christ, et non avec les disciples. Il semble que les anges (Voir liv. I, chap. xv, note 56), plutôt que nos frères déjà rappelés de cette vie, ont quelque connaissance des choses de notre monde : Il y aura de la joie dans le ciel, parmi les anges de Dieu, pour la conversion d'un seul pécheur, a dit le Christ. Luc, XV, 10. Le mystère de la piété a été vu, c'est-à-dire connu des anges, 1 Tim., III, 16, et quelques traits vagues des épîtres permettraient, en les précisant, de conclure dans le même sens. Saint Paul emprunte aux jeux du cirque une magnifique image; on réservait, dans ces fêtes sanglantes, les derniers des captifs ou des victimes pour les exposer sans armes à la dent des bêtes féroces, et il semble, dit l'apôtre, que Dieu nous a placés, nous apôtres, au dernier rang des hommes, comme des gens dévoués à la mort, nous donnant en spectacle à Vunivers, aux anges et aux hommes. 1 Cor., IV, 9. La sagesse de Dieu, qui agit en une infinité de manières différentes, est manifestée par VÉglise

aux Principautés et aux Puissances (c'est-à-dire, aux ordres, aux légions des anges), dans les deux les plus élevés. Eph., III, 10. Le seul texte où les âmes des justes sont représentées comme assistant du haut des cieux aux luttes des fidèles sur la terre, offre aussi une image prise de l'appareil des jeux olympiques : Nous donc, environnés d'une si grande nuée de témoins, comme les athlètes du cirque, défaisons-nous des entraves du péché et courons avec constance dans la carrière. Héb., XIï, 1 — 2. Ces témoins sont les justes dont le chapitre précédent rappelle la foi. Mais il est difficile de presser les termes de ce passage où tout est figuré au point que le Christ, dans le verset qui suit, est représenté comme le juge assis à l'extrémité de la lice prêt à couronner les vainqueurs : Courons, est-il dit, ayant les yeux sur Jésus, le rémunérateur de la foi.

31. (Voir liv. II, chap. xxm et les notes.) Le silence de l'Évangile sur cette matière est d'autant plus remarquable, que la question est posée par saint Paul : Quelqu'un dira : Comment les morts peuvent-ils ressusciter et avec quel corps reviendront-ils? 1 Cor., XV, 35. Mais il n'a garde de songer à la résoudre.

32. (Voir liv. I, chap. xvi, note 61 et liv. VI, chap. lxxvii.) Les relations futures, la certitude de revoir, de reconnaître et de chérir de nouveau ceux que nous avons connus et chéris, compte parmi les vérités éludées dans l'Évangile. (Voir liv. V, chap. i.ti.) L'Évangile, en effet, ne contient pas un mot direct et à peine une allusion sur ce sujet. La seule, fort indirecte encore, qui laisse entrevoir cette espérance est dans l'épîtreaux Hébreux : Considérez que vous n'êtes point venus vers la montagne touchée (du feu du ciel), ni vers les flammes ardentes, et la nuée profonde et obscure, et la tempête, ni vers le retentissement de la trompette, ni vers la voix qui résonnait et qui était telle et si redoutable que ceux qui V entendirent demandèrent que la parole ne leur fût plus adressée et que Moïse lui-même en fut épouvanté; mais vous êtes venus vers la montagne de Sion, la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, la multitude des anges, V assemblée et l'église des premiers-nés dont les noms sont écrits dans le ciel; vers Dieu le juge

NOTES DU LIVRE V. Soi

de tous, vers les esprits des justes qui sont arrivés à la perfection, vers Jésus le médiateur de la nouvelle alliance. Héb., XII, 18 — 24. Tout ce passage ne renferme qu'une idée, la supériorité, sur la religion de Moïse si remplie de menaces et de terreurs, de la religion de Jésus, pleine de miséricorde, de douceur, de charité et de joie. L'auteur sacré, emporté par son imagination et son ardeur, accumule sans ordre les images les plus saisissantes, pour peindre à grands traits ces différences profondes. S'adressant à des Hébreux d'extraction, il multiplie des figures qui leur étaient familières, et sa pensée en quelque sorte va et vient de l'église de ce monde à l'église du ciel ; la montagne dé Sion, la cité du Dieu vivant (Voir liv. VI, chap. lxi, note 4), désignent l'église qui combat encore; la Jérusalem céleste, la multitude des anges, désignent l'église déjà triomphante; puis, l'écrivain sacré revient aux chrétiens de ce monde, à l'assemblée (et le mot désigne des réunions de solennité et de fête) des premiers-nés (le fils aîné, dans l'antiquité mosaïque était le chef et l'héritier, et l'Écriture nomme Israël le fds aîné de Dieu, Ex., IV, 22; Jér., XXXI, 9) dont les noms sont écrits dans le ciel (expression du Christ lui-même, Luc, X, 20, tirée de l'usage d'inscrire les noms des citoyens d'une ville sur un registre authentique; Dieu était censé écrire dans le livre de vie, Phil., IV, 5, les noms des citoyens du ciel. III, 20). Dans toutes ces dernières expressions, il est question des chrétiens encore vivants, et voici que tout à coup l'imagination de l'auteur de l'épi— tre retourne au ciel, et il ajoute: Vous êtes venus... vers les esprits ou les âmes des justes qui sont arrivés à la perfection de leur salut et de leur sort; il s'agit dans ces derniers mots des fidèles déjà entrés dans leur vie future. Cette interprétation de ce remarquable et beau passage est suivie par tous les meilleurs exégètes, et l'idée de l'apôtre revient donc à celle-ci : « Vous vous « êtes réunis et associés, non à ceux qui doivent trembler encore « des rigueurs et des menaces de leur loi, promulguée au bruit « des tonnerres, mais aux disciples de la loi nouvelle, tant à ceux « qui doivent vaincre encore, pour que leurs noms ne soient pas ef- « faces du livre de vie, Apo., III, 5, qu'à ceux qui déjà sont dans « la perfection de l'immortalité. » Est-il possible de se réunir aux uns, en les connaissant, et aux autres, sans les reconnaître?

53. Le mot ange signifie messager, envoyé; l'Évangile en parle et d'après les souvenirs des messages divins qu'ils ont remplis sous les deux alliances et d'après les sentiments des Juifs, qui leur attribuaient une part plus grande encore dans les affaires de notre monde et qui les divisaient en ordres différents : Ne sont-ils pas tous (dans tous leurs ordres) des esprits destinés à servir et qui sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent hériter le salut. Héb., I, 14. (Voir liv.I, chap. xv, note 56.) Ils sont nommés Anges de Dieu : Matt., XXII, 30; Jean, I, 51 ; Act., XXVII, 25; Gai., IV, 14; Héb., I, 6 ; Anges du Seigneur : Matt., XXVIII, 2 ; Act., XII, 7; Saints Anges : Matt., XXV, 31 ; Marc, VIII, 38 ; Luc, IX, 26; Act., X, 22; Apo., XIV, 10; Anges de Christ : Matt., XXIV, 31; 2 Tbess., 1,7; Anges des deux Matt., XXIV, 56; Marc, XII, 25; XIII, 52; Gai., I, 8; Anges élus : 1 Tim., V, 21 ; Anges de lumière : 2 Cor., XI, 14; Principautés et Puissances : Eph., I, 21; III, 10; 1 Pierre, III, 22; Trônes et Dominations : Col., I, 16. Ces derniers termes sont douteux dans ce sens et on a voulu les rapporter aux grands du monde, aux princes de la terre ; mais toujours est-il évident que de tous ces passages aucune lumière ne peut être tirée sur la nature des Anges. Deux points seulement peuvent être admis comme positifs : le premier, qu'ils sont en très-grand nombre : Vous vous êtes approchés, en qualité de participants de la nouvelle alliance, de la multitude innombrable des Anges, Héb., XII, 22; le second, qu'ils sont plus près de Dieu que nous : Ils contemplent sans cesse dans le ciel la face de mon Père céleste, a dit le Christ, Matt., XVIII, JO; Luc, I, 19; Apo., I, 4; c'est-à-dire, ils sont d'une nature plus excellente que la nôtre.

Il est digne de remarque que la révélation ne dit pas un mot de la nature des anges, même lorsque parlant selon l'opinion populaire des Juifs que chacun a son ange gardien, son bon génie, elle semble les placer dans des relations plus étroites avec l'humanité : Les anges de ces petits selon le monde, de ces humbles disciples, Matt., XVIII, 10; C'est son ange, disaient les amis de Marie, qui n'en croyaient pas Rhode, la servante, annonçant que Pierre, délivré de sa prison, frappait à la porte. Act., XII, 15. C'est aussi par une image que l'idée est exprimée dans

isoïj<:s DU LIVRE v. 353

les Psaumes : L'Ange de l'Éternel campe autour de ceux qui le craignent et les met en sûreté. Ps. XXXIV, 8.

Le mot de saint Paul : Quand je parlerais toutes les langues des anges,..., si je n'ai pas la charité, je ne suis rien, 1 Cor., XIII, 1, n'est qu'une expression hyperbolique qui ne jette aucune lumière sur les moyens de relation que ces êtres supérieurs possèdent.

54. Les saintes femmes, entrées dans le sépulcre, virent un jeune homme, assis du côté droit, vêtu d'une robe blanche, et elles en furent épouvantées. Marc, XVI, S. Comme ell°s ne savaient que penser, deux hommes, vêtus d'habits éclatants, parurent devant elles. Luc,, XXIV, 4.

55. Les mêmes remarques conviennent à ce que l'Évangile dit des mauvais anges; ils sont nommés A nges du Diable : Matt., XXV, 41 ; Apo., XII, 9 ; Anges de Satan: 2 Cor., XII, 7; Anges du Dragon ou du Serpent : Apo., XII, 7; Anges qui n'ont pas conservé leur premier état : Jude, 6, et les peines qu'ils endurent sont représentées par des images, un feu éternel, Matt., XXV, 41 ; des liens d'obscurité, 2 Pierre, lï, 4 ; Jude, 6, dont rien de précis ne peut être conclu. L'Évangile ne nous apprend que deux choses positives sur le compte des démons, qu'ils n'ont pas plus que nous été créés pour le mal et le malheur; ce n'est pas là, selon la remarquable expression de Jude, leur premier état, et qu'ils connaissent Dieu, mais qu'ils en tremblent. Jacq., II, 19. (Voir sur les démoniaques, liv. IV, chap. xlyi, note 55.)

56. Cette pensée ouvre l'épître aux Hébreux : Dieu, ayant autrefois parlé à nos pères en divers temps et en diverses manières par les prophètes, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils, Héb., I, 1, et l'inspiration a suivi dans le monde le sentier du juste, semblable à la lumière du soleil dont l'éclat va toujours croissant, jusqu'à ce qu'il ait atteint son midi. Prov., IV, 18

Divers endroits des livres saints attestent les intermittences de l'inspiration : La parole de l'Éternel était rare en ces jours (vers la lin du gouvernement des Juges), et il n'y avait point de

visions; 1 Sam., III, 1. Dans les jours de la décadence du royaume des dix tribus, Amos est chargé d'annoncer aux persécuteurs des prophètes une famine étrange et terrible , non la famine du pain et la soif de l'eau, mais celle d'entendre la parole de l'Éternel; Am., VIII, 11. Les prophètes et les devins rougiront de honte et tous se voileront le visage, parce que les réponses divines manqueront, écrit le prophète Michée, III, 7, quelque temps avant la ruine d'Israël et la destruction de Samarie. Ézéchiel fait les mêmes menaces au royaume de Juda : L'on cherchera en vain, disait-il, un prophète qui ait reçu quelque vision, Ézé., VII, 26, et Jérémie gémit dans ses Lamentations de ce silence de la voix divine : Les prophètes ne reçoivent plus les oracles deJéhova. Lam., Il, 9.

Durant la longue période d'interruption des révélations et des oracles, qui a suivi le ministère de Malachie, le peuple de Dieu est resté sous l'empire des révélations précédentes; c'est en ce sens qu'il est dit que la loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean, le précurseur du Messie, Matt., XI, 13; Luc, XVI, 16; ce qui n'empêche point que l'absence de toute révélation, pendant cette époque, n'ait été vivement sentie et déplorée. Le 74me psaume, attribué à un Asaph, qui ne peut être le contemporain de David et qui est probablement l'un des descendants de ce chantre fameux, trace un tableau terrible de la situation des Juifs dans lequel il est difficile de ne pas reconnaître le siècle desMaccabées et la persécution d'Antiochus-Épiphane, roi de Syrie; l'un des traits les plus touchants du cantique est celui-ci : Il n'y a plus de prophète ; il n'y a plus parmi nous personne pour nous dire quand finiront nos maux. Ps. LXXIV, 9. Lorsque la voix divine reprend à l'Évangile, on voit aux transports des fidèles, aux étonnements du peuple, qu'il s'agit d'une reprise de relations entre le ciel et la terre : Dieu a visité son peuple, dit le cantique de Zacharie. Luc, I, 68. A la vue de la résurrection de l'enfant de Nain, certainement, disaient les uns, un grand prophète s'est levé parmi nous ; certainement, disaient les autres, Dieu a visité son peuple. VII, 16.

Et quant à la variété des révélations divines, le Christ lui-même la reconnaît en ces termes : Tout docteur bien instruit de ce qui

regarde le royaume du ciel est semblable à un père de famille qui tire du trésor de ses provisions des choses nouvelles et des choses vieilles, Matt., XIII, 52, tantôt des provisions conservées et tantôt les fruits nouvellement récoltés ou cueillis, par allusion aux enseignements de l'ancienne alliance et de la nouvelle.

Ici vient naturellement se placer l'idée féconde et souvent reproduite de la supériorité de l'Évangile sur la loi, de l'Église sur le temple, de Christ sur Moïse : Jésus a été digne d'une gloire d'autant supérieure à celle de Moïse, que celui qui a élevé la maison (c'est-à-dire, fondé ou formé la famille) est plus honoré que la maison même ; pour Moïse, il a fidèlement administré toute la maison de Dieu, en qualité de serviteur, publiant les choses qui devaient être annoncées. Mais Christ, en qualité de Fils, est le chef de la maison de Dieu, et c'est nous qui sommes cette maison. Héb., III, 5-6.

57. Les épîtres laissent clairement apercevoir, entre la mort du Christ et la rédaction des Évangiles, un intervalle que les meilleurs critiques estiment à vingt-huit ou trente ans, pendant lequel la tradition, s'appuyant de quelques écrits sans autorité divine, Luc, 1, 1 , conservait et transmettait le souvenir de la mission du Sauveur. Jésus ressuscité, écrit saint Paul aux Corinthiens, a été vu de plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants ; 4 Cor., XV, 6. C'est Dieu, dit-il encore, qui nous a rendu capable d'être ministre de la nouvelle alliance, non de la lettre, c'est-àdire de l'alliance ancienne, qui est écrite, mais de Vesprit, c'està-dire, de la nouvelle alliance, qui n'est encore écrite que dans les cœurs. 2 Cor. ,111,5 — 6. La liaison des idées oblige à entendre ce passage dans ce sens, et l'on devrait peut-être voir une autre allusion à la période traditionnelle de l'Évangile dans un texte fort disputé où l'apôtre fait mention du fait même de la médiation et de la mort du Sauveur, et ajoute : Ce qui a été attesté en son temps, i Tim., II-, 6. Il est certain que cette version, la plus simple, est aussi la plus probable.

58. Dès que les lois de l'alliance, Ex., XX, et chap. suiv., sont acceptées et jurées, Moïse les met par écrit; c'était l'ordre naturel:

Moïse vint rapporter au peuple toutes les lois données par T Étemel, et le peuple répondit tout d'une voix : Nous ferons tout ce que l'Eternel a prescrit, et Moïse écrivit tout ce que l'Eternel lui avait dit. Ex., XXIV, 3— 4; XXXIV, 27. Le Deutéronome fut rédigé en son temps, Deut., XXXI, 9, et Josué put dire au peuple : Fortifiez-vous, pour observer fidèlement tout ce qui est écrit dans le livre de la loi de Moïse. Jos., XXIII, 6. A son tour il écrivit le renouvellement de l'alliance. XXIV, 26. David, dans un de ses cantiques, exprime les résolvions de sa fidélité en disant à Dieu : Me voici, je viens me présenter à toi, pour vivre selon ta volonté, selon qu'il est écrit dans le rouleau du livre, Ps. XL, 8; c'est-àdire, dans la loi, où en effet étaient tracés d'avance les devoirs des rois des Hébreux. Deut., XVII, 14—20.

Le fait seul de la rédaction des livres saints témoigne assez de la nécessité d'une révélation écrite. .Cependant quelques auteurs sacrés du Nouveau Testament sont aussi amenés à s'en expliquer. Saint Luc le fait d'une façon positive dans sa courte préface, Luc, I, 1—4. Saint Jean, dans la lettre d'envoi de son Évangile, interpelle les fidèles des divers âges de la vie et leur donne pour motif qui le porte à écrire, le pardon déjà obtenu, la connaissance de Christ déjà acquise, la victoire sur le mal déjà remportée, et la suite sous-entendue de sa pensée est toujours que ce qu'il écrit confirmera cette grâce, cette foi, cette victoire, 1 Jean, il, 12 — 14; plus loin il ajoute : Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. V, 15. Dans son Évangile, il tient le même langage. Jean, XX, 51. Saint Paul dit aux. Philippiens : Je ne me lasse point de vous écrire les mêmes choses que je vous ai dites de vive voix, et cela importe à votre sûreté morale et religieuse. Phil.,111, 1.

Enfin Jésus, quant à la conliance que les livres saints doivent obtenir, a dit : On ne peut rejeter ce que dit l'Écriture. Jean, X, 55.

59. Il est dit à Ésaïe : Viens et écris cette prophétie en leur présence sur un tableau; écris- la dans un livre, pour être un témoignage qui subsiste à perpétuité et passe à leurs descendants.

Ésa., XXX, 8. V Etemel m'a dit : Écris cette vision et couche-la distinctement sur des tablettes, afin qu'on -puisse la lire couramment', car ce que tu as vu est encore renvoyé jusqu'à un certain temps. Hab., II, 2.

40. Il est à remarquer que les auteurs de la révélation étaient seuls juges de la longueur à lui donner ; le but même qu'ils avaient en vue les a dirigés ; ils se sont arrêtés après avoir écrit assez, et non après avoir tout écrit; ce qui eût été impossible et contraire au but même qu'ils voulaient atteindre; aussi ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils auraient pu bien autrement étendre leurs narrés et rendent cette pensée par une hyperbole : Jésus a fait en présence de ses disciples plusieurs miracles outre ceux qui sont écrits dans ce livre, Jean, XX, 50 ; et que l'on entende ici le mot miracles ou signes dans le sens de prodiges ou de témoignages multipliés de sa résurrection, le sens revient à la même idée ; Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses ; mais je ne pense pas que le monde même pût contenir les Hures qui les rapporteraient en détail. XXI, 25.

41. Dans l'un de ses derniers discours à ses disciples avant son ascension, Jésus leur dit : Lorsque j'étais encore avec vous, je vous disais que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes (c'est-à-dire, selon une des divisions juives de la Eib!e, dans les livres sacrés de l'Ancien Testament), devait s'accomplir. Luc, XXIV, 44. J'ai achevé l'œuvre... a dit le Christ à Dieu. Jean, XVII, 4.

42. Saint Paul enseigne, en effet, que les pouvoirs extraordinaires accordés pour rendre possible la fondation de l'Église chrétienne au milieu du monde juif et païen, ne sont dispensés que pour un temps : Les prophéties ou les révélations, dit-il, prendront fin; le don des langues cessera; la science inspirée aura son terme, 1 Cor., XIII, 8; et s'il ne fait pas ici mention expresse du pouvoir des miracles, c'est qu'il s'attache à citer les trois dons miraculeux auxquels l'orgueil religieux des Corinthiens attachait le'plus de prix ; ces trois mots, prophéties, langues, science, se

358 NOTES tfU LIVRE V.

retrouvent dans l'exorde de ce magnifique éloge de la charité. Dieu, dit l'épitre aux Hébreux, ri a point soumis aux anges le monde futur dont nous parlons. Héb., II, 5. Ce monde est dans le sens du texte le monde de l'Évangile, futur par rapport à l'ancien monde de la promesse et de la loi, auquel il est ici comparé, et la pensée de l'auteur sacré est que sous l'alliance évangélique on verrait cesser la part donnée aux anges dans les destinées de l'humanité, dont la première alliance offre de nombreux exemples, tellement que leur intervention, crue perpétuelle, était devenue une opinion populaire parmi les Juifs.

43. Saint Paul recommande à Timothée de veiller à la lecture publique des livres saints dans les églises d'Éphèse et de l'Ionie : En attendant que je vienne, lui dit-il, attache-toi à lire les Écritures, à exhorter et à enseigner, 1 Tim., IV, 15; et il écrit aux Coiossiens, IV, 16 : Après que cette lettre aura été lue parmi vous, faites qu'on la lise aussi dans l'église de Laodicée, et que vous Usiez de même celle qu'on vous enverra de Laodicée, savoir, l'épitre dite aux Éphésiens, lettre circulaire aux Églises de l'Asie Mineure.

44. Dieu dit au serpent, le type du mal : Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et celle de la femme ; cette postérité t'écrasera la tête et tu lui blesseras le talon. Gen., III, 15. L'universalisme est empreint dans cette promesse de la façon la plus éclatante; la postérité du serpent, ainsi qu'il a déjà été dit, représente le mal de toute espèce se perpétuant de génération en génération ; la postérité de la femme, selon une expression antique dont le livre de Job offre des équivalents, Job, XIV, 1 ; XV, 14 ; XXV, 4, et qui se retrouve dans l'Évangile, Matt., XI, II, c'est l'humanité ; l'inimitié annoncée est cette lutte universelle que les hommes ont à soutenir contre le mal ; la blessure inévitable est l'image de ce qu'il y a partout à souffrir dans ce combat; la victoire complète, puisque la tête du reptile et le dard venimeux sont écrasés, est l'image de ce triomphe sur le mal que Jésus a remporté et dont l'humanité entière partage les fruits ; tout ici est universel, la lutte, la blessure, la victoire.

45. Il n'y a point de distinction entre le Juif et le Grec, puisque tous ont un même Seigneur. Rom., X, 12; Gai., III, 28. En Christ, il n'y [a ni Grec, ni Juif, ni barbare, ni Scythe. Col., 111,11.

46. Dans tous les textes antérieurs à l'époque d'Abraham, où l'intervention directe de Dieu dans le gouvernement de notre monde est exprimée, dans les promesses, les lois, les jugements divins, c'est toujours de l'humanité entière qu'il s'agit; l'universalisme, pour cette période, est dans chaque mot de la Bible. Ainsi, quand la mesure de la vie est fixée selon le besoin de repentance : L'Eternel dit : Mon esprit n'affligera pas continuellement les hommes dans leur faiblesse ; car ils ne sont que chair, et leurs jours seront encore de 120 ans, longueur de jours qui suffira à leur repentance, Gen., VI, 3; — quand Dieu prononce la condamnation du déluge : Je ferai périr sur la terre les hommes que j'ai créés ; car je me repens de les avo:r faits : toute chair va périr, VI, 7—15; — quand Dieu promet que celte sentence d'extermination sera unique dans les annales de notre race : Je ne maudirai plus la terre à l'occasion des hommes, et je ne frapperai plus les créatures vivantes, VIII, 21 ; — quand l'alliance divine est rétablie avec Noé : J'établis mon alliance avec vous et avec votre race après vous, IX, 9 ; — quand la division de l'humanité en nations commence providentiellement à s'accomplir : Les hommes ne formaient qu'un peuple, et ils avaient tous un même langage, et V Eternel les dispersa sur la face de la terre, XI, 6 — 8... . dans tous ces textes, l'intention de l'universalisme est positive et clairement exprimée; aucune race n'est privilégiée ; aucun peuple n'est peuple de Dieu.

47. Moïse n'a point donné le pain du ciel; mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel, la véritable nourriture de l'âme; je suis le pain de vie, Jean, VI, 52 — 55, moi, chef, héritier, seigneur dans la maison où Moïse n'était que serviteur, Héb., III, S, .6; moi, dovti Moïse a écrit, Jean, V, 46, que David nomme son Seigneur^ Matt., XXII, 45; Marc, XII, 57; Luc, XX, 41, et qui ai le droit de dire : Il y a plus ici que Jonas, ou la prophétie de la

première alliance : Il y a plus ici que Salomon, ou sa sagesse. Malt., XII, 41—42; Luc, XT, 51—52.

L'idée que l'ancienne loi, l'ancienne alliance tout entière n'avait rien de définitif, qu'elle a tout préparé, qu'elle n'a rien consommé, rien accompli, appartenait pour ainsi dire, de plein droit, à l'apôtre des Gentils, qui y revient souvent et l'exprime avec une grande force. Quiconque croit est justifié par Christ de toutes les choses dont il n'aurait pu l'être par la loi de Moïse. Act., XIII, 59. Si la justification vient de la loi, c'est en vain que Christ est mort. Gai., If, 21. La loi (de Moïse) a été ajoutée à la promesse (reçue par Abraham), jusqu'à ce que fut venu le Fils à qui la promesse avait été faite. Si Vcn avait reçu une loi qui eût pu donner la vie, la justification viendrait de cette loi. Avant que la foi vînt, nous étions comme renfermés sous la garde de la loi; jusqu'à la révélation de la foi, la loi a servi de guide pour conduire à Christ. III, 21 — 24. Si la première alliance avait été suffisante, il ny aurait pas eu lieu d'en établir une seconde. Héb., VIII, 7.

Il importe de remarquer que, dans la pensée des premiers chrétiens, toute cette critique de l'économie mosaïque, comme insuffisante, transitoire, tyrannique même, rompait si peu le lien des deux alliances que saint Paul, vers la fin de sa carrière, lorsque la querelle des chrétiens judaïsants et des chrétiens libres commençait à s'apaiser, ne craignait pas d'écrire àTimothée : Je sers Dieu comme mes ancêtres, 2Tim., I, 5; c'est qu'il n'oubliait jamais que le Dieu de l'Ancien Testament est celui du Nouveau.

48. Le voile de Moïse, le voile de l'Ancien Testament, n'est levé que par Jésus-Christ, 2 Cor., III, 14; c'est-à-dire que l'Évangile seul fait comprendre la loi.

49. L'ancienne loi est abrogée à cause de sa faiblesse et de son inutilité; elle n'a rien amené à la perfection ; mais elle a été suivie d'une meilleure espérance, qui nous rapproche de Dieu. Héb., VII, 19. Cette abrogation de la loi mosaïque est rapprochée par l'auteur de l'épître aux Hébreux, d'un passage d'Aggée, qu'il interp:ète de la manière suivante : Ces mots de la prophétie d'Aggée marquent l'abolition des institutions muables (celles du mosaïsme) afin

que les immuables prennent leur place. XII, 27. Il s'agit ici de la grande révolution morale et religieuse qu'Aggée annonçait, Ag., Il, 6, et qui devait éclater lorsque Jérusalem posséderait un temple plus magnifique et plus riche que le premier. La supériorité de l'Évangile, sur la première alliance, est telle que si entre ceux qui sont nés de femme, il n'y a point de prophète plus grand que Jean- Baptiste, parce qu'il a vu et entendu le Christ, cependant le plus humble docteur chrétien, le plus petit dans le royaume de Dieu , c'est-à-dire dans l'Église, est plus grand que lui, le précurseur, enlevé de ce monde avant la croix, la résurrection et l'ascension du Seigneur. Matt., XI, 11 ; Luc, VII, 28.

50. Anéantissons-nous donc la loi par la foi, le mosaïsme par le christianisme? A Dieu ne plaise ! au contraire, nous affermissons la loi, Rom., III, 30, car Christ est l'accomplissement de la loi. X, 4.

51. Nier ce principe fondamental" de l'étude et de l'intelligence des Écritures, c'est mettre absolument au même rang, et pour l'inspiration et pour l'autorité, les moindres détails géographiques de frontières aujourd'hui effacées; les moindres listes généalogiques de personnages aujourd'hui inconnus; les salutations qui terminent quelques épîtres, amitiés saintes, sans nul doute, mais qui n'ont pas eu d'autre retentissement; c'est s'obliger à lire avec le même respect le sermon sur la montagne, et la demande de l'envoi d'un manteau oublié à Troas, 2 Tim., IV, 13; c'est placer sur la même ligne, d'un côté, les Moïse et les Ésaïe , les saint Jean et les saint Pau', et de l'autre, Tertius, le secrétaire de saint Paul, qu'il faut bien compter parmi les auteurs de la Bible, puisqu'il y a écrit cette ligne : Moi, Tertius, qui ai copié cette lettre, je vous salue en Notre Seigneur. Rom., XVI, 22. Enfin, c'est oublier qu'il était nécessaire que la Bible contînt des erreurs, et c'est en rendre l'esprit saint responsable. (Voir liv. IV, chap. xlvi, note 35.)

Un seul texte semble contredire ce principe, et le contredit en effet dans nos versions inexactes ; mais, chose remarquable ! dans l'original il le confirme pleinement : c'est un passage de la seconde épître à Timothée, III, 16. Les traductions ordinaires portent :

Toute V Écriture est divinement inspirée et utVe à enseigner, etc. L'original porte, à la lettre : Toute écriture divinement inspirée, sans l'article, qui en effet ne se trouve dans aucun manuscrit et qui est ajouté dans la manière de traduire généralement suivie jusqu'à présent. Ces mots : Toute écriture, c'est-à-dire, tout écrit, tout livre (ce qui est le sens même du grec) divinement inspiré , deviennent, lus sans article, le sujet de la phrase. Cette phrase est sans verbe, selon une des formes de concision et de rapidité de la langue grecque. Or, le verbe sous-entendu ne peut être placé qu'après le sujet, et la véritable traduction est alors : Tout écrit divinement inspiré est utile à enseigner, etc. C'est bien là, en effet, la place du verbe, que le génie de nos langues modernes réclame; sans quoi on ferait dire à l'apôtre : tout écrit est divinement inspiré ; ce qui tombe dans l'absurde, et la suite des idées, dans la fin de ce chapitre, s'accorde parfaitement avec cette manière de traduire, la seule possible. Saint Paul veut encourager son ami à persévérer dans les devoirs dû ministère, au milieu des persécutions, et il lui donne trois motifs : 1° la reconnaissance et l'affection qu'il doit ressentir pour son maître, alors vieux, abandonné et près du martyre : Pour toi, demeure ferme dans les choses que tu as apprises et dont tu as connu la certitude, te souvenant de qui lu les as apprises, III, 14, et par humilité, comme saint Jean dans son évangile, saint Paul ne se nomme point; 2° les souvenirs de ses premières années, qu'au commencement de cette épître l'apôtre a déjà rappelés, I, S, et des pieuses leçons de sa mère et de son aïeule : Tu as reçu dès ton enfance la connaissance des saintes Écritures qui peuvent te rendre sage à salut par la foi en Jésus- Christ. III, 15; 5° enfin les lumières et les secours que les livres sacrés de l'Ancien Testament lui offient pour remplir avec succès son ministère de prédication, et pour le rendre lui-même intègre et fidèle; ces enseignements de sa jeunesse doivent lui être d'autant pluschers, que tout écrit divinement inspiré est utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger , pour instruire selon la justice, afin que l'homme de Dieu (c'est-à-dire le ministre de la parole) soit accompli et rendu capable de toutes sortes de bonnes œuvres. III, 16 — 17. (Voir liv. IV, chap. xlii, note 10, et liv. VI, chap. lxxv, note 91).

52. Il n'est pas un fidèle qui ne puisse répondre au moment, de ses tentations comme le Christ en repoussant les siennes : trois fois il s'en réfère à la révélation et répond au Démon : Il est écrit! Matt.,IV, 4— 7— 10.

53. C'est la pensée même du Psalmiste : A tout ce que je connais j'ai vu des limites; mais ton ordonnance (et ce mot ici désigne la religion entière dans toutes ses contemplations et ses espérances) est infinie dans son étendue. Ps. CXIX, 96.

54. Jésus a dit dans un sens suprême et absolu : Je suis la vérité, Jean, XIV, 6; et quand il dit à Dieu dans sa prière : Sanctifie-les par ta parole, ta parole est vérité, XVII, 17; il s'agit là, non des mots, mais des choses; non de la parole comme langage, mais de la parole comme révélation ; il s'agit du fond même de la religion.

55. L'Écriture sainte est le seul livre irréfutable, mais seulement à condition que la critique sacrée se guérisse de ce que saint Paul appelle très-justement la maladie d'aimer les disputes de mots. 1 Tim., VI, 4. Dans sa seconde épître à Timothée, il revient encore sur ce sujet : Conjure les fidèles devant le Seigneur d'éviter les disputes de mots, qui ne servent qu'à pervertir ceux qui les écoutent, 2 Tim., II, 14; et il s'agit dans ces textes des contestations sur le sens littéral de la loi écrite; en faisant les mêmes recommandations à Tite, l'apôtre nomme disputes légales, c'est-à-dire, se rapportant à l'interprétation de la loi mosaïque, ce qu'il nomme disputes de mots dans ses épîtres à Timothée. Tite, III, 9.

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