AFFRANCHISSEMENT DE LA LETTRE DE LA RÉVÉLATION
tré) est inférieur à la sensibilité et à la pensée humaine, et notamment à la religiosité ; d'où il est résulté que toutes les langues abondent en métaphores et en hyperboles, et que le langage religieux en est nécessairement rempli 78 (Voir liv. IV, chap. xlvii).
Il serait facile de démontrer, par une simple comparaison de textes de l'Évangile, que, pris à la lettre, l'Évangile serait destructif du christianisme 79.
Le Seigneur l'a dit lui-même -.C'est F esprit qui vivifie; la chair (c'est-à-dire le sens matériel et littéral) ne sert de rien ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie 80 ; la lettre tue, et, si on n'y prenait garde, elle tuerait même le christianisme.
L'adoration des iota dans le texte sacré est une idolâtrie dans le christianisme, et toute idolâtrie est mortelle à la vraie religion.
Cette idolâtrie est d'invention moderne. Aux siècles des Origène, des Eusèbe, des Jérôme, les livres de l'Écriture sainte étaient souvent rangés en deux classes : l'une, celle des livres proto-canoniques, dont l'authenticité n'était point contestée ; l'autre, celle des livres deutéro-canoniques, dont l'authenticité paraissait, jusqu'à un certain point, douteuse et l'importance secondaire. La piété des fidèles n'était ni scandalisée ni inquiète de voir les livres sacrés classés ainsi en deux catalogues, et ne s'étonnait point quand de nouvelles recherches, de nouvelles découvertes faisaient passer un livre sacré de l'une de ces listes sur l'autre.
Il est juste que la discussion, quand on la ramène sur ce terrain, n'alarme pas plus notre foi que celle des anciens chrétiens. Laissons étudier la science, laissons lire la piété; les deux peuvent se faire sans inquiétude; tout annonce qu'insensiblement, sans scandale et sans schisme, le christianisme s'affranchira de l'idolâtrie de la lettre et dans le livre de vie ne cherchera que ce qui vivifie.
Ce progrès, pour être paisible, se fera comme par accord tacite, sans déchirement, sans triage de la Bible ; mais en laissant tomber lentement en désuétude le petit nombre de pages dont la foi érudite prouverait l' inauthenticité et celles dont la foi pratique délaisse de plus en plus la lecture.
Que les chrétiens timorés, qui s'étonnent de la témérité apparente de ces prévoyances, se demandent à eux-mêmes s'ils lisent tous les livres de la Bible aussi fréquemment les uns que les autres ; si le Cantique des Cantiques est un livre sacré qu'ils étudient beaucoup ; s'ils croient que le christianisme est bien profondément intéressé à prouver que FEcclésiaste est de Salomon; l'épître aux Hébreux, de saint Paul ; la deuxième épître de saint Pierre, de l'apôtre de ce nom ; si l'Apocalypse offre, de nos jours, une grande utilité au progrès chrétien. Et quand ils auront répondu à ces questions, et, s'ils le veulent, à tous les problèmes de critique sacrée que l'érudition soulève ; qu'ils relisent le sermon sur la montagne, tel que saint Matthieu l'a donné ; les discours du Christ après la cène, ou l'éloge de la charité par saint Paul, ou mille autres endroits dignes d'entrer en parallèle avec ces pages incontestablement divines, et, s'ils ne se sentent pas pleinement rassurés, ils sont fort à l'étroit et fort à plaindre dans leur christianisme.