INTRODUCTION. IX
tât peut-être, de la liberté religieuse; depuis que le dogmatisme de l'intolérance a fait son temps et perdu son pouvoir, et que la foi, parmi nous, ne craint plus l'indépendance de la pensée et de la prédication, nos églises ont pourvu au plus pressé; elles ont avec raison demandé plus de travaux à leurs pasteurs qu'à leurs théologiens.
Aussi est-ce sans honte que nous pouvons en convenir : dans le vaste mouvement de philosophie spiritualiste par lequel l'esprit moderne a rompu avec le sensualisme du dernier siècle, dans le progrès des sciences historiques qui laisse à une si grande distance en arrière l'histoire telle que la concevaient les encyclopédistes, et, chose plus curieuse ! même dans la recrudescence de la théologie scolastique ou catholique dont nous sommes témoins, la théologie de nos églises n'est point comptée. Si l'on parcourt les ouvrages les plus récents qui exposent l'état actuel des opinions philosophiques en France, on n'y trouve point d'article protestant, et dans un certain monde il est à peu près convenu de dire qu'il n'y a point en France de théologie protestante. Ce reproche, dont on a voulu nous faire affront, ne peut nous atteindre, quoiqu'en un sens il soit fondé : il se dissipe au souvenir des persécutions d'où notre communion sort à peine; on doit convenir qu'il était difficile que la théorie de notre foi en devançât le droit de cité. Mais au terme d'un demi-siècle, il est temps de se remettre à l'œuvre et de chercher, selon nos forces, à reconquérir, dans les domaines de la science, le rang que nos prédécesseurs ont glorieusement occupé.