RÉFUTATION DE TROIS GRANDES ERREURS
théisme à n'être qu'une immense dispute de mots, cette unité ne peut être une illusion, parce que l'homme, tout en sentant ce qui lui manque et combien il peut acquérir, sent aussi qu'il est complet en soi.
C'est le gland, qui sait qu'il est un chêne, et non une forêt.
J'ai conscience de mon existence, et je sais ainsi que je ne suis que moi; je n'ai point la conscience de l'existence de l'univers; je l'aurais, si le panthéisme avait raison, si tout était un , s'il n'existait qu'un être, si mon âme était un fragment de l'âme du monde, si ma pensée, au lieu d'être un livre à part et un ouvrage complet en soi, n'était qu'une ligne, qu'un mot, qu'un iota du grand livre universel.
Enfin, je souffre, et le fait delà douleur, qui n'est qu'une manière d'exister et se confond avec la conscience de l'existence, offre une démonstration positive contre le panthéisme. Comment concevoir un être infini qui souffre, et qui, en conséquence, se fait souffrir?
Le spiritualisme absolu, qui nie l'existence de la matière, ne résiste pas mieux au creuset de notre théorie, parce que le non-moi fait obstacle à nos tendances. Or, si le non-moi matériel n'existe pas en réalité, si tous les phénomènes de la nature se passent dans notre esprit, ce serait donc nousmêmes qui nous ferions obstacle à nous-mêmes; ce serait nos tendances qui s'opposeraient à nos tendances. Non, quand on se heurte à une barrière, elle existe.
L'idée antique de la science par réminiscence qui n'est qu'une hypothèse sans fondement, idée d'ailleurs moins importante en métaphysique religieuse que celles qui viennent d'être examinées, est, à son tour, sinon rejetée et réfutée, du moins écartée. Cette théorie enseigne que l'âme a passé par une existence antérieure à son existence humaine, qu'elle apporte dans celle-ci des idées, des notions reçues dans celle-là ; ces idées, ces notions se retrouvent vagues et confuses, quand elles sont réveillées en nous par les obser-
vations et les connaissances de la vie présente. Tout ce système n'est, selon nous, qu'un reflet des rêveries orientales sur la transmigration des âmes, rêveries développées et embellies par le génie du plus poétique des philosophes grecs. Que le système de la science par réminiscence soit vrai ou faux, la philosophie subjective peut, sans inquiétude, le déclarer indifférent. En effet, d'après ses principes, une existence sans la conscience de soi continue n'est point une existence véritable. Qu'importe que j'aie été si je n'en garde pas un utile souvenir ? Ce préambule de la vie ne serait, au plus, qu'une préparation du même genre que l'enfance, moins positive, moins importante, limbes antérieurs de cette vie, vestibule inconnu de notre monde où l'imagination s'égare à plaisir, où la science et la foi n'ont point intérêt de la suivre 29.