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CHAPITRE IX

Notion de Dieu.

Le moi prouve donc le non-moi, humanité et matière y compris... Le dernier mot reste à dire; le dernier voile rt-ste à lever ; le moi prouve l'existence du non-moi. Dieu y compris.

Si toute tendance intime nécessite une réalité à l'extérieur, la religiosité humaine prouve l'existence de Dieu ; cette religiosité subjective doit avoir un objet; cet objet, c'est Dieu. L'homme est un être religieux, il ne pourrait l'être, si Dieu n'existait pas; ce serait une tendance vers un néant 30.

Je trouve en moi le rayon, et je crois au soleil. Vous niez le soleil?... expliquez -moi le rayon.

Qu'est-ce donc que Dieu?

C'est l'idéal réalisé.

C'est l'infini, non personnifié, mais personnalisé 31.

Dieu n'est pas une abstraction de notre esprit, puisque nous portons dans les profondeurs de notre être une force religieuse, qui nous pousse à soutenir avec lui des relations. On ne cherche pas à entrer en rapport avec une pure abstraction.

Si Dieu n'existait pas réellement, vers quel objet tendrait la force religieuse ?

Si Dieu n'était qu'une abstraction, la force religieuse tendrait vers elle-même ; ce qui implique.

Si Dieu n'existait pas réellement, l'homme aurait la notion simple de l'infini, et non la tendance active vers l'infini personnalisé.

Ces relations constituent la religion 32; celui qui réalise l'idéal que nous cherchions est trouvé, c'est Dieu.

Dieu est donc l'idéal de l'intelligence.

Dieu fournit donc le dernier terme de nos comparaisons, de nos jugements.

Que si l'on énonce le problème en ces termes, qui ont effrayé tant de croyances et égaré tant de philosophes : l'absolu, l'infini peut-il être personnel; toute personnalité, toute individualité est une limite ; comment s'accordent la notion d'une individualité et celle de l'infinité; l'une n'exclut-elfe pas l'autre?... la foi subjective ne résout pas le problème ainsi posé, parce qu'il se réduit à demander quelle est la nature de Dieu, qui n'est connue que de lui 33, et il est contradictoire que l'être fini acquière une connaissance complète de l'être infini 34. Mais ce problème, la foi subjective le domine, elle l'écarté de plein droit et passe outre, parce que la tendance religieuse qui est en nous ne trouve son

objectif que dans une réalité et non dans une abstraction ; cela est si vrai que Dieu réduit à une abstraction serait le désespoir de la force religieuse au lieu d'en être la satisfaction.

Puisque l'idéal est un, Dieu est un 35.

La démonstration de l'unité de Dieu jaillit de la même source que celle de son existence.

Et cette démonstration de l'existence de Dieu est, non la meilleure, mais la seule bonne et valable, mais l'unique; elle est en dehors du raisonnement ; elle ne tolère pas le raisonnement ; elle lui impose silence ; et de là sa valeur. Toute argumentation pour l'existence de Dieu peut être balancée par une argumentation équivalente opposée. Les génies les plus élevés et les plus profonds ont échoué à prouver et que Dieu est et que Dieu n'est pas. C'est que Dieu n'est point matière à raisonnement. Mais où le raisonnement échoue et s'en va en dérive dans un océan d'impuissance, un sentiment inné n'échoue pas. La force religieuse est toujours une force, et l'infini jette en nous un reflet qui oblige à croire en lui.

Dans l'Écriture sainte, il n'y a pas un seul raisonnement en faveur de l'existence de Dieu.

On entrevoit déjà combien, d'après le système de théologie exposé dans ces pages, est vide et vaine la prétendue querelle de la philosophie et de la religion. La philosophie, c'est la vérité vue dans l'homme; Ja religion, c'est la vérité vue en Dieu ; c'est toujours la même vérité ; car la vérité est une. La différence, ici, est dans le côté par lequel on la prend. Seulement, commencer par Dieu, c'est supposer avant de croire ; commencer par l'homme, c'est, avant de croire, reconnaître et constater.

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