CHAPITRE XII
Mystère en général.
Ce premier mystère de la religion, auquel on peut ramener tous les autres, montre suffisamment ce que c'est, en religion, qu'un mystère. On a dit : tout mystère est une ignorance. Non; ce que vous ignorez complètement n'existe point pour vous. Un mystère suppose un savoir; car pour juger qu'un objet, quel qu'il puisse être, est mystérieux, il faut au moins savoir qu'il est ; l'idée d'une réalité précède dans l'esprit l'idée de l'obscurité qui l'enveloppe. Ainsi, il est faux que les mystères, en religion, soient des ignorances; ce sont des demi-connaissances.
Au moyen âge, l'existence des antipodes était un mystère, parce que l'on savait l'existence des antipodes et la sphéricité du globe de la terre, et que l'on ne connaissait pas la loi de la gravitation. Retranchez la connaissance du fait , il ne restera rien de la notion du mystère.
Un mystère, en religion, n'est point ce jour radieux où vous voyez tout ce qu'il éclaire ; il n'est pas davantage cette nuit profonde où vous ne voyez rien ; il est ce demi-jour, crépuscule de la raison et de la foi, où les objets sont réels,