DES PHASES DE PROGRÈS
individus étaient pareils, si une monotone identité nous abaissait tous sous un niveau commun, le progrès de l'humanité serait arrêté ; une similitude générale causerait une torpeur générale ; il n'y aurait plus ni maîtres ni disciples, et l'apathie remplacerait l'activité. Un système d'inégalité, de variété, était nécessaire, au point que les hommes ne se ressemblent pas même en dormant.
La même observation s'applique aux deux sexes. On a eu raison de dire que le chef-d'œuvre de la nature était d'avoir formé deux êtres si semblables et si différents. Otez l'inégalité des deux sexes, ne laissez subsister que les différences physiques ; notre monde devient impossible 59.
Il y a plus : les différences de nature qui existent entre les créatures sont indifférentes à Dieu, parce qu'entre la créature et le Créateur la différence est toujours du fini à l'infini. L'insecte imperceptible est aussi près de Dieu, pour Dieu, que l'homme ou l'archange. L'inégalité des créatures, qui n'existe pas pour Dieu, qui n'est pas sensible pour Dieu et ne l'affecte nullement, n'a donc été établie que pour elles ; d'où résulte q*ie cette inégalité était nécessaire au progrès et que la loi d'inégalité est universelle.
En effet, ce qui est vrai , pour cette question, de notre monde, doit être vrai de l'univers, puisque le but de l'existence est partout le même. Comme la différence des hommes est nécessaire au progrès humain, la différence des classes de créatures et des phases de progrès est nécessaire au progrès universel.
Il fallait (pour employer la poésie de saint Paul) qu une étoile fût différente d'une autre étoile en splendeur 60.
La question de l'existence solitaire de l'humanité se trouverait ainsi rationnellement résolue. Quelle apparence reste que Dieu et l'homme soient seuls dans l'univers, et sans consulter lesanalogiesjscientifiques de l'astronomie, ni les analogies instinctives du sentiment (qui toutes ont leur valeur