IMMORTALITÉ ET SPIRITUALISME
Une immortalité sans identité serait, quant au Créateur, une destruction; puis, une création nouvelle.
Et, quant à la créature, un néant ; un néant, et rien de plus ; être remplacé n'est point continuer d'exister; me donner un successeur, c'est me retrancher; en faisant place, je perds la mienne.
Le sentiment de l'individualité s'éveille à ce propos avec toute sa puissance, et nous promet que, comme la vie est individuelle, l'immortalité le sera. C'est moi qui suis, et c'est moi qui serai.
Les forces, les tendances de notre âme demeurent les mêmes, quand elles se déploient dans le présent ou, se préjugent dans l'avenir; elles comptent sur elles-mêmes; durant le progrès d'aujourd'hui , elles se promettent celui de demain; l'un donne l'assurance de l'identité de l'autre; cela est vrai pour le dernier jour de la vie comme pour celui-ci. En d'autres termes , nous sentons que nos tendances ne peuvent changer ; elles sont autant de garanties de l'identité 61.
Le problème du matérialisme et du spiritualisme, bien différent de celui de l'immortalité, est relégué parmi les questions de simple curiosité, dès que l'immortalité pour existence et le progrès pour but sont admis. Il ne s'agit plus de l'activité même, mais de l'organisme de l'activité, et que cette activité immortelle réside dans un esprit en possession d'un appareil matériel ou dans un appareil de matière continuellement perfectible, le résultat demeure identique. En d'autres termes, le matérialisme ne s'élève point au rang de problème où la religion soit impliquée lorsqu'il nie l'âme, mais seulement lorsqu'il nie la vie future. S'il admet une vie future, il n'est plus qu'une mauvaise application des phénomènes de l'individualité humaine. L'existence d'un élément spirituel dans l'homme rend seule compte des faits intérieurs, et seule s'accorde avec la simplicité du moi 62.
Indifférente, par rapport à l'homme, la question du spiritualisme et du matérialisme l'est également par rapport à toutes les autres créatures de Dieu. Il n'importe nullement à notre théologie de savoir si les anges ont un corps et si les animaux ont une âme.