La loi de solidarité entre hommes est providentielle au
point qu'elle a été théocratique, et fait partie comme loi positive de la législation d'Israël ; c'est le sens explicite de l'article du Décalogue : Je punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent, et je ferai miséricorde jusquen mille générations à ceux qui m'aiment et gardent mes commandements. Ex., XX, 5 — 6. Ainsi que dans une foule de textes, Dieu, ici, est introduit comme déclarant faire luimême ce qu'il dirige par sa providence, et l'expérience du monde entier justifie d'âge en âge la fidélité de cette menace, entendue dans ce sens, que les suites du bien, par un admirable arrangement divin des choses de cette vie, sont plus longues que celles du mal. Les funestes conséquences d'une vie désordonnée, impure, infâme (infâme même dans le sens judiciaire), ne dépassent point en général la troisième et la quatrième génération; tandis que l'hérédité du bien peut descendre les siècles et se prolonger à l'infini. Il n'y a point de raison pour qu'elle s'arrête et s'évanouisse. Cette loi que Jérémie, vers la fin du règne deSédécias, et une année environ avant la ruine de Jérusalem, rappelait à Israël dans un de ses derniers discours, Jér., XXXII, 18, se voit partout en action dans l'histoire du peuple de Dieu. Depuis Caïn, qui la nie en refusant de se reconnaître le gardien de son frère, Gen., IV, 9, et Abraham, qui la réclame en cherchant les dix justes de reste, XVIII, dans les villes de la plaine, jusqu'à la déchéance de la maison deSaùl et la perpétuité promise à la dynastie de David, partout Israël voyait le bien produire le bien, le mal enfanter le mal, et les conséquences de l'intégrité ou de la perversité envelopper les familles et les générations.
Josué dit aux Juifs : Quand Hacan, fils de Zara, commit un crime en dérobant ce qui était dévoué par anathème, la colère de l'Éternel ne s'alluma-t-elle pas contre toute rassemblée d'Israël ?Il ne fut pas le seul qui périt. Jos., XXII, 20.
On lit dans le livre de Job : // (le méchant) n'aura ni fils ni descendants dans sa tribu, et il n'aura personne qui lui survive (ou lui succède) dans ses demeures. Job., XVIII, 19, ce qui dans les idées orientales était une des hontes et des punitions les plus redoutées.
Ésaïe a rendu cette pensée avec sa poésie accoutumée : L'Éter-
nel a dit : Comme lorsque l'on trouve quelques bons grains dans une grappe, on dit : Ne la perdez point; car une bénédiction repose sur elle, ainsi à cause de mes serviteurs, je ferai que tout ne soit pas détruit. Ésa., LXV, 8. Jérémie, dans ses élégies patriotiques, fait dire aux Juifs : Nos pères ont péché; ils ne sont plus, et nous portons leurs iniquités. Lam., V, 7.
Il est remarquable que, quelquefois, la loi de solidarité ne produit qu'un effet lointain, épargne une génération et frappe la suivante: dans les menaces faites à Salomon idolâtre, il est dit : Je donnerai une partie de ton royaume à l'un de tes serviteurs; toutefois, en considération de David ton père, je ne le ferai point de ton vivant ; mais je déchirerai ton royaume, quand il sera dans les mains de ton fds. 1 Rois, XI, 12. On voit ici le double effet de la loi, en bien et en mal : en bien, de David à Salomon; en mal, de Salomon à Roboam, et en langage humain ceci signifie que le génie religieux et politique de David avait constitué Israël assez fortement pour maintenir l'intégrité du royaume pendant le règne de son fils et que les fautes de Salomon ont amené sous son successeur la révolution funeste, dite le schisme des dix tribus.
Dans l'Évangile, Jésus reconnaît la loi, quand il dit, sur le chemin du calvaire, aux femmes qui le suivent en pleurant : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais sur vous et sur vos enfants! Luc, XXIII, 28; et les Juifs l'acceptent, quand ils s'écrient devant Pilate : Que son sang soit sur nous et nos enfants ! Matt. XXVII, 25. Saint Paul dépeint les effets de cette loi comme indéfinis dans leur puissance et leur durée, lorsqu'il dit des Juifs, que malgré leur obstination à rejeter la nouvelle alliance, ils sont aimés de Dieu à cause de leurs pères. Rom., XI, 28.
L'extension la plus longue et la plus terrible donnée à la loi de solidarité est exprimée par le Christ dans un de ses plus véhéments discours ; les iniquités y sont représentées comme se succédant à l'envi pendant les siècles de la première alliance, et la vengeance de Dieu éclate, plus redoutable que jamais, seulement lorsque la mesure est comble : Vous rebâtissez les tombeaux des prophètes que vos pères ont fait mourir ; vous témoignez par là que vous approuvez ce qu'ont fait vos pères ; vous témoignez contre vous-mêmes que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. On fera
rendre compte à cette génération du sang de tous les prophètes, qui a été répandu depuis le commencement du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie tué entre le temple et l'autel ; oui, je vous déclare que Von en demandera compte à cette génération. Matt., XXIII, 29— 55;Luc,XI, 47—51.
23. Il est remarquable que la loi de solidarité est acceptée sans murmure, quand elle s'exerce dans la contemporanéité ; on comprend en général qu'il est fort naturel, puisque l'homme est destiné à la vie de société, que nos contemporains nous nuisent ou nous servent. La loi ne semble injuste que lorsqu'elle s'applique dans une hérédité. A l'époque de la captivité de Babylone, les Juifs affectionnaient un proverbe, dont l'image, fort simple, exprime très-bien ce murmure : Les pères ont mangé les raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées. Jér., XXXI, 29. Ézé., XVIII, 2. Mais que l'effet soit simultané ou successif, le principe ne change en rien et la loi garde toute sa justice. On pourrait aller jusqu'à dire que le lien des contemporains entre eux, s'il est plus visible en quelque sorte, est moins étroit que celui des pères et des enfants, des ancêtres et de la postérité ; une famille dans sa descendance se tient de plus près qu'une société dans ses membres. Ézéchiel, dans un admirable discours, reproche aux Juifs cette accusation impie contre la Providence, et leur montre que, selon l'esprit de la législation mosaïque , Deut. , XXIV, 1 6, celui qui aura péché sera celui qui mourra : le fils ne porte point l'iniquité du père, ni le père celle du fils; le juste jouira de sa justice et la méchanceté du méchant retombera sur lui. Ézé., XVIII, 20. Ces paroles du prophète ne sont en contradiction ni avec l'article du Décalogue,ni avec la loi de solidarité en général. Ézéchiel déclare l'intention positive de la justice divine, et Moïse, l'inévitable résultat de la solidarité humaine. Dieu n'impute le péché qu'aux auteurs du péché ; mais il n'en arrête point les conséquences ou contemporaines ou héréditaires ; ce qui serait une violation de la liberté morale et une assimilation du bien et du mal.
24. Si je ne sais ce que signifient les mots qu'on prononce, je serai
barbare (c'est-à-dire étranger) pour celui qui me parlera, et celui qui me parlera sera barbare pour moi. 1 Cor., XIV, 11. Cette rupture, celte impossibilité de toute relation qu'amène la différence des langues, a quelque chose de si pénible, qu'elle est un des traits dont les prophètes renforcent leurs menaces prophétiques contre Israël : L'Éternel fera venir contre vous un peuple des extrémités delà terre, dont vous n'entendrez point la langue. Deut., XXVIII, 49, et Jér., V, 15. Ésaïe contient aussi une remarquable allusion à ce sujet. Il fait parler les moqueurs, Ésa., XXVIII, 14, qui dominaient le peuple, en ces termes : A qui Dieu ferait-il comprendre la science? à des enfants qu'on vient de sevrer, qu'on vient iïôter de la mamelle, à qui il faut donner (et ici le discours mis dans la bouche des moqueurs fait une parodie des redites si fréquentes dans les exhortations des prophètes) précepte sur précepte.... précepte sur précepte, ligne après ligne.... ligne après ligne, les enseignant peu à peu..., et alors Ésaïe reprend et s'approprie ces paroles dans un bien autre sens : Oui, Dieu fera parler à ce peuple avec des lèvres bégayantes et dans une langue étrangère, XXVIII, 9—11, allusion à la conquête de Juda et de Jérusalem par les armées de Babylone.
25. Il était juste et nécessaire que le moyen de relation, le don de la parole, pesât pour une forte part dans la balance de notre responsabilité morale et religieuse. Je vous déclare, a dit le Christ, qu'au jour du jugement les hommes rendront compte de toutes les mauvaises choses qu'ils auront dites (choses préjudiciables à la foi du prochain, comme l'accusation perverse des pharisiens, qu'il vient de réfuter ; celle de ne chasser les démons que par le prince des démons, Matt., XII, 24), car par vos paroles vous serez justifiés et par vos paroles vous serez condamnés. XII, 56 — 57. Si quelqu'un ne pèche point en paroles, a dit saint Jacques, cest un homme parfait. Jacq., III, 2.
26. Combien de sortes de mots n'y a-t-il pas dans le monde, et il n'y en a aucun qui n'ait sa signification. 1 Cor., XIV, 10.
27. Saint Paul, avec l'énergie ordinaire de son style, dit : Celui
fi
qui parle une langue inconnue, ne parle pas aux hommes, mais à Dieu! i Cor. ,TLY,±
28 Leurs familles formèrent des peuples qui eurent chacun
leur langue. Gen., X, 5. L'unité delà race humaine conduit naturellement à croire que la diversité des langues s'est graduellement établie et qu'il y a eu une époque où tous les hommes s'entendaient : Alors, dit Moïse, sans préciser de date, toute la terre avait un même langage et une même parole. Gen., XI, 1.
29. Job dit dans ses plaintes : Pourquoi m'as-tu fait sortir du sein de ma mère? Je serais comme si je ri avais jamais existé; j'aurais passé du sein maternel dans le sépulcre, Job, X, 19 ; et il est remarquable que Job emploie ici le mot qui désigne le tombeau, où le corps disparaît, et non celui qui désigne le séjour des morts où les âmes, selon les idées juives, étaient recueillies.
50. La foi, selon la définition de saint Paul, est une force pure- . ment subjective, une démonstration des choses qu'on rie voit point :
voilà la tendance religieuse s'élançant, hors des limites du monde matériel, à la recherche de l'infini; et une vive représentation des choses qu'on espère. Héb., XI, 1; voilà la tendance religieuse faisant retour sur elle-même, s'appropriant ses conquêtes et comblant le vide de cette vie par d'immortelles et célestes espérances. L'homme, naturellement, veut s'approcher de Dieu, et pour s'approcher de Dieu, il faut croire et à son existence et à nos relations avec lui; comme le dit saint Paul, il faut croire que Dieu est, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. Héb., XI, 6.
51. Partout, dans la révélation, la notion de l'idéal, de l'infini, de l'absolu, est à la base de la notion de Dieu; tantôt cette pensée est exprimée en des paroles dont la simplicité égale la profondeur; tantôt elle est représentée par des images dont la poésie est saisissante et sublime.
La célèbre définition de l'Être suprême que Moïse transmet à son peuple dès l'entrée de sa mission et qui devient le nom mosaïque, le nom israélite de Dieu, si l'on peut parler ainsi, le
nom que Dieu choisit et sanctionne pour servir dans ses relations avec le peuple élu, est d'une profondeur qui n'a point été surpassée et qui éblouit l'intelligence : Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis ; tu diras aux enfants d'Israël : celui qui s'appelle, Je suis! (Jéhova) m'a envoyé vers vous. Ex., III, 14. L'idée de l'existence infinie est rendue, dans cette expression, d'une manière incomparable.
On peut, à partir de cette première pensée, faire collection complète de toutes les notions de l'esprit humain qui s'élèvent jusqu'à l'idéal, l'infini, l'absolu; il n'en est aucune que l'Écriture sainte n'attribue à Dieu; infini en durée : D'éternité en éternité, il est le Dieu fort. Ps., XG, 2. Je suis le premier et le dernier, dit l'Éternel. Ésa., XLI,4, etXLIV,6. Dieu seul possède l'immortalité. 1 Tim., VI, 16.
Infini en constance ou immuable: Il est toujours le même. Ps., Cil, 28. En Dieu, il n'y a point de variation ni aucune ombre de changement. Jac, I, 17.
Infini en instantanéité, en universalité de présence et d'action, ou immense : Les deux, et les deux même des deux ne le peuvent contenir. 1 Rois, VIII, 27. Où irais-je, ô Dieu! loin de ton esprit? où fuirais-je loin de ta face? Si je monte aux deux, tu y es! Si je descends dans le séjour des morts, tu y es encore! Ps. CXXXIX, 7—8. Dieu est près de chacun de nous. Act, XVII, 27.
Infini en puissance : le nom de Tout-Puissant revient à chaque page de l'Écriture. Gen.. XVII, 1; Apo., XXI, 22. Je sais que tu peux toutes choses. Job, XLII, 2. Notre Dieu fait tout ce qui lui plaît. Ps., GXV, 5. // n'y a rien de si merveilleux, ô Éternel! que tu ne puisses faire! Jér., XXXII, 17, et cette toute-puissance comprend le monde moral autant que le monde matériel : Toutes choses sont possibles à Dieu. Matt., XIX, 26; Marc, X, 27; Luc, XVIII, 27. Dieu fait toutes choses selon son bon plaisir. Eph., 1, 11.
Infini en sagesse, en science : Ce que son intelligence embrasse est sans mesure. Ps., CXLVII, o; CIV, 24. Dieu seul est sage. Rom., XVI, 27; 1 Tim., I, 17. Qui a dirigé l'esprit de l'Éternel et qui a été son conseiller? Ésa., XL, 15. La sagesse de Dieu agit en une infinité de manières différentes. Éph., III, 10.
Infini en perfection, dans le sens moral : Saint, saint, saint est
64 KOTES DU LIVRE I.
V Étemel. Ésa., VI, 5, et Apo.,IV, 8. (Cette triple répétition, dans laquelle on a fort ingénieusement cherché des mystères, n'est qu'une forme superlative de la langue hébraïque, et indique le degré supérieur, s'il s'agit d'une qualité, ou l'extrême gravité que l'auteur attache à la pensée qu'il exprime; ainsi on lit dans Jérémie : Ne vous confiez pas aux paroles trompeuses de ceux qui disent : c'est ici le temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, le temple de V Éternel, et Dieu nous maintiendra dans ce pays, Jér., VII, 4; ainsi, un des anathèmes du même prophète contre Jéchonias débute par ces mots: 0 terre, terre, terre de Juda, écoute la parole de l'Éternel! XXII, 29. Cette couronne, dit Ézéchiel, celle de la dynastie de David, sera renversée, renversée, renversée. Ézéch., XXI, 52.) Dans le même poëme, les deux alliances s'unissent pour ce cantique de louange : Qui ne te craindrait, ô Seigneur! et ne redouterait ton nom, puisque tu es le seul saint. Apo., XV, 4. L'Éternel est juste dans toutes ses voies. Ps., CXLV, 17. Dieu est vérité. Deut., XXXII, 4. Éternel, ta bonté atteint jusqu'aux deux et ta fidélité jusqu'aux nues. Ps., XXXVI, 6. Sa bonté dure à jamais. Ps. CXXXVI, 1, etc. Dieu est charité ou amour. 1 Jean, IV, 8 — 16. Dieu est lumière (c'est-à-dire perfection) et il n'y a point en lui de ténèbres. I Jean, I, 5.
Infini en bonheur : Saint Paul donne à Dieu le titre de souverainement heureux. 1 Tim., 1, 11, et VI, 15.
Dans tous ces passages, l'idée de l'infini perce magnifiquement à travers l'expression.
Aussi, selon la révélation, l'Être suprême n'a rien de matériel, et ne peut être atteint par nos sens, parce que l'idée de matière et celle d'infini s'excluent : Vous navez vu aucune figure ni ressemblance le jour où l'Éternel vous parla du milieu des feux en Horeb. Deut., IV, 15. Dieu est invisible. Col., I, 15. Dieu est esprit. Jean, IV, 24.
Et c'est en cette qualité d'être infini, que Dieu, supérieur à tous, n'est responsable et ne s'engage qu'envers lui-même : Lorsque Dieu fit la promesse à Abraham, ne pouvant jurer par un plus grand, il jurapar lui-même. Héb., VI, 15; Gen., XXII, 16.
52. Le but entier et définitif de la révélation et de la rédemp-
lion est que les fidèles aient communion avec le Père et avec Jésus- Christ son Fils. 1 Jean, I, 3.
53. Personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'esprit dé Dieu. 1 Cor., 11,11.
54. L'Écriture enseigne partout que Dieu est incompréhensible, que ses perfections sont insondables, et ses voies pleines de mystère.
Trouveras-tu le fond de Dieu en le sondant? Connaîtras-tu parfaitement le Tout-Puissant ? Ce sont les hauteurs des deux : qu'y feras-tu ?et les profondeurs de V abîme : qu'y verras-tu? Job, XI, 7, 8. Il est trop grand pour que nous puissions le comprendre. Job, XXXVI, 26. Il est impossible de sonder sa grandeur. Ps., CXLV, 3. Il n'y a pas moyen de sonder V intelligence de Dieu, Ésa., XL, 28; et autant les deux sont au-dessus de la terre, autant ses voies sont au-dessus de nos voies et sespensées au-dessus de nos pensées. Ésa., LV, 9. La même leçon d'humilité est donnée par l'Évangile : Personne n'a jamais vu Dieu, c'est-à-dire, ne Ta parfaitement connu. Jean, I, 18, et 1 Jean, IV, 12. Dieu habite une lumière inaccessible, et nul homme ne l'a vu ni ne peut le voir. 1 Tim., VI, 16.
55. L'unité de Dieu, démontrée par cette grande et simple considération que la perfection absolue, l'idéal réalisé, est nécessairement unique, est l'enseignement même du Seigneur, quand il répond au docteur de la loi : II n'y a qu'un être bon (c'est-à-dire, parfait, selon le sens du texte sacré), savoir Dieu.Msiit.,XÎX, 17; Marc,X, 18; Luc, XVIII, 19.
Jéhova, notre Dieu, Jéhova est le seul Dieu. Deut., VI, 4. Toi seul dont le nom est Jéhova, toi seul es le Dieu souverain de toute la terre. Ps., LXXXIII, 19. Nous n'avons quun seul Dieu. 1 Cor., VIII, 6.
56. L'idée de la création de l'homme est partout dans la Bible. 1 Cor., XV, 45; Gen., 11,7; Deut., IV, 52; Job, X, 9.
57. C'est par la fui que nous savons que les mondes ont été faits par la parole de Dieu. Héb., XI, 5.
58. Qui ignore que la main de Dieu a fait toutes choses, Job, XII, 9, au commencement, Gen., I, 1, par sa parole, en sorte que les choses qui se voient n'ont pas été faites de choses qui parussent (c'esNà-dire, qui existassent] auparavant, Héb., XI, 5; il a parlé, et tout a existé ; il a commandé, et tout a comparu, Ps., XXXIII, 9 ,• il a dit : Que la lumière soit ! et la lumière fut. Gen., I, 5. Il ri y a point eu, dit l'Éternel, de Dieu fort avant moi qui ait rien formé, et il n'y en aura point après moi. Ésa., XLIII, 10.
59. Lorsque Dieu créa l'homme, il le fit à sa ressemblance. Gen., I, 26; V, 4, et IX, 6. Tu as créé l'homme un peu moindre que Dieu. Ps, VIII, 6; et c'est bien là le sens de ce verset, que Ton traduit d'ordinaire, par imitation trop servile 4e deux anciennes versions : Tu as créé l'homme un peu moindre que les anges. Il semble que Ton ait craint de trop faire dire au poëte sacré, et que par une précaution d'humilité exagérée, on ait adopté de préférence le sens le plus restreint. Mais David, dans ce cantique, fait évidemment allusion au récit de la Genèse, où il est question de la ressemblance de Dieu et de l'homme et nullement de celle de l'homme et des anges. Que le nom soit employé au lieu du pronom : Tu as créé l'homme un peu moindre que Dieu, au lieu de que toi-même, ce n'est là qu'une forme antique de phrase con-
orme à la simplicité de la langue. L'homme est Vimage de Dieu. 1 Cor., XI, 7. Les hommes ont été faits à la ressemblance de Dieu. Jac, III, 9, et il sera montré plus loin que cette ressemblance doit amener l'imitation. (Voir liv. I, chap. xm, note 51 ; liv. IV, chap. xli, note 2 et chap. li, notes 84 et 85.)
40. Approchez-ious de Dieu, dit saint Jacques, et il s'approchera de vous. Jac, IV, 8 ; et l'Éternel avait dit à Israël : Si vous marchez contre moi, je marcherai aussi contre vous. Lév., XXVI, 23—24. Les deux expressions sont également remarquables, et emportent toutes deux l'idée d'une réciprocité ; celle de l'apôtre est empruntée au culte du temple, qui ne se célébrait que devant
l'arche, dont on s'approchait de parvis en parvis, de sanctuaire en sanctuaire: de sorte que s'approcher de Dieu, c'est le servir, l'adorer ; celle du prophète est empruntée aux mouvements des armées, et Moïse l'emploie dans ce sens, Deut., I, 44: marcher contre Dieu, c'est se déclarer son adversaire.
41. L'Écriture sainte des deux alliances enseigne et recommande partout la joie religieuse. Tes témoignages sont la joie de monâ?ne. Ps., CXIX, 111. La piété a les promesses de la vie présente et de celle qui est à venir. 1 Tim., IV, 8. Aussi, selon saint Paul, le royaume de Dieu, c'est-à-dire, le règne de l'Évangile, consiste, non pas seulement dans la justice, mais dans la paix et la joie par le Saint-Esprit, Rom., XIV, il. Se réjouir continuellement dans le Seigneur, Phi., III, 1, et IV, 4 ; être joyeux dans V espérance, Rom. XII, 12 ; être toujours dans la joie, 1 Thés., V, 16, malgré les afflictions, 2 Cor., VI, 10, est la doctrine expresse des livres saints, au point que saint Paul forme ce vœu pour les fidèles de Rome : Que le Dieu d'espérance vous remplisse, dans votre foi, de toute joie et de toute paix ! Rom. , XV, 15. La piété des premiers chrétiens se conformait à ces préceptes ; ils prenaient leurs repas avec joie et en simplicité de cœur. Act., II, 46. A quelle distance ne se plaçaient-ils pas du sombre christianisme de tant de sectes !
42. Saint Paul, dans ses dernières épreuves, explique la fermeté de sa confiance, en disant à son amiTimothée, non pas seulement, j'ai cru, mais je sais en qui j'ai cru. 2 Tim., I, 12.
43. Dieu considéra tout ce qu'il avait fait, et le trouva très-bon. Gen., I, 51. Dieu est le Créateur; ses œuvres sont parfaites. Deut., XXXII, 4. 0 Éternel! que tes œuvres sont grandes! Tu les as toutes faites avec sagesse. Ps., CIV, 24. La force de toutes ces expressions emporte l'idée d'une perfection absolue, c'est-à-dire de desseins excellents et qui s'accomplissent par les voies les meilleures. Il est clair que l'activité divine ne peut agir sans un but; et, selon la pensée du sage, l'Éternel a fait toutes choses pour qu'elles répondent à leur but. Prov., XVI, 4.
44. Où étais-tu, dit l'Éternel à Job, quand je fondais la terre? Job, XXXVIII, 4. Solennelle question qui n'admet qu'une réponso : dans le néant.
45. Dieu ne saurait être en contradiction avec lui-même, 2 Tim., 11,13, et c'eût été une contradiction flagrante que de créer l'homme pour le progrès sans lui donner le moyen unique d'y marcher, la liberté. (Voir liv. I, chap. iv, note 10; liv. III, chap. xxx, note 10, et liv. IV, chap. xlv, note 23, et chap. xlix, note 59.)
46. Toutes ces pensées sur la portée de la raison et la notion du mystère, considéré comme une demi-connaissance , sont en parfait accord avec le genre de connaissance que saint Paul assigne aux hommes et saint Pierre aux anges : Présentement, nous voxjons les choses confusément et comme dans un miroir terni ; présentement, je connais imparfaitement ,1 Cor., XIII, 12— 13.. .les choses, dit saint Pierre (et ces choses sont les vérités de l'Évangile), dans lesquelles les anges souhaitent de voir jusqu'au fond. 1 Pierre, I, 12.
S'irriter de rencontrer des mystères et aspirer à en lever tous les voiles, c'est donc imiter ces esprits vainement enflés de leur science charnelle, qui prétendent pénétrer dans les choses qu'ils n'ont point vues, c'èst-à-dire , selon la pensée de l'apôtre, les choses qui sont en dehors de notre raison actuelle. Col., II, 18.
47. Pour la toute- science, il n'y a point de mystères : Dieu connaît toutes choses. I Jean, III, 20.
48. L'alternative légitime ou illégitime de l'activité humaine, représentée dans les premières pages de la Bible par l'arbre de la connaissance ou de la distinction du bien et du mal, Gen., II, 17, est exprimée d'une manière générale dans le sens à la fois subjectif ou théorique et extérieur ou pratique, en cette parole de Jésus : L'homme de bien tiredebonnes choses dubon trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises choses du mauvais trésor de son cœur. Matt., XII, 35; Luc, VI, 45. (Voir sur l'allégouiedu fruit défendu, liv. II, chap. xx, note 7.)
49. L'œil de l'homme n'est jamais rassasié de voir, ni l'oreille assouvie d'entendre, Ecc, I, 8, quand l'homme emploie sans se lasser ces instruments de son intelligence. Une image du même genre exprime dans les Proverbes l'ardeur insatiable des désirs.
(Note 72.)
50. Saint Paul, dans le tableau qu'il trace des faux docteurs, contre lesquels il luttait à la fin de sa carrière, insère ce trait : Ils apprennent toujours et ne parviennent jamais à la connaissance de la vérité. 2Tim., III, 7.
51. Aucune vérité n'est exprimée, dans la révélation, en termes plus positifs, plus clairs, plus sublimes que l'imitation du Créateur par la créature. La ressemblance primitive de l'homme et de Dieu est le principe (voir les textes du liv. I, chap. x, note 39) et il est dit : Soyez parfaits comme votre Père qui est aux deux est parfait, Matt.,V, 48; miséricordieux comme il est miséricordieux. Luc, VI, 56. Ces commandements de Jésus lui-même, impossibles pris à la lettre, renferment l'idée positive d'une approximation indéfinie et éternelle. Saint Paul a dit : Soyez les imitateurs de Dieu comme ses enfants bien-aimés, Eph., V, 1, et saint Pierre : Comme celui qui vous a appelés est saint, soyez saints dans toute votre conduite. 1 Pierre, I, 15. Les afflictions, les châtiments mêmes sont expliqués et adoucis par l'idée de cette assimilation : Dieu, est-il dit, nous châtie pour notre bien, afin de nous rendre participants de sa sainteté. Héb., XII, 10. Si ce progrès, le but divin de la vie, est manqué, si les circonstances même qui pouvaient le plus utilement le favoriser, n'ont été employées qu'à l'éteindre; si l'homme, ainsi doué, s'est éloigné au lieu de se rapprocher de Dieu, il en résulte nécessairement qu'il eût mieux valu pour cethomme-là de n'être point né, Matt., XXVI, 24; Marc, XIV, 21, juste et terrible réflexion dont le meilleur commentaire est cette parole de Moïse, si audacieuse dans sa simplicité : l'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme. Gen., VI, 6, et cette déclaration de la sagesse suprême à ses ennemis : Tous ceux qui me haïssent, aiment la mort. Prov., VIII, 36.
C'est en vertu des mêmes principes que partout l'Écriture sainte
assimile et confond la notion de la vie véritable, de l'existence vraiment digne de ce nom, et celle de l'intégrité; les textes abondent, depuis l'illusion, que le péché ne cesse de reproduire, en substituant une vie de mort à une vie réelle : Vous ne mourrez nullement, vous serez comme des dieux, Gen., III, 4, jusqu'à la réponse du Christ au docteur de la loi : Fais ces choses, et tu vivras ! Luc, X, 28. Qui n'admirerait la force des passages suivants : J'ai mis devant toi tant la vie et le bien que la mort et le mal. Deut., XXX, 15. Cette parole est votre vie. XXXII, 47, Garde ton cœur plus que toutes choses que Von garde ; car c'est du cœur que procèdent les sources de la vie. Prov., IV, 25. Le chemin de la justice conduit àla vie et sa voie est vers ï immortalité. XII, 28. C'est encore ces mêmes principes qui nous expliqueront plus loin comment en la Parole était la vie, Jean, I, 4 ; comment Jésus est le chemin, la vérité et la vie, XIV, 6, et comment notre vie est cachée avec Christ en Dieu. Col., III, 5. (Voir encore liv. VI, chap. Lxn, note 15.)
Et, sur l'image de Dieu dans l'homme, liv. I, chap. x, note 59; sur le Christ, image de Dieu, liv. IV, chap. xli, note 2; sur le Christ, homme parfait et modèle de l'humanité, liv. IV, chap. li, notes 84 et 85.
52. Il ne s'agit jamais dans l'Évangile d'une absorption en Dieu ; celui, dit saint Jean, qui fait la volonté de Dieu, demeure éternellement. 1 Jean, II, 17. (Voir liv. I, chap. xvi, note 61, les textes sur l'immortalité individuelle.)
55. Condamnerons-nous Dieu pour nous justifier. Job, XL, 5. Si les enfants de ton peuple disent : la voie du Seigneur n'est pas droite, c'est leur propre voie qui ne l'est pas. Ézé., XXXIII, 17.
54. Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente : car comme Dieu ne peut être tenté d'aucun mal, aussi ne tente-t-il personne. Chacun est tenté, quand il est attiré par sa propre convoitise. Jac, I, 15 — 1 4. Tout ce qu'il y a dans le monde, la convoitise de ta chair, la convoitise des yeux, l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du monde. 1 Jean, II, 16. Nul mensonge ou fausse doctrine ne tire son origine de la vérité. II, 21 . Que sert
donc de dire et de redire : Seigneur, tu as semé de bonne semence dans ton champ : d'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Matt. , XIII, 27.
55. L'identité, à travers la création entière, des forces ou tendances spirituelles, est sanctionnée par la révélation et implicitement exprimée dans les deux textes suivants : pour l'alternative conforme au but de la création, la demande de l'Oraison Dominicale ne permet point le doute : Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, Matt , VI, 10, et pour l'alternative opposée, la très-remarquable déclaration de saint Jacques conduit à la même déduction : Tu crois qu'il y a un Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi, et ils en tremblent. Jacq., II, 49. Ainsi donc, à notre monde et à d'autres mondes spirituels, malgré les différences qui nous séparent, la pratique du bien et la notion de Dieu sont communes.
Aussi, la charité ne périt jamais. 1 Cor., XIII, 8. Cette assertion sert à saint Paul de transition pour arriver aux magnifiques développements qui terminent le panégyrique de la charité et qui démontrent la supériorité de l'immortalité sur la vie. C'est donc défigurer la pensée de l'apôtre que de la restreindre ; il veut dire que l'amour, tel que Jésus l'a manifesté et que l'Évangile l'enseigne, est une vertu, une émotion, une joie du ciel aussi bien que de la terre, qu'elle remplira l'immortalité comme elle devrait remplir la vie et que de l'une à l'autre sa nature ne change pas.
Saint Paul a dit : Ne savez-vous pas que nous (les chrétiens) jugerons les anges ? 1 Cor., VI, 5 ; c'est-à-dire, les condamnerons par notre exemple, justifiant ainsi les jugements de Dieu à leur égard, puisque, si nous remplissons la tâche de notre existence, à plus forte raison ils auraient pu remplir la tâche de la leur. Ce rapprochement est sans force, si entre la morale des anges et la nôtre, il y a plus qu'une différence de degré. Cette vive allusion est tout à fait dans le génie de saint Paul, et ce qui ne l'est pas, c'est de traduire dans ce texte le mot et d'entendre par les anges les ministres de la religion ou les envoyés divins. La pensée de l'apôtre va du moins au plus : il vient de dire que les saints (c'est-
à-dire les chrétiens) jugeront le monde, VI, 2; c'est-à-dire, les gentils, et dans le même sens, il ajoute l'idée que la vraie sainteté chrétienne sert à la confusion des esprits plus élevés qui n'ont pas gardé la leur.
56. La révélation certifie l'existence d'êtres différents de l'homme, supérieurs à lui parles facultés dont ils sont doués, encore imparfaitement connus, et avec qui tout semble annoncer que nous contracterons de plus intimes relations. Les textes abondent ; mais il faut se garder de prendre comme preuves positives de l'existence d'anges ou de démons une foule d'expressions ou poétiques ou proverbiales, que les Juifs ont rapportées de l'Asie, et dont la portée est évidemment allégorique : ainsi, quand Jésus, heureux Qe la rapidité des premiers succès et de la diffusion de sa doctrine, s'écrie : J'ai vu Satan tomber du ciel comme un éclair, Luc, X, 18, il n'y a là qu'une image qui n'implique nullement l'existence d'un satan. D'autres textes ne présentent que des exemples de la manière de parler familière aux Juifs, qui attribuaient à l'intervention et à l'envoi des anges les phénomènes de la nature et les choses extraordinaires, heureuses ou malheureuses, délivrances ou châtiments, qu'ils ne pouvaient s'expliquer. Ainsi, saint Jean rapporte l'idée populaire qui expliquait les bouillonnements périodiques de la source thermale de Bethesda : Un ange descendait à un moment précis dans le réservoir et en agitait Veau, Jean, V, 4 ; ainsi encore, saint Luc, en rappelant la mort d'Hérode-A grippa dit : Un ange le frappa, et il mourut rongé de vers, Act. , XII, 25 ; tant fut subite et terrible l'atteinte que ce prince impie éprouva, au milieu de la pompe d'une audience, de la maladie pédiculaire dont, en effet, il mourut en quelques jours. Mais les deux textes, positifs et fort clairs, déjà cités : Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, Matt., YI, 10 ; et les démons croient qu'il y a un Dieu, et ils en tremblent, Jac, II, 19, sont confirmés par beaucoup d'autres également inexplicables en un sens purement emblématique et figuré : la joie que les anges ressentent pour la conversion des pécheurs : Je vous le déclare, il y aura de la joie parmi les anges du ciel pour la conversion d'un seul pécheur, Luc, XV, 10; notre immortalité comparée à leur existence : Les justes ne
pourront plus mourir, car ils seront semblables aux anges, XX, 56 ; nos relations futures mises en parallèle avec les leurs : Au jour de la résurrection, on ne se mariera point ; on sera comme les anges de Dieu dans le ciel, Matt., XXII, 50; Marc, XII, 25; l'ignorance qui leur a été laissée de l'époque où les destinées terrestres de l'humanité seront closes : Quant à ce jour et à l'heure, personne ne le sait, pas même les anges du ciel, Matt, XXIV, 56; Marc, XIII, 52; la connaissance qui leur est attribuée de notre rédemption : Celui qui a été manifesté en chair a été vu des anges : 1 Tim. , III, 16 ; le parallèle tracé entre eux et le Christ au début de l'épître aux Hébreux, Héb., I, 4—14 ; et le texte où il est dit que le Sauveur a paru sous notre ressemblance, sous notre forme, et non sous la leur, II, 16, sont autant de traits qui n'ont aucune signification raisonnable et naturelle, si l'on ne veut point reconnaître que la révélation enseigne, comme un point défait, l'existence, dans l'univers, d'êtres supérieurs à l'humanité. (Voir liv. V, chap. lvi, note 55.)
57. Les textes du livre I, chap. x, note 59, ont montré que l'idée de la ressemblance du Créateur et de la créature est partout dans la révélation; les textes du livre I, chap. xii, note 51, prouvent que cette ressemblance doit, chez des êtres libres, entraîner l'imitation, et l'imitation, quand elle va du fini à l'infini, suppose le progrès. Les textes qui suivent montrent que l'idée de progrès n'est pas moins répandue dans l'Écriture, comme une voie où Dieu nous conduit, comme une injonction de sa part, comme une espérance ou une déduction naturelle qui s'offrait d'elle-même à la foi : progrès dans la marche de l'humanité et dans l'assistance que Dieu lui prête : Ne croyez pas, a dit Jésus, que je sois venu pour abolir la loi et les prophètes ; je suis venu, non pour les abolir, mais pour les compléter. Matt., V, 17. Dieu ayant autrefois parlé à nos pères en divers temps et en diverses manières par les prophètes, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils. Héb., I, 1 — 2. Laloi n'avait que l'ombre des biens avenir . Col., II, 17 ; Héb., X, 1. La loi (donnée par Moïse) a été ajoutée àla promesse (d'un Sauveur faite à Abraham) à cause des transgressions, jusqu'à la venue du Fils qui avait été promis. La loi a servi de
guide pour conduire à Christ. Gai., 111,19—24. Quelle que fût la gloire du premier ministère (l'économie mosaïque), elle a pâli devant la gloire du second, qui l'emporte de beaucoup. 2 Cor. , III, 10. Progrès considéré comme le devoir de chaque homme : Tendez à la perfection. 2 Cor., XIII, 11. Je ne me persuade point d'avoir atteint le but et d'être déjà parvenu à la perfection ; mais je fais des efforts continuels pour y parvenir; Phil., III, 12; et le Christ, sanctionnant la loi du progrès, disait au jeune homme riche : Veux-tu être parfait?.... Matt., XIX, 21. Aussi, c'est en conséquence de la loi du progrès qu'il n'est pas permis d'enfouir le talent au lieu de lui faire rendre intérêt, Matt,, XXV, 18, d'éteindre l'esprit, 1 Thess. V, 19 ; de négliger le don qui est en nous, 1 Tim., IV, 14, et de ne point ranimer le feu de la grâce reçu de Dieu. 2 Tim., I, 6. Et partout l'immortalité est présentée comme un progrès immense sur la vie, un agrandissement de toutes les facultés, une épuration complète de l'être, et en conséquence une amélioration inappréciable de la destinée : Bon et fidèle serviteur, dira la voix suprême, tu as été fidèle sur peu de chose; je t'établirai sur beaucoup, Matt., XXV, 21; et ce mot est adressé à celui qui n'a reçu que deux talents à faire valoir, ainsi qu'à celui qui en a reçu cinq. Selon saint Paul, l'immortalité est la perfection en comparaison de cette vie : Quand la perfection sera venue, ce qui est imparfait sera aboli. 1 Cor., XIII, 10. Selon saint Paul encore, cette vie ressemble à la première enfance, en comparaison de la vie future : Quand j'étais enfant, je parlais comme un enfant; je jugeais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; mais devenu homme, je me défais de tout ce qui tient à i 'enfance. XIII, 11. Selon le même apôtre, cette existence n'est digne d'être considérée que comme un fait matériel, qu'un fait spirituel doit suivre : Ce qui est spirituel n'est pas, dit-il, ce qui a précédé : c'est ce qui est animal; le spirituel vient après. XV, 46. Aussi, les morts ressuscitent incorruptibles, XV, 52, et l'existence n'est qu'un voyage : Pendant que nous habitons dans ce corps, nous voyageons éloignés du Seigneur. 2 Cor., V, 6. Quant à la sécurité morale, celui qui est mort est affranchi du péché, Rom., VI, 7 ; quant à la grandeur des réparations : il n'y a point de proportion entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui doit être révélée
en nous, VIII, 18; et quant à retendue de la science : nous voyonsles clioses confusément comme dans un miroir terni ; mais nous verrons face à face. 1 Cor., XIII, 12.
58. Il est naturel que ridée de progrès, de perfectionnement, se présente très-rarement, dans l'Écriture sainte, appliquée à une autre phase que la nôtre, à une autre classe d'êtres que les hommes, à d'autres mondes qu'à notre monde : la révélation avait à s'occuper de nous. Cependant la foi des auteurs inspirés a pris par moment cet essor, et laisse entrevoir vaguement des progrès universels, des progrès qui ont des cieux pour théâtre. On lit, au livre de Job, dans l'oracle rendu à Éliphaz par l'esprit qui lui apparaît au milieu des ténèbres de la nuit et dont il raconte si poétiquement la présence : L'être mortel serait-il juste devant Dieu? L'homme serait-il pur devant son créateur ? Mais Dieu ne compte pas même sur la fidélité de ses ministres célestes et il voit de l'imperfection dans ses anges. Job, IV, 17 — 18. Il esé prouvé que ces derniers mots ne sont point la reprise du discours d'Éliphaz, et appartiennent à l'oracle qui lui est rendu. Ici donc c'est Dieu qui juge, qui mesure la sainteté des anges et déclare qu'il est des saintetés au-dessus des leurs. Quel moyen de ne pas croire que le chemin leur en est ouvert? Qu'est-ce qu'une imperfection reconnue, si ce n'est un degré pour monter? Dans une autre de ses réponses à Job, Éliphaz cite de nouveau l'oracle et avec la même force : Les cieux même, dit-il, ne sont pas purs devant Dieu. XV, 15. Les cieux, ici, signifient les habitants des cieux, dans le même sens que le mot monde signifie souvent l'humanité.
Et la science des anges peut s'accroître aussi bien que leur sainteté : saint Pierre a dit que, dans les mystères de la rédemption, les anges même souhaitent de voir jusqu'au fond. 1 Pierre, 1,12.
59. L'homme n'a pas été créé pour la femme ; mais la femme pour l'homme. 1 Cor., XI, 8.
60. La variété infinie de la création est donnée par saint Paul comme une intention positive du Créateur, à travers le règne
76 NOTES DU LIVRE ï.
-végétal, le règne animal, l'humanité, le firmament même : Dieu donne au grain de blé le corps qui lui plaît, et ainsi à/chaque semence le corps qui lui est propre. Toute sorte de chair n'est pas la même chair; autre est la nature des hommes, autres celle des quadrupèdes, celle des poissons, celle des oiseaux ; il y a aussi des natures célestes et des natures terrestres ; mais il y a de la différence entre X éclat des célestes et celui des terrestres. Autre est l'éclat du soleil, autre celui de la lune, autre celui des étoiles; l'éclat même d'une étoile diffère de celui d'une autre. 1 Cor., XV, 58 — Ai.
61. L'immortalité, telle que l'enseigne l'Évangile, est une immortalité personnelle, et la résurrection de Jésus a eu pour but d'ériger en points de fait la nullité de la mort et la certitude de l'immortalité, et de montrer par son exemple que l'individualité n'est nullement atteinte par ces phénomènes. Le Christ mourant avait dit : Mon Père, je remets mon esprit entre tes mains ! Luc, XXIII, 46. À ses apôtres, pour se faire reconnaître au sortir du tombeau, il dit : C'est moi-même, et il ajoute, pour mieux les convaincre de son identité : Un esprit n'a ni chair ni os. XXIV, 59. Une rentrée également personnelle dans la vie nous attend tous, puisqu'il a dit : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu, Jean, XX, \ 7 ; et que celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera comme Jésus. 2 Cor., IV, là. Si nous croyons que Jésus-Christ est mort et ressuscité, nous devons croire aussi que, par Jésus-Christ, Dieu réunira à lui ceux qui sont morts. 1 Thés., IV, lé. C'est en vertu de l'identité immortelle, que tout ce qui est en nous, l'esprit, l'âme et le corps (c'est-à-dire notre être entier), doit être conservé irrépréhensible pour l'avènement du Seigneur, 1 Thés., V, 25, et que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Rom., II, 6. La même idée est clairement contenue dans ces promesses du Christ : Celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, vivra. Jean, XI, 25. Il y assez de demeures dans la maison de mon Père : je vais vous préparer une place, XIV, 2; une place, c'est-à-dire, à chacun la sienne. Aussi, Jésus a soin de déclarer que ce n'est pas seulement une immortalité quelconque, vague et vide, qu'il promet, mais une immortalité remplie des biens réclamés par notre nature : Je suis venu, a-t-il dit, afin que
mes brebis aient la vie et quelles aient plus encore, Jean, X, 10, surtout une pleine intelligence des vérités de sa religion : en ce jour-là, leur a-t-il dit, vous ne m'interrogerez sur rien. XVI, 25.
S'élever jusqu'à la pensée que la mort extérieure et corporelle peut n'avoir, si Dieu le veut, aucune prise sur la vie, entrevoir même l'impuissance du trépas et le vide réel du tombeau, simple réceptacle d'une inutile poussière, était tellement, avant l'Évangile, le comble, le triomphe, l'apogée de la foi religieuse, qu'un seul fidèle semble y être parvenu sous l'ancienne alliance, Abraham ; et pour cela il a fallu deux choses, être ce qu'il était comme croyant et comme père des croyants, et subir l'épreuve du sacrifice d'Isaac : Abraham pensa en lui-même que Dieu pourrait le ressusciter. Héb., XI, 19.
La certitude d'une immortalité tout à fait personnelle peut aussi se déduire des promesses évangéliques sur le dédommagement des épreuves de cette vie ; ces promesses n'ont ni sens ni valeur, si celui même qui a souffert n'est pas celui même qui est dédommagé. Bienheureux sont ceux qui pleurent ; car ils seront consolés. Matt., V, 4. Ces maux servent à vous rendre dignes de sonroijaume, pour lequel vous souffrez. 2 Thess., I, 5. Vous avez souffert avec joie qu'on vous ravît vos biens, sachant que vous en avez d'autres plus excellents dans le ciel. Héb., X, 54. Regardez donc comme un sujet de joie les épreuves auxquelles vous êtes exposés. Jac, I, 2.
Enfin, du principe de l'identité immortelle résultent, comme d'irrésistibles déductions, la reconnaissance de nos semblables, de nos amis, de nos parents, et la reprise de nos amitiés et de nos amours, en un mot, de noa relations. L'identité ne subsistera plus* si les relations ne subsistent pas. (Voir liv. V, chap. lvi, note 52; liv. VI, chap. lxxvii.)
62. La révélation est spiritualiste : Que mon âme te bénisse avant que je meure! Gen. XX VII, 4. Aimez l'Éternel de toute votre âme. Deut., VI, 5; XI, 13 ; XXX, 6, etc., etc. La poudre retourne à la poudre et l'esprit remonte à Dieu, qui l'a donné. Ecc, XII, 9. Le spiritualisme, assez vague d'ailleurs, de l'Ancien Testament, est prouvé par la doctrine antique d'un séjour des âmes après la mort. (Voiries textes du liv. II, chap. xxm,note 31.) Le spiritualisme du
78 NOTES DU LIVRE r.
Nouveau Testament est aussi explicite que possible et ne peut faire l'objet du moindre doute. Ne craignez point ceux qui ôtent la vie du corps et qui ne peuvent faire mourir l'âme. Matt., X, 28; Luc, XII, 4. Ton âme te sera redemandée. XII, 20. Christ est mort selon la chair et ressuscité selon l'esprit, 1 Pierre, III, 18, et la liaison des idées montre clairement qu'il s'agit ici de la mort du corps et de la vie de l'âme. (Voir, sur le lien de l'âme et du corps, liv. V, chap. lvi, note 29.)
63. Les animaux possèdent et déploient d'une manière souvent si frappante la force affectueuse, que les poëtes sacrés en font l'image des soins de la bonté de Dieu envers son peuple : Comme Vaigle, pour exciter ses petits à voler, voltige sur eux, les prend et les porte sur ses ailes, ainsi l'Éternel a conduit son peuple. Deut., XXXII, 11; Ésa. XXXI, 5.
64. La nature des animaux et l'horreur de Dieu pour toute souffrance expliquent le soin que la Providence prend de la création animée, et le devoir de l'homme d'être juste et pitoyable envers elle : Éternel! tu conserves les hommes et les animaux. Ps. XXXVI, 7. Toutes les bêtes s'attendent à toi, afin que tu leur donnes leur pâture en leur temps, CIV, 27 ; CXLV, 15, même aux petits du corbeau l'aliment qu'ils demandent par leurs cris. CXLVII, 9. Considérez les oiseaux de l'air : ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n'amassent rien dans les greniers ; votre Père céleste les nourrit. Matt., VI, 26. On donne cinq passereaux pour deux pites; cependant Dieu n'en oublie pas un seul, Luc, XII, 6, et il n'en tombe pas un seul à terre sans la permission de votre Père. Matt., X, 29. Aussi, dans l'alliance divine renouvelée avec Noé pour notre monde, la nature animale, toutes les créatures vivantes, sont comprises, Gen., IX, 12—17 ; et dans le livre de Jonas,l'un des motifs de pitié qui fait épargner Ninive, c'est qu'elle contient un grand nombre d'animaux, Jon., IV, 11, qui auraient péri consumés avec les hommes. Ce trait, dans une parabole, est extrêmement remarquable et montre qu'enlsraël, parmi les esprits d'élite, loin que la cruauté parût excusable envers les animaux, leur vie était réputée précieuse devant Dieu. Moïse avait le premier enseigné cette religieuse
compassion : Quand vous ferez un sacrifice de gros ou de menu bétail, vous n'égorgerez pas les mères avec leurs petits dans ce même jour. Lév. XXII, 28. Quand vous rencontrerez dans un chemin sur quelque arbre que ce soit, ou sur la terre, un nid d'oiseau avec des petits ou des œufs que la mère couve, vous ne prendrez point la mère avec les petits; vous laisserez aller la mère et ne prendrez que les petits, afin que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours; Deut., XXII, 6. Le juste a soin de la vie de son bétail; mais les entrailles du méchant sont cruelles. Prov., XII, 10. Vous ne mettrez point de muselière au bœuf, lorsqu'il foule le grain, Deut., XXV, 4 : précepte auquel saint Paul attache assez de gravité pour en conclure par extension le droit de tout ouvrier à son salaire. 1 Cor., IX, 9.
65. Leurs petits se fortifient et croissent dans la campagne; ils s'écartent de leur mère et ne reviennent plus vers elle. Job, XXXIX, 7.
66. Que Vhomme domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des deux, sur les quadrupèdes, sur toute la terre et sur tout ce qui vit sur la terre? Gen., I, 26. Toutes ces créatures sont remises en nos mains, IX, 2, et même toutes celles qui traversent par les sentiers de la mer. Ps. VIII, 9.
67. N'êtes-vous pas beaucoup plus excellents que les oiseaux de Vair?M?LU., VI, 26. Combien un homme ne vaut-il pas mieux qu'une brebis! XII, 12. Vous valez mieux qu'un grand nombre de passereaux. X, 31 ; Luc, XII, 7.
68. L'Éternel ton Dieu chassera devant toi (Israël) ces nations (cananéennes) peu à peu ; tu ne pourras les détruire toutes à ta fois, de peur que les bêtes sauvages ne se multiplient contre toi. Deut., VII, 22.
69. Il n'ij avait point d'homme, dit Moïse, pour cultiver la terre. Gen., II, 5.
70. Le sort des enfants des hommes et le sort des brutes est unméme
sort: ceux-ci meurent comme meurent celles-là ; ils ont la même respiration, et la différence des hommes au-dessus des bêtes n'est rien; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été tiré de la poudre, et tout retourne aussi en poudre. Qui sait si l'esprit (ou le souffle) des enfants des hommes monte en haut et si l'esprit des brutes descend en bas vers la terre?Ecc. , III, 19—21 . La conclusion à déduire de ce curieux passage, dont nous donnons ici la version la plus simple et la plus fidèle, est très-incertaine et dépend de l'idée générale que Ton se fait de l'Ecclésiaste. Il parait incontestable que ce livre est une discussion dans une assemblée ou un dialogue; les disparates des idées qui se succèdent et qui souvent alternent, en fournissent la preuve. Mais il ne s'ensuit nullement que le partage du discours entre les interlocuteurs soit facile, clair, certain; aussi a-t-on proposé un grand nombre de découpures différentes du traité. Le sens change du tout au tout selon que l'on prête à des interlocuteurs différents telle ou telle réflexion, tel ou tel passage, et l'incertitude augmente en ce que la forme de l'interrogation est, en hébreu, très-souvent affirmative. Aussi, selon divers interprètes, l'Ecclésiaste n'offre aucune espérance d'une vie future, et n'est qu'un tableau des misères et des vanités de la vie présente, dont il faut se tirer le mieux possible par des travaux, qui occupent, s'ils restent sans fruit, et par l'accomplissement de ses devoirs, dont le mécontentement même ne dispense pas. Selon d'autres commentateurs, le livre est une discussion où un sage réfute les objections d'un mondain, dégoûté, mais non encore consolé et converti ; l'immortalité est dans le texte : L'esprit remonte à Dieu, qui Va donné, Ecc, XII, 9 ; le jugement est exprimé plus loin : Dieu demandera compte de tout ce qu'on aura fait, XII, 16, qui n'est que la répétition dans l'épilogue de la célèbre apostrophe au jeune homme, XII, 1. Quelque opinion que l'on suive sur la marche et la doctrine de ce livre, il est clair que la singulière comparaison faite entre le sortdes hommes etdes brutes, dans les versets cités, part decette vieille observation, la première différence peut-être que l'antiquité ait remarquée entre eux, savoir : que la stature droite de l'homme le fait diriger sa respiration vers le ciel, tandis que l'animal respire en quelque sorte vers la terre ; et que, malgré cette différence, la
mort des uns et des autres est pareille. Ceci donne à notre sens la clef de l'explication du texte, surtout en adoptant le système, à tout prendre le plus probable, qui voit dans l'Ecclésiaste les idées de la responsabilité et de l'immortalité : cette similitude de mort mise en balance avec cette différence de respiration montre qu'il n'y a rien à conclure contre l'attente d'une autre vie, de ce que tout retourne en poudre par un même chemin. Ces textes, s'ils ne favorisent point explicitement le système d'un avenir pour le règne animal, n'ont rien qui appuie l'opinion commune.
71. Mon Père, a dit Jésus, agit continuellement ': Jean, Y, 17. Dans l'être infini, une interruption d'activité et d'énergie ne se conçoit pas.
72. Le royaume de la mort n'est jamais rassasié, et l'œil de l'homme est également insatiable. Prov., XXVII, 20. Cette maxime offre une très-vive image de l'étendue des désirs humains, dont l'œil est comme le siège, parce que l'homme voudrait s'emparer de tout ce qu'il voit ; et l'image est d'autant plus forte, qu'elle est empruntée, non au tombeau qui ne dévore qu'un cadavre, mais au séjour des mânes (voir les textes du liv. II, chap. xxm, note 51) qui reçoit tous les morts.