CHAPITRE XXXII
Certitude propre à une Rédemption.
Ces faits, quels seront-ils? Ils ne peuvent être que le développement entier et complet d'une existence et d'une activité d'homme.
Une existence humaine comprend quatre faits, déjà reconnus et définis (voirliv. II, chap. xxin), par lesquels l'humaine activité trouve les occasions et les moyens de son
développement dans la phase actuelle et sur le seuil de la suivante : la naissance, la vie, la mort et la résurrection, Rien de moins, rien de plus.
Homme, le Rédempteur des hommes franchira tous ces intervalles, montera tous ces degrés et manifestera son activité humaine sous ces divers aspects. S'il omettait Tune ou Fautre de ces expériences et refusait de s'y soumettre, si son activité recevait dispense de l'une ou l'autre de ces positions dont l'homme n'est jamais dispensé, le lien de fraternité du rédempteur et des rachetés serait relâché d'autant , et ceux-ci entreraient en légitime défiance de la validité de cette rédemption. Il faut donc que la mission d'un rédempteur des hommes présente au complet ces quatre phases de toute existence humaine : naissance 27, vie 28, mort 29 et résurrection 30.
OEuvre d'un si extraordinaire ouvrier, seul capable de la remplir, une rédemption ne pourra s'effectuer que si elle est annoncée, prédite, connue d'avance. Jamais un sauveur, prenant le monde à l'improviste, ne le sauvera 31 : le salut d'une race ne sera point un fait inattendu et soudain. Le caractère mystérieux du rédempteur, la nature mystérieuse de son office, exige impérieusement que l'humanité reçoive avertissement, et son devoir, évidemment, sera de se tenir pour avertie 3**.
La rédemption , avons-nous dit, est objective dans ses moyens ; objective, c'est-à-dire purement terrestre en apparence et à l'extérieur ; si nul avertissement préalable n'en a été donné, la forme voilera le fond, et l'humanité courra le risque de prendre la rédemption pour une des choses ordinaires de ce monde 33.
La rédemption est collective et générale dans ses effets ; néanmoins, dans son accomplissement, elle est temporaire et locale ; elle prend jour, elle élit domicile, et en conséquence, si elle a lieu sans que l'humanité s'y attende et s'y
prépare, elle se renferme comme dans un cadre étroit, où l'humanité a peine à la voir, et, jusqu'à ce qu'elle se ramifie et se porte au loin, il y a du temps inutilement perdu pour en recueillir, pour en multiplier les fruits.
Une simple réflexion achève de montrer combien il est certain que la rédemption ne pouvait être générale et profiter à tous, et n'oublier personne dans l'humanité, sans être annoncée et promise. Cet avertissement seul plaçait les hommes en présence de la rédemption comme en présence de tous les événements de ce monde, en trois situations nettement déterminées , qui ne peuvent être mieux exprimées que par ces trois mots familiers : avant, pendant, après.
Les générations antérieures à la rédemption avaient à l'attendre et à en devenir les préparateurs et les hérauts 34.
Les générations voisines de son théâtre et contemporaines de son accomplissement avaient à la saisir pour ainsi dire au passage, à la contempler en action, à l'étudier de près et à s'en rendre attentifs et fidèles témoins, pour l'attester et la transmettre aux générations futures et aux peuples éloignés 35.
Les générations, recevant la vie postérieurement à la rédemption accomplie avaient simplement à s'en faire les disciples, les gardiens et les propagateurs 36.
Si la certitude d'une rédemption ne peut être basée que sur les faits ; si , d'autre part , la rédemption a dû être annoncée et prédite, il s'ensuit que sa certitude en dernière analyse reposera sur des témoignages. Les faits, dans le monde où nous sommes, ne sont connus que par témoins.
Ce témoignage sera double :
Témoignage de l'attente , de la prévision , de la promesse 37 ;
Témoignage de l'accomplissement , du souvenir , de la mise en possession 38.