LA PAROLE, TROISIÈME LIMITE DE L'INSPIRATION
tueuse, un devoir et un bonheur de rendre utile à autrui sa part d'inspiration, d'abord utile à lui-même 3".
Le moyen de communication qui ferait participer les masses aux enseignements de l'inspiration ne pouvait être que le moyen naturel et universel de communication humaine, la parole, le langage 38.
Quel autre pouvait servir, qui ne sortît les hommes de leur place fraternelle les uns à l'égard des autres et ne finît par constituer un privilège 39 ?
D'où il suit que toute inspiration devait aboutir à être exprimée à haute voix, à être mise par écrit ; toute transmission d'idées divines arrivait à être formulée en paroles humaines.
Ce sont les religions fausses, ces solennelles et perfides tentatives d'exploitation de la foule par des aristocraties sacerdotales, qui ont des langues et des écritures sacrées.
Dans toute inspiration, au-dessous de Dieu qui pense, il y a donc l'homme qui exprime.
Le mot est le vêtement de l'idée ; l'idée ne se présente jamais nue, l'esprit humain ne la conçoit que sous les draperies de l'expression. Si jamais il arrive qu'une idée se présente sans être accompagnée d'une expression qui la rende, l'esprit humain se hâte de créer le mot qui manque ; si le mot se fait attendre, l'idée demeure en un vague insaisissable, où le plus souvent elle se perd. D'où il suit que plus l'intelligence de l'idée est parfaite, plus elle amène avec facilité et sûreté l'expression nécessaire 40.
La question de l'inspiration spirituelle ou littérale, de l'inspiration bornée aux pensées ou étendue aux mots, est donc tranchée par les conclusions de notre théorie 41.
Là où il y a inspiration, comme on peut se fier aux idées, on peut dans une certaine limite se fier aux mots, et l'inspiration littérale redescend au rang des questions de grammaire et d'exégèse.