BOSTON
Mattbiiu, 1. 16. « Voici, )e foos envoie eonme des brebis av Bdlira des lovpi ; soyei dOM prad^nto coMae des serpents et simples comme des colombes »
Communiquer la vérité morale et religieuse est la fonction la plus importante qui ait été confiée à Thommc. Le Fils de Dieu est venu dans le monde, non pour faire des lois pour les nations, non pour commander des armées, non pour s'asseoir sur le trône d'une monarchie universelle ; mais pour enseigner la religion, pour établir la vérité et la sainteté. Le but le plus élevé de la nature humaine, c'est le devoir, la vertu, là piété, la perfection, la grandeur morale, la gloire spirituelle; et celui qui travaille a\ec efficacité pour ces choses^ coopère avec Dieu au plus noble ouvrage de Dieu. Le ministère chrétien, qui a pour but le progrès spirituel et le salut des hommes, et auquel ont été données pour cette fin des armes d'une trempe et d'une force célestes, mérite donc d'être placé au nombre des institutions
divines les plas fécondes en bienfaits, et des plus nobles travaux de Thomme. La circonstance demande que cette institution soit notre principal sujet- Quel heureux changement s'est opéré depuis que les paroles du Christ citées dans le texte ont été prononcées ! Les ministres ne sont plus envoyés au milieu des loups. Par les travaux, les souffrances et les triomphes des apôtres, des martyrs 'et des hommes grands et vertueux qui se sont succédé dans le cours des siècles, le Christianisme est devenu la religion que professent et honorent la plupart des nations civilisées; et ses prédicateurs sont exposés h des tentations bien différentes de celles d'une persécution sauvage. Néanmoins notre texte peut trouver son application à l'époque actuelle. Nous voyons notre Sauveur recommander aux Apôtres d'avoir égard, dans leur ministère, aux circonstances du temps où ils vivaient. Entourés d'ennemis , ils devaient pratiquer la sagesse et la prudence, dont le serpent était l'emblème dans l'antiquité, et y joindre l'innocence et la douceur de la colombe. Et, de la même manière , le ministre chrétien doit en tout temps tenir compte des signes, des marques distinctives et du caractère de l'époque à laquelle il appartient, et approprier son ministère à ses besoins. Je me propose, en conséquence, de considérer quelques-uns des principaux traits de l'époque actuelle, et l'influence qu'ilstloivent exercer sur le prédicateur chrétien.
L L'état du monde, si on le compare avec le passé, peut être appelé éclairé, et il exige un ministère éclairé. H semble à peine nécessaire de prouver que la religion doit être enseignée par des hommes qui soient pour le
moins au niveau intellectuel de Tépoque dans laquelle ils vivent. On a cependant forcé le sens de quelques passages de FÉcriture, pour prouver qu'un ministère ignorant est celui que Dieu honore particulièrement. 11 choisit toujours, nous dit-on, « les choses folles de ce monde, pour confondre les sages (1). » Mais des textes pareils sont mal compris, précisément par Teffet de l'ignorance qu'on prétend soutenir en les invoquant. Les sages dont le Nouveau -Testament parle avec mépris, n'étaient pas des hommes véritablement éclairés, mais des hommes qui prétendaient à la sagesse, qui substituaient les rôves de leur imagination et de folles hypothèses à l'examen sérieux des œuvres de Dieu, et qui ne connaissaient comparativement rien de la nature ou de l'esprit humain. L'époque actuelle a des lumières bien différentes de celles qui faisaient l'orgueil de l'ancienne philosophie. Elle se distingue par de grands et manifestes progrès dans les méthodes de raisonnement et d'investigation, et, comme conséquence, par la découverte et la propagation d'une grande somme de vérités morales et physiques, complètement inconnues au temps du Christ. Or, nous affirmons qu'une pareille époque demande un ministère éclairé. 11 nous faut des prédicateurs qui soient capables de reconnaître et de montrer la concordance qui existe entre la religion révélée et les nouvelles lumières qui jaillissent du sein de la nature ; et qui sachent tirer de toutes les découvertes de l'homme dans le monde extérieur et dans sa propre âme, des explications, des analogies, et des arguments en faveur du Christianisme. Nous sommes fondés
(1) PauJ, I Corinthiens, I, 27 (Trjld.).
à croire que Dieu^ Fauteur de la nature et de la révâatiooj a établi une harmonie entre elles, et que leurs rayons sont destinés à se confondre et à répandre une commune clarté ; et par conséquent, toutes dioses égales d'ailleurst le prédicateur le plus apte à renseignement du GhristianismOt est celui que la portée de son esprit met à même de comparer ce que Dieu enseigne par ses Œuvres et par sa Parole, et de présenter les vérités de la religion avec les modifications et les restrictions qu'exigent d'autres vérités reconnues. Le Christianisme a maintenant besoin de dispensateurs ^ qui fassent concourir Tbistoire, la nature et les progrès de la société à son explication et à sa défense; qui montrent ^u'il est approprié à Tbomme, comme être indéfiniment progressif; qui soient capables de répondre aux objections contrôla vérité qui seront naturellement soulevées à une époque active, remuante, investigatrice; et enfin, point important, qui aient assez de courage intellectuel et moral pour découvrir et désavouer les erreurs de l'Église, qui généralement servent de fondement à de pareilles objections. A une telle époque, il faut un ministère qui sache discuter les questions religieuses, avec autant d'intelligence au moins qu'on a coutume d'en rencontrer dans les écrits ou les discours consacrés à des discussions d'un autre ordre. Le Christianisme aura à souffrir, si, dans un temps où partout ailleurs éclate la vigueur et la pénétration de la pensée, la chaire ne fait entendre que des déclamations extravagantes, de pures affirmatiops, ou d'insipides lieux communs qui rebutent même les enfants. Il faut qu'on voie dans la religion Tamie vivifiante de l'intelligence. 11 faut qu'elle soit présentée avec clarté dans le raison-
nement et variété dans les preuves; elle ne doit pas être privée non plus des mérites d'une diction pure et heureuse, ni du prestige d'images riches et brillantes, c[uand ces qualités sont échues en partage au prédicateur. Je ne veux pas dire que chaque ministre doive être un homme de génie; car le génie est un des dons de Dieu les plus rares ; et de toutes les inspirations du génie, la plus rare est peut-être l'éloquence. Je veux seulement dire, que l'époque exige de ceux qui se consacrent au ministère chrétien, qu'ils sentent qu'ils sont appelés à la culture la plus élevée et au développement le plus complet de la nature intellectuelle. Au lieu de penser que le ministère est un refuge pour la pauvreté d'esprit, et que quiconque peut échapper à la charrue est apte à labourer le champ spirituel de Dieu, nous devrions sentir que nulle profession ne demande plus d'étendue de pensée, ni des connaissances plus variées.
Dans la mesure où la société devient plus éclairée, le talent acquiert^ plus d'influence. Aux époques d'ignorance, la force corporelle est la distinction la plus honorée; et dans les temps qui suivent, le courage et la science militaires donnent le pouvoir et la célébrité. Mais à mesure que la société avance, l'esprit devient le souverain du monde; et c'est ainsi qu'à l'époque où nous vivons, la pensée profonde et ardente, même lorsqu'elle s'exhale dans la page silencieuse, exerce une action toute puissante, et qui se fait sentir partout. Elle traverse les mers et se répand parmi les nations; et à un même moment, les conceptions d'un seul esprit électrisent et enflamment les masses, dans des régions plus vastes que celles que l'aigle romaine couvrit de ses ailes.
Cette aetion de l'esprit sur Pesprit est, je le répète, la véritable souveraineté du monde, et les rois et les héros deviennent impuissants en comparaison des hommes à la pensée ardente et profonde. Dans un pareil état de choses, la religion combattrait avec des armes bien inégales, si elle faisait divorce avec le talent et rintelligence cultivée, si elle était confiée à des esprits faibles et ignorants. L'intention de Dieu a été évidemment qu'elle dût son progrès à l'action humaine: comment donc ne serait-il pas dans ses desseins qu'elle trouv&t de Taide dans la puissance la plus grande et la plus noble dont l'homme ait été doué ?
Qu'on ne dise pas que le Christianisme a une gloire intrinsèque, une beauté native, que nul art et nul talent humains ne peuvent rehausser; que le Christianisme est un et toujours le même, quelle que soit la bouche qui le prêche, et qu'il n'a besoin que de l'exposition la plus simple de ses vérités, pour que son but de salut soit atteint. Qui ne sait que toute vérité emprunte sa couleur et sa forme à Fâme par laquelle elle passe, que dans chaque esprit elle est liée à des associations d'idées particulières, et que par conséquent la même vérité est chose toute différente, quand elle est présentée par des hommes habitués à penser et à sentir différenunent? Qui ne sait que les doctrines les plus sublimes perdent en Isertaines mains toute leur grandeur, et les plus aimables tous leurs attraits ? Qui ne sait combien la valeur et le succès d'un système quelconque, physique, moral ou politique, dépendent de la méthode qui a présidé a son arrangement, des idées larges et justes qu'on en donne, de la liaison qu'on établit entre ce système et d'autres vérités, des analogies dont on se sert pour
TexpUqiJ^r, pour Torner, pour le démontrer, et enfin, et surtout peut-être, de ia clarté et de l'énergie de style avec lesquelles il est exposé ? « Dans la religion» disent quelques-uns, on n'a pas besoin d'autre chose que de la vérité nue. » Mais je crains qu'il n'y ait pas de vérité nue, du moins quand il s'agit de sujets moraux. La vérité qui a rapport à Dieu, au devoir, au bonheur et à un état futur, est toujours humanisée, si je puis me servir de cette expression, en passant par resprit humain ; et lorsqu'elle est exprimée avec puissance, elle nous arrive toujours drapée par l'imagination, la raison et le sentiment moral de celui qui la prêche. Elle nous arrive brûlante et vivifiée par les impressions et les émotions qu'elle a produites dans l'âme d'où elle sort; et cela doit être, car la preuve la plus grande de la vérité morale se trouve dans les principes et les sentiments moraux de notre nature, et par conséquent son meilleur appui lui manque, lorsque rien ne manifeste son accord avec eux et son action sur eux. La preuve du Christianisme, qui est le plus universellement sentie, n'est ni l'histoire, ni les miracles, mais son rapport avec les plus nobles facultés, les besoins les plus profonds, les aspirations les plus pures de notre nature, avec les désirs insatiables d'un esprit immortel; et quand il nous vient d'une âme où un pareil rapport n'a pu s'établir, où il n'a pu toucher aucun de ces ressorts, il lui manque une des principales marques de sa divinité. Le Christianisme ne doit donc pas être présenté comme une vérité nue. il doit beaucoup de sa puissance à l'esprit qui l'enseigne ; et plus l'esprit qu'il anime et qui le répand est étendu et développé, plus son action sur les autres âmes sera large et profonde.
On peut dire, sans médisance» que la manière ordinaire de présenter le Christianisme au temps passé, n*est pas en rapport avec les lumières de l'époque actuelle. Cette manière était trop étroite, trop technique, trop pédantesque. On faisait de la religion une affaire à part» et de plus une affaire ennuyeuse, anti-sociale et attristante, au lieu de la présenter comme une vérité de laquelle dépend et à laquelle se rattache tout ce qui est humain, comme un esprit universel qui doit inspirer et modifia tous nos désirs et tous nos travaux, tout le cours de nos pensées et de nos émotions. Et il est facile d'expliquer, à l'aide de l'histoire de ses premiers temps, cette manière étroite et rebutante de présenter le Christianisme. Des moines enfermés dans leurs cellules ; un clergé que le célibat plaçait en dehors des sympathies et des rapports les plus attachants de la vie; des universités asservies à une logique scholastique , et qui avaient appris à placer la sagesse dans des subtilités de mots et des définitions inintelligibles : tels étaient les gardiens du Christianisme; et à leur contact glacial» cette religion généreuse, si pleine de vie et d'amour, devenait un système sec, froid, abstrait. Le Christianisme, tel qu'il est sorti de leurs mains, et tel qu'il nous a été transmis parla grande majorité des ministres protestants, nous rappelle le corps humain comprimé par un maillot, au point que toute articulation devienne raide, tout mouvement gêné, et que presque toute la beauté et la grâce de Ja nature aient disparu. Au lieu de le considérer comme une institution céleste, destinée à perfectionner notre nature tout entière, à présenter à l'intelligence , à Timagination et au cœur des objets vivifiants et purifiants, à développer tous les sen-
timents de piété et de sociabilité, à former une vertu abondante, variée et féconde, les ecclésiastiques ont forcé et torturé FÉvangile pour en tirer divers systèmes, composés en général d'énigmes et de contradictions tbéologiques; et Ton a fait enseigner à cette religion d'amour une piété d'aspect sombre et monacal, toute contraire à la libre expansion et à la pleine jouissance de nos facultés et de nos affections sociales. Il est vrai que sous ce rapport il s'opère de grandes améliorations parmi les Chrétiens de presque toutes les dénominations. On a tiré la religion de la cellule du moine et de l'école du conlroversiste, pour l'introduire dans la vie et la société ; et ses rapports avec tous nos travaux et tous nos sentiments sont devenus manifestes. Je crains cependant que le Christianisme ne soit pas envisagé d'une manière assez large, pour répondre à l'esprit d'une époque qui découvre des rapports entre tous les objets de la pensée et toutes les branches de connaissances, et qui ne peut quesedéfler d'une prétendue révélation qui ne semble pas être en harmonie et en affinité avec les autres parties du système de Dieu, et surtout avec la nature humaine et la vie humaine.
II. L'époque où nous vivons demande un ministère, non seulement éclairé, mais ardent; car c'est une époque d'ardeur et d'excitation. Les hommes sentent et pensent aujourd'hui avec plus d'énergie qu'autrefois. Ils s'intéressent plus chaudement à toutes choses. L'expérience nous enseigne maintenant ce qu'on aurait pu préjuger d'après les desseins de notre Créateur, c'est que la civilisation et le raffinement dans les mœurs ne
sont pas, comme on Ta pensé quelquefois, incompatibles avec la sensibilité, et que rintelligence peut grandir sans épuiser ou éclipser le cœur. Jamais moment ne fut plus sérieux pour Tesprit humain. Les révolutions politiques qui signalent si remarquablement notre époque, sont sorties d'un nouveau et profond travail de l'àme humaine. Les hommes ont entrevu, quoique confusément, la valeur, la dignité, les droits et les grands intérêts de leur nature ; et la soif d'un bien qu'ils n'avaient pas encore goûté, et lïmpatience des injustices si longtemps endurées, ont éclaté avec fureur conune les feux de l'Etna, et ont ébranlé et troublé le monde. Il est impossible de ne pas reconnaître cet accroissement d'ardeur qui éclate dans toutes les sphères de la vie. Un nouvel esprit de progrès se manifeste. L'imagination ne peut plus se contenter des acquisitions des siècles passés, elle excite les passions par de vagues mais nobles idées d'améliorations jusqu'ici inconnues. Une multitude de gens, peu disposés à attendre l'action lente de ce grand novateur, le temps, se chargent euxmêmes de l'œuvre de réforme. Ainsi le respect de l'antiquité et des élablissements consacrés par la durée, et la passion du changement et de l'amélioration, se trouvent maintenant en présence dans un état d'hostilité ouverte ; et toutes les grandes questions qui intéressent le bonheur de l'humanité, sont débattues avec l'ardeur de l'esprit de parti. Les productions littéraires sont fortement empreintes du caractère de l'époque. Quel est celui qui, pouvant comparer le présent au passé, n'est pas frappé de l'esprit hardi et sérieux de la littérature de notre temps ? Elle refuse de se prodiguer en baga-
telles, ou de travailler pour le simple plaisir du lecteur (1). Presque tout ce qu'on écrit maintenant a quelque trait aux grands intérêts de la nature humaine. La fiction n'est plus seulement un amusement : le génie supérieur, se conformant au caractère de l'époque, s'est emparé de ce domaine de la littérature ; il a converti la fiction, de jouet qu'elle était, en un puissant instrument; et, sous la forme du conte léger, il répand dans la société ou son respect pour le passé ou sa soif d'avenir, fait connaître Tesprit et les leçons de rhistoire, développe les effets des institutions civiles et religieuses, et défend ou attaque les nouvelles théories sur l'éducation et les mœurs, en nous les montrant mises en pratique et en action. La poésie de l'époque est également caractéristique. Elle a un accent plus profond et plus émouvant que la poésie de ce qu'on a nommé le siècle d'Auguste de la littérature anglaise. On accuse maintenant, je ne dirai pas jusqu'à quel point l'accusation est juste, les chants réguliers, travaillés, harmonieux, qui charmèrent une autre génération, de trop se jouer à la
(1) n est impossible de ne pas remarquer tristement combien la France d'aujourd'hui, pour ne parler que d'elle, répond mal à cette apologie de notre époque, écrite en Amérique il y a déjà 36 ans. Ne désespérons pas cependant. L'heure présente est solennelle et semble annoncer la résurrection. On croit voir poindre une rénovation religieuse. Qu'elle se fasse, et alors la vie renaîtra chez nous dans toutes les sphères de l'activité intellectuelle et morale. Quant à la république américaine, que la liberté religieuse et politique avait faite si grande, et qui dans la littérature semblait justifier de plus en plus les appréciations générales de notre auteur, si elle devait périr par le mépris de la liberté humaine, ce ne seraientpas les avertissementsdeClianning qui lui auraient manqué : nul mieux que lui n'avait prévu les dangers et fa honte de la crise actuelle. Voyez le volume puWié De V Esclavage. (Trid.)
surfooe de la nature et du cœur. H faut aux hommes d'aijyourd'bui des notes plus pénétrantes, une poésie qui, traversant Técorce de la vie, descende dans les profondeurs de l'Âme, et en dévoile le mystérieux travail, empruntant à toute la création extérieure de nouvelles images et de nouveaux rapports pour révéler les secrets de notre monde intérieur. Ce besoin est si vif, qu'on pardonne les extravagances de l'imagination, les violations grossières du goût et du sentiment moral» quand elles se trouvent jointes à la puissance de Témotion ; et malheureusement la poésie qui remue le plus est la plus populaire, même lorsqu'elle sort de Fâme désolée d'un misanthrope et d'un libertin, et qu'elle exhale le poison et la mort.
On doit donc dans renseignement de la religion se conformer à cet esprit, à ce caractère de notre époque. Le public veut être ému, et la religion doit être enseignée d'une manière plus émouvante, H faut qu'on voie qu'elle ne satisfait pas seulement l'intelligence, mais qu'elle fournit des aliments et des mobiles aux sentiments les plus élevés et les plus profonds de notre nature. Il ne faut pas qu'elle soit présentée avec les divisions arides et pédantesques d'une théologie scholastique ; il ne faut pas non plus qu'elle s'orne et se pare des draperies légères d'une rhétorique artificielle, de gentillesses de style, de phrases cadencées, de fleurs insipides, qu'elle prenne en un mot la forme des essais dont l'élégance cache la faiblesse. Non, il faut qu'elle sorte de l'âme avec le langage d'une conviction ardente et d'un sentiment puissant. Aujourd'hui les hommes ne veulent pas qu'on se joue d'eux. Ils écoutent avec impatience ceux qui traitent froidement de grands sujets. Ils deman-
dent une religion qui s'empare d'eux fortement ; et je suis certain qu'aujourd'hui nul système ne peut se maintenir, s*il n'a pas le pouvoir d'exciter dans l'àme un intérêt réel et profond. On reproche au Christianisme unitaire de ne pas posséder cette énergie qui remue les cœurs : s'il en est ainsi, il tombera, et qui plus est, il doit tomber; car il n'est en rapport ni avec l'esprit de notre époque, ni avec l'essence de la nature humaine. Les hommes préférerofit môme le fanatisme, pourvu qu'il soit vivant , à une prétendue raison qui laisse sans emploi tous les grands ressorts de Tâme, qui ne stimule jamais notre amour et notre vénération, notre respect et notre crainte, notre espérance et notre joie.
Il me paraît évident que les prédicateurs commencent h comprendre l'esprit du siècle, qui demande un enseignement plus émouvant du Christianisme, et à s'y conformer. Ceux d'entre nous qui ne sont pas trop jeunes, peuvent reconnaître qu'une révolution s'opère dans ce pays. « Le repos de la chaire » a été troublé. En Angleterre, l'Église établie donne des signes non équivoques de réveil; et les somnolents bénéficiers d'une religion d'État, soit que l'excitation commune les gagne, ou qu'ils soient stimulés par la nécessité de la défense , commencent à montrer l'énergie des sectes indépendantes qui les entourent.
Dans une pareille époque, l'ardeur doit caractériser le ministère ; et par là je n'entends pas de plus grands éclats de voix ou une plus grande véhémence de gestes, je n'entends pas l'emploi des artifices de l'art oratoire, mais la conviction profonde que la religion est un immense intérêt, et la résolution solennelle de la faire
mieux apprécier. Pour être à la hauteur de notre époque, il faut que le ministre enseigne la religion» non seulement comme conforme à la raison et à Texpé-* rience, mais fasse sentir ce caractère inexprimable de réalité, cette vie et cette puissance qui accompagnent les vérités qui sortent de Tâme d'un homme. Nous devons parler de la relii^ion comme d'une chose que nous counaissons nous-mêmes. Ses influences, ses luttes, ses joies, ses douleurs, ses triomphes, doivent être retracés d'après notre propre histoire. La vie et le sentiment que nous voulons répandre, doivent être puissants dans nos propres cœurs. C'est là la seule source véritable et infaillible d'ardeur pour le ministère. Les hommes peuvent pour quelques instants s'échauffer par des moyens artificiels. Mais la flamme n'a pas de durée, c'est un « pétillement de broussailles » sur un âtre glacé ; et, après tout, il est difficile à Tart le plus heureux de donner, même pour un temps, à la voix cet accent qui maîtrise l'àme, au visage cette expression naturelle du sentiment, et aux pensées celte force et cette fraîcheur qui viennent d'une conviction fondée sur l'expérience^de la vérité religieuse. Aussi, je pense que la partie la plus importante de l'éducation Ihéologique, même dans ce siècle éclairé, n'est pas l'enseignement de la science religieuse tout essentiel qu'il est, mais son élévation et sa transformation en une convieion vivante, pratique,* dont l'âme soit embrasée. En même temps que notre époque réclame une grande culture intellectuelle chez le ministre , elle exige par dessus tout que les vérités qu'il s'assimile soient pleines de vie et de sentiment, qu'il remplisse sa mission non pas mécaniquement et « comme un de-
voir de sa profession », mais avec la sincérité et l'ardeur d'un homme déterminé h obtenir de grands résultats ; qu'il parle de Dieu, du Christ, de la dignité et de la beauté de la vertu chrétienne, du ciel et de la rédemption, non comme de traditions et de faits historiques que ses lectures lui ont appris , mais comme de réalités qu'il comprend et qu'il sent au plus profond de son àme.
III. Notre siècle est une époque de libre et ardente investigation à l'endroit de la religion, une époque par conséquent où l'on doit s'attendre à voir se produire les excès du scepticisme et du bigotisme, une multitude de sectes, et une grande diversité dans les interprétations du Livre sacré ; ces circonstances propres à notre siècle viennent modifier les devoirs du ministère. Le libre examen ne peut pas exister sans engendrer un certain degré de scepticisme ; et le ministre est tenu d'élever toute espèce de barrières contre cette tendance plus funeste qu'aucune erreur de secte. L'esprit humain ,par une réaction naturelle, tend évidemment après son long vasselage à une liberté effrénée de la pensée ; les hommes ont commencé à jeter des regards sévères et pénétrants ^ur les vieilles institutions, soit religieuses, soit littéraires ou politiques ; et ils ont découvert tant d'abus, que, dans beaucoup de cas, un sentiment de défiance pour ce qui est ancien a remplacé le respect. Dans une pareille époque le Christianisme doit être soumis à une critique rigoureuse. Les églises établies et le patronage de l'État ne peuvent le mettre à l'abri de l'examen; et ses ministres, loin d'être appelés à l'éloigner de la barre de la raison, où Dieu a voulu qu'il comparût,
BODi seulement tenus solennellement de veiller à ce que ses titres soient clairement et complètement connus ; et en conséquence c'est un de leurs premiers devoirs, de creuser profondément et de comprendre parfaitement les véritables fondements, les véritables preuves sur lesquelles repose la religion. Or, il me semble, que précisément à mesure que Tesprit humain progresse, les preuves intérieures du Christianisme, les marques divines qu'il porte sur son front, acquièrent une importance de plus en plus grande. Je veux parler des preuves tirées de son excellence, de sa pureté, et de ses heureuses influences , — de sa concordance avec les besoins spirituels, avec la faiblesse et la grandeur de la nature humaine, — du caractère propre et original de son fondateur , de sa magnanimité et de son charme céleste, de sa bienveillance infinie en harmonie avec Tesprit de Tunivers; et de ses vues sur le caractère et les desseins paternels de Dieu, le devoir humain, la perfectibilité humaine et de la vie future, vues tendant d'une manière manifeste à Télévation et au progrès incessant de notre nature et entièrement opposées au caractère de l'époque où elles furent enseignées. Les preuves historiques et miraculeuses du Christianisme sont certainement essentielles et irrécusables; mais, sans les remplacer, les preuves intérieures dont je parle deviennent de plus en plus nécessaires, et exercent une action plus grande, à mesure que l'intelligence et la sensibilité morales de l'homme se fortifient et s'agrandissent. Et s'il en est ainsi, alors rien n'est plus dangereux pour le Christianisme, rien n'est plus propre à fortifier le scepticisme, que des manières de concevoir la religion qui en ternissent l'éclat naturel et qui
ôbscurdssent les marques intérieures de son orï^ne céleste. Le premier et le plus important devoir des ministres du Christianisme est donc de le protéger contre de pareilles altérations, de veiller à ce qu'il ne soit pas condamné pour des doctrines dont il n*est nullement responsable, et de le défendre, comme étant une religion éminemment raisonnable, c*est-à-dire une religion conséquente avec elle-même, avec les grands principes de la nature humaine, avec les attributs de Dieu qui nous sont connus, et avec ces impérissables convictions qui naissent presque instinctivement de notre constitution morale, et qui deviennent de plus en plus fortes à mesure que l'esprit humain se développe. Une révélation portant au front le sceau de la contradiction, et blessant les sentiments de justice et de vertu qui sont les témoignages les plus élevés de la vérité morale, ne saurait subsister ; et ceux qui présentent le Christia-^ nisme sous un pareil jour, quelque pure que soit leur intention, ébranlent ses bases plus profondément que ses ennemis les plus acharnés.
Mais le libre examen n'engendre pas seulement parfois le scepticisme, il produit suri ont la diversité d'opinions parmi les croyants ; et le ministère doit répondre spécialement à la situation qui en résulte. De nos jours le ministère doit donc être jusqu'à un certain point un ministère de controverse. En particulier, un ministre qui , après une recherche sérieuse , s'attache à cette classe de Chrétiens à laquelle nous sommes connus pour appartenir, ne peut manquer de sentir que le pénible devoir de lutter avec les autres sectes lui est imposé ; car tout en ne refusant le nom de chrétien à aucun de ceux qui reconnaissent Jésus pour leur sauveur et
leurfieigneur, nous croyons fermement que sa religion est défigurée d'une manière déplorable par un grand nombre de ceux qui le confessent. Nous croyons qu'aujourd'hui la piété est privée en grande partie de sa simplicité, de sa force, et de sa félicité par la multiplication dans réglise des objets d'un culte suprême, par la division d'Un seul Dieu en trois personnes dont les rapports avec l'humanité sont différents^ et surtout par les idées dégradantes qu'on se fait du caractère et du gouvernement moral de la Divinité ! Les erreurs qui ont rapport à Dieu comptent à nos yeux parmi les plus funestes qui puissent se produire chez des chrétiens ; car elles obsurcissent, et pour employer le langage énergique de l'Écriture, a elles changent en sang » le Soleil de rUnivers Spirituel. Toutes les vérités et toutes les vertus viennent naturellement se réunir autour des vues justes qu'on se forme du caractère divin ; et bien que certains esprits d'une vigueur native et indomptable puissent s'élever jusqu'à la grandeur malgré des con* ceptions peu nobles de la divinité, néanmoins, en règle générale, la nature humaine ne peut atteindre à son véritable et complet développement sous l'empire de ces idées effrayantes, asservissantes, et qui flétrissent le cœur. Nous croyons reconnaître très clairement dans la torpeur commune de la conscience et du cœur par rapport aux obligations religieuses, la triste influence de ce système, si prédominant parmi nous, qui dépouille notre Père céleste de ses attibuts paternels. Il semble véritablement impossible pour la conscience, lorsque ie caractère divin est représenté sous des couleurs si effrayantes, de s'acquitter sincèrement de la grande mission de montrer l'amour de Dieu comme le premier
devoir de Thomme; aussi lorsqu'une excitalion religieuse se produit sous Tinfluence de ce sombre système, elle ressemble plus à une ardeur maladive qu'à un développement normal et fortifiant de la nature morale.
Le ministre qui comprend le Christianisme d'une manière libérale se croira tenu de combattre ces erreurs. Mais qu'on se garde de penser que je veuille que le ministère se livre principalement à la controverse, et fasse de la chaire une batterie perpétuellement dirigée contre les diverses sectes. Oh non! D'autres paroles que des paroles de guerre doivent prévaloir dans cette tribune sacrée. Le ministre peut demeurer fidèle à la vérité sans brandir continuellement les armes de la controverse. Certainement le zèle que Ton met à soutenir Terreur demande qu'on discute parfois les doctrines contestées. Mais il convient au prédicateur de se rappeler qu'il y a une influence silencieuse, indirecte, plus sûre et plus puissante qu'une attaque directe contre des opinions fausses. Le moyen le plus efficace de détruire Terreur, ce n'est pas d'aller au-devant d'elle Tépée à la main, mais d'inculquer par degrés de grandes vérités avec lesquelles elle ne peut facilement co-cxister et qui élèvent Tàme au-dessus d'elle.
Les hommes qui sont revenus de faux systèmes vous diront généralement que le commencement de leur délivrance date de l'admission de quelque principe qui ne semblait pas menacer leurs opinions antérieures, mais qui a préparé leur esprit à recevoir les vérités les unes après les autres, jusqu'à ce qu'ils eussent été amenés, presque sans s'en douter, à considérer presque toutes les doctrines de la religion avec d'autres yeux, et d'un point de vue plus élevé. Ce n'est pas le raison-
— sainement qui a fait disparaître les vieilles superstitions relatives aux revenants et aux songes, car c'est à peine si un seul livre a été écrit pour les combattre; mais les hommes en grandissant se sont trouvés peu à peu au-dessus d'elles; et les speclres qui, pendant des siècles, avaient poursuivi Tâme épouvantée, ont fui -devant les progrès de la philosophie, de la même manière qu'ils étaient supposés disparaître aux rayons du soleil levant. Et c'est ainsi que les erreurs qui défigurent le Christianisme, et dont nulle croyance n'est exempte, doivent tomber devant le développement de l'esprit humain. Au lieu de s'épuiser à suivre à la piste et à réfuter Terreur, que le ministre qui veut servir la cause de la vérité, travaille à se faire et à répandre des idées de plus en plus larges et de plus en plus élevées sur notre religion, sur sa nature, son esprit et sa fin. Qu'il travaille à séparer ce qui est d'une application universelle et éternelle, de ce qui n'a qu'une valeur locale et temporaire ; à pénétrer au delà de la lettre pour arriver jusqu'à Tesprit; à détacher les principes primitifs, essentiels du Christianisme, ceux qui le comprennent tout entier, des incrustations, des associations accidentelles, et des détails accessoires qui souvent les obscurcissent; et à fixer, à établir ces principes dans les esprits des hommes, comme un étalon sur lequel doivent être mesurées les conceptions imparfaites. Qu'il montre surtout le grand but moral du Christianisme, en enseignant constamment que le Christ est verni nous délivrer de la puissance bien plus que du châtiment du péché ; que son action la plus importante est intérieure et que le but le plus élevé de sa mission, c'est d'ériger le trône de Dieu dans l'àme, d'inspirer une pjété filiale
fervente, une piété fondée sur des idées de confiance dans le caractère paternel de Dieu et qui se manifeste par une charité en rapport avec l'amour infini et toujours actif de Dieu. Avec cela, qu'il s'efforce d'établir les vrais principes d'interprétation des Écritures, afin qu'en les lisant d'une manière plus intelligente, les hommes puissent y trouver un nouvel intérêt, et il aura rempli son principal devoir pour ce qui est de la controverse.
Il y a quelque chose d'encourageant dans la pensée que» par suite des influences dont nous venons de parler, il s'opère un progrès sensible dans les idées que les hommes se forment du Christianisme. C'est un fait évident que ce qu'il y a de dur dans les traits du système religieux que nous avons « reçu de nos pères par tradition » s'est grandement adouci ; et que ceux qui le soutiennent sentent la nécessité de mettre de plus eu plus les idées qu'ils en donnent, d'accord avec la philosophie la plus avancée, et avec les principes incontestables de la religion naturelle. On entend rarement, aujourd'hui, parler parmi nous de l'élection gratuite. L'imputation de la faute d'Adam à sa postérité ira bientôt rejoindre la doctrine déjà rejetée de la transubstantiation. On voile avec sagesse les tableaux les plus révoltants de l'homme dans l'état de nature, et, ce qui a encore une importance plus grande, la prédication est incomparablement plus pratique qu'elle n'était. Tous ces changements sont dus non pas tant à la controverse théologique qu'au progrès général de l'esprit humain. Ce progrès se remarque surtout dans l'importance moindre qu'on accorde maintenant aux aspects extérieurs du Christianisme. Les chrétiens, étant
arrivés à comprendre que leur religion est un esprit et non une forme, commencent à sentir ce qu'il y a de puéril aussi bien que de coupable à partager les disciples du Christ en partis hostiles, à propos de questions comme celles-ci : jusqu'à quel point un évêque diffère-til de ce que les presbytériens appellent un ancien? ou quelle quantité d'eau doit être employée dans le baptême? et tout en désirant s'assurer de la vérité sur ces points particuliers, ils se rappellent avec quelle violence peu charitable, ces sujets et autres semblables furent autrefois discutés, et ils éprouvent h cette occasion un étonncment à peu près semblable à celui que leur cause le souvenir de la violence des papistes dans le mémorable débat sur la question de savoir si la Vierge Marie était née avec le péché originel.
II est consolant et doux de penser que Dieu, qui se sert du Christianisme pour le progrès de la civilisation et de la science, emploie précisément ce même progrès pour ramener le Christianisme à une plus grande pureté, unissant et favorisant ainsi, par cette action mutuelle, la cause de la science et celle de la religion, et fortifiant constamment les bienheureuses influences qu'elles exercent ensemble sur la nature humaine.
IV. Le siècle est, à beaucoup d'égards un siècle corrompu, il demande, il lui faut un ministère animé de l'esprit de réforme. Je dis que ce siècle est corrompu j non pas que je le considère comme plus impur que les siècles passés, mais parce qu'il est grossièrement impar-^ fait, lorsqu'on le juge d'après le christianisme et d'après les lumières et les avantages dont il jouit. Je ne connais rien qui puisse justifier le cri poussé contre la dégéné-
ration moderne, jMncline plutôt à croire, qu'ici du moins, le sentiment religieux ne fut jamais plus fort qu*à présent. Lorsqu'on compare des époques différentes sous le rapport de la vertu et de la piété, il faut tenir compte de la différence des circonstances. Ce serait faire preuve de peu de sagesse ou de franchise, que de prétendre trouver dans cette nation riche et florissante Tabsence de luxe et de dissipation, la simplicité qui caractérisa autrefois notre pays, lorsque ses habitants, à peine abrités contre les éléments, et presque sans rapports avec le monde civilisé, n'avaient guère à leur disposition que les choses nécessaires à la vie; et cependant c'est au moyen de comparaisoiis superficielles dans des circonstances si différentes, que souvent on grandit le passé aux dépens du présent. Je n'ai pas rintention d'établir une balance entre notre époque et celles qui l'ont précédée. Je considère cette époque du point de vue chrétien, comme un ministre doit la considérer ; et tout en y voyant beaucoup de choses pour réjouir et encourager, j'y vois aussi beaucoup de choses qui doivent faire gémir un homme de bien, et exciter les serviteurs du Christ à la prière et au travail. Qu'on abuse souvent jusqu'à la licence de l'accroissement de nos moyens de bien-être, du perfectionnement de nos arls et du débordement de notre prospérité; que pour une foule de gens le christianisme ne soit qu'un nom et une forme; que tout autour de nous régnent, un athéisme pratique qui attribue à la nature et à la chance les dons et les effets qui viennent de Dieu, et une incrédulité pratique, qui ne vit, ne s'inquiète et ne prévoit que pour la vie présente; qu'une grande part de ce qu'on nomme moralité ait sa source dans un prudent
équilibre des pilions, et dans une certaine modération des désirs; qu'il y ait par rapport à Dieu une insensibilité, qui, si nos propres cœurs n*en étaient infectés, nous choquerait et nous surprendrait; que l'éducation, au lieu de protéger et d*élever la nature morale et religieuse, ce qui est son objet suprême, la trahisse et lasacrifle souvent pour des talents et des connaissances qui n'ont rapport qu'à la vie présente; que la débauche exerce un déplorable empire parmi les jeunes gens, et l'intempérance parmi les pauvres; que la religion de paix elle-même soit changée en une torche de discorde, et que les feux de Tanti* charité et du bigotisme, feux allumés aux flammes de l'enfer, brûlent souvent sur les autels consacrés au vrai Dieu; qui contestera l'existence de ces maux? Quel est le chrétien qui, regardant autour de lui, dira, que l'état de la société correspond à ce que les hommes peuvent et doivent être, avec la lumière de l'Évangile, et à une époque de grand développement intellectuel? Quant à l'homme, qui, considérantlemonde actuel, trouve sa condition à peu près aussi satisfaisante qu'on puisse la désirer ou l'espérer ; qui ne voit que quelques taches superGcielles dans l'aspect général de la société; qui pense que le ministère n'a pas de but plus élevé que de perpétuer l'état présent des mœurs et de la religion; dont le cœur n'est jamais accablé et frappé de douleur par l'épouvantable destinée à laquelle des multitudes autour de lui courent sans réflexion; oh ! que cet homme là ne se charge pas du soin des âmes 1 Le médecin qui n'entrerait dans un hôpital que pour féliciter ses malades mourants sur les sensations qu'ils éprouvent et la rapidité de leur convalescence, serait aussi fidèle à sa mission que le ministre qui ne voit
pas autour de lui de graves maladies morales. Nul homme n'est propre à réagir avec énergie contre ;de grands maux, s'il n'est pas frappé de leur intensité. Nul homme n'est propre à faire la guerre au mal moral, ce qui est l'objet spécial du ministère, s'il n'est pas affligé et profondément ému de son étendue et de ses désastreux effets, s'il ne brûle pas d'assister et de contribuer à une grande révolution morale dans le monde.
Me dira-t-on que « les espérances romanesques de grands changements dans la société feront plus de mal que debien, et que, quoi que fasse le ministère, le monde continuera sa marche actuelle ; que nous devons prendre le temps présent tel que Dieu l'a fait, et ne pas nous épuiser en stériles lamentations sur des maux incurables. » Je soutiens que ce langage, bien qu'il se pare du nom de philosophie, n'est nullement justifié ni par l'expérience ni par la révélation. S'il y a un trait frappant dans la nature humaine, c'est son aptitude au progrès; et qui est autorisé à dire, que le progrès chrétien a atteint sa dernière limite ; que, pendant que la science et l'art, l'intelligence et l'imagination étendent leurs domaines, la conscience et les affections, les principes moraux et religieux de notre nature sont incapables de croître en puissance et en élévation? L'admiration de l'homme pour l'amour désintéressé et héroïque, sa faculté de concevoir la perfection qu'il ne peut atteindre et d'y aspirer avec ardeur, la vertu éclatante et sublime qui s'est déjà manifestée chez un grand nombre d'hommes qui « brillent comme des flambeaux » dans les ténèbres des siècles écoulés, ne sontce pas là des gages que l'homme a été créé pour un perpétuel progrès religieux et moral? Certainement le
ministre ne doit pas se livrer à des espérances rorna* nesques ; car le désappointement pourrait le décourager. Qu'il ne s'attende pas à briser en un moment les chaînes de l'habitude que les années ont rivées, ou à ramener h une union immédiate avec Dieu des âmes qui ont longtemps erré loin de lui. C'est là du roman; mais il y a quelque chose que le ministre doit redouter plus encore : je veux parler de cette froide timidité d'esprit, trop ordinaire chez les prédicateurs chrétiens, qui confond Factuel avec le possible, qui ne saurait briser les entraves de la coutume, qui ne s'anime jamais à la pensée des grands progrès de la nature humaine, qui est satisfaite si la religion reçoit des hommages extérieurs, et ne songe jamais à Tintroniser dans l'àme humaine, qui désespère en regardant les forteresses où le péché s'est retranché, qui récite par routine le solennel et magnifique langage de l'Évangile, sans espérer qu'il « agisse puissamment, » qui voit dans le ministère une partie du mécanisme social^ un utile gardien de l'ordre public, mais ne soupçonne jamais les forces dont le christianisme l'a armé.
Le ministère est en effet armé de grandes forces pour produire de grands effets. Les doctrines que le Christianisme confie à ses prédicateurs sont de puissants instruments. La perfection du caractère de Dieu ; les tendres et solennels attributs qui lui appartiennent comme à notre Père et à notre Juge ; ses desseins de miséricorde infinie et éternelle à l'égard de la race humaine; son^^union intime avec ses disciples; les souffrances et la croix de Jésus, sa résurrection, son ascension et son intercession ; les secours promis du Saint- Esprit ; l'immortalité de l'âme ; les châtiments réservés
aux impéDitents, la félicité et la gloire célestes : ce sont là des vérités capables d'émouvoir profondément et de combattre victorieusement toutes les passions réunies. Le prédicateur auquel ont été confiées les vérités infinies du monde spirituel, les sanctions de l'éternité, a les forces de la vie à venir, » a entre les mains des instruments auprès desquels tous les autres moyens d'action ne sont que faiblesse. On ne peut sur la terre entendre une voix aussi puissante, aussi pénétrante que celle d'un ministre éclairé, qui sous l'influence souveraine de ces grandes vérités, se dévoue, sacrifice vivant, holocauste complet, à la mission d'éclairer et de sauver ces semblables.
Non, ce n'est pas un espoir chimérique pour un ministre que de se proposer et de nourrir l'espoir d'aider à opérer une grande révolution morale, sur la terre; car la religion qu'il a reçu mission de prêcher, fut destinée et est propre à agir puissamment pour changer la face de la société. L'introduction du Christianisme dans le monde n'a pas été préparée d'une manière si extraordinaire , il n'a pas été prédit à travers tant de siècles par des prophètes inspirés , il n'a pas été proclamé si joyeusement par les chants des anges, il n'a pas été prêché par des lèvres si saintes et scellé d'un sang si précieux, pour n'être qu'une pompe, une forme, un son, un spectacle. Ob! non. Il est descendu du ciel avec la vie et la puissance du ciel, il est venu pour « renouveler toutes choses, » pour « réjouir la solitude et faire fleurir le désert comme la rose, » pour briser les cœurs de pierre, pour affranchir l'esprit courbé sous le poids de la faute et attaché à la terre, et « le présenter sans tache et débordant de joie devapt la gloire de Dieu.»
Qa'avee le courage et l'espoir qui conviennent à une pareille religion , le ministre apporte dans Faccoraplissement de sa tàcbe toutes les forces unies de son intelligence et de son cœur, et Dieu pour la cause duquel il travaille, raccompagnera dans ses efforts et couronnera son œuvre d'une bénédiction toute-puissante.
Mon frère, vous allez être choisi pour le ministère chrétien. Je vous souhaite la bienvenue au nom des devoirs qu'il impose, et je demande pour vous la force nécessaire pour les remplir, une longue et heureuse carrière, des succès toujours croissants, et la récompense étemelle. Soyez le bienvenu aussi quant à la liaison qui s'établît aujourd'hui entre vous et moi. Je remercie Dieu de me donner un collègue, dans les vertus et les talents duquel je trouve la promesse d'un secours et d'un soulagement personnels, et encore plus les gages d'avantages sérieux pour cette société religieuse. J'ai vécu trop longtemps pour attendre un bien sans mélange de ces relations comme de toutes autres qu'on peut former dans la vie ; et je n'ignore pas les difficultés et les épreuves qui semblent inséparables de l'union d'esprits différents et de mains différentes pour la direction d'une même église. Que Dieu nous accorde cette unité de but, ce dévouementsincère au salut de nos auditeurs, qui feront des succès de chacun de nous, le bonheur de tous les deux. Je connais, car je les aï supportées, les anxiétés et les souffrances qui sont inséparables des premières années du ministère chrétien , et je vous invite à profiter des secours que pourra vous fournir mon expérience. Mais il n'est pas d'aide humain qui puisse affranchir votre esprit de tout fardeau , et l'amitié
la plus vraie ne saurait désirer pour vous l'exemplion du sort général. Puissent les peines qui vous sont réservées donner de l'élévation à votre esprit, de Ténergie et de la tendresse à voire caractère, et vous préparer à secourir, dans ses besoins, le monde des pécheurs et et des affligés , avec cette sympathie que la fraternité dans la souffrance peut seule inspirer. Puissiez-vous croître en grâce, et croître dans Tesprit du ministère, à mesure que vous avancerez en âge; et lorsque la voix qui vous parle maintenant aura cessé de se faire entendre dans Tenceinte de ces murs, puissiez-vous, mon frère , continuer à posséder et à mériter la confiance de ce peuple bien aimé , à lui montrer le vrai chemin à suivre et les périls à éviter, à fortifier ses vertus, à exciter sa piété, à le consoler dans ses douleurs, et à sauver tant d'âmes immortelles.
Frères de cette société chrétienne I je suis heureux de la preuve que vous donnez aujourd'hui de votre désir d'assurer à vous-mêmes et à vos enfants le ministère de la parole et du culte du Christ; et je vous félicite de l'avenir qui vous est ouvert par là. Les souvenirs qui se présentent en foule à mon esprit, de la sympathie et de la bienveillance que vous n'avez pas cessé de me témoigner au milieu des vicissitudes auxquelles ma santé a été soumise, et pendant les fréquentes interruptions de mes travaux, m'encouragent à compter pour mon jeune frère, sur cette bienveillance et cette franchise qui ont une si grande part dans le bonheur d'un ministre. Je ne puis demander pour lui un attachement plus sincère que celui dont il m'a été donné de jouir. Je me rappelle, cependant, que la réciprocité de senti-
meDts bieDTefllants n'est pas la fin la plus élevée du ministère; aussi mon désir le plus ardent et ma prière la plus fervente sont-ils que Dieu, avec un nouveau pasteur , répande sur vous de nouvelles lumières et que, par nos efforts réunis , le Christianisme prenant racine dans vos intelligences et dans vos cœurs, produise une abondante moisson de biens de tout genre. Puisse un intérêt plus ardent pour le salut et la soif d'un plus noble progrès s'éveiller dans vos âmes. Puisse une nouvelle vie être donnée au culte qu'on rend ici, et un nouvel amour unir les cœurs de ceux qui s'y rassemblent. Puisse notre ministère produire des fruits étemels; et au grand jour où le prédicateur et ses auditeurs seront cités au tribunal du Christ, puissiez-vous, mon peuple bien aimé et respecté, être « notre joie et notre couronne; )> et puissions-nous, quand tous les cœurs seront mis à nu, paraître avoir cherché votre bien avec un amour vrai et désintéressé!