‹ Le christianisme libéralChapitre 10 sur 11 · L'MITATION DU CARACTÈRE DU CHRIST · texte numérisé non relu

L'MITATION DU CARACTÈRE DU CHRIST

I. Pierre, ii, 21 : c L« Christ lal-néme a souffert pow nons, « fOM liiisaBt ma exenyle, ali qee Toof c iaifles ses trac«. •

L'exemple de Jésus, voilà notre sujet. Vous exciter à rimiter est le but de ce discours. Le Christ est venu pour nous donner une religion, mais ce n'est pas tout. Par une sage et admirable disposition de la Providence, il a été envoyé pour montrer sa religion dans sa personne même. Il n'est pas venu pour siéger dans une salle de législation et proclamer du haut de son autorité ses lois et ses promesses. Il n'est pas un simple intermédiaire dont Dieu se sert pour nous faire certaines communications , un simple messager ayant mission de répéter les paroles qu'il a entendues, et puis de disparaître , sans plus avoir rien de commun avec son message. Il est venu non seulement pour enseigner de ses lèvres, mais pour être la manifestation vivante de sa religion, pour être, dans un sens important, la religion elle-même.

C'est là une particularité digne d'attention. Le Christianisme n'est pas un simple code de lois, un système abstrait comme en construisent les théologiens. C'est

(*) Uttéralement : De VinUtàbHUé du caractère du Christ : The imUabienui of Christ' s char futer.

une religion qui vit, qui a un corps. Elle se présente à nous sous une forme humaine ; elle frappe nos yeux aussi bien que nos oreilles ; elle respire, elle se meut devant nous. C'est plus qu'un précepte : c'est un exemple, c'est une action.

Qui ne comprend Timportance de Texemple? Combien la plupart d'entre nous ne sont-ils pas tristement influencés par la présence, la coiiversation, l'esprit des hommes aux idées basses qui nous entourent? Nous sommes fortement enclins à nous régler sur la moyenne du caractère de la société au milieu de laqueUe nous vivons , et de nous contenter des convenances et des qualités qui nous font donner par la multitude le nom de gens respectables. D'un autre côté, il y a (et ne l'avez-vous pas senti ? ) dans la présence, la conversation et l'exemple d'un homme ferme dans ses principes et pourvu de grandeur d'àme, une puissance qui nous élève, en nous faisant sortir, au moins pour un instant, de notre cercle habituel de pensées plates et vulgaires, et qui ex ri te en nous quelques nobles aspirations vers celte perfection pour laquelle nous avons été créés. J'ai à peine btsoia de vous dire, qu'il nous est impossible de nous placer sous aucune influence de ce genre aussi vivifiante que l'exemple de Jésus. Cet exemple nous enseigne les vertus de l'ordre le plus élevé. Il est fait pour exciter l'àmc tout entière. Il n'est rien d'aussi puissant pour neutraliser les influences grossières , égoïstes et sensuelles, au milieu desquelles nous vivons, pour épurer notre idée du devoir, et nous révéler la perfection vers laquelle devraient constamment tendre nos espérances et nos plus ardents désirs.

11 faut dire qu'une chose a beaucoup contribué i

annuler cette salutaire influence du caractère et de l'exemple du Christ. La voici : un grand nombre de gens, un très grand nombre, je le crains, pensent que Jésus est un être fait plutôt pour être admiré qu'imité. Us ont quelques vagues idées d'une gloire inhérente à sa nature et à son caractère, telle que ce serait de la présomption dépensera se le proposer pour modèle. Ils le placent si loin d'eux, qu'il leur fait peu de bien. Il en est beaucoup qui pensent qu'on ne saurait prétendre à une ressemblance étroite avec Jésus-Christ; que ce sujet, comme beaucoup d'autres, peut servir aux déclamations de la chaire, mais que la chose est tout à fait impossible à mettre en pratique. Je crois que je touche ici à une erreur qui exerce uTie funeste influence sur un bon nombre d'esprits. Tant que les hommes ne considéreront pas la religion et le caractère du Christ comme leur étant véritablement applicablt^s , comme destinés à être mis continuellement en œuvre, comme ce qu'ils doivent incorporer à leur nature spirituelle tout entière , ils ne retireront du Christ qu'un faible avantage. On croit honorer Jésus , quand on le place assez haut pour décourager quiconque s' efi'orcerait d approcher de lui. On le rabaisse en réalité. On ne comprend pas son caractère ; on l'entoure d'un éclat qui cache ses traits véritables. Cette admiration vague est le plus misérable tribut qu'on puisse lui payer.

L'idée que beaucoup se font de Jésus-Christ et la manière dont ils en parient, me rappellent ce que l'on voit souvent dans les pays catholiques, où un clergé et un peuple superstitieux s'imaginent honorer la Vierge Marie en chargeant son image de joyaux brillants et d'une parure fastueuse. Le protestant, dont le goût n'a

pas été corrompu, en est cboqué tout d'abord, cofiUBe si c'était une espèce de profanation que d'orner ainsi, comme pour le théâtre^ la mère humble, modeste, douce, pure et tendre, de Jésus. 11 me semble qu'on retrouve quelque chose de celte même superstition dans les épithètes dont une admiration mal définie accable Jésus ; et il en résulte qu'on ne voit pas la beauté douce et simple de son caractère. On n'en sent pas la sublimité qui n'avait rien de fastueux ni d'éblouissant, qui était simple et sans affectation ; et Ton ne croit pas ou l'on nie qu'il puisse servir d'exemple au genre humain.

Je veux , dans ce discours , prouver que la grandeur de Jésus-Christ ne doit pas nous décourager, et montrer que, quelque élevé qu'il soit, il ne l'est pas tellement que nous ne puissions sympathiser avec lui et l'imiter.

Je commencerai par observer d'une manière générale, que la vraie grandeur de caractère, qui est la grandeur par excellences ^^^^ de rebuter et de décourager, est particulièrement accessible et imitable, et qu'au lieu de séparer im 6tre de ses semblables, elle le rend propre h (leveuir ïeor ami el leur modèle. Un homme isolé de sa race, qui a peu de points de contact avec les autres hommes, qui a des formes et des manières qui inspirent la crainte, et éloignent les autres de lui, cet homme, quelque haut rang qu'il puisse occuper à ses propres yeux et à ceux des autres, manque, après tout, de vraie grandeur d'âme ; et l'esprit de cette remarque peut, je pense, s'appliquer non seulement aux hommes, mais aux êtres d'un ordre plus élevé, aux anges et à Jésus^ Christ. Une grande âme se reconnaît à ses sympathies

étendues, fortes et tendres. La vraie élévation d'esprit ne fait pas sortir un être du cercle de ceux qui lui sont inférieurs, mais l'attache plus fortement à eux, et fournit à ceux-ci les occasions de s'unir plus étroitement à lui, de lui ressembler davantage.

La grandeur de caractère est un attribut communiquable , je pourrais dire singulièrement communiquable. Elle n'a dans sa nature rien d'exclusif. Elle ne peut devenir le monopole d'un individu, car elle est l'action large et généreuse des facultés et des affections qui composent et constituent tous les esprits, c'est-à-dire de la raison, de la conscience et de l'amour, de sorte que ses éléments existent chez tous. Ce n'est point une science particulière ou exclusive, qui puisse être renfermée dans une seule intelligence ou dans un petit nombre d'intelligences ; mais la possession des grandes vérités universelles, qui appartiennent à tout être rai«^ sonnable,. Ce n'est pas une dévotion à certains objets particuliers et exclusifs, mais l'adoption des intérêts publics, la consécration de Fàme à la cause de la vertu et du bonheur dans la création, c'est-à-dire à la cause même que tous les êtres intelligents sont tenus d'embrasser. La grandeur n'est pas un principe caché, solitaire, agissant par lui-même et repoussant toute particL pation, mais un principe ouvert et généreux, assez large dans ses vues, assez libéral dans ses sentiments, assez expansif dant les fins qu'il se propose, assez bienfaisant dans ses effets , pour appeler naturellement et nécessairement la sympathie et la coopération. C'est l'égoïsme qui repousse les hommes; et le trait le plus caractéristique de la vraie grandeur, c'est qu'elle est exempte de toute tache d'égoïsme. Loin de s'emprisonner dans les

intérêts particuliers, elle ne désire rien qu'elle ne puisse communiquer. Loin d'être absorbée dans ses propres distinctions, il n'est rien qu'elle discerne plus vite et avec plus de bonheur chez les autres, que les indices et les preuves de la grandeur ; et elle ne connaît pas de plus noble travail que celui d'exciter de nobles sentiments, et de faire naître la conscience d'un pouvoir divin chez les esprits moins avancés.

Je sais que ceux qui s'appellent grands sur la terre, sont portés à se tenir éloignés de leurs inférieurs; et que les masses, repoussées par leurs manières hautaines, ne songent Jamais à les prendre pour modèles. Mais cela vient entièrement des idées peu élevées de ceux que nous appdons les grands, et cela indique qu'à leurs qualités supérieures se mêlent des sentiments vulgaires. La vraie grandeur se distingue par la simplicité, l'absence d'os* tentation, son oubli d'elle-même, l'intérêt sincère qu'elle prend aux autres , le sentiment de la fraternité qui l'unit à la famille humaine, et le respect qu'elle porte à tous les êtres intelligents et immortels en raison de leur aptitude à progresser vers leur propre élévation. Un esprit supérieur qu'éclairent et animent des idées justes sur Dieu et la création, considère ses facultés et ses talents comme autant de liens qui l'unissent aux autres êtres, comme lui ayant été donnés, non pour nourrir son orgueil personnel, mais pour être employés au service des autres, et, ce qui est encore plus, pour leur être communiqués. Une pareille grandeur n'a pas de réserve, et surtout pas de dignité affectée dans ses manières. Elle a trop conscience de sa propre puissance, et elle a trop de bienveillance, pour avoir besoin et pour éprouver le désir de se retrancher derrière des formes

et des cérémonies ; et lorsque les circonstances permettent à un pareil caractère de se manifester aux êtres inférieurs, il est incomparablement le plus attrayant, et le plus propre à se communiquer, ou à faire naître une élévation de sentiments parente de la sienne. Je ne connais pas dans l'histoire d'individu aussi facile à comprendre que Jésus-Christ, car il n'y a rien d'aussi intelligible que Tamour sincère et désintéressé. Je ne connais pas d'être aussi bien fait que lui pour s'emparer de tous les esprits à quelque ordre qu'ils appartiennent; et en effet il entraînait après lui l'ignorant, le publicain et le pêcheur. C'est donc une erreur déplorable de croire que Jésus-Chriât est trop grand, pour qu'il nous soit permis de prétendre à l'intimité avec lui et de penser à le prendre pour modèle.

Laissez-moi confirmer cette vérité par des réflexions d'un autre ordre. Vous prétendez, mes auditeurs, que Jésus-Christ est si élevé qu'il ne peut être votre modèle. Je reconnais l'élévation de son caractère. Je le crois un être plus qu'humain. Telle est en réalité la foi de tous les Chrétiens. Ceux qui supposent qu'il n'a pas existé avant sa naissance, ne le considèrent pas seulement comme un homme, bien qu'on les en accuse. Ils font toujours une immense différence entre lui et les autres hommes. Ils le regardent comme jouissant d'une communion avec Dieu, comme ayant reçu de lui des dons, des facultés, des secours, des lumières, qui ne furent jamais accordés à aucun autre, et comme ayant montré une pureté sans tache, la plus élevée de toutes les distinctions célestes. Tous admettent, et admettent avec bonheur, que devant la grandeur et la vertu de Jésus-^Christ, toute vertu

humaine pâlit. Mais ce n'est pas une raison pour qu'il ne soit pas un modèle, pour qu'il soit un sujet de découragement; c'est une raison au contraire pour qu'il fasse naître en nous une joyeuse espérance ; car bien qu'il soit placé si haut au-dessus de nous, il n'en est pas moins un de nous, et il n'est qu'une preuve des capacités que nous possédons tous. C'est là une grande vérité. J'essaierai de la développer. Je ne puis peut-être mieux exprimer mes idées, qu'en disant que je considère tous les esprits comme étant de la même famille. Lorsque nous parlons d'êtres d'un ordre plus élevé, des anges et des archangtvs, nous sommes portés à nous représenter des espèces ou des races d'êtres distinctes, séparées de nous et les unes des autres par des barrières infranchissables. Mais il n'en est pas ainsi. Tous les esprits sont de la même famille. Il n'y a pas dans le monde spirituel une division pareille à celle que vous remarquez dans le monde matériel. Dans la nature, vous voyez des classes d'êtres entièrement distinctes. Un minéral n'est pas un végétal, et ne tend pas à s'en rapprocher ; ces deux grands règnes de la nature sont séparés par un espace incalculable. De même, lorsque nous considérons les différentes races d'animaux, bien que toutes partagent cette mystérieuse propriété, la vie, cependant quelle immense et infranohissable distance entre Tinsecte et le lion 1 lis ne sont unis par aucun lien, il n'y a pas de communication possible entre eux. Pendant le cours des siècles, les animalcules qui jouent dans les rayons de soleil un jour d'été, et puis qui meurent, ne sont pas arrivés à un seul point de ressemblance avec le roi des forêts. Mais dans le monde intellectuel il n'existe pas de pareilles barrières. Tous les esprits ont essentiellement

la même origine, la môme nature» tous sont animés par la même flamme divine, et tous tendent vers un même centre, un même bonheur. Cette grande vérité, pour nous la plus grande de toutes, qui sert de fondement à toute religion et à toute espérance, me semble non seulement appuyée de preuves qui satisfont la raison, mais être l'un des instincts profonds de notre nature. Elle se mêle, sans qu'on y songe, à tout le culte que nous rendons à Dieu, et qui invariablement suppose que Dieu est un esprit ayant des pensées , des afTections, une volition, comme nous en avons nous-mêmes. Elle se trouve dans les religions fausses ; et pendant que, pervertie, elle les rend fausses, c'est à elle pourtant qu elles doivent toute la force de purification qu'elles peuvent avoir. Mais laissons de côté cet instinct dont Uinfaillibilité se sent de plus en plus à mesure que rintelligence est plus développée : cette grande vérité de l'unité ou de la ressemblance de tous les esprits , me semble pouvoir être démontrée par cette considération , que la Vérité , objet et aliment de l'esprit, est une et immuable, de sorte que toute la famille des êtres intelligents doit avoir les mêmes vues, les mômes motifs, et les mêmes fins générales. Par exemple, une vérité mathématique n'est pas seulement une vérité dans ce monde, une vérité pour nos esprits, mais c'est une vérité partout, une vérité dans le ciel, une vérité pour Dieu, qui effectivement a fait sa création d'après les lois de cette science universelle. De même, le bonheur et le malheur, qui forment la base des mœurs, doivent être pour tous les êtres intelligent ce qu'ils sont pour nous, les objets, l'un de nos désirs et de nos espérances, et l'autre de notre aversion ; et

qui peut douter que la vertu et le vice sont les mêmes partout que sur la terre, que, dans toute communauté d'êtres, l'esprit qui se dévoue au bien général doit être plus respecté que l'esprit qui voudrait subordonner l'intérêt général au sien propre? Toutes les âmes sont donc de même nature, se rapprochent les unes des autres, et ont des principes et des liens de communion entre elles. Je ne suis pas seulement un membre de la race humaine ; je suis aussi un membre de la grande famille intellectuelle de Dieu. Il n'est pas d'esprit, si élevé qu'il soit, avec lequel je n'aie des pensées et des sentiments communs. Cette idée à laquelle je suis arrivé d'Un seul Père Universel, dont l'amour est la source et le centre de toutes choses, est le commencement des idées les plus élevées et les plus belles qui remplissent l'univers; et si avec un amour filial je tourne mes regards vers cet être, je possède la source et le principe des sentiments et des jouissances les plus nobles qu'on connaisse dans Tunivers. Aucune grandeur d'un être ne peut donc me séparer de cet être , ou m' empêcher d'en approcher. L'esprit de Jésus-Christ, me* auditeurs, et le vôtre sont de la môme famille , et il n'y eut rien dans le sien dont vous n'ayez pas en vous le principe, la capacité et la promesse. C'est là la véritable impression qu'il veut produire. Il ne se présenta jamais comme un être inimitable et dont on ne saurait approcher ; tout au contraire. Il parla toujours de lui-même comme étant venu pour se communiquer aux autres. Il invita toujours les hommes à croire en lui et à s'attacher à lui, afin qu'ils pussent recevoir ce même esprit, cet esprit pur et céleste, dont il était lui-même animé. « Suivez-moi, » était son précepte. Le rapport qu'il

venait établir entre lui et le genre humain, n'était pas celui qui existe de maître à esclave, mais celui qui unit des amis. Dans un esprit de divine bonté, il se compare à une vigne, qui, vous le savez, répand dans toutes ses branches la même sève dont elle se nourrit. Nous lisons aussi ces paroles remarquables dans sa prière pour ses disciples : « Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée (4); » et je suis persuadé qu'il n'y a pas une gloire, une vertu, une puissance, une jouissance, que Jésus-Christ ait possédée , à laquelle ses disciples ne puissent pas successivement parvenir. C'est dans l'esprit de ces considérations que les apôtres disent : c Que le même esprit soit en vous, qui fut dans le Christ (2). »

J'ai dit que , tous les esprits étant d'une môme famille, la grandeur de l'esprit du Christ ne doit pas nous décourager de le prendre pour modèle. Maintenant, je remarquerai qu'il y a un attribut de l'esprit auquel j'ai fait allusion, qui devrait particulièrement nous engager à prendre un modèle sublime, aussi sublime que Jésus- Christ. Je veux parler du principe de progrès qui se trouve dans la nature humaine. Nous avons été créés pour grandir. Nos facultés sont des germes, des germes qui nous ont été donnés pour une expansioilKque rien ne nous autorise à limiter. L'âme porte la marque de son infinité dans la soif, la soif inextinguible, qu'elle apporte en naissant, d'une puissance, d'une science, d'un bonheur, auxquels elle ne parvient jamais, et qui la transportent toujours dans l'avenir. Le corps a bientôt atteint sa limite. Mais l'intelligence, l'affection, l'énergie morale tendent, en proportion de leurs progrès, à

(!) Jean, XVII. 22. (trid.) (2) PhlUpplcn», II, 5. (tbad.)

un dévetoppement toujours pluspaud; et chaque aoquisition est pour elles une impulsion vers quelque chose de plus élevé. Lorsque je considère ce principe et cette capacité de l'âme humaine, je ne puis restreindre Tespérance qui s'éveille en moi. Les murs de séparation que Timagination a élevés entre l'homme et les êtres d'un ordre supérieur, disparaissent. Je ne vois plus rien qui puisse nous empêcher d'atteindre à toute la bonté et à toute la grandeur qui était en Jésus sur la terre. En vérité, je sens qu'il m'est complètement impossible de concevoir jusqu'où peut aller un esprit qui doit progresser à jamais. Ajoutez seulement au progrès de l'homme cet élément, l'éternité, et les résultats de son existence dépasseront , non seulement la pensée de l'homme, mais celle de l'ange. Donnez-moi cet élément, et la gloire future de Tâme humaine devient aussi incompréhensible pour moi que Dieu lui-même. Pour encourager ces pensées et ces espérances , notre Créateur nous a mis sous les yeux, dès à présent, de délicieux exemples de ce principe de progrès, tant dans la nature extérieure que dans l'âme humaine. Nous les rencontrons dans la nature. Supposez que vous conduisiez un homme «Empiétement ignorant de ce qu'est la végétation, devant Tarbre le plus majestueux de nos forêts, et supposez que, pendant qu'il en admire la grandeur et les proportions, vous tiriez déterre à sa racine une petite substance duveteuse, qu'un souffle pourrait emporter, et que vous lui disiez : Cet arbre fut autrefois une semence pareille à celle-ci ; il fut contenu là-dedans ; il vécut autrefois au milieu de ces fibres délicates, dans cet étroit espace. Avec quel étonnement incrédule il vous regarderait! Et si, par un effort d'imagi-

nation quelque peu orientale, nous venions à supposer cette petite graine douée tout à coup de la faculté de penser, et qu'on lui dît qu'un jour elle deviendrait cet arbre immense, et qu'elle aurait des branches qui répandraient un pareil ombrage, se balanceraient avec une pareille grâce , et résisteraient au vent de Thiver ; il nous est facile de supposer quel serait son étonnenement à cette perspective de son sort futur ! Tel est le progrès dont nous sommes témoins dans la nature. Nous autres Chrétiens, nous devons nourrir une plus noble espérance ; et l'histoire humaine nous offre des exemples encore plus frappants du progrès de l'esprit. Nous sommes certainement étonnés lorsqu'on nous dit qu'un jour nous serons comme les anges de Dieu. Je crois que quelque chose d'aussi étonnant s'est déjà réalisé sur la terre. Je crois que la distance entre l'esprit de Newton et celui d'un Hottenlot a pu être aussi grande qu'entre l'esprit de Newton et celui d'un ange. Il y a encore à faire une remarque plus frappante. Ce Newton, qui levait ses yeux calmes et sublimes vers les cieux, et lisait, au milieu des planètes et des étoiles, la grande loi de l'univers matériel, quarante ou cinquante ans auparavant était un enfant , sans une seule idée nette, et incapable de distinguer le bra.s de sa nourrice de l'oreiller sur lequel il dormait, Howard auâsî , qui avec la puissance d'une bonté prôte à tous les sacrifices , explora les abîmes de la soLiffraoce humaine , quarante ou cinquante ans auparavant, était un epfant absorbé dans la seule pensée de lui-mûme, tâchant de saisir tout ce qu'il voyait, et dont le petit cœur était près de se briser dans les accès de la passion lorsqu'on lui refusait le plus misérable jouet. Est-ce que l'homme

n'a pas déjà traversé un espace aussi immense que celui qui le sépare des anges? Et pourquoi faudrait-il qu'il s'arrêtât? H n'y a nulle extravagance dans les prévisions les plus hardies. Nous pouvons véritablement ne plus faire qu'un avec le Christ , participer à cet esprit céleste. Il est véritablement notre frère , un membre de notre famille. Faisons de lui notre constant modèle.

Je ne connais qu'une manière dont on puisse abuser de la doctrine que je viens d'exposer. Elle peut exciter outre mesure les âmes impressionnables, et les pousser à une espérance et à des efforts, dont la violence finirait par devenir nuisible au progrès même qu'on se propose. Je dirai à ces âmes : hâtez-vous de vous rendre semblables au Christ, mais hâtez-vous suivant les lois de votre nature. Comme le corps ne peut pas, en concentrant toute sa force dans un seul bond, escalader une montagne , l'esprit ne peut pas non plus franchir tous les obstacles et arriver à la perfection . par un élan suprême de là volonté. De grands efforts sont certainement nécessaires, mais de ceux qui peuvent être soutenus, de ceux qui nous préparent à en faire de plus grands, de ceux qui augmentent notre force spirituelle, et non qui répiiisent. L'âme, tout aussi bien que le corps , peut s'épuiser en efforts , et c'est ce qui arrive souvent dans les moments d'excitation religieuse extraordinaire ; et il en résulte une atteinte à la constitution de rinlelligence et du cœur, que toute une vie ne saurait peut-être réparer. Je fais reposer les espérances auxquelles j*ai dit que doit se livrer la nature humaine SUT le principe de progrès qui est en elle; et le progrès, comme vous le savez bien, est une marche graduelle,

non un mouvement convulsif, accomplissant en un instant l'ouvrage de plusieurs années. Tout grand perfectionnement s'obtient peu à peu. Il serait tout aussi lacile d'acquérir une science par un seul effort de la pensée, que de vaincre le péché par une seule convulsion du remords. Une suite d'efforts patients dirigés par une sage résolution, voilà le vrai moyen de progrès spirituel. Dans la religion, comme dans la vie ordinaire, on se trompe quand on prétend remplacer la modération de la sagesse par la seule force ou la seule violence.

La doctrine que je me suis principalement efforcé de soutenir dans ce discours, cette doctrine que les esprits sont tous de la même famille, sont tous frères, et peuvent être de plus en plus étroitement unis à Dieu, me semble avoir été particulièrement celle de Jésus-Christ; et si je voulais indiquer ce qui caractérisa sa grandeur, je dirais que ce fut ceci. Il sentait sa supériorité, mais jamais il ne la sentit comme le séparant du genre humain. Il ne vint pas au milieu de nous , comme quelque grand homme pourrait visiter une mine de charbon ou tout autre endroit où seraient réunis des hommes ignorants et corrompus, avec un air de grandeur, avec un sentiment de supériorité, et en distribuant des bienfaits comme par condescendance infinie. Il vint vers nous et se mêla à nous comme un ami et un frère. Il voyait dans chaque être humain un esprit qui pouvait revêtir tout l'éclat de sa propre gloire. Une fut sévère qu'envers une seule classe d'hommes, et ce fut envers ceux qui regardaient la multitude avec mépris. Jésus respectait la nature humaine; il sentait qu'elle était la sienne. Ce /ut là la grandeur de Jésus-

Christ. II sentait, comme nul autre ne le sentit, qu'il y avait union d'esprit entre lui et la race humaine , il sentait que tous avaient reçu une étincelle de cette même flamme intellectuelle et immortelle qui résidait en lui.

J'insiste sur cette manière d'envisager son caractère, non seulement pour nous encourager à aspirer à une ressemblance avec Jésus, mais parce que je la considère comme particulièrement propre à exciter notre amour pour lui. Si je regardais Jésus comme un auguste étranger, appartenant à une classe d'existence entièrement différente de la mienne, n'ayant ni pensées ni sentiments communs avec moi^ et daignant seulement me considérer avec la sympathie que j'éprouve pour un animal inférieur , j'aurais pour lui un vague sentiment de crainte respectueuse ; mais l'espace incommensurable qui nous séparerait, le placerait au-dessus de mon amitié et de mon affection. Mais lorsque je sais que tous les esprits ne forment qu'une seule famille, que je partage avec Jésus la même nature, et qu*il est venu pour me communiquer son propre esprit par son enseignement, son exemple et son intercession, pour me mettre en communion avec ce qu'il y eut de plus pur^ de plus sublime, de plus excellent en lai, alors je puis l'aimer comme je n'aime nul autre être, excepté Celui qui est également le Père du Clirisl et du Chrétien- Avec de pareilles idées, je sens que, bien qu'il soit monté au ciel, nos cœurs peuvent encore arriver jusqu'à lui, qu'il porte maintenant aux hommes le même intérêt que lorsqu'il entrait dans leurs demeures, s'asseyait à leurs tables , leur lavait les pieds ; et qu'il n'est pas d'être aussi accessible, pas d'être avec lequel nous

devions jouir cte rapports aussi étroits dans le monde à venir.

Croyant, comme je le fais , que je ne viens pas de parler un langage exagéré, mais de faire entendre des paroles vraies et réfléchies, je vous exhorte avec calme, mais sérieusement, à choisir et à adopter, avec toute rénergie de vos volontés, Jésus-Christ pour votre modèle. Je vous exhorte à prendre la résolution de le suivre, non pas comme peut-être vous l'avez fait, timidement et faiblement, mais avec rentière conviction que tout votre bonheur dépend de la force et de la constance avec lesquelles vous vous attacherez à ce guide céleste. Mes amis, le bonheur n'est pas ailleurs. Que les idées fausses qu'on se fait généralement du Christianisme dans le monde , ne vous induisent pas à croire que le Christ peut vous ôîre salutaire autrement qu'en vous faisant partager sa vertu , qu'en vous communiquant son esprit. Ne vous imaginez pas qu'aucune foi, aucun amour placés en Jésus puissent vous servir, si ce n'est la foi et l'amour qui vous excitent à imiter sa pureté sans tache et son inébranlable justice. Que ce soit pour vous une vérité immuable, que, dans ce monde ni dans l'autre, vous ne pouvez être heureux qu'en proportion de la sainteté et de l'élévation de vos caractères. Qu'aucun homme ne s'imagine que, par le patronage ou la protection de Jésus-Christ, ou de tout autre être, il pourra trouver la paix ou aucun vrai bien, autrement que dans le progrès d'un esprit éclairé, ferme, désintéressé et saint. N'attendez aucun bien de Jésus , qu'autant que vous vous revêtirez de son excellence. Il ne peut rien vous donner d'aussi précieux que lui-même , que son

propre esprit ; et croyez-moi, mes auditeurs, cet esprit peut habiter en vous. Ses plus sublimes vertus peuvent devenir les vôtres. Admettez , accueillez cette grande vérité. Élevez vos regards vers le noble Fils de Dieu , avec la conviction que vous pouvez devenir un avec lui en pensée, en sentiment^ en puissance, en sainteté. Son caractère vous sera une bénédiction, précisément dans la mesure où il éveillera en vous cette conviction, cette espérance. Le plus déplorable scepticisme qu'il y ait au monde, et incomparablement le plus commun , c'est le scepticisme quant à la grandeur^ aux facultés, et aux destinées élevées de la nature humaine. Je veux conserver une foi inébranlable dans cette grandeur. Ne me parlez pas de la corruption universelle de la race. L'humanité a^déjà, dans bien des circonstances, montré clairement qu'elle ressemblait au Christ et à Dieu, le soleil s'obscurcit , la grandeur de la nature extérieure s'efface, lorsqu'on les compare à l'énergie spirituelle de ces hommes, qui, pour la cause de la vérité, de Dieu, de la charité , ont méprisé toutes les séductions d'une vie d'aises, les plaisirs, la renommée, et ont supporté la honte, la pauvreté, la persécution, les tortures et les genres de mort les plus redoutés. Ces hommes m'apprennent que l'âme fut faite à l'image de Dieu, et créée pour que la beauté et la grandeur de son fils devinssent son partage.

Mes amis, nous pouvons tous approcher de Jésus- Christ. Il est mort pour nous tous, mort pour nous laisser un modèle afin que nous suivions ses traces. Par une résolution sérieuse, par le combat intérieur, par la vigilance et la prière, par la foi dans les promesses du Christianisme, par ces secours et ces lumières célestes

que trouvera celui qui les cherche , nous pouvons tous nous unir au Christ par des liens vivants, aimer comme il aima , agir d'après ses principes , souffrir avec sa constance , entrer dans ses desseins , sympathiser avec son entier dévouement à la cause de Dieu et de Fhumanité, et par une identification d'esprit nous préparer à nous réunir à lui comme à notre ami étemel.

LE fflNISTÈBE CHRÉTIEN.

DISCOURS

POUR LA DÉDICACE DE l'ÉCOLE DE THÉOLOGIE (*)•

CAMBBIDGl, 1826.

Luc, IV, 32 : « Sa parole était pldM et pniisaiiee. *

Nous sommes assemblés pour donner à cet édifice sa destination propre, et le consacrer à l'éducation de ceux qui enseignent la religion chrétienne. Considérant cette religion comme le meilleur don que Dieu ait fait aux hommes, nous regardons ces humbles murs élevés pour cette œuvre sainte et bienfaisante, avec un intérêt que ne sauraient inspirer des édifices plus splendides consacrés à de moins nobles fins. Nous remercions Dieu pour le zèle qui les a bâtis. Nous le remercions de l'espérance que nous avons, qu'ici seront formés, et que d'ici sortiront de bons ministres du Nouveau-Testa-' ment. Que Dieu accepte notre offrande, et qu'il fasse que notre confiance ne soit pas trompée 1 Puisse-t-il répandre sur ce lieu l'abondante rosée de sa grâce, et le couvrir de sa protection comme d'un bouclier.

Pour quelle fin consacrons-nous cet édifice ? com-

(♦) DUeourse at the dedicaiim of Divinity Hall, Cette expression, Divinity Hall (littéralement,' sa(te de théologie)^ qui n'est pas d'un usage ordinaire en anglais, parait former ici un nom propre.

(Trid.)

ment cette fin peut-elle être atteinte? Ces questions vont faire le sujet des présentes réflexions.

Pour quelle fin dédions-nous cet édifice? On peut répondre à cette question de diverses manières, ou développer diversement certains détails. Entre des sujets si nombreux, j'en choisirai un, qui, à cause de son étendue et de son importance, mérite, on le reconnaîtra, une attention particulière. Je dirai donc que cet édifice est dédié à l'éducation de ministres dont la parole, comme celle de leur maître, aura c delà puissance (1). > La puissance, Fénergie, l'action efficace, ce sont là les qualités qu'une éducation théologique doit s'attacher le plus assidûment à communiquer. Telle est la vérité que je voudrais aujourd'hui développer. Ma pensée peut s'expliquer aisément. Par la puissance dont j'ai parlé, j'entends celte action énergique de l'intelligence, de la conscience et du cœur, dans le sens de la vérité morale et religieuse, qui vivifie le prédicateur et le rend capable d'en produire une semblable chez les autres. J'entends cette énergie de pensée et de sentiment chez le ministre, qui crée elle-même l'expression propre à la traduire, et qui se communique à l'auditeur. Ce qu'est cette puissance, tous les hommes le savent par expérience. Tous savent comment la même vérité difiëre, quand elle est annoncée par des bouches différentes ; comment des doctrines qui, exposées par un prédicateur, demeurent stériles et n'excitent aucun intérêt, sortent pleines de vie de la bouche d'un autre, captivent l'attention, touchent l'âme et lui donnent un ressort nou-

(1) Littéralement : sera avec puissance, aura puissance : shall be « withpower, » (Tràd.).

veau. En déclarant que cette puissance est le grand objet d'une éducation théologique, ce n'est pas une découverte que j'annonce. Je ne dis rien de neuf. Mais cette vérité, comme beaucoup d'autres, n'est trop souvent reconnue que pour être dédaignée. Il faut qu'on la mette au grand jour, qu'on la rende saillante, qu'elle devienne le principe vivant et dirigeant de l'éducation du ministre. La puissance, je le répéterai donc, est le grand bien que doivent communiquer les institutions théologiques. Donner la science est certainement pour elles un devoir indispensable, mais ce n'est pas leur seule tâcho, ni la plus difficile, ni la plus élevée. La science est le moyen, la puissance est le but. La première, lorsqu'elle a été amassée, comme il arrive souvent-, sans action énergique de l'inlelligence, sans vigueur de conception, sans profondeur de conviction, sans force de sentiment, sert peu ou point au prédicateur. Elle n'est chez lui qu'un faible écho, elle n'a rien de cette énergie mystérieuse qu'une forte conviction imprime au style et à l'élocution. Son souffle, qui devrait enflammer, glace ses auditeurs; et, plus est noble la vérité qu'il est chargé d'annoncer , moins il réussit à la faire pénétrer dans les âmes. Il nous faut plus que la science, il nous faut la force de pensée, de sentiment et d'intention. A quoi bon donner à l'élève des armes d'une trempe céleste, si ses mains n'ont pas reçu la force pour s'en servir avec vigueur et succès ? La parole de Dieu est en vérité prompte et puissante, et plus acérée qu'aucune épée à deux tranchants; mais entre les mains de celui dont la force n'est pas en rapport avec elle, elle ne pénètre pas et ne peut pénétrer l'esprit. La puissance est l'attribut qui couronne toutes

les qualités d'un ministre. C*est le centre, et le grand résultat, auquel doivent aboutir toutes ses études, toutes ses méditations, toutes ses prières ; sans quoi sa fonction n'est plus qu'une forme et un semblant. Et cependant combien rarement on se propose clairement et sérieusement cette force comme la principale qualité pour remplir les fonctions sacrées I Combien rarement nous la rencontrons 1 Combien souvent la prédication nous rappelle les flèches de l'enfant lancées contre une forteresse de diamant ! Combien souvent ne ressemble-t-elle pas à une petite guerre! Nous n'y voyons pas l'ardeur d'un combat véritable , l'ardeur d'hommes occupés à l'accomplissement d'un grand bien. Nous avons besoin de ministres puissants, non d'agréables déclamateurs, non d'élégants essayistes, mais d'hommes préparés à agir sur les hommes, à se faire sentir dans la société.

J'ai dit que communiquer la puissance était le grand but d'une éducation théologique. Que ce mot ne cause point d'alarme. Par ce mot j'entends, comme vous avez pu le voir, une puissance bien différente de celle que possédaient autrefois les ministres, et que quelques-uns ambitionnent encore. Il fut un temps où le clergé était le rival des rois en domination; où même la mître s'élevait au-dessus de la couronne; où le prêtre, tenant enfermée pour le peuple la parole de Dieu, et transformant ses menaces et ses promesses en instruments d'usurpation, pouvait persuader aux hommes que la destinée éternelle de l'âme dépendait de son ministère, et réussissait même à établir sa domination sur des esprits ardents et féroces qui se révoltaient contre tout autre contrôle. Cette puissance, en rapport avec une

époque de barbarie, et qui fut, au jugement de quelques-uns, un élément social salutaire dans les temps grossiers et déréglés, a été ébranlée presque partout par les progrès deTintelligence; etdansles pays protestants elle est ouvertement rejetée et désavouée. Ce n'est pas pour le rétablissement de cette puissance, que ces mars ont été élevés. Nous avons la confiance qu'ils seront un rempart contre ces empiétements, et que de cette enceinte se répandront des influences de plus en plus opposées à toute forme d'usurpation spirituelle.

Me dira-t-on que cette espèce de puissance est maintenant si tombée et si méprisée, que les paroles employées à la désavouer ou à la combattre semblent autant de paroles perdues. Je serais heureux de me rendre à cette croyance. Mais malheureusement les institutions protestantes, comme les institutions catholiques, peuvent produire cette puissance d asservissement et de dégradation. Dans tous les temps, dans toutes les Églises, la terreur donne une influence à celui qui peut la répandre ; et au moyen de cet instrument, le ministre protestant, tout en condamnant les prétentions papistes, peut, s'il y est enclin, fonder un despotisme spirituel. Que ce moyen d'asservir l'esprit soit trop souvent employé, qu'il en soit fait un épou« vantable abus, c'est ce qui ne nous étonnera pas, si nous considérons qu'il n'est pas besoin de talent pour inspiner la terreur, et que les esprits grossiers et les cœurs durs sont particulièrement propres à l'application de ce genre de torture. Le progrès de l'intelligence restreint indubitablement la puissance que le ministre gagne par ses appels outrés aux craintes des hommes, mais il ne Fa nullement détruite ; car jusqu'ici l'intdligence, même

dans les pays protestants, s'est comparativement peu exercée sur la religion ; et , Tignorance produisant un état passif et servile de Fesprit, le prédicateur, si telle est sa tendance, trouve peu de difficulté à asservir par la terreur quelques esprits, sinon un grand nombre. Les effets produits, par cette puissance mal acquise, sur celui qui enseigne et sur celui qui est enseigné, sont déplorables. L'auditeur effrayé, auquel on apprend qu'il trouvera son salut en se soumettant à un credo inintelligible, et qui est trop agité pour penser avec calme et avec vigueur, se livre comme un sujet passif à ses guides spirituels, et admet une foi qui le dégrade. Et le prédicateur ne sort pas intact de cette épreuve ; car toute usiirpation sur les intelligences produit, chez celui qui l'exerce, une crainte de la vérité et une résistance à la vérité, qui menacent de la détruire pour lui. C'est pour cette raison que des ministres sont si souvent restés en arrière de leur époque, et se sont montrés les principaux ennemis des grands esprits qui ont aidé au progrès du monde. Ils ont senti leur puissance chanceler au brait des pas d'un penseur indépendant. Par une sorte d'instinct, ils ont combattu la lumière, devant laquelle se dissipaient les ombres de la superstition, et ils ont trouvé leur châtiment dans les ténèbres et la dégradation de leurs propres esprits. Ce n'est pas à une puissance pareille à celle que nous venons de décrire, que nous consacrons ces murs. Quand nous le pourrions, nous ne voudrions pas former ici des agents de terreur destinés à ébranler des nerfs délicats, à rendre l'imagination malade, à ensorceler les facultés de l'homme, à protéger des articles de croyance à l'aide de feux plus dévorants que ceux qui brûlèrent sur le Snaï. Croyant qu«

ce système de domination est l'un des principaux obstacles à une foi éclairée, et abhorrant la tyrannie dans la chaire aussi bien que sur le trône, c'est au renversement, non à la participation, de cette puissance impie, que nous voudrions consacrer cet édifice.

Me demande-t-on ce que j'entends alors par la puissance que cette école doit chercher a communiquer? J'entends la puissance d'agir sur des êtres intelligents et libres par des moyens appropriés à leur nature. J'entends la puissance de provoquer un effort salutaire de l'intelligence, de la conscience, des aff'ections et de la volonté morale de l'auditeur. J'entends la force de conception, et la chaleur du style et de l'élocution. J'entends que la vérité doit être un principe vital dans l'âme du prédicateur, et doit sortir de sa bouche comme une réalité. J'entends que toutes ses facultés morales et intellectuelles doivent concourir à l'accomplissement de son œuvre; qu'un ton de force et de résolution doit se faire sentir dans tous ses efforts; que, mettant son âme dans sa cause, il doit la plaider avec ardeur, et concentrer sur ses auditeurs toutes les influences qui sont compatibles avec leur liberté morale.

Toute idée que nous pourrons nous faire du ministère, nous apprendra qu'il ne faut rien de moins que la puissance tout entière de l'individu pour satisfaire à ce qu'il exige. Nous comprendrons cela, si nous considérons d'abord l'importance et la grandeur des sujets que le ministre doit expliquer et mettre en lumière. Il doit parler de Dieu, le Roi et le Père Éternel, dont la langue des hommes ni celle des anges ne peuvent célébrer dignement les louanges. Il doit parler de l'âme, ce rayon de la divinité qui participe de l'immortalité de

Dieu, pour le service de laquelle l'univers extérieur fût créé, et qui, si elle est fidèle à elle-même, sera un jour revêtue d*une beauté et d'une grandeur, telles que n'en présente jamais la nature dans ses aspects les plus diarmants et les plus sublimes. Il doit parler, non de ce monde seulement, mais de modes d'existence invisibles et plus avancés ; d'un monde trop spirituel pour que l'œÛ de la chair le voie, mais dont on peut trouver le pressentiment et le gage dans l'&me éclairée et purifiée. 11 a à parler de la vertu, de la perfection humaine, de Tamour que nous devons au Père Universel et k nos semblables, des rapports de l'àme avec son Créateur, et de tous les devoirs de la vie comme étant sanctifiés et ennoblis par le respect de Dieu et du monde fhtur. Il a à parler du péché, ce mal essentiel, ce mal unique, qui, par son horreur ioexprimable, fait que toutes les autres calamités ne peuvent plus être appelées de ce nom. Il doit traiter, non de la vie ordinaire, non des agents les plus distingués de l'histoire ordinaire, mais des inter ventions surnaturelles de Dieu; de sa providence la plus sensible et la plus immédiate ; d'hommes inspirés et ayant reçu la mission d'opérer dans la société les révolutions les plus importantes ; et surtout de Jésus- Christ, le Fil» de Dieu, le sujet des prophéties, le révélateur de la grâce et de la vérité, qui a sauvé l'homme du péché, qui a vaincu la mort, et qui nous a laisssé un exemple de vertu sans tache, de Jésus-Christ, dont l'amour est au-dessus de toute idée que nous pouvons nous en faire, et dont l'histoire, réunissant les étranges et touchants contrastes de la croix, de la résurrection et d'un trône céleste, surpasse toutes les autres histoires en intérêt et ,en grandeur* Il a à parler, non de choses

passagères, mais d'un bonheur et d'un malheur qui dépassent en durée et en Intensité la condition ia plus heureuse ou la plus malheureuse de l'état présent. Il a à parler de la consommation, faiblement dépeinte dans rÉcriture, mais si solennelle, de l'histoire agitée de ce monde, de la venue finale du Fils de l'Homme, de la résurrection, du jugement, des récompenses et des punitions du dernier jour. Ce sont là des sujets d*un puissant intérêt. Ils réclament et doivent exciter toute la puissance de l'esprit, et ils perdent infiniment à être traités par des lèvres froides et d'un cœur non ému.

Si nous considérons ensuite les effets que le ministre doit produire au moyen de ces vérités, nous verrons que ses fonctions demandent de la puissance, et que la puissance doit les caractériser. Le premier but des fonctions du ministre, qui est d'éclairer Tesprit à l'endroit de la religion, n'est pas facile à atteindre ; car toute vérité religieuse n'est pas tellement claire et simple, ne brille pas d'une évidence tellement irrésistible, qu'un jet de la pensée puisse mettre l'auditeur en possession de Fesprit du prédicateur. Nous parlons quelquefois, il est vrai, de la simplicité de la religion, comme si elle était aussi facile qu'un livre d'enfant, comme si l'on pouvait l'enseigner avec aussi peu de peine que l'alphabet. Mais toute analogie nous interdit de croire que les plus sublimes vérités puissent être communiquées ou acquises avec une faible dépense de pensée ou d'efforts ; et la prédominance de l'ignorance confirme cette présomption. La claire intelligence de la religion rencontre des obstacles, qui ne sont ni faibles ni peu nombreux, dans l'invisibilité de ses objets, dans la disproportion qui existe entre le Créateur infini et l'esprit

fini, dans le penchant qu'ont les êtres humains à juger des natures supérieures d'après leur propre nature, et à prêter au monde spirituel les propriétés de la matière et les affections des sens , dans la pression continuellement exercée sur l'attention par les objets extérieurs, dans les ténèbres dont le péché enveloppe Tintelligence, dans l'ignorance qui régne généralement encore à l'égard de l'âme humaine, et enfin, pour nommer en dernier lieu ce qui n'est pas le moins important^ dans les erreurs et les superstitions que nous ont léguées les siècles passés, et qui exercent sur toutes nos opinions religieuses une influence incontestable. Ces obstacles se fortifient de la répugnance qu'on a généralement à examiner la religion à fond et librement. Le ton d'autotité avec lequel on l'a enseignée, la terreur et la phraséologie obscure dont on Ta enveloppée, et Taspect peu aimable dont on Ta revêtue, ont concouru à éloigner d'elle une attention ardente et réfléchie, et à faire adopter aux hommes une manière de penser superficielle qu'ils repousseraient s'il s'agissait de tout autre sujet. Ajoutez que l'enseignement précoce et la fréquente répétition des choses religieuses, en faisant de la religion un objet familier, Texpose à être négligée. Le résultat de toutes ces influences fâcheuses, c'est que la vérité religieuse est moins clairement comprise par la multitude,'est pour elle plus nuageuse, moins réelle, que toute autre vérité; et malheureusement, cette remarque s'applique avec presque autant de raison, à tous les rangs de la société et à toutes les classes d'esprits. Les vagues idées qui dominent en haut comme en bas, ne méritent pas le nom de connaissance du Christianisme. Les esprits les plus élevés chez nous exercent rarement

leur force sur le sujet même, pour lequel l'intelligence fut pricipalement donnée. Une grande révolution est nécesssaire à cet égard. Il faut que Tentendemenl humain soit amené à agir sur la religion avec une nouvelle puissance. Il faut qu'il en poursuive Texamen avec plus de véhémence qu'il n'en apporte dans toute autre investigation. Et Ténergie n'est-elle pas nécessaire chez le prédicateur, pour faire naître chez les autres cette puissance et cette ardeur de pensée, pour présenter la religion à Tintelligence comme son plus digne objet, pour transformer en une conviction réfléchie et profonde la foi traditionnelle, inanimée, superficielle des hommes?

Que le ministère devrait être caractérisé par la puissance et l'énergie, c'est ce qui deviendra plus évident, si nous considérons qu'il aété institué pour vivifier, non seulement l'intelligence, mais la conscience, pour prouver les ohligations qu'impose la religion, aussi bien que pour en expliquer la vérité. C'est une partie importante du devoir du ministre, de pénétrer chaque esprit individuel des principes généraux du devoir , de le faire rentrer en lui-même , de l'exciter à un examen courageux et impartial de sa responsabilité et de ses fautes. Et ne faut-il pas de l'énergie pour renverser les barrières de l'orgueil et de l'amour-propre, et pour placer l'individu devant un tribunal intérieur aussi solennel, aussi scrutateur, que celui qui l'attend au dernier jour ? Il n'est pas aussi difficile, il est vrai, d'exciter chez les esprits timides et impressionables une délicatesse de conscience maladive, d'épouvanter les gens faibles par l'idée qu'ils ont à répondre de péchés qu'ils ont hérités du premier couple tombé , et qui leur sont

transmis par une dure nécessité. Mais cette action fiévreuse de la conscience fait sa faiblesse, non sa force; et le prédicateur qui veut appeler le sens moral à un jugement lucide et à une sensibilité saine, a besoin d'un genre de puissance infiniment plus élevé qu'il n'est nécessaire pour l'obscurcir et l'énerver.

Une autre preuve que le ministère doit se caractériser par la puissance, résulte de celte considération , qu'il est appelé à agir sur les affections, à présenter la religion dans ce qu'elle a d'aimable et de respectable, aussi bien que dans ce qu'elle a de vrai et d'obligatoire, à concentrer sur elle toute la force du sentiment moral. Le prédicateur chrétien a une grande œuvre à accompUr dans le cœur humain. Le but le plus noble de sa fonction est de faire de Dieu l'objet du respect et de l'attachement les plus forts, de la confiance et de la joie les plus profondes, dont la nature humaine soit capable. La religion demande que Celui qui est le souverain de rupivers, règne souverainement dans l'âme humoine. Dieu , à qui appartient l'attribut mystérieux et incommunicable de l'infinité ; qui est la plénitude et la source de la vie et de la pensée , de la beauté et de la force, de Tamour et du bonheur; dont nous dépendons plus intimement que le ruisseau de sa source, ou la plante du soi dans lequel elle est enracinée, — Dieu, ce Grand Être , doit exciter des émotions particulières, toucher et émouvoir l'âme, comme il pénètre la création, avec une énergie sans égale. Ce qui le distingue, c'est qu'il unit dans sa nature à une majesté infinie une bonté infinie, aux attributs les plus terribles les attributs les plus aimables, aux rapports les plus tendres avec l'individu la grandeur du souverain universel ; et, en raison

deeetie nature, il doit agir sur ràmeeomme ne saurait le faire aucun autre être, exciter un amour plus ardent,, un respect plus profond, une sensibilité dont Tâme ne se connaît pas capable 4ant que Dieu ne Fa pas pénétrée et touchée. Amener l'esprit créé à une union vivante avec Tesprit infini, tellement qu'il lui réponde dans tout son être, c'est là la plus noble fonction que remplisse cet harmonieux et bienfaisant univers. C'est pour cela que la révélation a été donnée. C'est pour cela que le ministère a été institué. Le prédicateur chrétien doit rendre plus intelligible et interpréter cette voix par laquelle la beauté et la majesté de la nature, les cieux, la terre, les saisons fécondes, les tempêtes et les tonnerres rappellent les hommes à leur Créateur. Il doit surtout attirer leurs regards sur les splendeurs, plus claires, plus douces, plus attrayantes, de la Divinité, qui nous sont révélées par Jésus-Christ. Son grand objet, je le répète, c'est de rendre la pensée de Dieu vivante dans l'âme humaine, d'y faire sentir sa présence, de faire qu'il soit pour Tâme une réalité, et de toutes les réalités la plus puissante. Et n'est-ce pas là une tâche qui demande de l'énergie de pensée et d'expression? Est « ce chose facile, dans un monde de matière et de sensations , au milieu d'une foule d'impressions qui nous viennent du dehors, au milieu de l'action constante et visible des causes secondaires, au milieu des anxiétés, des fatigues, des plaisirs, des dissipations et des riva lités de la vie, au milieu du mouvement et du tumulte de la société, et à une époque où la sensualité est en guerre avec la spiritualité, où le développement des ressources de la nature détourne l'homme de la confiance en Dieu, — est-ce chose facile, au milieu de ces

grossiers intérêts et de ces influences absorbantes, d'élever l'esprit de Thomme jusqu'à la Divinité invisible, d'y fixer des impressions de Dieu plus profondes et plus durables que celles qu'il reçoit de tous les autres êtres, de faire de Dieu l'objet , le ressort et le mobile souverain de l'àme ?

, Nous avons vu combien sont forts et profonds les sentiments que le ministre {loit exciter h l'égard de Dieu. Mais produire de fortes impressions religieuses n'est pas toute sa tâcbe. Cette force même, par suite des imperfections de noire nature, a ses dangers. La religion, en devenant fervente, devient souvent maladive. C'est le devoir du ministre d'inculquer une piété qui se caractérise par la sagesse aussi bien que par la fterveur, de se faire, si je puis ainsi parler, le médiateur entre la raison et la sensibilité, de manière, qu'avec une énergie commune et dans une sainte harmonie, elles puissent grandir ensemble et ofl^rir à Dieu l'âme non partagée. Quiconque sait la force d'émotion dont la nature humaine est susceptible, et combien l'équilibre de l'Ame est difficile à maintenir, n'a pas besoin qu'on lui dise tout ce que cette lâche a de difficile. Les personnes pieuses, dans leur soif d'exaltation et par suite des idées fausses qu'elles se font de l'amour de Dieu, sont portées à entretenir en elles les sentiments de dévotion, aux dépens, sinon à l'exclusion, des autres côtés de leur nature. Elles semblent s'imaginer que la piété, comme l'arbre Upas, crée un désert là où elle croît, que l'esprit, sinon le corps, a besoin d'un cFoître. Les mouvements naturels de l'âme sont réprimés, les affectionî* sociales sont étouffées, on repousse avec dédain la grâce, l'ornement et les innocents plaisirs de la vie,

et l'on cultive une religion sombre et répulsive, qui, en compensation des privations qu'elle s'impose, s'atlribue le monopole de la faveur de Dieu, abandonnant à la colère divine tous ceux qui ne veulent pas adopter sa noire livrée et se faire les échos de sa voix sépulcrale. C'est en se montrant sous de pareils aspects que la religion s'est déhonorée; et Ton en est venu alors à croire que le plus ennobh'ssant de tous les sentiments, celui qui élargit Tâme par de vastes pensées et une espérance sans limites, la rétrécissait et la dégradait. H faut que le ministre prêche une religion fervente, mais écl|irée; une piété qui, loin d'affaiblir ou de détruire les diverses affections et les diverses facultés de l'âme, les protège, les entretienne et les ranime; qui ajoute de la force à la raison, aussi bien que de l'ardeur au cœur, qui, tout à la fois, nous attache à Dieu, et resserre et multiplie les liens qui nous unissent à nos familles, k notre pays et à l'humanité ; qui rehausse la saveur des plaisirs de ce monde, tout en faisant naître une soif inextinguible d'un bonheur plus pur dans la vie à venir. La religion ne mutile pas notre nature. Elle ne détruit pas nos affections et nos intérêts humains, pour élever un trône à Dieu parmi des ruines tristes et solitaires ; elle élargit au contraire le cercle de la pensée, du sentiment et des jouissances. Telle est la religion ; et le ministère chrétien, ayant pour but de communiquer cette piété saine, qui s'adapte à tout et qui n'exclut rien, exige toute l'énergie de pensée, de sentiment et de parole, que l'individu peut mettre en œuvre.

Le temps me manquerait pour parler des autres affections et des autres sentiments que le ministère a la mission d'exciter et d'entretenir, et je me hâte d'arriver h un

autre objet que doit se proposer le prédicateur chrétien, et qui fera particulièrement comprendre , à ceux du moins qui se connaissent eux-mêmes, la puissance que demandent ses fonctions. l\ esït de son devoir d'exciter les hommes à lutter contre eux-mêmes, à faire la guerre au mal qui habite leur propres cœurs. C'est là, en eiîet, le suprême mal. Les plus terribles calamités de la vie, la maladie, la pauvreté, le mépris, les cachots, la mort, forment une plus faible somme de désolation et de souffrance, que tf en renferme ce seul mot, le péché,— c*est-^-dire, la révolte contre Dieu, la désobéissance à la conscience, la tyrannie des passions, Tasservissement des plus nobles facultés de Tàme. Racheter les hommes du péché fut la grande mission du Christ. Les pénétrer d'un nouveau sentiment du péché , de manière qu'ils gémissent sous son poids, qu'ils luttent contre lui, et que par la prière et la vigilance ils en restent vainqueurs, c'est là une partie essentielle de la tâche du ministre. Qu'il ne se contente pas d'exciter par son éloquence des émotions passagères de reconnaissance ou de sympathie. Il faut qu'il provoque Fême à prendre une ferme et solennelle résolution contre ses vices enracinés et choyés, ou bien son attaque n'est qu'un assaut de parade qui laisse l'ennemi retranché et maître de la place. Nous voyons donc combien est malaisée l'œuvre du ministre. Il est appelé à combattre la force des passions humaines, toute la puissance du mal moral. Il doit enrôler les hommes, non pour une croisade, non pour l'extermination des hérétiques , mais pour livrer un combat plus dur à l'intérieur, pour chasser tous les péchés et surtout les péchés dominants des forteresses du cœur. Je ne connais pas de tâche aussi difficile,

je n'en connais pas qui demande une égale puissance. Je n'envisagerai plus que sous un seul point de vue les objets pour lesquels le ministère chrétien a été institué, et d*où nous concluons qu'il doit être plein d'énergie. Il est du devoir du prédicateur chrétien d'exciter dans Tàme la conviction de son immortalité, le désir ardent d'une existence plus haute, et une grandeur et une élévation de sentiment, qui conviennent à un être dont la vie, le bonheur et le progrès doivent être éternels. Il a affaire aux hommes, non pas comme habitants de ce monde, mais comme vivant en relation avec des êtres invisibles, avec des mondes plus purs et plus heureux. Le ministre devrait considérer l'âme humaine comme ayant en elle le germe des choses célestes. H devrait reconnaître chez l'ignorant et l'homme grossier d'immenses facultés spirituelles qui lui furent données pour se développer perpétuellement, de la même manière que l'artiste de génie aperçoit dans le marbre brut sa transformation possible en une majesté et une grâce qui commanderont l'admiration des siècles. Il faut que, conformément à ces idées, il s'efforce d'exciter chez les hommes le sentiment de leur nature intime et de l'affinité de cette nature avec Dieu, et de les amener à faire de son progrès et de son bonheur infinis l'objet constant de leurs efforts et de leur espérance. Telle est sa mission. On me dira peut-être que les hommes, quelque bonne instruction qu'ils reçoivent, sont incapables de s'élever à cette hauteur de pensée et de sentiment. Mais ne désespérons jamais de notre race. Il y a, j'en suis certain, dans l'âme humaine, un sentiment profond qui répond à l'appel de celui qui lui parle, sincèrement, avec le langage de la vérité, des grandes fins.

des fins éternelles, pour lesquelles elle a été créée, il y a chez rhomme de sublimes instincts. Il y a dans la nature humaine un besoin que le monde ne saurait satisfaire ; une soif d'objets sur lesquels elle puisse épancher une admiration et un amour plus fervents que n'en excitent les objets sensibles; unesoif derinvisible, de l'infini et de réternel. La plupart de ceux qui m'écoutent ont eu probablement des moments où une nouvelle lumière a semblé leur apparaître, une nouvelle vie s'agiter en eux; où ils ont aspiré après un bien inconnu; où ils ont été touchés dé la grandeur morale et de l'amour désintéressé; où ils ont brûlé du désir do briser toutes les chaînes de Végoïsme et de la sensualité, et de jouir d'une existence plus pure. C'est sur cette partie de notre nature que la religion est fondée. C'est à elle que s'adresse le Christianisme. La faculté de parler à cette partie de notre nature est la plus noble que Dieu ait accordée, soit à Thomme, soit à l'ange ; et le ministre chrétien devrait l'ambitionner par-dessus toute chose.

Le besoin de puissance dans le ministère a été démontré par la grandeur des vérités que le prédicateur chrétien est appelé à répandre, et des eflfets qu'il doit produire. Vient maintenant la question de savoir, comment on peut aider Tétudiant en théologie à acquérir ou à développer cette puissance. Sous quelles influences doit-il être placé? Quels sont les sources ou les mobiles de l'énergie dont il a besoin? Comment peut-on le stimuler et le préparer à agir avec le plus d'effet sur les esprits des hommes? Répondre à ces questions, c'est en réalité déterminer le caractère qui convient à une école théologique, l'esprit qu'elle doit entretenir , la discipline , le mode d'enseignement,

les stimulants qu'elle doit employer. Dans une matière aussi vaste, je choisirai quelques points que recommandent tout à la fois leur importance et les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons en ce moment placés.

1 . Pour donner à l'étudiant la puissance de pensée et d'expression, il faut qu'on lui laisse la liberté d'examen, bien plus, qu'on l'encourage à en user. Sans elle une école de théologie devient une prison pour rintelligence et une chose nuisible pour l'Église. L'esprit grandit par la liberté d'action. Conflnez-le dans des sentiers battus, prescrivez- lui les résultats auxquels toute étude doit aboutir, et vous lui ôtez son élasticité et sa vie : il ne se développera jamais dans toute son étendue. Enseignez au jeune homme que les leçons des autres sont destinées à exciter, et non à annuler son activité ; qu'il a une intelligence divine dont il est responsable envers Dieu ; et que la livrer à un autre c'est découronner sa tête, c'est abdiquer son plus noble droit de naissance. Encouragez-le, dans toutes les grandes questions, à entendre le pour et le contre, et à aborder franchement le point auquel on oppose des arguments. Apprenez-lui à ne pas transiger avec son esprit, à ne pas imposer silence à ses murmures et à ses objections, afin de se livrer en paix à une opinion favorite. De la liberté ne lui donnez-pas l'ombre pour la réalité, en lui disant d'examiner, mais en lui prescrivant les convictions auxquelles il doit s'arrêter. Mieux vaut lui faire voir franchement ses chaînes, que de troniper l'esclave par l'apparence de la liberté.

Je sais l'objeclion qu'on opposera à cette manière d'agir. On dira qu'elle livre au hasard les principes

religieux de la jeunesse. Cette objection n'est pas sans fondement ; le danger n'est pas sans réalité. Mais je ne connais pas de moyen de former une intelligence virile, un caractère viril, sans danger. Le danger est Télément dans lequel se développe la force. Éloignez le jeune homme de tout risque; tenez-le en lisière, de* peur qu'il ne s'égare dans des sentiers défendus; entourez-le de duvet, de peur qu'il ne se blesse en tombant ; protégezle contre les vents et les tempêtes : et vous le condamnerez à une enfance perpétuelle. Toute liberté est périlleuse , comme le despote Taffirme avec vérité ; mais qui voudrait pour cela chercher un abri sous le trône d'un despote? La libre volonté est presque un don effrayant; mais cependant l'agent libre , avec toute son aptitude au crime, est infiniment plus intéressant et plus noble que la machine la mieux réglée et la plus admirable. La liberté est la nourrice de la vigueur intellectuelle et morale. Mieux vaut exposer Tesprit à l'erreur, que lui enlever sa hardiesse et son individualité. Ne tenez pas celui qui est destiné à instruire les hommes éloigné du champ périlleux où se livre le combat entre la Vérité et le Mensonge. Il faut qu'il en vienne aux mains avec les difficultés, avec le sophisme et Terreur. La vérité est nne conquête, et nul ne la conserve aussi fermement que celui qui l'a obtenue par la lutte.

Que des cas d'incrédulité puissent se présenter dans des établissements dirigés d'après des principes de liberté, cela est très possible, quoique noire propre expérience ne nous donne à cet égard aucun sujet d'inquiétude. Mais l'étudiant , qui , avec toutes les facilités qui lui sont fournies dans un séminaire pour arriver à la foi chrétienne, n'en devient pas moins la proie du scep-

ticisme , n'est pas l'homme auquel doit être couflée la cause du Christ. Il est radicalement impropre. 11 lui manque cette conformité avec les hantes vérités spirituelles, sans laquelle les preuves de la religion ne sauraient produire une conviction profonde, et sans laquelle la foi, qui pourrait être inculquée par une éducation servile, ne servirait guère. Un esprit droit peut, certes, être troublé et ébranlé pour un temps par les arguments du scepticisme; mais ces arguments finiront par être repousses^ et comme des ennemis vaincus , viendront fortifier le principe qui en est demeuré vainqueur.

Rien , j'en suis sûr, ne peut donner de la puissance comme la libre action de Tesprit. Multipliez les maîtres et les livres , car ils sont indispensables. Mais le meilleur madtre est celui qui éveille chez ses élèves la faculté de penser, et leur apprend à marcher seuls. On peut affaiblir et gêner l'esprit par trop d'aide. L'éclat même des talents du maître peut nuire à l'élève; et l'homme supérieur, qui est plus désireux de propager son propre credo et sa propre réputation, que de développer une forte intelligence chez les autres , aura seulement dépensé sa vie à multiplier de misérables copies» et à envoyer dans les églises d'humbles imitateurs de ce qu'il est lui-même.

C'est donc au libre examen que nous consacrons ces murs. Nous appelons dans leur enceinte le jeune homme sincère qui attache plus de prix à la liberté de l'esprit qu'à tout ce que peuvent donner les sectes ou le monde. Que l'air libre du Ciel circule ici , que la lumière du 4^iel y brille sans voiles , et que ceux qui sortiront d'ici aillent , non se faire les servîtes échos d'un symbole

imposé à leur faiblesse , mais publier d*un accent \iril et spontané ce que leurs libres recherches et leur profonde conviction les poussent à prêcher comme étant la vérité de Dieu.

2. En second lieu , pour que le prédicateur ait de la puissance, il faut le pénétrer par tous les enseignements et les stimulants possibles d'un souverain et invincible amour de la vérité. Cet amour est ce qui peut le mieux protéger contre les dangers du libre examen , et communiquer la double énergie de la pensée et de la parole. Le premier devoir d'un être raisonnable est envers sa propre intelligence ; car c'est au moyen d'une saine et droite intelligence qu'il doit apprendre tous ses autres devoirs. Je ne connais pas de vertu plus importante et plus appropriée à l'instituteur^ et surtout à l'instituteur religieux, que la candeur et la droiture d'esprit, qu'un amour de la vérité plus fort que l'amour du gain, de la réputation, de la vie ; et cependant, bien loin d'être entretenue, cette vertu a été attaquée, poursuivie, exilée , condamnée au bûcher, dans presque tous les pays chrétiens , par des ministres , des églises , des séminaires ou une populace égarée. Dans la glorieuse société des héros et des martyrs, une place élevée appartient à celui, qui , supérieur aux dédains ou aux railleries, à la pitié ou à la colère qu'un changement d'opinions pourrait lui attirer, et malgré des influences contraires de patronage, d'amitiés privées ou d'ambition, conserve son esprit chaste et inviolé , en fait un temple saint pour la vérité, toujours ouvert à la lumière nouvelle qui vient du Ciel ; et qui, fidèle à ses convictions réfléchies, exprime avec simplicité et fermeté la croyance de son esprit immaculé. Cet amour de la vérité donne de la

pttigsance , car par lui nous sommes assurés d'avancer dans la connaissance de la vérité ; et la vérité est Tarme robuste à Taide de laquelle la religion doit remporter ses victoires. La vérité dure , tandis que Terreur porte en elle-même les germes de sa destruction. La vérité est une émanation de Dieu, un rayon de sa sagesse, et elle est immuable comme la source d^où elle vient; et bien que ses premières influences semblent moins puissantes que celles de Terreur, elle se fortifie et pousse de plus profondes racines, au milieu des fluctuations et de la ruine des opinions fausses. En outre, ce dévouement à la vérité conduit non seulement à eu acquérir la connaissance » mais crée un rapport vital avec elle , une conviction particulière, qui donne à Tenseignement de la rectitude , de la force et de Tautorité. Le ministre qui a religieusement respecté les droits' de son intelligence , parlera avec un accent de vérité , de calme confiance, de droiture consciente d'elle-même, que ne peut trouver celui qui se fait le reproducteur servile des idées des autres, ou le champion passionné d'un symbole accepté sans examen. 11 y a dans un regard , un accent, une parole de celui qui recherche sincèrement la vérité et qui exprime ses convictions réfléchies, une puissance toute particulière pour fortifier les convictions des autres. Que ces murs soient donc consacrés à l'amour de la vérité , et qu'ici viennent se réunir toutes les influences qui peuvent le faire naître dans le cœur de la jeunesse !

3. Pour produire des ministres qui aient la puissance que nous cherchons, il faut qu'un établissement comme celui-ci ne néglige pas les moyens de développer la dévotion , et d'imprégner de sensibilité religieuse la

science de Tétudiant. Tout le inonde sait que» sous Vempire d'une émotion forte et généreuse , un esprit cultivé acquiert comme une nouvelle possession des ressources qui sont en lui, une nouvelle énergie, une nouvelle richesse de pensée et d'expression ; pendant que chez les individus naturellement doués d'une forte intelligence , le sentiment supplée presque à la culture, et inspire au prédicateur illettré une éloquence ardente , irrésistible, que nul appareil de livres , de maîtres ; de critique , de langues anciennes et de littérature générale ne saurait donner. Ce pouvoir qu'a le sentiment de féconder et de vivifier rintelligence, n'est pas difiBcile à expliquer. Une affection forte et pure concentre l'attention sur ses objets , y attache l'âme tout entière , et donne ainsi de la vie à la pensée. Elle associe intimement toutes les idées qui sont en harmonie avec elle, et fait affluer ainsi la pensée à l'esprit dans les moments d'excitation. En effet , une émotion forte semble remuer Tâme jusque dans ses fondements, et attirer à elle et imprégner de son feu tous les éléments, toutes les pensées, toutes les preuves qui peuvent la servir. De là vient que même les hommes ordinaires, lorsqu'ils sont fortement émus, abondent en arguments, en comparaisons et en appels véhéments, qu'aucune autre faculté que la sensibilité n'aurait pu inspirer. Il n'est pas de ministre qui ne se rappelle, sans doute, des moments où le sentiment religieux a semblé ouvrir une nouvelle source de pensée dans son àme. La dévotion cherche et saisit instinctivement l'aspect religieux des choses. Elle reconnaît l'empreinte de Dieu, et trouve des preuves et des explications de la vérité divine, dans tous les faits de la nature et de la providence; et elle semble

envelopper Tàme d'une atmosphère qui répand ses chaudes couleurs sur tous les objets qui s'y rencontrent. Cette attraction ou cette affinité, si je puis ainsi parler, qu'une émotion établit entre les pensées qui s'accordent avec elle, est une des plus importantes lois de l'esprit ; et elle se manifeste principalement dans la poésie, dans réioquence et dans tous les nobles travaux de l'intelligence par lesquels l'homme acquiert de l'empire sur ses semblables. Le sentiment religieux est donc indispensable à un ministre pour le rendre puissant. Sans lui, la science et Fimagination peuvent plaire, mais ne peuvent toucher d'une manière profonde et durable. C'est lui qui non seulement suggère les idées, mais qui donne la force et le bonheur d'expression. Il inspire « les paroles brûlantes, » ces mystérieuses combinaisons de langage, qui font que l'âme de l'orateur pénètre ses auditeurs comme un éclair, qui donnent une nouvelle vie à des vérités vieilles et flétries, et produisent chez les esprits impressionnables une expansion subite de la pensée et du sentiment.

Nous consacrons donc cette institution au sentiment religieux. Que le cœur médite ici jusqu'à ce qu'il s'enflamme. Qu'ici la prière, jointe aux méditations sur la nature, sur l'Écriture et sur les fervents écrits des hommes pieux, éveille la sensibilité dans toute sa force. Mais sur aucun point la prudence n'est plus nécessaire que sur celui-ci. Qu'on ne perde jamais de vue que c'est un sentiment vrai qu'il nous faut, non les accents, les regards, les gestes de ce sentiment, non une ardeur forcée et un zèle factice. Malheur à l'institution où l'on attend d'un jeune homme qu'il répète , ému ou non, le langage de l'émotion ; où l'on s'efforce sans cesse d'échauffer l'âme

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d'une ardeur qu'elle ne saurait soutenir. Les affections sont d'une nature délicate, etilae faut pas prétendre les régir. On ne peut les contraindre. Il serait difficile de trouver quelque chose de plus mortel à la vraie sensibilité, que d'en prendre le ton et les dehors quand elle n*existe pas. Exhortez l'étudiant à nourrir en lui le sentiment de la dévotion par ses rapports avec Dieu, et avec ceux que Dieu a touchés. Mais exhorte2-le non moins fortement à s'abstenir de tous les signes d-émotion qui ne viendront pas du cœur. Apprenez-lui qu'il n'y a rien qui repousse plus le Saint-Esprit, ou ferme plus vite r&me aux influences d'en haut, que le manque de sincérité. Apprenez-lui à être simple» naturel, fidèle à son âme. 11 vaut mieux être froid que d'affecter le sentiment. En réalité, rien n'est si froid qu'un enthousiasme factice et bruyant. Son véritable emblème» c'est la bise d'hiver qui glace en hurlant. Que ce lieu soit consacré à la franchise et à la sincérité chrétiaines. Qu'il ne soit jamais souillé par la feinte, par une ferveur affectée, par un jargon mystique et un appareil théâtral. 4. Une autre source de puissance pour le ministère, c'est la Foi ; et par là, nous entendons, non une (croyance générale dans les vérités du Christianisme, mais une ferme confiance dans les grands résultats que cette rehgion et le ministère sont destinés à produire. On a souvent remarqué qu'une foi vive tend à réaliser ses objets; que toutes choses deviennent possibles pour celui qui les considère comme telles. La confiance et l'espérance donnent de Tanimation et de la force. Celui qui désespère d'arriver à de grands effets ne les produit jamais. Toutes les grandes œuvres ont été les résultats d'une ferme confiance, inspirant et soutenant de vigoureux

efiérts. Le jeune homme qui ue peut coueeTCûr que le ministère smt susceptible d'effets plus grands que ceux dont il est actuellement témoin, qui pense que le Chris* tianisme a épuisé toute sa force à produire cette médiocrité de vertu qui caractérise la Chrétienté, et auquel rame humaine semble avoir atteint toute sa puissance et être parvenue à son entier développement religieux, ce jeune homme-là n'est pas fait pour le ministère. Qu*uti pareil homme n'emploie pas ses débiles mains à la défense de la cause chrétienne. Il y a des exemples qu'une voix assurée ait rallié une armée en déroute, et l'ait ramenée à la victoire ; et cet accent qui donne le courage est celui qui convient aux chefe de l'armée chrétienne/Le ministre, certainement, doit voir et sentir, avec plus de douleur que les autres hommes, l'étendue et la puissance du mal moral chez les individus, dans l'église et dans le monde. Qu'il pleure sur les ravages du péché. Mais qu'il pense aussi que la plus grande puissance de l'univers se trouve du côté de la vérité et de la vertu ; et qu'à son affliction et à ses craintes il unisse Une confiance inébranlable dans la cause de l'humanité. Qu'il considère les hommes comme des êtres mystérieux, doués d'une vie spirituelle, d'un principe intime et profond d'amour saint et désintéressé, et d'une nature intellectuelle et morale qui fut faite pour être apte à recevoir Dieu. Pour entretenir en lui cet esprit d'espérance, cette confiance fortifiante, il est important que le ministre comprenne et «ente que, dans ses efforts pour la religion, il n'agit pas seul, mais de concert avec Dieu, avec le Christ et les êtres vertueux de la terre et du ciel. Qu'il considère la rénovation spirituelle du genre humain, comme étant le premier des

desseins de Dieu, celui pour lequei la nature et la providence sont associées dans une sainte collaboration. Qu'il se sente uni de dessein et de travail à ce grand corps dont le Christ est le chef, à la noble fraternité des apôtres et des martyrs, des justes rendus parfaits, et, je dirai aussi, des anges ; et parlant avec la foi qui convient à cette société sublime, il ne parlera pas en vain. A cette foi, à Fespérance prophétique, à une pieuse confiance dans les glorieux résultats du Christianisme, nous consacrons ces murs; et puisse Dieu former ici des ministres dignes de se mêler aux saints de ce monde et de l'autre , et de travailler avec eux k la rédemption de Thommel

6, De plus, pour que le ministère puisse acquérir une force nouvelle, il faut qu'il ait Fesprit d'entreprise et de réforme. Ceux qui entrent dans le ministère doivent sentir qu'il est susceptible d'amélioration. Nous vivons à une époque de progrès et de mouvement; et la plus noble fonction qu'il y ait sur la terre ne participera-tclle point du progrès général? Pourquoi le nouveau ministère seraitril une continuation servile de l'ancient A-tron essayé et épuisé tous les moyens d'action sur rhomme ? N'y a-l-il pas des voies qui n'aient pas encore été tentées pour arriver au cœur humain? Si nous vivons dans une ère nouvelle, ne faut-il pas que la religion soit présentée sous de nouveaux aspects et dans de nouveaux rapports? Le scepticisme ne prend-il pas une forme nouvelle? Le Christianisme n'a-t-il pas de nouveaux ennemis à combattre ? et n'existe-t-il pas de nouvelles armes et de nouvelles manœuvres qui puissent assurer ses triomphes ? Si la nature humaine se manifeste sous de nouvelles clartés, et si die traverse une

nouvelle phase et la plus intéressante de son progrès, la dépeindra-t-on toujours avec les mêmes lieux communs, et emploiera-t on exclusivement pour agir sur elle les motifs qui appartenaient aux époques plus reculées de la société ? L'esprit ne peut-il pas être devenu sensible à Taction de mobiles plus nobles que ceux qui étaient appropriés à des temps sans culture ? Le ministre restera-t-il en arrière de son époque, et se laîssera-t-il, comme cela est souvent arrivé, traîner à la remorque dans les derniers rangs du progrès? Qu'on enseigne à ceux qui doivent entrer dans le ministère qu'ils ont quelque chose de plus à faire que de traiter d'anciens sujets à l'ancienne manière, et de suivre des sentiers battus et rebattus. Ou*ils recherchent si de nouvelles forces et de nouveaux moyens ne peuvent pas être employés pour agir sur le caractère de l'homme. N'est-il pas permis de croire que le progrès de Fintelligence et de la science peuvent fournir de nouvelles ressources au ministre de la religion, aussi bien qu'à l'homme d'état, à l'artiste, au philosophe? N'y a-t-il pas de nouvelles combinaisons, de nouvelles manières de se servir des éléments de la pensée, aussi bien que des éléments de la nature? Est-ce chose impossible que, dans le vaste domaine de l'Écriture, de la nature, de la providence et de l'âme, il y ait des vérités non découvertes ou mal déffnies, qui pourraient donner une nouvelle impulsion à l'esprit humain ? Nous consacrons ce lieu, non seulement à la continuation, mais au progrès du ministère ; — et que ce progrès commence immédiatement dans les choses où le public, sinon le clergé , en sent le besoin! Que ceux qui doivent être élevés ici soient prémunis contre cette éloquence glaciale, ce ton d'éco-

lier, celte diction inanimée» qu'on rencontre trop souvent dans la chaire et qu'on ne supporterait nulle part ailleurs. Qu'ils parlent avec l'accent de la vérité et de la nature, et qu'ils adoptent le style et Félocution d'hommes qui sont occupés d'une œuvre urgente, et qui sont passionnés pour la régénération des individus et de la société.

6. Une autre source de puissance, qui est trop évidente pour avoir besoin de démonstration , et qui cependant est trop importante pour qu'on n'en parle pas, c'est un esprit indépendant. Par là, j'entends, non un défi brutal aux opinions et aux. usages de la société, mais ce courage moral qui, soit qu'on l'applaudisse ou qu'on le blâme, écoute avec respect la voix de Dieu et de la conscience et lui obéit sans crainte. Celui qui veut instruire les hommes ne doit pas les craindre. Celui qui est appelé à réformer la société ne doit pas s'inquiéter de se tenir à son niveau. La crainte de l'opinion énerve la prédication^ etôteàla vérité son aiguillon. Le ministre qui la subit pourra brandir ses armes en l'air, à la grande admiration des spectateurs, mais il ne percera jamais la conscience. Le ministre, comme le bon chevalier, doit être sans peur. Qu'il cultive celte hardiesse de parole que Paul demandait à Dieu. Qu'il ne flatte ni les grands ni les petits. Qu'il n'enveloppe pas son blâme dans un verbiage orné. Qu'il ne fasse pas de compromis avec le mal, parce qu'il est pratiqué par une foule de gens; mais que, pour cette raison-là même, il le flétrisse avec plus de véhémence. Qu'il prenne garde à la servitude que la société, sans qu'on s'en aperçoive, impose à l'esprit et à la langue. Le courage moral n'est pas la vertu de notre époque. L'amour de la popularité est le

vioe qui souille tout dans une république. En outre, ie« rapports de plus en plus étroits qui s'établissent entre un ministre et sa communauté, en même temps qu'ils rendent son esprit plus libéral, et qu'ils détruisent des préjugés de profession, tendent à l'asservir à l'opinion, à user sa force de résolution vertueuse, et à le transformer, d'intrépide protecteur de la vertu et d'ennemi du péché qu'il voulait être, en un élégant et aimable compagnon. Que le jeune homme soit prémuni contre cette déshonorante lâcheté qui amollit les pensées et la parole du minisire, au point qu'elles en viennent à se glisser dans l'oreille et dans l'esprit, sans heurter les nerfs les plus, délicats. Nous consacrons cette école à l'indépendance chrétienne. Puisse-t-elle produire des esprits vaillants pour la défense de la vérité et de la religion? 7. Je terminerai maintenant en indiquant la principale source de puissance pour le ministre, une source de puissance dont nous nous sommes occupés déjà dans une certaine mesure, et qui se trouve impliquée dans tout ce que nous avons dit, mais que nous devons signaler plus clairement avant de passer outre. Je veux parler de cet esprit, de cette disposition, de ce sentiment, auquel Tamour de Dieu, l'amour de l'humanité, l'amour du devoir, viennent aboutir comme à leur résultat le plus élevé, et dans lequel ils trouvent leur perfection et leur plus glorieux développement : j'entends Fesprit de sacrifice personnel, — l'esprit du martyre. Cet esprit fut la perfection du Christ, et c'est la plus noble inspiration que ses sectateurs puissent lui devoir. Qu'on ne dise pas que c'est là une hauteur à laquelle on ne doit pas compter que s'élève la généralité des ministres. Cet esprit est d'une obligation plus

universelle que beaucoup ne se Timaginent. Il entre dans toutes les vertus qui sont d'intérêt sérieux pour nous. En réalité, Il n'y a pas de vertu véritable sans lui. Quel est rhorome honnête? celui qui préfère la mort à remploi de la fraude. Quel est le bon père? celui auquel ses enfants sont plus chers que la vie. Quel est le vrai patriote ? celui qui est prêt à sacrifier sa vie pour la cause de son pays. Quel est le philanthrope? celui qui s'oublie lui-même, absorbé dans son zèle pour le soulagement des souffrances humaines, pour la liberté, la vertu et l'instruction des hommes. Ce n'est pas seulement le Christianisme qui a enseigné le sacrifice de soi-même : la coriscience et la divinité que nous avons en nous, ont dans tous les teinps rendu témoignage à sa beauté et à sa grandeur, et l'histoire lui emprunte son principal éclat. Mais le Christ sur sa croix l'a enseigné avec une perfection jusque-là inconnue, et sa gloire consiste dans la puissance avec laquelle il le manifeste. On s'attend à ce que le plus humble des disciples du Christ participe de cet esprit. Combien plus les prédicateurs et les guides de son église ! Celui qui n'est pas touché de ce sublime caractère de notre religion, qui ne peut pas s'élever au-dessus de lui-même, qui ne peut pas, par son propre sentiment intérieur, comprendre l'énergie enflammante et la joie solennelle que la souflVance ou le péril supportés pour une noble cause ont souvent inspirées, — celui pour lequel ce langage est un mystère, manque de Tune des grandes marques de la vocation pour les fonctions sacrées. Qu'il s'enrôle sous tout autre étendard que celui de la croix. Pour prêcher avec efïet, il faut qu'un homme sente que le Christianisme est digne du sang qu'il a coûté; et

qoe, radoptant comme Tespérance capitale du genre humain, il méprise les intérêts ordinaires de la vie, comparés à la gloire et au bonheur d'aider à son progrès. Cet esprit d'intrépidité et de résignation communique aux prédicateurs une énergie que nul autre principe ne saurait donner. En effet, une telle puissance réside dans le désintéressement, que nurliomme ne peut comprendre toute l'étendue de sa faculté de penser et de sentir, de la force qu'il a pour agir et pour souffrir, tant qu'il ne s'est pas dévoué, d'un cœur sincère, à une grande et sainte cause. Un amour pur et ardent semble créer de nouvelles facultés et quelquefois communiquer une force plus qu'humaine. Sous le poids des chaînes de l'égoîsme, la plupart d'entre nous ignorent probablement toutes les ressources de puissance qui sont en eux. Nous consacrons donc cette institution à cet esprit de martyre et d'attachement désintéressé à la cause du Christianisme, auquel il dut ses premiers triomphes, et faute duquel il en obtient aujourd'hm de si lents. Dans une époque de sensualité et d'indulgence pour soi-même, nous voudrions dédier ces murs à l'éducation d'esprits ardents, forts et généreux. Puissent-ils jamais n'abriter d'égoïstes esclaves de leurs aises et de leur bien-être, disciples d'Épicure , plutôt que du Christ! Que Dieu fasse sortir de ces lieux des amis dévoués et efficaces du Christianisme et de l'humanité!

Mes amis, j'ai insisté sur le besoin de force pour le ministère, et j'ai expliqué quelles étaient les sources de cette force. Puisse l'institution en faveur de laquelle nous sommes réunis, se la proposer fermement et inva-

riablement pour objet ! Je dirai à ceux qui en sont les protecteurs et à ceux qui doivent y enseigner : que ce soit là votre principal but. Je dirai aux élèves : ne le perdes pas de vue dans toutes vos études. N'oubliez Jamais que vous devez vous préparer pour agir sur les esprits de vos semblables d'une manière forte, profonde et profltab^ Partout je vois le besoin de la puissance sur laquelle j'ai insisté. J'entends la société et l'Ëglise la réclamer à grands cris. L'état social exige que le Christianisme fonctionne d'une manière plus efficace. Pour que la société devienne chrétienne, il faut qu'elle subisse de grands changements, des changements radicaux. 11 y a, il est vrai, des personnes qui, prenant pour vertu la politesse et les raffinements de la vie civilisée, ne voient pas la nécessité d'une grande révolution dans le monde. Mais la civilisation, tout en cachant ce que les mauvais penchants ont de grossier, n'en détruit pas la force. Ne nous y trompons pas. Un nombre infini de gens vivent sans s'occuper beaucoup de Dieu, ni de la véritable fin et de la gloire pour laquelle ils ont été créés. Chez ceux qui font profession de croire dans un Dieu et dans un jugement à venir, la sensualité, l'ambition et l'amour du monde régnent en maîtres, et se rient de l'impuissance de la prédication. Le Christianisme a encore une rude guerre à faire, bien des batailles à gagner ; et il a besoin de ministres intrépides et puissants, pour lesquels le nombre et la force de leurs ennemis soient un motif d'excitation et d'encouragement, non d'épouvante.

Chrétiens, vous avez vu par ce discours quels sont les buts et les besoins moraux de cette école de théologie. Priez avec ferveur pour sa prospérité. Assiégez

poar elle le trône de la miséricorde. Soutenez-la comme la plus chère espérance de nos églises. Augmentez les moyens qui peuvent la rendre utile; et que votre voix, franchissant ses murs, lui demande bien haut et avec importunité des ministres éclairés et puissants. Vos efforts se joignant ainsi à ceux des directeurs et des professeurs de ce séminaire, ne doutez pas que Dieu ne forme ici des ministres dignes de faire connaître sa vérité à la génération présente et aux générations futures. Si au contraire eux et vous vous vous endormez, vous aurez élevé ces murs, non pour que la force y grandisse, mais pour qu'elle y trouve son tombeau, non pour porter témoignage de votre zèle, mais pour devenir un triste monument de votre défaillance et de la vérité trahie.

Mais il ne faut pas que je couvre d'un nuage l'avenir que ce jour inaugure. J'ai commencé dans l'espérance, je finirai avec l'espérance. Cette institution se distingue par de nobles marques, et elle a déjà donné des gages rassurants. C'est éminemment une institution libre, un asile où l'on est à l'abri du despotisme spirituel, qui, sous une forme ou une autre, s'étend sur la plus grande partie de la Chrétienté. Elle a déjà donné aux églises un corps de ministres, qui, en science théologique et eu qualités pastorales, n'ont pas à craindre la comparaison avec leurs prédécesseurs ou leurs contemporains. J'y vois toutes choses organisées, aussi bien qu'on ait jamais fait nulle part, pour former des amis de la vérité, éclairés, indépendants, généreux, animés de l'esprit de sacrifice. Ayons donc bonne espérance, en accomplissant l'œuvre pour laquelle nous sommes réunis. Pleins de confiance en Dieu, d'amour pour Thuma-

nité, d'attachement sincère pour la vérité chrétienne, et de VŒUX ardents pour sa propagation sur toute la terre et sa transmission aux siècles les plus reculés, dédions maintenant, d'un seul cœur et d'une seule voix, cet édifice au Seul Dieu vivant et véritable, au Christ et à son Églisct & l'instruction et à la régénération de Tàme humaine.

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