LE CRITIQUE ET LE POLÉMISTE
n de progrès pour tous dans l'ensemble. M. le pasleur, » si vous arrivez à faire que nos pasteurs luthériens soient » nos papes, qu'ils puissent nous prescrire l'endroit où a nous devons cesser d'examiner, d'étudier l'Écriture, » qu'ils puissent poser des limites à notre examen, a la h communication des résultats de notre examen, je serai » le premier à échanger ces petits papes pour le pape. » J'espère qu'il y en a plusieurs qui pensent de même, » quoiqu'ils ne soient pas aussi déterminés ;ï le dire. Et » ainsi, M. le pasteur, vous travaillez à rejeter beaucoup 11 de protestants dans le giron de l'Église catholique. Ce » beau zèle luthérien est bienvenu des catholiques. Vous » êtes un aussi bon politique qu'un grand théologien. »
Les paroles de Lessing sont pleines d'à propos. Nous avons aussi au milieu de nous de ces personnages qui, aussi bons politiques que grands théologiens, font alliance avec le catholicisme, ou pour être plus exael, font le jeu de l'Église catholique, car la cour de Rome ne peut reconnaître à des hérétiques qui datent d'hier, le droit de traiter avec elle. Mais elle donne la mesure de son habileté proverbiale, en favorisant de ses éloges ces protestants qui forgent eux-mêmes leurs fers et s'enferment dans le cercle rétréci de leur tradition. L'histoire nous a déjà édifiés sur cette tactique. Nous avons vu les jésuites plus jaloux que les luthériens de faire respecter la Formule de Concorde. On ne peut être assez naïf pour se persuader que c'était par amour pour une confession de foi qui attaquait leurs dogmes et leur morale. Sans les calomnier, on peut supposer qu'ils pensaient jouerainsi quelque mauvais tour au protestantisme. Ét ils ne se trompaient pas. River les Églises de la Réforme à une foi officielle, consignée dans un document, n'est-ce pas les dépouiller
de leur principe, leur ôtercet attrait de la liberté qui rend leur propagande si dangereuse et si féconde? Attachées à la lettre d'un code, les Églises protestantes n'ont plus la souplesse et l'élasticité de la vie, elles se roidissent comme un corps mort, et frappées de caducité, elles restent immobiles comme un monument expiatoire de leur coupable ambition. Dés qu'elles ne représentent plus la libre circulation rie la pensée dans l'organisme chrétien, elles ne sont qu'une pâte contrefaçon du catholicisme, et les consciences qu'elles élèvent, pliées de bonne heure à mie autorité qu'elles n'ont pas le droit de discuter, sont des proies faciles pour l'Église, qui réalise le système d'autorité avec une ampleur et une poésie qu'on ne peut imiter. C'est le jeu de l'Église catholique de seconder tous les mouvements qui affaiblissent le principe de la liberté, l'autonomie des consciences, qui sèment la défiance contre le. sens individuel, car elle est plus assurée d'absorber les Églises qui lui ressemblent, que celles qui déploient contre elle un autre drapeau.
Nous ne pouvons assister à ces alliances sans tristesse et sans indignation; car on ne peut les essayer sans voiler d'abord le principe de liberté, sans jeter dans l'ombre la méthode protestante. L'unité qu'on relève sur certains articles ne peut effacer la diversité d'origine ; et les résultats qu'on obtient par deux méthodes opposées restent toujours marqués d'une empreinte distincte. La méthode a laissé sur les esprits et sur les produits eux-mêmes un pli que rien n'efface, et si l'entente s'établit, si les individus venus par des chemins divers, élèves de méthodes différentes, prétendent s'unir sur les résultats, soyez convaincus que l'un d'eux a renié la méthode dont il devrait être le propagateur, ou plutôt qu'il ne l'a pas pra-
LE CRITIQUE ET LE POLÉMISTE. 79 tiquée. Chaque jour nous rencontrons dans la société des personnes qui partagent notre credo, qui souscrivent à nos formules ou dont nous acceptons la langue, et qui ne nous ménagent pas la douceur de ia communion des esprits. Nous avons beau avoir touché au même but, nous sommes autres; nous appartenons à des familles différentes; il n'y a pas entre nous ce courant secret qui foud toutes les oppositions et crée la vie, l'unité. Tandis que d'autres esprits, dont les conclusions s'éloignent des nôtres, nous blessent même, nous attirent ; nous nous sentons à l'aise avec eux, nous nous comprenons, et nous nous supportons facilement. La raison de cette entente, c'est que nous sommes les uns et les autres façonnés à la même méthode, et l'usage de celte méthode nouscommunique un caractère, des allures, des habitudes intellectuelles qui nous rapprochent et nous font trouver de la joie et du profit à nous rapprocher.
La même croyance chez un protestant ou chez un catholique aura une saveur toute différente : subie par celui-ci, expression de sa minorité et de son esclavage, elle est conquise par les efforts de celui-là, et elle est la mesure de sa liberté. L'esclave et l'homme libre, le mineur sous tutelle et l'homme mûr qui ne relève que de lui, ne peuvent sans mensonge s'associer et se plaire dans la même compagnie. La méthode est une discipline qui agit d'une manière durable sur les caractères, sur les intelligences, et il faut être bien impatient de rejeter hors du sein des Églises réformées certaines personnes, pour méconnaître l'air de famille et l'esprit commun qui, malgré certaines divergences dans les résultats, relient entre eux tous ceux qui pratiquent sincèrement dans leur vie religieuse ia méthode protestante. Dans ses grands jours, l'Église
calholique ne s'y méprend pas, et elle confond au pied de son tribunal, elle enveloppe dans ses anathèmes tous ces fils imprudente de la Réforme, qui perdent leurs forces à s'cntrc-déchirer, au Heu de resserrer le lien qui faisait d'eux une phalange invincible.
On distingue, on classe même dans le domaine de l'intelligence pure, où les formules semblent avoir une importance décisive, les différents systèmes de philosophie selon la méthode qu'ils emploient. En effet, la méthode est comme un chemin qui marche, et des esprits bien faits, également sincères, qui s'engagent dans le même chemin, je veux dire qui se soumettent à la même méthode, doivent aboutir aux mêmes résultats : s'il subsiste entre eux quelque dissentiment, c'est un retard ou une inconséquence, que le temps et l'expérience ne manqueront pas de veclifler.
Si l'alliance de l'orthodoxie protestante avec le catholicisme venait à prévaloir, la physionomie des Églises de la Réforme serait modifiée, el le protestantisme né serait plus qu'une secte austère, parquée dans quelques dogmes dont la formule est un défi jeté à la raison humaine et dont la morale est un ascétisme amoindri. Les protestants ne seraient plus ces hommes d'initiative, de mouvement, de progrès, qui ont fondé le monde moderne; ce seraient des gens arrêtés, achevés, finis, pétrifiés et qui feraient obstacle a la grande culture, à l'art comme à la science.
Leasing dénonce ces transactions coupables et restitue au protestantisme son vrai caractère, cette sainte inquiétude qui ne lui permet pas de s'endormir sur le champ de bataille, il le lance dans cette course sans relâche, qui est l'accomplissement de la loi du perfectionnement. Le protestantisme est un ferment, une séve;
LE CRITIQUE ET LE POLÉMISTE. 81 il doit entretenir, dans le corps des Églises qui portent son nom, un travail, une fermentation, qui sont la condition de la vie et de la santé. Si ce '.nouvement s'arrête, des principes étrangers s'introduisent dans l'organisme, y causent des désordres, y paralysent le- libre jeu de la vie. « Si l'on veut empêcher l'Église protestante de continuer o à agir sur elle-même et de chasser de son sein toute a matière hétérogène, elle sera bientôt autant en arrière » du papisme, qu'elle est aujourd'hui en avant. » Les agitations, les crises, les discussions ne sontpns un malheur, une cause de ruine ; elles sont un élément de vie, le vent qui gonfle les voiles et faitavancerle navire. Elles seraient un symptôme de décomposition, si la vérité était donnée à l'homme toute faite, paraphée, comme une tunique sans couture, qu'il s'agit de conserver intacte et sans déchirure. Mais si la vérité se fait tous les jours, je veux dire se dégage, se révèle sous les efforts vaillants des chercheurs, ne craignons pas la lutte, la dispute qui tendent tous les ressorts de l'homme et font Éclater la lumière de tous ces chocs violents.
Personne n'a marqué d'un trait plus accusé celte condition du progrès et de la vie de l'humanité : « Ce n'est j) pas la vérité qu'un individu quelconque possède ou n croit posséder, c'est l'effort loyal fait pour s'emparer u de la vérité, qui constitue la valeur de l'homme. Car » ce n'est point par la possession, mais par la recher- » che de la vérité, que s'étendent ses forces. La pos- » session rend paisible, paresseux, fier. Si Dieu tenait » renfermée dans sa droite toute la vérité, et dans sa » gauche le seul instinct toujours vivace qui la pour- » suit, en y ajoutant môme pour nous la condamnation » à l'erreur permanente, et si Dieu me disait : choisis 1 s.
» je me précipiterais humblement à Sa gauche et je n dirais : Père, donne; la pure vérité n'est cependant que » pour toi seul. » Des esprits hautains, qui, sous prétexte de compassion, ne permettent pas à l'humanité de courir les grandes aventures de la libre recherche, et qui voudraient la Forcer à se mettre a genoux devant eux pour recevoir la nourriture qu'ils lui ont accommodée, ont crié au scandale à l'ouïe de ces paroles, et ont lancé sur Leasing Ta meute des croyants dociles, comme sur un sceptique éhonté. Tls ont fait une insulte du nom de chercheur, comme s'ils avaient oublié les paroles de Jésus : a Cherches. » et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira. » L'homme qui cherche a déjà trouvé : s'il était étranger à la vérité, si elle n'existait pas en lui sous la forme indéterminée du désir, du besoin, pourrait-il chercher? L'animal est-il un chercheur de vérité? Celui qui cherche a déjà entrevu la vérité, et il ne sort de son inaction que parce qu'il l'aime et veut la saisir, l'embrasser d'une étreinte invincible. Pascal en a jugé ainsi quand il s'est écrié avec l'accent pénétrant du Christ : « Console-foi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. » La recherche ne serait périlleuse et coupable que si la vérité était un champ clos d'où il fut interdit de sortir; et elle ne serait un supplice de Tantale que si l'homme toujours haletant ne pouvait rien saisir pour apaiser sa faim. Mais ces craintes ne sont permises qu'à ceux qui réduisent l'âme humaine à l'état d'une table rase ou qui professent la doctrine de la corruption radicale. Pour ceux qui croient à la dotation spirituelle de la nature humaine, et qui font sortir de la conscience l'idée du bien comme celle de l'infini, ils doivent avoir confiance dans ce libre travail. La vérité est en nous, il faut l'extraire par des efforts vaillants et soutenus ;
Ul CRITIQUE ET LE POLÉMISTE. 83 et la libre recherche, la critique, la science, sont pour la vérité, comme le travail de l'araignée, qui tire d'ellemême les fils de sa toile merveilleuse. Nous ne sommes donc pas autorisés à nous défier des vaillants chercheurs^ ce sont eux qui découvrent de nouveaux filons et les niellent en valeur. Jamaisleurs recherches ne sontvainea : le champ qu'ils explorent est plein de Irésors; et celui qui n'enrichit pas l'humanité, qui l'appauvrit, c'est celui qui ne cherche pas, qui s'endort sur les richesses acquises et ne connaît plus que la méfiance jalouse du propriétaire.
C'est le sentiment qui s'était introduit dans les Églises de la Réforme. L'amour de Luther était devenu une sorte de fétichisme : on jurait comme au beau temps de la scolastique sur la parole du maître, on s'attachait obstinément à la lettre du dogme telle qu'elle se rencontrait dans ses écrits, et, comme les scribes de jadis, on n'était occupé que d'élever une haie autour de la doctrine du réformateur. Son audace a Worms, alors qu'il jelait dans l'Europe la parole de liberté, cette confiance vaillante en sa conviction intérieure, qui s'imposait à son esprit comme le témoignage du Saint-Esprit, celle opposition hardie à toute entreprise de l'Église, de la hiérarchie cléricale sur le domaine sacré de la conscience personnelle, tous ces côtés du grand révolutionnaire étaient voilés, effacés; l'ame de Luther n'habitait plus dans le cœur de ses tristes héritiers.
On avait perdu le sens de la doctrine de la Justification par la foi : on n'insistait plus sur l'élément personnel, sur la nécessité d'une assimilation subjective, d'un acte énergique de la personne; on mettait l'accent, comme avant la Réforme, sur le mérite de Christ, sur la formule,
sur la lettre à laquelle il fallait souscrire; la signification du mot foi était méconnue; au lieu de désigner la révo~ lution intérieure qui s'accomplit en l'homme et qui le régénère dans sa substance même, ia foi marquait la soumission du croyant a la dogmatique de l'Église. Ce n'était plus l'acte suprême de la liberté, c'était l'acceptation passive d'une autorité qui reste toujours étrangère à l'individu.
Si les premiers apôtres de la Réforme avaient présenté sous ce jour la doctrine de la justification par la foi, on n'aurait pas compris que le concile de Trente l'eût flétrie de trente-trois anathèmes. Elle n'eût pas été un péril pour la cour de Rome : bien loin de servir l'émancipation de l'individu, elle n'eut contribué qu'à l'asservir, et la doctrine catholique n'aurait pas en à s'armer des foudres de l'excommunication, car toutes deux auraient poursuivi la même œuvre de compression et d'asservissement.
Certes, si laRéforme n'avait été qu'un changement dans la doclrineou la constitution del'Église, elle n'eût pasfourni une longue carrière, et elle serait confondue anjourd'hui avec ces hérésies qui troublèrent un moment l'Église, et qui, écrasées par la force, ont disparu de l'horizon ou se sont glissées dans le dogme officiel et s'y sont conservées. Mais la portée de la Réforme élait bien autre. C'était l'avénement d'un nouveau principe destiné à transformer la société, à pénétrer l'Étal comme l'Église, et il n'était pas au pouvoir des épigones du xvii" siècle d'étouiTer ce nouveau principe. Il pouvait sommeiller quelque temps, comme une larve oubliée dans les entrailles de la terre; mais, au jour marqué, il devait se déchaîner sur le monde comme un souffle de tempête; il devait sortir de terre
LE CRITIQUE ET LE POLEMISTE. 85 avec le bruil et l'éclat d'une explosion volcanique. C'a été la gloire de Lessing d'avoir prêté sa YOix au principe protestant et de lui avoir rendu droit de cité parmi les Églises, qui s'étaient formées sous son attraction, et qui s'étaient laissé envahir par la restauration catholique.
C'est une page bien humiliante que l'histoire des églises luthériennes au xvii" siècle. On y suit pas à pas les progrés, les succès de la réaction autoritaire : on voit revenir tous les spectres qu'avait chassés la voix tonnante de Luther brisant la bulle du pape. Et tous ces revenants sinistres sont évoqués, ramenés par le principe d'autorité qui se relève de ses défaites. Luther avait brisé le despotisme de l'Église, avait proclamé vaines les œuvres qu'elle impose au pénitent, qui rentre en grâces auprès de Dieu ; il avait affranchi le christianisme de la domination hiérarchique, cléricale; il avait poursuivi de sa verve railleuse, impitoyable, Vopus operatum, cl voici que dans son Église, à l'ombre de son nom, le pasteur luthérien s'essaye aux allures hautaines, despotiques du prêtre, réclame l'obéissance à ses sentences, distribue, selon son caprice, les autorisations de communier, et soutient que la soumission à l'Église, à la doctrine de l'Église, que la participation aux actes religieux, consacrés par l'Église, sont une condition absolue de salut. Sous prétexte de guider l'individu dans l'intelligence de l'Écriture et de le préserver des interprétations erronées, il s'était constitué un nouveau corps de prêtres ou de docteurs, tout aussi lyrannique que celui dont Luther avait décliné la compétence. Gœze pouvait regretter cet âge d'or, où le clergé était le dispensateur de toute instruction, l'arbitre de toute destinée ; mais Vami des lumières devait signaler au pasteur qui célébrait le bon vieux temps les beaux
résultats de cette éducation cléricale. « 0 temps fortunés » où le clergé était tout partout! où il pensait pour nous, • et mangeait pour nous 1 Comme M. le premier pasteur » vous ramènerait avec accent de triomphe 1 Comme il » voudrait que les princes de l'Allemagne s'unissent avec o lui dans cette intention salutaire 1 II leur prêche sur un «ton aigre-doux, il leur représente le ciel et l'enfer! » Mais, s'ils ne veulent pas entendre, puissent-ils sentir! » L'esprit mordant et la langue nationale sont la couche » de fumier, dans laquelle mûrit volontiers, avec rapidité, " la semence de la rébellion. Aujourd'hui un poète, » demain un régicide. Clément, Bavaillac, Damiens' » n'ont pas été élevés au confessionnal, mais sur le Par- » nasse ! n
Le rétablissement du pouvoir clérical élail la conséquence naturelle de celte préoccupation de la saine doctrine, qui avait succédé a l'enthousiasme, à la ferveur do la vie religieuse, des heures fécondes de la Réforme. L'intérêt suprême n'était plus la vie morale, le perfectionnement, la sainteté : on était jaloux de maintenir la pureté de la doctrine, on rééditait les thèses usées de l'orthodoxie, et l'esprit clérical reprenait l'empire dans des Eglises qui s'étaient faites an cri de: Plm de prêtres, tous lei fidèlet KM prêlres! C'est aux prétentions de ce sacerdoce mesquin que Lessing s'attaque, au nom de Luther dont elles ruinent l'œuvre. .0 Luther, grand homme mé- » connu ! toi que personne ne méconnaît plus que ces » entêtés a courtes vues qui, les pantounes à la main, se » promènent à pas lenls en vociférant, mais sans en- « thousiasme, dans le chemin frayé par loi! Tu nous ai » délivrés du joug de la tradilion, qui nous délivrera du •joug insupportable de la lettre? qui nous apportera
LE CRITIQUE ET LE POLÉMISTE. 87 d enfin un christianisme comme tu l'enseignerais aujourd'hui, comme Christ lui-même l'enseignait?))
Nous pouvons répondre à cette interrogation : Quiî... C'est toi, ô Lessingl toi, qu'on a nommé le Luther du xvni 0 siècle et qui mérites ce nom pour ta vaillance et ton amour ardent de la vérité ! C'est toi qui noua a délivrés du joug de la lettre, et qui nous rend le christianisme de Jésus, celui qui est esprit et vie ! C'est toi qui as relevé le drapeau de la Réforme et nous as ramenés sur les sommets sereins de la liberté!
Plus de prêtres, plus d'Église autoritaire, plus de code ni de barrières qui asservissent la pensée, plus de colonnes d'Hercule opposées à la science, plus de foi imposée; l'autonomie de la conscience, le mouvement de la vie, le libre élan de l'esprit 1 C'est l'originalité du protestantisme d'unir à la religion chrétienne toute l'indépendance de la science. La méthode protestante n'est pas pratiquée au jour du noviciat, avant qu'on soit reçu dans l'Église pour être ensuite condamnée comme un instrument de Satan : elle est toujours acclamée, toujours pratiquée par le vrai protestant Nous ne faisons pas acte de protestantisme une fois, pour nous enchaîner après à la lettre d'une doctrine et redevenir catholique pour le reste de notre vie. Le protestant est toujours sur la brèche : toujours il examine, il révise ses opinions, ses croyances; comme le saint, jamais il ne croit avoir atteint le but; toujours il avance, et sa foi est toujours entraînée dans un mouvement de fermentation, qui désagrège les pensées mortes et inertes. La philosophie se sert bien du libre examen, mais elle ne poursuit qu'un but intellectuel, elle est étrangère à la vie religieuse. Les religions d'autorité, les orthodoxies qui sont encore debout, se préoccupent des in-
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térèls de la vie religieuse; mais elles étouffent la pensée, proscrivent le libre examen, ou le tolèrent juste assez pour qu'il se suicide. Le protestantisme a l'ambition d'être une religion qui procède du libre examen et ne le sépare jamais de ses destinées. Cette ambition n'a rien de chimérique; la nature du christianisme l'autorise : c'est ce que nous montrerons dans un autre chapitre.