‹ Le christianisme moderneChapitre 8 sur 24 · FON TANKS · texte numérisé non relu

FON TANKS

simples, celle jalousie si ardcDle du nom de Dieu, Leasing en connaît l'origine impure, et il met à nu l'utilitarisme grossier, I'égoïsme mesquin qui inspire ces tirades prétentieuses : « 0 insensés I qui voudriez bannir de ce monde » les ouragans parce qu'ils jettent un navire sur un banc » de sable ou sur uu récif. 0 hypocrites 1 nous vous con- » naissons! Vous ne vous souciez pas de ces pauvres » navires, vous les avez fait assurer ! c'est pour votre petit i> jardin, pour vos aises, pour vos petits plaisirs que vous » êtes en peine. Le méchant vent! il a un peu découvert » la toiture de votre maison de campagne, il a secoué vos » arbres chargés, i! a renversé les sept vases de terre de » votre orangerie. Que vous importe le bien que fail par » toute la terre cet ouragan? Ne pourrait-il faire tout ce » bien sans endommager votre jardinet? Pourquoi ne h souffle-t-il pas là-bas, loin de votre haie? ou pourquoi » n'entle-t-il pas moins ses joues quand il arrivé sur vos i> limites? h Quel joli coup de crayon! Gomme l'esprit bourgeois avec ses visées personnelles et étroites est agréablement fustigé! Avec quelle grâce cl quel bon sens, l'aiguillon reste enfoncé dans la chair 1 la main de tous les prêtres ne pourra l'arracher.

La révision des opinions traditionnelles, le libre exercice de la critique, devraient Cire assurés dans une Église qui est née d'une puissante insurrection ; mais le système d'autorité a des racines si profondes dans la nature humaine, qu'il s'est bientôt relevé de sa défaite momentanée, et que, sous le drapeau de la liberté il s'est épanoui et fortifié. Lessing, dans toute son activité littéraire, a prêché contre lui une croisade sans merci, et il a signalé toutes les inclinations du cœur humain, dont il s'est fait une arme. Ici ce sont des gens qui n'aiment pas faire effort, que le Ira-

LE CRITIQUE ET LE POLÉMISTE. ?5 vail de la pensée épuise cl qui voudraient mettre le genre humain à leur niveau, h Pour mille contre un, le point » d'arrêt de la méditation c'est le point où ils sont fali- » gués de penser. » D'autres, sous prétexte de conserver la mémoire des réformateurs, font de leurs écrits les colonnes d'Hercule de la science, et sous peine d'ingratitude» ne permettent pas qu'on franchisse ces frontières. S'attaquer à une œuvre entreprise par les réformateurs, se laisser inspirer par leur exemple, essayer de faire mieux qu'eux, c'est de l'impiété et de l'impertinence. Par exemple , avoir L'ambition de proliter des progrès des études orientales pour améliorer la traduction de Luther, quel crime abominable I Et Gœze de s'empresser de réclamer l'appui du hras séculier pour détruire — rien de moins — fa traduction de Bahrdt.

Il est curieux de recueillir les raisons qu'a toujours opposées l'esprit conservateur à l'amélioration des versions de la Bible. Naudé, professeur de mathématiques à l'université de Berlin, resté fidèle au plus rigide calvinisme, ne pouvait pardonner à Osterwald l'ambition de publier une nouvelle version, et ne craignait pas d'écrire : h Ce zèle » pour l'amélioration des versions ne laisse rien attendre » de bon de l'auteur. S'il peut y avoir des fautes, ce sont » seulement les sociniens et les arminiens qui y attachent » de l'importance. » C'est bien le langage des gouvernements ! Ce qui est, est bien, et ceux qui peuvent s'intéresser à quelque critique, à quelque rectification, ce sont des traîtres qui livrent à l'ennemi leur pays ou leur Église. Mais l'inconséquence est flagrante : glorifier les réformateurs qui ont fait triompher leur sentiment contre les décrets des corps officiels del'Ëglise, elnepaspermetlrequ'on change un iota à leur œuvre, n'est-ce pas leur jeter sur la

léte un pavé qui les écrase ! « Si aujourd 'nui il n'est pas per- » mis à tout docteur en théologie de traduire de nouveau » la Bible, comme il en est responsable devant Dieu et sa » conscience, cela était encore moins permis à Luther. » Car Luther avait à combattre contre ce principe de son » Église, qu'il valait mieux que la Bible ne fûtpas donnée » eniangue vulgaire au simple fidèle; tandis que leprin— n cipe contraire règne dans l'Église protestante. »

Il était temps que Lessingvtntrcndreàresprit prolestant la conscience de sa noblesse et de ses obligations. Quelque profonde que lïlt l'admiration qu'il avait vouée à Luther, il n'a pas renoncé à tout contrôle sur ses actes et ses écrils. A propos de sa polémique, il écrit : n Grand Dieu, » quelle terrible leçon pour notre orgueil! Combien la n colère et la vengeance ne dégradent-elles pas l'homme » le plus loyal, le plus saint. » Jaloux de maintenir son indépendance vis-à-vîs de ce colosse, il n'est pas embarrassé comme tant de biographes fanatiques, des faiblesses et des taches qui se rencontrent dans la vie du réformateur : «Les traces d'humanité que je trouve en lui me » sont aussi précieuses que ses plus brillantes perfeo » lions n, elles nous protègent contre toute tentation de le diviniser et de nous asservir à sa pensée. Luther a ouvert la voie, il n'a pas posé une borne contre laquelle viendrait se briser le mouvement dont il a donné le signal. « Le vrai luthérien se réclame de l'esprit de Luther » et non de la lettre de ses écrits. L'esprit de Luther » exige absolument qu'on n'empêche aucun homme de » progresser dans la connaissance et selon son propre » sentiment. Or, on fait obstacle à tous, quand on interdit » à un seul de communiquer aux autres les progrès qu'il » afaitsjcar, sans ces échanges entre individus, il n'y a pas

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