‹ Le christianisme moderne: étude sur Lessing (volume 2)Chapitre 3 sur 17 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

réloquence. facilement ils vous accasent de manquer de patriotisme ; et ils soulèvent contre vous Tamour-propre du pays, si vous convenez que les maîtres pour les sciences critiques et exégétiques sont en Allemagne ; ou bien ils s'amusent h décrier l'exégèse et à la flétrir comme une invention des barbares. Cette école est le mauvais génie de la France, déjà bien assez disposée à s'enfermer dans ses limites naturelles et à se mirer dans ses propres œuvres : elle endort la grande curiosité, et nous impose un joug d'autant plus pesant^ qu'elle sait le cacher sous des élégances et des fleurs.

Les esprits qui se sont formés dans le commerce des auteurs du xviii^ siècle ne nous promettent pas de plus vaillants ouvriers. Sans doute ils sont moins esclaves de la tradition ; ils ont moins de déférence pour le grand siècle, ils en parlent avec plus de désinvolture et ne se prosternent pas devant ces manières, ce cérémonial qui éblouissent encore nos générations démocratiques; leurs procédés sont plus violents et leur langage moins contenu, mais ils n'ouvrent pas une autre voie; en les suivant^ on n'entre pas dans un monde nouveau ; on reste avec les ombres irritées des grands lutteurs du siècle passé sur des ruines amoncelées, au milieu desquelles on trébuche, sans avancer. Ils excellent à sonner la charge contre la vieille société, à dénoncer tous les abus^ tous les périls du Catholicisme; ce sont de vigoureux démolisseurs : mais ils ne nous mettent pas en main le fil d'Ariane, pour nous guider à travers l'avenir qui se lève ; ce ne sont pas des pionniers ; ce sont des révolutionnaires qui mettent fin à une période de l'histoire; précieux auxiliaires pour repousser le spectre du passé, ils ne peuvent nous guider, nous éclairer dans l'e^^amçn de la question religieuse.

IV introduction:

C'est à peine si là qçrestioii existe pour eux ; ils Técondui* seût sans la résoudre. Le Christianisme est cond&mné dans son expression traditionnelle^ le Catholicisme : c'est un corps mort qui obstrue la voie du progrès^ il faut le reléguer dans un coin ; et ils croient faire acte de grand libéralisme^ s'ils supportent que^ dans la société, quelques esprits chagrins s'occupent de ces Tieilleries. Plus violents que fermes, plus jaloux de trancher la question que de préparer les évolutions lentes et progressives, ils n'ont pas la patience de remonter le cours des siècles, pour saisir à l'origine les déviations du Christianisme, pour dégager le vrai caractère de la religion de Jésus, au milieu de toutes les légendes et de la végétation dogmatique qui, de bonne heure, l'ont étouffée. Ce n'est pas en leur compagnie que nous apprendrons ce tact historique et cet art à découvrir l'inspiration primitive d'une religion, sans lesquels nous sommes condamnés à discuter des produits de formation secondaire et tertiaire, sans attaquer l'idée mère, le principe organisateur de la religion.

Bossuet^ pas plus que Voltaire, n'est un bon guide pour l'étude du Christianisme ; tous deux sont trop remplis de cette sotte prétention, qu'a l'esprit français, de suppléer à la science par le talent; et si toute notre initiative se borne à nous décider pour l'un ou pour l'autre* nous pouvons prédire d'avance la fortune du mouvement religieux qui s'est déclaré depuis quelques années. Chacun, selon son tempérament ou son milieu, se rattachera à l'une ou à Tautre tradition 3 mais la question religieuse n'aura pas 'fait un pas, et la France continuera à osciller du baptême des cloches à Vathéisme.

Si l'énergie de notre pays ne doit pas s'épuiser dans ces •vaines alternatives, s'il doit; un jour entrer dans le moiï-

Page 1