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vement religieux pour dire un de ces mots, qui sont une révélation et deviennent la charte de l'humanité, il faut nous hâter de le soustraire au prestige funeste de ces deux enchanteurs; il faut lui apprendre cette longue patience qui ne se rebute d'aucun détail, d'aucune information ; il faut le guérir de cette inclination à tout déterminer par des raisonnements, qui ne reposent pas sur des études solides, et qu'un homme de talent est toujours prêt à développer devant un auditoire ébloui. C'est l'heure d'initier notre pays à ces études critiques, appliquées à l'antiquité religieuse, que fit nattre, au xyii* siècle, la rivalité féconde de l'Église réformée et de l'Église gallicane; et qui, bientôt étouflees par la royauté soupçonneuse, ont pris en Allemagne un si large développement On peut convenir^ sans trahir sa patrie et sans vouloir l'abaisser, que pour les choses de l'esprit et en particulier pour les choses de la religion, rAUemagne a toujours eu une initiative^ une puissance d'intuition, une hardiesse d'investigation, qu'il serait puéril de lui contester et qui constituent sa mission dans la grande œuvre de la civilisation mo* deme. Aussi, j'estime que nous devrions étudier avec plus de soin les maîtres de la science allemande, et renoncer à ces plaisanteries usées sur leur obscurité. Laissons aux médiocrités impuissantes ces malveillances instinctives; et n'imitons pas ces patriotes jaloux et étroits qui se persuadent que la religion et la science sont une propriété nationale, dont on ne peut déplacer les bornes, changer l'économie, sans passer à l'étranger et porteries armescontre son pays. Parmi cette pléiade de savants et de littérateurs qui, vers la fin du siècle dernier, ont ouvert en Allemagne des voies nouvelles aux études religieuses, il n'en est aucun qui s'accommode mieux au goût de notre nation et qui
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soit mieux qualifié, pour initier le grand public aux problèmes théologiques, que Golthold-Ephraïm Lessing. Ce n'est pas un théologien officiel, un clerc attitré; il n*est, selon ses propres expressions, qu'un amateur de théologie [i). On ne court pas risque auprès de lui de s'embarrasser dans les subtilités de Técole. Sa langue est celle d'un homme du monde; il a horreur de tout ce qui est convention ou apprêt; il parle des choses les plus élevées avec une désinvolture et une maestria tout ensemble, qui trouvent grâce auprès des oreilles les plus délicates, les plus rebelles à tout langage technique* On. peut s'approcher de lui, sans crainte de lui voir saisir la férule, ou de l'entendre nasiller comme les gens d^églîsé. Supérieur à toutes ces manières du prêtre, il ne répond pas davantage au portrait que de Maistre esquisse quelque part de la science; ce n'est pas lui qui, « les bras chargés » de livres et d'instruments de toute espèce^ pâle de veilles » et de travaux, se traîne tout souillé d'encre et tout pan- » telant sur le chemin de la vérité, en baissant veris la » terre un front sillonné d'algèbre ». A voir son pas dégagé et relevé, son humeur joyeuse, on se prend bien plutôt à penser au chasseur, qui s'en va à travers champs ne prenant conseil que de sa fantaisie et des traces du gibier. Sa prose leste et court-vêtue ne ressemble en rien à ce style traînant, embarrassé d'incidentes, qui fait le tourment des étrangers; ce n'est pas en vain que ce terrible
(1) « Je ne suis qu'un amateur de théologie ei non un théologien. » Je n'ai été contraint de jurer aucun système de théologie: rien ne » me force de parler une autre langue que la mienne ci je plains tous » les honnêtes genâ qui n'en peuvent dire autant. Mais ces honnêtes * gens ne doitent pas essayer de nous passer au cou la corde ' qui les I) attache à la crèche. Sans quoi je cesse db les plaindre et je ne puis » que les mépriser. »