‹ Le christianisme moderne: étude sur LessingChapitre 4 sur 56 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

réloquence. Facilement ils vous accusent de manquer de patriotisme ; et ils soulèvent contre vous Tamour-propre du pays, si vous convenez que les maîtres pour les sciences critiques et exégétiques sont en Allemagne ; ou bien ils s'amusent à décrier Texégèse et à la flétrir comme une invention des barbares. Cette école est le mauvais génie de la France, déjà bien assez disposée à s'enfermer dans ses limites naturelles et à se mirer dans ses propres œuvres : elle endort la grande curiosité, et nous impose un joug d'autant plus pesant^ qu'elle sait le cacher sous des élégances et des fleurs.

Les esprits qui se sont formés dans le commerce des auteurs du xviii® siècle ne nous promettent pas de plus vaillants ouvriers. Sans doute ils sont moins esclaves de la tradition ; ils ont moins de déférence pour le grand siècle, ils en parlent avec plus de désinvolture et ne se prosternent pas devant ces manières, ce cérémonial qui éblouissent encore nos générations démocratiques; leurs procédés sont plus violents et leur langage moins contenu, mais ils n'ouvrent pas une autre voie; en les suivant, on n'entre pas dans un monde nouveau; on reste avec les ombres irritées des grands lutteurs du siècle passé sur des ruines amoncelées, au milieu desquelles on trébuche, sans avancer. Ils excellent à sonner la charge contre la vieille société, à dénoncer tous les abus, tous les périls du Catholicisme ; ce sont de vigoureux démolisseurs : mais ils ne nous mettent pas en main le fil d'Ariane, pour nous guider à travers l'avenir qui se lève ; ce ne sont pas des pionniers ; ce sont des révolutionnaires qui mettent fin à une période de l'histoire; précieux auxiliaires pour repousser le spectre du passé, ils ne peuvent nous guider, nous éclairer dans l'examen de la question religieuse.

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