H INTRODUCTION
plus qu'à ces partis pris énergiques, qui s'appuient sur un axiome moral ou sur les élans de Tâme religieuse. Nos procédés d'appréciation sont un peu grossiers et ils laisaeM échapper les phénomènes les plus délicats de la religion; si la vie religieuse ne s'épaissit pas, n'affscte pas des proportions massives, nous la méconnaissons, nous crions qu'elle s'est évanouie, parce que nous ne pouvons pas la tenir dans notre main. Plus rhétoriciens que poètes, nous ne savons pas pénétrer dans les régions obscures et idéales de la foi; nous nous attardons sur le seuil du sanctuaire, à aiguiser une épigramme, ou à fourbir un raisonnement; et nous restons étrangers à ce monde intérieur où s'accomplit la mystérieuse union de Thomme avec Dieu.
Il faut bien en convenir, nous n'avons pas de traditions religieuses; et le fanatisme avec lequel nous exaltons lé xvii* siècle et nos auteurs classiques, pas plus que l'enthousiasme pour le XVIII* siècle, ne peuvent nous frayer la voie : des deux côtés on n'aboutit pas. Les dévots du XVII" siècle s'attardent sur les traces de Bossuet, et ils ne se délivrent jamais de ce goût de déclamation pompeuse, qui se dérobe à tout essai d'analyse fidèle et de critique désintéressée. La religion reste une matière à morceaux d'apparat, à brillantes amplifications, et Ton craint de jeter la sonde un peu profondément. Avec de pareils maîtres on n'arrive pas au tuf^ au fond des choses; on ne sort pas de cette dogmatique conventionnelle qui ne pose pas d'aplomb sur la conscience, et qui se dérobe aux coups de la critique, derrière un nuage d'éloquence. Cette école ne veut pas convenir qu'un pédant Allemand puisse avoir dépassé Bossuet dans Tintelligence de la poésie hébraïque ; ^t ils s'offensent comme d'un crime de lèse-majesté littéraire, si l'on conteste les appréciations de ce prince de