‹ Le ci-devant noble, comédie en trois actes, en proseChapitre 11 sur 32 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMTE DE***. ERASTE; £ R A s T £ , embrassant h Comte^

Ah ! monsieur , vous ctcs tout pour moi.

Le Comte.

Votre conduite ne mérite que des louanges , et je me flatte de vous revoir tel que je 'vous ai connu. . X .

Vous voyez mes actions et nos destinées ; soyes ici notre juge.

Comptez désormais sur moi ; ou la chose sera impossible , ou vous l'épouserez. ...

Je suis vivement agite entre la crainte et Tespé^ rancc.

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Vous avez du moins la liberté de lui rendre quelques visites. . . . c est déjà un grand point.

Ek A s T E.

Oui ; parce que je prends soin d'imaginer quelque mariage en Tair , et qu'il est loin de soupçonner que j'aime éperduement sa fille : s'il le savbit , ce seroit pour lui un nouveau motif de la tyranniser et qu'il ne négligeroit pas.

, Le Comte.

Ne vous brusque-t-il pas quelquefois ?

Quelquefois ; . . . mais je ne lui oppose aucune résistance. . . Je suis amoureux v je dissimule, ^

Le Comte. '

Mais , ne vous tient-il pas des propos ?

Non ; parce que j'ai soin , en même tcms , de ne pas le rendre trop familier , et que je lui ai raconte les combats d'où je suis sorti à mon avantage. . . . mais comment^ la soustraire à l'autorité cruelle qui Topprime journellement?

L,E Comte.

Excepté le mariage , tout autre moyen me pa^

Toît Impraticable. Recourir aux tribunaux , c'est une marche lente , incertaine, qui d ailleurs fixe les regards du public.

Et si je m'o£Brois. enfin ? . • . avec la sécurité de l'honneur.

Ne vous offrez pas encore^ . . . vous seriez refusé infailliblement. . . ^

E R A s TE. >

Savez-vous qu'il affecte de répéter souvent qu'il brûlera la cervelle à quiconque seroit assez hardi pour s'attacher à sa fille sans son aveu ; je sens bien que ce discours s'adresse à moi ; mais je feins de ne pas le comprendre.

Feignez toujours ( tirant un mouchoir de sa pochc et y essuyant les yeux. ) Pardonnez , je ne vois point ces lieux sans émotion. . . . c'est ici que ma sœur ^ ma pauvre sœur. . .. Ah ! monsieur , périsse le jour où il l'épousa ! Elle étoit née du caractère le plus doux ; mais malgré sa modération , que n'eut" elle pas à souffrir de son époux ! La fureur du jeu, Tcmportement de la débauche, Tentraînèrent dans des habitudes qui devinrcrit, incurables ; bientôt il

Bc 'garda flus <k ménagement ; insensible k tout ce qui auroit pu toucher Tame la plu» féroce , il dépouilla sa femme de ses pierreries , de ses bijoux ; il brisa les coffres de sa toilette , enfonça les armoires , les commodes , les buffets ; . vendit , dissipa le mobilier, en fit des sacrifices au libertinage, et réduisit ma sœur au point de n'oser se donner le nécessaire.

E ft A S T E.

Mais , il n*a donc ireçu aucuns principes , au» curnc sorte d'éducation ? . - .

Lui ! amoureux de soii ridicule despotisme , il n^a su que se livrer aux extravagances les plus bisarres , et tout ce quil y a de plus absurde, a trouvé place dans sa tête ; inutile à sa patrie par esprit d'indépendance , parlant mal de la cour qfïil ne connoît pas. . . tour-à-tour stupidc ou/éfocc, écraser la foiblessc dans l'obscurité d'un fief; telle est la prérogative dont il s'enorgueillit»

Et les loîx né protègent point des femmes mal-» Heureuses à ce point î

** Les impilorer , n'est pas triompher; «Ucaima

mieux dévorer ses chagrins : elle les cacha à tous les siens ; elle affecta même de la tranquillité ; elle souffrit sans se plaindre , sans demander aux hom-^ mes une justice que son barbare époux lui refu-* soit; elle est morte » hélas ! et cest ainsi que ses peines ,ont pris fin. -

Er ASTE. *• ^

Je m'attendris sur son sort: . . . que. la fille du moins ne soit pas aussi infortunée que Ta été la mère. • . ^

L JK <] O M T E.

C'est ce que je voudrois empêcher. Dès qu'il fut en état de porter un fusil , il se rendit redou-* table à tout le canton ; malheur aux paysans qui avoient des chiens ; iMes tuoit à leurs côtés; plus malheureuses encore les^ pauvres femmes - qui psoient couper de la fougère,, ou ramasser du boii dans l'enceinte de la gentilhommière ; elles étoient battues sans pitié et.jsouvent estropiées.

Ee,a s t e.

Hélas ! c'est ce que nous avonfi^vu trop souvent,

Il avoit im fils qui est mort de fatigues , ca remplissant Temploi de, le, suivre à la chasse , -de mener ^es chiens et de porter ses fusilsf Le "pauvre jeune homme!

^Éka-A. fcfc- âM.

lié)

Sa sœur le pleure encore.

Son père lui gâtoit déjà l'esprit , et le forinoit à se croire d'une haute importance sur le globe terrestre ; lorsqu'il se trouvoit le soir autour d'un rôti de venaison. . . il Tenvoyoit tous les jours à TafRit dans les marais et avec les canards sauvages. . . telle fut son unique éducation.

Ainsi , sa tyiannic , toujours dure , inflexible , sans pitié et sans pudeur , s'est ajppésantie josques sur son fils.

Le Comte.

Vous le voyez ; quand la noblesse ne conduit pas à la vertu , elle est bien au-dessous de la roture.

Il y a long-tems que vous ne l'avez vu ?

Le Comte.

Trois ans. . . et sans vous , sans ma nièce , je ne le vcrrois plus, car je m'estimerois heureux de pouvoir éviter sa vue, et de l'abandonner aux chimères dont il nourrit son orgueil insupportable.

E R A S' T Ej

Il a rcnchcri en extravagances depuis ce tems4à,* Le- Comte.

Oh ! s'il n'avoit que des ridicules ! . . , maïs rien n est si digne de pitié que le mépris qu'il affecte poux ceux qu'il appelle ses inférieurs , et qu'il croit indignes de communiquer avec lui.

Vous le verrez prendre les débris de son château pour les ruines d'un palais , comparer son curé à un pontife , ses valets à des favoris , ses quatre chiens à une meute , six fusils et quelques armes touillées à un arsenal ; il veut que ses paysans Tap* ftWtnt Monseigneur , parce^qu'il vaut bien , dit-il, un intendant. . . le banc dé sa paroisse est pout lui un trône. . . . quand il pa^se devant ses titres , il salue ses parchemins. '

Le Comte.

Hélas ! quand viendra la chute de ces honteux et déplorables préjugés ? Il est bien tems que-j'arrive , à ce que je vois ;. je quitte une jolie habitation que j'ai cherché à embellir depuis douze ans que je me suis retiré du service. ... Ce seroit une vie trèi-douce , si elle n'étoit pas troublée incessamment par l'image de [l'infortunée qui languit ici sous le joug le plus dur.

GoQgle

; Elle mérile vôtre tendresse.

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