‹ Le ci-devant noble, comédie en trois actes, en proseChapitre 26 sur 32 · L E B A R O N. E R AS TE · texte numérisé non relu

L E B A R O N. E R AS TE

Le Baron» dans le fond du tkéâtrt4

liA dcmarchc du marquis est bien (étonnante. • « me rendre maparole aussi précipitamment, dégager la sienne . . . Tâtons utt peu ce gentilhomme -ci. [haut.) Eh bien ! Erastc, vous me paroissez inquiet , rêveur , toujours dans les réflexions ; vous avez lair un peu fâche ; m'en voulez-vous?

^ E it A S T £•

Moi , non.

Le Baron.

Ou avcz-vous donc ?

Je vous avoue que je fais souvent des réflexions àrinfini : comtne vous dites , et j'en ai fait sur «n sujet. . • or , tout en le creusant , je ne saurois fç^ défendre d'un peu d'humeur.

De rhumcur, qui n en a pas?

• Oii fû'^âccusc de singularité. . * d accord; d*cst qu'en ëfFet je ne vois pat comme les autres homme&; mais j'ai des raisons* déterminantes. . . Il y a tant de sujets neufs sur lesquels on peut méditer utile^ ment; et par exemple , je songeoîs à Téduc^tion que YPW avez donnée à mademoiselle votrcfiilc ; elle est très-bien élevée': la nature prodigue de ses dons ^ a fait beaucoup pour elle ; mais enfin elle n'a pas tout fait : cettç éducation doit vous avoir coûté prodigieusement , et une fille ensuite ne renS jamais à une maison les services que lui apporte un fils , par exemple. *

Le B A R o N.

Nos filles nous coïKimandent la vigilance la plus excessive , nous causent mille embarras » noua donnent up gendre tyrannique , et voilà tout.

Er A ST E.

Eh! n'cst-11 pas ridicule ^ extravagant, qu'un père livre ce qu'il a de plus cher au monde , sa fille , quelquefois sa fille unique , la précipite dans les bras d'autrui', et qu'il se dépouille, le même jour , de la majeure partie de son avoir? C'est un bien cruel usage , en vérité.

De4à naît la ruine des familles , car ce premier dommage est toujours irréparable

A mon gré ', le législateur , sur cet article-Ii , n a •pas eu une once de sens commun. ... Si j'étais père » moi , je ne pourrois jamais chérir un gçndr^ qui m'auroit volé ma fill« , et qui , non content de cela , m auroit demandé pnc dpt encore; . . . une dot! Dieui demander une dot avec la fraîcheur., les grâces , la jeunesse , lambeau té , les vertus , les talens! ah ! quelle cupidité vile et honteuse 1 . . . comme cela pro&ne les transports sacrés du chaste et tendre amour ! Cette passion ne devroit-cUe pas être pure , désintéressée? et n^ seroit-ce pas le rao* ment , au lieu de recevoir dc^ ;sacs grbsiiers , de faire les plus nobles , Içs pl)î|S Jb^étoïques sacrifices ? celui de U vie mêmt dAvwk^ alors êti*^ .cptôpté pour quelque phosic ? . ^ . >

Oh ! donner sa vie , cela est trop fort. . . n'exagérons point. . . mais je ne'puis m'-cmpêcfier d'àdmirer , dans tout ce que vous lûe dites , Télévation de votre jugement. • .

S'il faut parler vrai , c'est quil me pareît de la dcr-^ nièrc brutalité dan^ fics^mçeurs.çt coutumes , de faire ^jt^iec 'àfio;^ sa coyiçht , une fiile jieu»e, inkhc , n^o-

( 81 ) l^blè , et d'«iJi|>orter , le sgîr même, presque iouu la fortuné du malheureux père \ fortune qu'il a amassée datis la prudence et dans la sage économk d'une vie etitière. • . • Que de réflexions tristes ce pète désolé ne doit41 pas enfantier le soir en se re< tirant, en app^rcevant, autour de lui, cette st>Ii« tude , ce vuide immense ! * • . U a payé la félicité de son gendre ; mais lui^ qui lui payera lès lanûos solitaires et muettes?

L È B A ft o fit*

Vous tùé charmez de plus en plus. . « si c^est là ce qu^on appelle de la philosophie , je ne vous la reproche point » elle a du bon» en vérité. 4. votre «bscrvatiôii n'est que trop vraie « moii ami*

ÉRA$tË.

Mais , ne ppurrôitK)n pasabolir cet usage inselisé« Vïxatoite ? et ttn homme de bon sens perdroit-il en** tièrcméiéit sa peine à vouloir instruire les hoinâies

L t B A A 6 Ki

Sachez ^nc je pense ^ovit-à-fait comme vous ; ttiais vous êtes le seul que j'aye entendu parler raisonnablement sur cet ardcle*

Qtk m'appelle bisatit » crpeodwi. . •

iU)

tfi B AfeO N.

• '■ Ôh 1 VÔU4 hc Têtes pomt, vaus rie Vêtes point, je le certifierai à qui voudra rcnteiidrcl

* N'est-il pas permis de penser différcimineût de ee& hommes personiuels ?. > * • eh ! que j'aurois eu cbe joie: h proavxr ma recocinoissance au père qui m auroit bien voulu céder ainsi sa fille ! je me se* rois regardé , nçioi ,, comme son débiteur. . . ah ! siècle barbare que le nôtre ! . . . pourquoi suis -je iié 'au 'milieu de tes idées fausses et malheureuses?

Le B A a OH. ?

Je veux absolument étudier votte philosophie $ je commence à prendre beaucoup de goût pout elle... . '

Ces réflexions-là ne frappent point le gros des hommes ; Tinscnsibilité , l'ingratitude , ' Tignorancc du vulgaire , va cet égard ,. m'étonnent toujours. Comme je vous le disois tout-à-l'heure , Téducalion de votre charmante fille est faite; les tal'ens agréables qu elle possède, qui en profitera ? qui éi^ jouira , si ce n'est son époux ?

L E 3 A R O îf.

• U est vrai , lui scul.^ " j

Et les dcpchscs que tous ces talcns ont occa-» sionnées ne sont <- elles pa$ des avances considérables ? .

Le Baron.

Certainement \ "

Pendant ce tems tout à votre Camille , vous avez dédaigné la cour et ses faveurs ; les. pensions , conséquemment , ne sont pas venues vous chercher.

l>es gens de rien les* ont obtenues à Versailles par milles bassesses , en se mettant en relation avec les valets , dont ce pays «bonde.

Il seroit donc très-justé que celui qui vous de** tnanderoît votre aynable fille vous en dédommageât. . . . Teneï ; je suis rond eh affairés ; j'^î une pTopos^tron. . . .

Le B A H^ON. 4

Laquelle!

E R A s TE.' , . .

Lorsque je songe que je suis garçon , que jVî bientôt trente-cinq ans , je songe en m^cmç teifts

quil' me faudroit avoir une <:ompatgnc agréabUf enfin, je veux me marier.

L fe B A R O N. ^

Vous marier ! tout de bon ?

Et en vous offrant , pour posséder votre fille »î bien élevée , uii foible dédommagement, cent soixante mille livres pOur payer , non sa personne , mais SCS talcns acquis , je ne me croirai pas encore quitte avec vous.

Le B A RX> N.

Vous nae demandez ma fille sur ce ton là»

{â part. ) parle-t-il sérieusement ? »

Sur ce ton; et Je dirai, sur le contrat» avoir reçu cette somme en bons effets ; n^allez pas vous choquer. . . Pardonnez à ma philosophie , à moH horreur invincible pour les préjugés régnans ; j'o« béis à mes principes. [Lui donnant le porte-feuilU.) Tenez , beau-pcre , prenez ^ serrez tout ceci ; par* bleu! vous en achèterez une terre; c'est de l'argent que je place sur vous à gros intérêts :ct que vous ferez valoir : dans cinquante ans d'ici , nos petits cnfans trouveront tout cela aggrandî , amélioré, • . •

;GoogIe

{ »5 ) L f Baron, prenant le porte-feuille.

Vous av«z une justesse d'^espric rare et une prévoyance unique. J'aime votre manière de voir, et j'estime vos vues économiques. « • . oui , je ferai valoir cela.

J'ai un peu d« logique assez neuve ; vc^là tout.^ Ah ! çà , vous m'accordez votre fille , foi de gentilhomme?

Ouï ; foi de gentilhomme. . . je veux être Tintendant de vos biens ; et je m'y connois. . .

^ voilà donc m^rié. . .^ votre parole vaist tout les contrats du monde. . . Je suis bien aise d'être marié. . . C'est un tout nouveau genre de vie , qui a ses agrémctis* ... lUissez-*moi rêver à quçlqueà dispositions.

£ E B A R O Vi

Je vous laisse.

X>u secret, surnos^ petits arrangemcns. ^ »

' E R A $ T E , Sful.

Je ne reviens point de nlon heureuse surprise ; en vérité , son beau-frère le connoissoit bien , et H hc s'csr pas trompé : il a vu ce que je n'auroîs jamais imsÉginé ; jcnzi -ecr garde dé lui mohtrèi^ de la passion pour sa fille , et c est cet effart'là-qut m'a le plus coûté. . . ' '

■ERASTE, constance:

Erasme, rapidement.

JrOilit' va bien : le projet a réussi : il a acceflé. {Constance baisse la tête.) Je ne me «ens pas de joie ; attendez ici qu'il vous parle, . . J'ose erifin me dire que vous serez à moi. Oh ! comme gc^on cœur bat à cette seule pensée ! . Adieu ! je cours ^ de ce pas , avertir et rendre grâce à fauteur de notreptôchaîne union.

:.ri-

S'CÊ'K'E' 'XI.' ^.

Constance, ^««/e,

Il a accepté ! quelle confusion pour inoi^t *I^î|u ? il me faudra donc fpii^r; tpo^n lui dans tous le^ instans de ma vie ; raais , dans cette sîtuation^x-^ trêrae , me sèroit-il défendu d'user d'un stratagème q-ui nous rcstitùéroîtÂirie partie du don qui nous a été fait ? La ruse%5iti9<iy«nt J'îtDiqwclJkssource qui nous res^e contre lajnain qui nous dépouille. . . prenons-le par ^ ses propres idées. . . je Isaîs le ïaiig^gé 'que je Sroîs liiï^ténîrA , JûieuV'.- .. a quoi sûis-je*VéâuUfe? • ' ' • ^

LE B A KOn; C^6"N ?T ANGE.

... Kj :■ J. Cl -AU

JUQ^l^^m^c , a^e > m: m^ , M? . . çV^t^ à mp^t de

rcMTç-er fiQWiu^^itmc pMiii, aU^rtt de foisoqu'il mepl;|î|^4t4si?^?JtÇ»^i^5W*Qu-i^^ >\ . >

Jfai ^a taot&c ta. soummion : jo te donnob au Bxarqw f tu l acceptoU de ma main* ,^

Constance^ * Jobëifsois,

L ï B A > a N* jfe veux te donner un autre époux,

G O N 8 T A N C IPi*

Unaùtie» pion père?

t^ Baron,

Jfai çbangé d^avis ; le marquis s'est avîac de rè* fléchir sur son âge ; il pr^end qu*à soixante ans passés ^ il ne peut se marier sans se donner un ridicule ; il balance, H hésite. • • • Eh bien ! tu nei seras point à lui. , • tu seraf à Eraste^ . , •

Constance,

£raste« « • ,

Mon nouveau choix , je crok » ^era plus de ton goût, et indépendamment de toon autorité» tu dois te rendre à la supériori^ de mes lumières»*

GôfiatANCE.

Mon père , mon devoir fut de voua obéir tou-

(89) jours ; je prcnoîs le marquis de votre main : son âge est plus sortable » jVn conviens ; mais oserai* je vous le dire? Il s^agit de Talliance de nos deux familles ; ' ne trouvez pas mauvais que je fasse quelque mention de Tanctenneté de la nôtre. \c marquis pouvoit raisonnablelnent aspirer à ma main* • • •

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