‹ Le ci-devant noble; comédie en trois actes, en prose. Par m. Mercier. Représentée à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 30 sur 33 · LE BARON, CONSTANCE, ERASTE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LE BARON, CONSTANCE, ERASTE, LE COMTE

Le Comte, dans le fond du théâtre, à EraUe, V Oyons l'issue. ...

J ai sa parole.

Le Baron, d'un air triomphayit.

Approchez , mon bcau-frcrc ; vous m'avez toujours mal connu, vous m'avez peint comme un homme dilncile à vivre. Je le suis , parce que je me connois en mérite et en vertu. Voici, monsieur, un bon gentilhomme qui m a demandé ma fille , ct-me la demande noblement ; enfin, d'une manière qui m'a plû ; c'est à lui que je la donne ; j y ajoute ce qu'il ne m'a point demandé , quatrevingt mille francs comptant , parce que je sais qu'il poursuit un guidon. . • .

E R A s T E , à part.

Je ne- conçois pas. . . .

Le Comte, à part.

Dans quelle surprise me jette ! . . .

Constance, à voix basse.

Paix ' j'ai su , par un heureux stratagème , rattraper cette somme ; c'est toujours la moitié de soustrait. ...

Le Baron.

Vous avez toujours cru , mon beau-frère , que je tenois à l'argent ; je suis bien aise de vous en désabuser en présence de monsieur.

Le C o m t e , rt part.

Ah ! ceci est impayable.

Le Baron.

Apprenez à me connoître ; vous voyez ce que je fais ; suis-je un bon pèie ?

Le Comte.

J'admire en effet.

Je n'ai pas eu besoin crentendre vos sollicitations plaintives ; je ne rrie sais point fait prier; et j'ai toujours agi avec cette impulsion prorDptq.' et généreuse dans toutes les actions de ma vie. . . . Quand vous lui aurez fait autant de bien que je lui en fais , alors. . . .

Le Comte, à pari.

Il a le front. . . {haut. ) J'applaudis fort à cette union.

Le Baron.

Que vous applaudissiez ou que vous n'applaudissiez pas , elle se fera toujours.

Le Comte.

Mais , je ne dis pas , monsieur. . .

Le Baron.

Quel avantage lui faites -vous, voyons ? Vous prodiguez les conseils : oh ! cela ne vous coûte ïien. . . ik seront époux , parce que je le veux et

non parce que cela vous plaît. Quand vous szîtz bienfaiteur comme je le suis , vous pourrez parler alors.

Le Comte, Aussi , je me tais. ,

Le Baron.

Ce ntst pas assez. . .

Le Comté.

Eh ! quoi donc?

Le B a r o jj.

Persuadez-vous que la générosité de nos actions répond toujours au degré de nobksse que nous possédons. ( Prenant Eraste par la main.) Allons, tiion gendre , allons ! nous chasserons le saiigliei* pour le repas de noces. . .

Constance , saisissant la main de son oncle avec attendrissement et reconnoissance , et comme peinée de ce quelle vient d'entendre.

Ah ! mon oncle !

Le C o u t y , has Au lieu de me fàcheï, cela m'a diverti* . •

Eraste, menant sur la scène.

J'ai une gvace à vous demander, monsieur.

Co>:STAKCE

(97 ) Constance.

Ne nous refusez pas , mon père , je vous

supplie.

Le Baron.

Ouoi ? ( à part. ) Ce retour nVintriguc. . . Que veulent-ils? un présent?

Dans ce iour, signalez votre clémence ; la clémence est le plus bel attribut de la souveraineté ; vous réunissez le droit et le pouvoir de punir; faites-le céder à la comn^sération. . . .

Eh ! de quoi , de quoi s^agit-il ? . . . vite.

Délivrez ce malheureux bràconier , père de six cnfans , que vous avez fait descendre dans les prisons de votre château. . . que votre pitié. . .

Le Baron.

La pitié envers ces drôles-là est foiblesse : pourquoi vouloir désarmer ma justice seigneuriale ? C'est enhardir les coupables; faut-il souffrir Timpunité de pareils attentats? . . . Tuer mes lièvres! Est-ce que le droit de la chasse, c'est»i-dire l'ordre public , ne requiert pas la rigueur ! . . . Qui dissinguera donc nous autres graods seigneurs?

( gs )

Constance.

Il est si beau de faire grâce ! . .

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