LE BARON, CONSTANCE, ERASTE, LE COMTE
Le Comte, dans le fond du théâtre, à EraUe, V Oyons l'issue. ...
J ai sa parole.
Le Baron, d'un air triomphayit.
Approchez , mon bcau-frcrc ; vous m'avez toujours mal connu, vous m'avez peint comme un homme dilncile à vivre. Je le suis , parce que je me connois en mérite et en vertu. Voici, monsieur, un bon gentilhomme qui m a demandé ma fille , ct-me la demande noblement ; enfin, d'une manière qui m'a plû ; c'est à lui que je la donne ; j y ajoute ce qu'il ne m'a point demandé , quatrevingt mille francs comptant , parce que je sais qu'il poursuit un guidon. . • .
E R A s T E , à part.
Je ne- conçois pas. . . .
Le Comte, à part.
Dans quelle surprise me jette ! . . .
Constance, à voix basse.
Paix ' j'ai su , par un heureux stratagème , rattraper cette somme ; c'est toujours la moitié de soustrait. ...
Le Baron.
Vous avez toujours cru , mon beau-frère , que je tenois à l'argent ; je suis bien aise de vous en désabuser en présence de monsieur.
Le C o m t e , rt part.
Ah ! ceci est impayable.
Le Baron.
Apprenez à me connoître ; vous voyez ce que je fais ; suis-je un bon pèie ?
Le Comte.
J'admire en effet.
Je n'ai pas eu besoin crentendre vos sollicitations plaintives ; je ne rrie sais point fait prier; et j'ai toujours agi avec cette impulsion prorDptq.' et généreuse dans toutes les actions de ma vie. . . . Quand vous lui aurez fait autant de bien que je lui en fais , alors. . . .
Le Comte, à pari.
Il a le front. . . {haut. ) J'applaudis fort à cette union.
Le Baron.
Que vous applaudissiez ou que vous n'applaudissiez pas , elle se fera toujours.
Le Comte.
Mais , je ne dis pas , monsieur. . .
Le Baron.
Quel avantage lui faites -vous, voyons ? Vous prodiguez les conseils : oh ! cela ne vous coûte ïien. . . ik seront époux , parce que je le veux et
non parce que cela vous plaît. Quand vous szîtz bienfaiteur comme je le suis , vous pourrez parler alors.
Le Comte, Aussi , je me tais. ,
Le Baron.
Ce ntst pas assez. . .
Le Comté.
Eh ! quoi donc?
Le B a r o jj.
Persuadez-vous que la générosité de nos actions répond toujours au degré de nobksse que nous possédons. ( Prenant Eraste par la main.) Allons, tiion gendre , allons ! nous chasserons le saiigliei* pour le repas de noces. . .
Constance , saisissant la main de son oncle avec attendrissement et reconnoissance , et comme peinée de ce quelle vient d'entendre.
Ah ! mon oncle !
Le C o u t y , has Au lieu de me fàcheï, cela m'a diverti* . •
Eraste, menant sur la scène.
J'ai une gvace à vous demander, monsieur.
Co>:STAKCE
(97 ) Constance.
Ne nous refusez pas , mon père , je vous
supplie.
Le Baron.
Ouoi ? ( à part. ) Ce retour nVintriguc. . . Que veulent-ils? un présent?
Dans ce iour, signalez votre clémence ; la clémence est le plus bel attribut de la souveraineté ; vous réunissez le droit et le pouvoir de punir; faites-le céder à la comn^sération. . . .
Eh ! de quoi , de quoi s^agit-il ? . . . vite.
Délivrez ce malheureux bràconier , père de six cnfans , que vous avez fait descendre dans les prisons de votre château. . . que votre pitié. . .
Le Baron.
La pitié envers ces drôles-là est foiblesse : pourquoi vouloir désarmer ma justice seigneuriale ? C'est enhardir les coupables; faut-il souffrir Timpunité de pareils attentats? . . . Tuer mes lièvres! Est-ce que le droit de la chasse, c'est»i-dire l'ordre public , ne requiert pas la rigueur ! . . . Qui dissinguera donc nous autres graods seigneurs?
( gs )
Constance.
Il est si beau de faire grâce ! . .