LE COMTE , CONSTANCE, ERASTE
Constance volant dans les bras du Co?nte.
KJ mon unique appui! il semble que je sorte du tombeau. . . . Depuis huit années , je n'ai pas eu,
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dans la vie , un plus bel instant. »... ah! mort ©ncle !
Ma nièce.
Constance.
Qu'il m'est doux, de me sentir dans vos bras.. , Voici enfin un jour heureux. . . et qui me console. Une partie de ma première jeunesse a coulé près de vous sans peines et saris chagrins. . . . Depuis, tout a changé ,.et dans mon infortune , je n'ai jamais osé prononcer votre nom devant mon père..v
Le Comte.
Quoi ! tu n'as pu rien gagner sur son cœur. . . « toi ?.. .
Constance.
Hélas ! je n'ai pas même eu le courage de tombe? à ses genoux. C'est en vain que mes regards tremblans interrogent les siens , que je cherche à l'attendrir ; il m'oppose toujours un front sévère ; sa voix m'effraye , et je crois voir sa main toujours prête à me repousser , c'en esc trop. .... je succombe.
Le Comte.
Le chef-d^œuvre de la raison , ma nièce , est de
Tivre avec ceux qui n'en ont point Je viens
peur terminer vos peines , s'il m'est possible.
Vous coilnoissez mes sentimens , monsieur; vous daignez les approuver ; voilà mon bien, mon trésor , ma félicité : jamais rien ne m'a plus inté« ressé dans le monde ; je ne crains plus que de n être pas assez digne pour l'obtenir.
Constance, d ÉraUe.
Et nioi , je n'ai jamais cril devoir vous dissimuler , monsieur , que je suis sensible à cette tendresse , qui a tous les caractères de l'estime et de l'honnctcté. Une ame qui s'annonce comme la vôtre, ne tarde point à faire partager ses sentimens. . . S'il m'est permis d'être à vous, ma main ^suivra le don de mon cœur; mais vous cdnnoissea les obstacles sans nombre. ...
Je les surmonterai. . . vous me dirigerez , je né
■ferai point de fausses démarches , Je n'osois
d'abord vous avouer ce que je setïtois , parce que
j'aimois véritablement , et qui aime véritable-
*inent, craint de déplaire. , . . aujourd'hui j'oserai
tout. ... -
Le C o m t F.
Espérons, mes amis , espérons?
Ma raison vous adore ; c'sst vous dire que jg
( 35 ) nVurai jamais d'autre femme que vous ; j'éprouve déjà la récompense de la vertu , dans le sentiment d'admiration que vous m'inspirez.
J'aurai besoin de la plus grande fermeté ; moa père , (que ne puis-jc en douter! ) mon père veut me livrer au marquis.
Le Comte.
Il ne pouvoit manquer ce nouvel attentat ! Quoi? il porteroit jusques-là Fabus de son autorité ?
Si vous l'épousiez hélas ! je n'y pourrois
survivre î
Le Comte.
Mes amis ! je m'opposerai à sa tyrannie de tout mon pouvoir. . . mais , prenons toujours les mesures les plus sages , et évitons l'éclat. . . . Venez , mon cher Eraste ; aussi bien ne tardera-t-il pas à rentrer ; or, n'ayons pas l'air de nous être ren-. contrés, ni sur-tout d'avoir parlé ensemble.
CONSTANCE, seule.
J 'Accomplirai mes devoirs; je le servirai toujours comme la fille la plus tendre. . . mais il ne dépend pas de moi de l'aimer. O mon Dieu ! pardonnez ; je suis une fille indigne ; je n'aime point mon père: faites que je l'aime. Hélas! il ne tiendroit qu'à lui ; d'un mot, il me rappelleroit ; mais un mot tendre ou paternel n'est jamais sorti de sa bouche. . . Que de fois je suis venue pour parler à son cœur ; il me foudroyé d'un regard, et ce regard anéantit toutes mes résolutions ; il ne veut,
hcîas î que l'obéissance servile d'une esclave
oh î dieu ! quand pourrai-je aimer mon père ?