‹ Le Cid; a tragedy;Chapitre 11 sur 120 · D. DIÈGUE · texte numérisé non relu

D. DIÈGUE

O rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !

N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie !

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers fh 240 Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers !

Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire,

Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire, . Tant de fois affermi le trône de son roi, ^îranit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ! 245 O cruel souvenir de ma gloire passée !

Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur !

Précipice élevé d'où tombe mon honneur !

Faut-il de votre éclat voir triompher le comte, 250 Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte?

Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ;

Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ;

Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,

Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne. 255 Et toi, de mes exploits glorieux instrument,

Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, 2* Fer, jadis tant à craindre, et qui dans cette offense

M'as servi de parade et non pas de défense,

Va, quitte désormais le dernier des humains ; 260 Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

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