ACTE //, SCÈNE VI
Et mon amour flatteur déjà me persuade
Que je le vois assis au trône de Grenade,
Les Maures subjugués trembler en l'adorant, 540 L'Aragon recevoir ce nouveau conquérant,
Le Portugal se rendre, et ses nobles journées
Porter delà les mers ses hautes destinées ;
Du sang des Africains arroser ses lauriers ;
Enfin tout ce qu'on dit des plus fameux guerriers, 545 Je l'attends de Rodrigue après cette victoire,
Et fais de son amour un sujet de ma gloire. Lêonor.
Mais, madame, voyez où vous portez son bras,
Ensuite d'un combat qui peut-être n'est pas. U Infante.
Rodrigue est offensé, le comte a fait l'outrage ; 550 Ils sont sortis ensemble, en faut-il davantage ? Lêonor.
Eh bien, ils se battront puisque vous le voulez ;
Mais Rodrigue ira- t-il si loin que vous allez ?
Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s'égare ;
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare. 555 Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis,
Et ne me quitte point dans le trouble ou je suis.