‹ Le Cid; a tragedy;Chapitre 25 sur 120 · D. FERNAND, D. DIÈGUE, CHIMÈNE, D. SANCHE, D. ARIAS, D. ALONSE · texte numérisé non relu

D. FERNAND, D. DIÈGUE, CHIMÈNE, D. SANCHE, D. ARIAS, D. ALONSE

C ht mène.

Sire, sire, justice !

D. D iègue.

Ah, sire ! écoutez-nous.

Chimène.

Je me jette à vos pieds.

D. Diègue.

J'embrasse vos genoux.

Chimène.

Je demande justice.

D. Diègue.

Entendez ma défense.

Chimène.

650 D'un jeune audacieux punissez l'insolence : j A/t^/f Il a de votre sceptre abattu le soutien ; P^y^'j Il a tué mon père. -fa+O** CUML-<

JU D. Diègue.

Il a vengé le sien.

Chimène.

Au sang de ses sujets un roi doit la justice.

D. Diègue.

Pour la juste vengeance il n'est point de supplice.

jD. Fernand.

655 Levez- vous l'un et l'autre, et parlez à loisir. Chimène, je prends part à votre déplaisir ; D'une égale douleur je sens mon âme atteinte.

(A D. Dtigue:) Vous parlerez après ; ne troublez pas sa plainte.

Chimène.

Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang

660 Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles, Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles, Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux De se voir répandu pour d'autres que pour vous,

665 Qu'au milieu des hasards n'osait verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre. J'ai couru sur le lieu, sans force et sans couleur, Je l'ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur, Sire ; la voix me manque à ce récit funeste ;

670 Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste. D. Fernand.

Prends courage, ma fille, et sache qu'aujourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.

Chimène.

Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie ;

675 Son flanc était ouvert; et, pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivait mon devoir ; Ou plutôt sa valeur en cet état réduite Me parlait par sa plaie, et hâtait ma poursuite ; Et, pour se faire entendre au plus juste des rois,

680 Par cette triste bouche elle empruntait ma voix. Sire, ne souffrez pas que sous votre puissance Règne devant vos yeux une telle licence ; Que les plus valeureux, avec impunité, Soient exposés aux coups de la témérité ;

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