ACTE II, SCENE VIII
685 Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire, Se baigne dans leur sang, et brave leur me'moire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir Éteint, s'il n'est venge', l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance,
690 Plus pour votre intérêt que pour mon alle'geance. Vous perdez en la mort d'un homme de son rang ; Vengez-la par une autre, et le sang par le sang : Immolez, non à moi, mais à votre couronne, Mais à votre grandeur, mais à votre personne,
695 Immolez, dis-je, sire, au bien de tout l'État Tout ce qu'enorgueillit un si grand attentat. \a00^r D. frernand.
on Diègue, répondez.
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l\ D. Diègue.
fS Qu'on est digne d'envie
Lorsqu en, perdant la force on up*I aussi la vie ! Qw ^^^tf^3«en^L|l^prête aux hommes généreux, 700 Au bout de leur carrière, un destin malheureux !
Moi, dont les longs, travaux ont acquis tant de gloire, Moi, que jadis partout a' suivi la victoire, Je me vois aujourd'hui, pour avoir trop vécu, Recevoir un affront, et demeurer vaincu.» 705 Ce que n'a pu jamais combat, siège, ambuscade, Ce que n'a pu jamais Aragon, ni Grenade, Ni tous vos ennemis, ni tous mes envieux,
Le comte en votre cour l'a fait presque à vos yeux, Jaloux de votre choix et fier de l'avantage
710 Que lui donnait sur moi l'impuissance de l'âge. Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harnois, Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois, Ce bras, jadis l'effroi d'une armée ennemie, Descendaient au tombeau tout chargés d'infamie,
715 Si je n'eusse produit un fils digne de moi, Digne de son pays, et digne de son roi.
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Il m'a prêté sa main, il a tué le comte ;
Il m'a rendu l'honneur, il a lave' ma honte.
Si montrer du courage et du ressentiment, 720 Si venger un soufflet mérite un châtiment,
Sur moi seul doit tomber l'éclat de la tempête :
Quand le bras a failli, l'on en punit la tête.
Qu'on nomme crime ou non ce qui fait nos débats,
Sire, j'en suis la tête, il n'en est que le bras. 725 Si Chimène se plaint qu'il a tué son père,
Il ne l'eût jamais fait, si je l'eusse pu faire.
Immolez donc ce chef que les ans vont ravir,
Et conservez pour vous le bras qui peut servir.
Aux dépens de mon sang satisfaites Chimène : 730 Je n'y résiste point, je consens à ma peine ;
Et, loin de murmurer d'un rigoureux décret,
Mourant sans déshonneur, je mourrai sans regret. D. Fernand.
L'affaire est d'importance, et, bien considérée,
Mérite en plein conseil d'être délibérée. 735 Don Sanche, remettez Chimène en sa maison.
Don Diègue aura ma cour et sa foi pour prison.
Qu'on me cherche son fils. Je vous ferai justice. Chimène.
Il est juste, grand roi, qu'un meurtrier périsse. D. Fernand.
Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs. Chimène.
740 M'ordonner du repos, c'est croître mes malheurs.