‹ Le Cid; a tragedy;Chapitre 48 sur 120 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

1420 Où tous les gens d'honneur cherchent un beau trépas ?

De pareilles faveurs terniraient trop sa gloire :

Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire.

Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir :

Il l'a fait en brave homme, et le doit maintenir. D. Femand.

1425 Puisque vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse :

Mais d'un guerrier vaincu mille prendraient la place;

Et le prix que Chimène au vainqueur a promis

De tous mes cavaliers ferait ses ennemis.

L'opposer seul à tous serait trop d'injustice ; 1430 11 suffit qu'une fois il entre dans la lice.

Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien ;

Mais après ce combat ne demande plus rien. D. Diègue*

N'excusez point par là ceux que son bras étonne ;

Laissez un champ ouvert où n'entrera personne. 1435 Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui,

Quel courage assez vain s'oserait prendre à lui ?

Qui se hasarderait contre un tel adversaire ?

Qui serait ce vaillant, ou bien ce téméraire ? D. Sanche.

Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant ;

1440 Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant. {A Chimène.)

Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse.

Madame, vous savez quelle est votre promesse.

D. Femand.

Chimène, remets-tu ta querelle en sa main?

Chimène.

Sire, je l'ai promis.

D. Femand.

Soyez prêt à demain.

D. Diègue.

1445 Non, sire, il ne faut pas différer davantage :

On est toujours trop prêt quand on a du courage.

D. Fernand.

Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant !

D. Diègue.

Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.

D. Fernand.

Du moins une heure ou deux je veux qu'il se délasse. 1450 Mais de peur qu'en example un tel combat ne passe, Pour témoigner à tous qu'à regret je permets Un sanglant procédé qui me ne plut jamais, De moi ni de ma cour il n'aura la présence.

{A D. Arias:) Vous seul des combattants jugerez la vaillance : 1455 Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur, Et, le combat fini, m'amenez le vainqueur. Quel qu'il soit, même prix est acquis à sa peine ; Je le veux de ma main présenter à Chimène, Et que, pour récompense, il reçoive sa foi. Chimène.

1460 Quoi ! sire, m'imposer une si dure loi ! D. Fernand.

Tu t'en plains ; mais ton feu, loin d'avouer ta plainte, Si Rodrigue est vainqueur, l'accepte sans contrainte. Cesse de murmurer contre un arrêt si doux ; Qui que ce soit des deux, j'en ferai ton époux.

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