‹ Le Cid; a tragedy;Chapitre 51 sur 120 · L'INFANTE · texte numérisé non relu

L'INFANTE

1565 T'écouterai-je encor, respect de ma naissance, Qui fais un crime de mes feux ?

Te'couterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux ? Pauvre princesse ! auquel des deux 1570 Dois-tu prêter obéissance?

Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi ; Mais, pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépare Ma gloire d'avec mes désirs !

1575 Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Coûte à ma passion de si grands déplaisirs ? O cieux ! à combien de soupirs Faut-il que mon cœur se prépare, Si jamais il n'obtient sur un si long tourment 1580 Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant !

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne

Du mépris d'un si digne choix : Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. 1585 Après avoir vaincu deux rois,

Pourrais-tu manquer de couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner ?

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