SCÈNE VIL
D. FERNAND, D. DIËGUE, D. ARIAS, D. RODRIGUE, D. ALONSE, U. SANCHE, L'INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE.
L'Infante.
Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse
Ce généreux vainqueur des mains de ta princesse. D. Rodrigue.
1 775 Ne vous offensez point, sire, si devant vous
Un respect amoureux me jette à ses genoux.
Je ne viens point ici demander ma conquête ;
Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête.
Madame, mon amour n'emploîra point pour moi 1780 Ni la loi du combat, ni le vouloir du roi.
Si tout ce qui s'est fait est trop peu pour un père
Dites par quels moyens il vous faut satisfaire.
Faut-il combattre encor mille et mille rivaux,
Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux, 1 785 Forcer moi seul un camp, mettre en fuite une armée,
Des héros fabuleux passer la renommée ?
Si mon crime par là se peut enfin laver,
J'ose tout entreprendre et puis tout achever :
Mais si ce fier honneur, toujours inexorable, 1 790 Ne se peut apaiser sans la mort du coupable,
N'armez plus contre moi le pouvoir des humains ;
Ma tête est à vos pieds, vengez-vous par vos mains.
Vos mains seules ont droit de vaincre un invincible ;
Prenez une vengeance à tout autre impossible : 1 795 Mais du moins que ma mort suffise à me punir.
Ne me bannissez point de votre souvenir ;
Et, puisque mon trépas conserve votre gloire,
Pour vous en revancher conservez ma mémoire, Cfe^ Et dites quelquefois, en déplorant mon sort :
1800 " S'il ne m'avait aimée, il ne serait pas mort. "